LIVRE VU
omine des Indiens. J'entre dans la cabane, Je m'assieds au foyer dont Je saine le maniton domesdqne, et, prenant dans mes bras ie plus Jeune des trois enfimts, ces douces lumières de leur mère, J'entonne la chanson du suppliant.
• Quand cela fut fiiit , Je dis en françois : « J'ai ■ fiim, » et le guerrier me répondit : « Tu as « il^m? « ce qui me fit penser qu'il ayoit été voya« geor chez les peuples de la solitude. Il se leva, prit un gâteau de maïs noir et me le donna : Je ne le pus manger, car Je vis la mère répandre une lanne, et les enfants dévorer des yeux le pain que Je portois à ma bouche. Je le distribuai à kur innocence , et Je dis au guerrier leur père : > Les mânes des ours n'ont donc pas été apaisés • par des sacrifices la neige' dernière , puisque « la chasse n*a pas été bonne et que tes enfants «oDt fiiim? — Faim! répondit mon h6te, oui! « Pour nous autres , misérables , cette faim dure « tonte notre vie. »
« Je repartis : « Il y a sans doute quelque au- « tre guerrier dont le soleil a regardé les érables , « et dont les flèches ont été plus favorisées du « grand Castor : il te fera part de son abondance. » L'homme sourit amèrement, ce qui me fit Juger que j'avais dit une chose peu sage.
« Une veuve qui , du lit désert où elle est couchée, volt les toiles de l'insecte suspendues sur a tête, se plaint de Tabandon de sa cabane; ainsi la laborieuse matrone, dont Je recevois iliospitaiité , adressa les paroles de l'injure à son époax,en l'accusant d*oisiveté. Le guerrier frappa radement son épouse : Je me hâtai d'étendre le ealamet de paix entre mes hôtes , et d'apaiser la eolère qui monte du cœur au visage en nuage de ang. J'eus alors pour la première fois l'idée de la dégradation européenne dans toute sa laideur. Je vis l'homme abruti par la misère, au milieu d'une famille affamée, ne Jouissant point des avantages de la société , et ayant perdu ceux de la nature.
« Je me levai ; Je mis un grain d'or dans la nuiin du guerrier. Je l'invitai à venir s'asseoir svec sa famille dans ma cabane. « Ah! «s'écria OMm hôte tout ému , « quoique vous ne soyez ■ qu'un Iroquois, on voit bien que vous êtes un * roi des Sauvages. — Je ne suis point un roi , » '^^poadis-je en me hâtant de quitter cette cabane ^ J avois trouvé quelques vertus primitives pous- Kutteuoore foiblement au milieu des vices de la
civilisation : le bouquet de romarin que nos chefli décédés emportent avec eux au tombeau prend quelquefois racine sur l'argile même de l'homme, et végète Jusque dans la main des morts.
« J'avoue qu'après de telles expériences, Je fus prêt à renoncer à mes études, à retourner chez Ononthio. En vain Je cherchois ta nation et des mœurs, et Je ne trouvois ni les secondes ni la première. La nature me sembloit renversée; Je ne la découvrois , dans là société , que comme ces objets dont on volt les images inverties dans les eaux. Génie propice, qui arrêtâtes mes pas, qui m'engageâtes à continuer mes recherches, puissiez-vous, en récompense des faveurs que vous m'avez faites , puissiez- vous approcher le plus près du Grand-Esprit! Sans vous, sans votre conseil , Je ne serais pas ce que je suis , Je n*aurois pas connu un homme qui m'a réconcilié avec les hommes , et de qui mes cheveux blancs tiennent le peu de sagesse qui les couronne.
« Je marchois le cœur serré, la tête baissée, lorsque la voix de deux esclaves, qui causolent à la porte d'une cabane, me tira de ma rêverie. Mon premier mouvement fut de m'éloigner ; mais, frappé de Tair d'honnêteté des deux esclaves. Je me sentis disposé à faire tme dernière tentative* Je m'avançai donc , et , m'adressant au plus vieux des serviteurs : « Va, lui dis-je , apprends à ton « maître qu'un guerrier étranger a faim. >•
« L'esclave me regarda avec étonnement, mais Je ne vis point l'impudence et la bassesse dans ses regards. Sans me répondre, il entra précipitamment dans les cours de la cabane, et, revenant quelques moments après tout hors d'haleine, il me dit : « Seigneur Sauvage, mon maître vous « prie de lui faire l'honneur d'entrer. » Je suivis aussitôt le bon esclave.
