LIVRE VI. ^a
«Jeunes filles prétendent jouir de leur liberté.
« Oh I c'est un beau pays que le tien , où l'on dit « ce que l'on pense au Grand-Chef, et où chacun « fait ce qu'il a envie de faire 1 Ici c'est précisée « ment le contraire : tout le monde est obligé « de mentir au Soleil , et de se soumettjre à la « volonté de son voisin : c'est pour cela que tout « va chez nous à merveille. »
« Cette femme ^'outa beaucoup d'autres propos où , sous l'apparence de la frivolité , je découvris des pensées très-graves. Oi^ joua gracieusement sur la réponse que j*avois faite aux sorciers de la grande hutte , et que l'ikouessen disoit être admi-r rable. « Mais , igouta- t-elle , je veux savoir à mon « tour ce que tu as trouvé de plus sensé parmi « nous. Comme je ne t*ai parlé ni de ta peau , ni « de tes oreilles, j'espère que tu me feras une au- « tre réponse que celle qui fa perdu dans l'esprit « de nos philosophes. »
— « Mousse blanche des chênes qui sers à la « couche des héros, répondis-je, les galériens et « les femmes comme toi me semblent avoir toute « la sagesse de ta nation. »
« Ce mot fit rire la table hospitalière, et la coupe de la libetté fut vidée en l'honneur de Chactas.
« Alors les génies des amours dérobèrent la conversation et la tournèrent sur un stiget trop aimable. Le souvenir de la fille de Lopez remua les secrets de mon sein et le fit palpiter. Un convive remarqua que si la passion crée des tempêtes, l'âge les vient bientôt calmer, et que l'on recouvre en peu de temps la tranquillité d'âme où l'on étoit avant d'avoir perdu la paix de l'enfance. I..es guerriers applaudirent à cette observation : je répondis :
o Je ne puis trouver le calme, dont on jouit ■ après l'orage, semblable à celui qui a précédé « cet orage : le voyageur qui n'est pas parti , n'est « pas le voyageur revenu ; le bûcher qui n'a point « encore été allumé, n'est pas le bûcher éteint. « L'innocence et la raison sont deux arbres plantés n aux extrémités de la vie : à ieurs j^eds, il est «1 vrai , on trouve également le repos ; mais l'arbre « de l'innocence est chargé, de pai fums, de bou- « tons de fleurs, de jeune verdure; l'arbre de la « raison n'est qu'un vieux chêne séché sur sa tige, « dépouillé de son ombrage par la foudre et lès « vents du ciel. »
« C'étoit ainsi que nous devisions à ce festin : je t'en ai fait le détail minutieux, car c'est là
Sï.
LES NATGHEZ.
qQ*ayaiit aperça les hommes à leur plus haut point de civilisation Je te les devois peindre avec une scrupuleuse exactitude. Les choses de la société et de la nature, présentées dans leur extrême opposition , te fourniront le moyen de peser, avec le moins d'erreur possible, le bien et le mal des deux états.
« Nous étions prêts à quitter les tables', lorsqu'on apporta à notre magicienne un berceau couronné de fleurs : il renfennoit un enfant du voisinage, qui réclamoit, disoit la nourrice, les présents de naissance. LMkouessen connoissoit les parents du nouveau-né : elle le prit dans ses bras, lui trouva un air malicieux', et promit de lui donner un Jour des grains de porcelaines' pour acheter des colliers ^