LIVRE SEPTIÈME
« Le lendemain de ce jour si complètement employé , Je me résolus de chercher moi-même la nation frauçoise, et d'essayer si Je ne la ren* contrerois pas mieux seul qu'à Talde d*un conducteur.
« Je sortis sans guide, vers la première moitié du matin. Après avoir parcouru des chemins étroits et tortueux , J*arri vai à un pont , où je saluai un roi bienfaisant que portoit un cheval de bronze^. Delà, remontant le cours du fleuve aux eaux blanches, dans lequel les femmes lavoient des tuniques de lin , Je parvins à la place du sang ^. Une grande foule s'y trouvoit rassemblée : on me dit qu'on alloit attacher une victime à la machine qu'on me montra, et sur laquelle J'aperçus le génie de la mort^ sous la forme d'un homme.
« Persuadé qu'il s'agissoit de Texécution d'un prisonnier de guerre. Je m'assis pour entendre chanter ce prisonnier et pour Tencourager à souffrir les tourments comme un Indien. Je dis à l'un de mes voisins qui paroissoit fort touché : « Fils de rhumanité, ce guerrier a-t-il été pris « en combattant avec courage , ou bien est-ce un « enfant des foibles, que l'homicide Areskoui? « a saisi dans sa fuite ! »
I Toilalre.
* De fargent
* De» livre».
« U PoDt-Neaf et la stalae de Henri IV.
* La Grève.
' Le bourreau.
' Génie de la guerre.
' « Legnerrier me répondit : « Ce n'est point un « soldat qui va cesser de vivre ; c'est onc^ef de h « prière', qui, banni de la France pour deso^- « nions religieuses , n'a pu supporter les ehagrini « de l'exil. Vaincu par le sentiment qui sabjogne « tous les hommes, il est revenu déguisé danssw « pays : le Jour il se tenoit caché dans on soirter* « rain , la nuit il erroit autour du champ palemd , « à la clarté des astres qui présidèrent à sa nais- « sauce. Quelques misérables l'ont reoonnu dans « ces promenades où il respiroit en secret l'air de ^ sa patrie ; ils Font dénoncé : la loi lecondaouie « à mort pour avoir rompu son ban. »
« Le guerrier se tut, et Je vis un vieillard s'avancer au milieu de la foule. Arrivé aux piliende sang , ce vieillard dépouilla sa robe , se mît à genoux , et adora. Ensuite , mettant un pied aasné sur le premier barreau de l'échelle , et s'élennt d'échelon en échelon, il semblolt monter vers k ciel. Ses cheveux blancs flottoient sur son coo ridé et bruni par l'âge ; on voyoi t sa yieille poitrine à nu , qui req^roit tranquillement sons sa tonique entr'ouverte : il Jeta un dernier regard sur la France, et la mort le lia par la cime comme nae
gerbe moissonnée.
« Je me levai dans le trouble de mes sens, qui
ne m'avoit pas d'abord permis de me dérober à
l'abominable spectacle. Je m'écriai : « Remenez-
« moi à mes déserts I reconduisez-moi dans mei
« forétsi • et Je m'éloignai à grandspas. Longtemps
J'errai à Taventure tout en pleurs , et comme hois
de moi-même. Mais enfin la lassitude du eorps
parvint à distraire les fatigues de l'âme; et, me
trouvant aussi harassé qu'un chasseur qui a poor-
suivi un cerf agile. Je jfùs contraint de demander
quelque part les dons de l'hospitalité.
« Je heurte à la porte d'une très-belle cabane; un esclave vient m'ouvrir : « Que veux-tu? • me dit-il brusquement. « Va dire à ton mattre, « répondis-Je, qu'un guerrier des chairs rouges « veut boire avec lui la coupe du banquet • L'esclave se prit à rire , et referma la porte.
« Cette épreuve ne me découragea point. 1 quelque distance, dans une petite voie écartée, une habitation assez semblable à nos huttes s'offrit à mes regards. Je me présente sur le seuil de cette demeure. J'aperçois au fond d'une case dvcure un guerrier demi-nu , une femme et trais enfants; J'augurai bien de mes hôtes , lorsque Je vis qu'ils restoient tranquilles à mon a^eet
* Un ministre protestant.