« Nous montons les degrés de marbre qui circuloient autour d'une rampe de bronze. Nous traversons plusieurs huttes où régnoit, avec la paix, une demi-lumière, et nous. arrivons enfin à une cabane pleine de colliers >. Là , je vis un homme occupé à tracer sur des feuilles les signes de se? pensées. Il étoit assez maigre, et d'une taille élevée : un air de bonté intelligente ètoit répandu sur son visage; l'expression de ses yeux ne se sauroit décrire : c'étoit un mélange de génie et de tendresse, une beauté, ne sais laquelle, que jamais peintre n'a pu exprimer. Ainsi me le n^ conta depuis Ononthio.
I De livrett de papiers, eto. Une iWioUièqiie.
LES NATCHEZ
<^ Gbactas , me dit l'homme en se levant aussi- « tôt quil m'aperçut, nous ne sommes déjà plus , « des étrangers l'un à l'autre. Un de mes parents, « qui a prêché notre sainte religion en Amérique, « se hâta de m'écrire lorsque tous fûtes si injus- « tement arrêté. Je sollicitai, de concert avec le « gouverneur du Canada, votre délivrance, et « nous avons eu le bonheur de l'obtenir. Je vous « ai vu depuis à Versailles, et, d'après le por- « trait qu'on m'a fait de vous , il me seroit dif- « fldle de vous méoonnottre. Je vous avouerai « d'ailleurs que la manière dont vous venez , par t hasard, de me faire demander l'hospitaltté,
• m'a singulièrement touché; car, ajouta-t-il « avec un léger sourire, je suis moi-même un peu « Sauvage. »
— «« Serois-tu, m'écrlai-je aussitôt, ce généreux « chef de la prière qui s'est intéressé à ma liberté « et à celle deibes frères? Puisse le Grand-Es- « prit te récompenser I Je ne t'ai vu encore qu'un
• moment , mais Je sens que Je t'aime et te res- « pecte déjà comme un sachem. »
« Mon hôte, me prenant par la main, me fit asseoir avec lui auprès d'une table. On servit le pain et le vin , la force de l'homme. Les esdaves s'étant retirés pleins de vénération pour leur maître. Je commençai à échanger les paroles de ia confiance avec le serviteur des autels.
« Gbactas, me dit-il, nous sommes nés dans <t des pays bien éloignés l'un de l'autre, mais « croyez-vous qu'il y ait entre les hommes de « grandes différences de vertus et conséquem- « ment de bonheur?
<t Je lui répondis : ^ Mon père, à te parler sans « détour. Je crois les hommes de ton pays plus « malheureux que ceux du mien. Ils s'enorgueil- « lissent de leurs arts et rient de notre ignorance ; « mais si toute la vie se borne à quelques Jours , « qu'importe que nous a^^ons accompli le voyage « dans un petit canot d'écorce , ou sur une grande « pirogue chargée de lianes et de machines? Le N canot même est préférable, car il voyage sur le tt fleuve le long de la terre où il peut trouver mille « abris : la pirogue européenne voyage sur un K lac orageux ou les ports sont rares , les écueils, « fréquents, et où souvent on ne peut Jeter Tan- «t cre, à cause de la profondeur de l'abfme.
ft Les arts ne font donc rien à la félicité de la « vie, et c'est là pourtant le seul point où vous « paroissez remporter sur nous. J'ai été ce matin « témoin d'uo iv^etacleexécrablei qui seid ééd- 1 « n'avez ni ne pouvez avoir aucune Idée; «le M-
« deroit la question en fliveur de mes bols. Je « viens de frappera la porte du riche et à ceOe du « pauvre : les esclaves du riche m'ont repooné; « le pauvre n'est lui-même qu'an esclave.
« Jusqu'à présent j'avols en la simplicité de n croire que Je n'avois point encore vu ta natkm; A ma dernière course m'a donné d'autres vàkcL m Jecommenceàentrevolrqueeemélangeodieax ^ de rangs et de fortunes , d'opulence extraoïdî- ¥ naire et de privations excessives , de crime in- If puni et d'Innocence sacrifiée, forme eo Earopeee k qu'on appelle la société. Il n'en est pas de nèoK « parmi nous : entre dans les huttes des Iioquaii, ^ tu ne trouveras ni grands, ni petits, ni riefan, 4 ni pauvres; partout le repos du cceur et la li- « fierté de l'homme. » Id , je fis le mieux qu'il ne fot possible la peinture de notre bonheor, et je finis, comme à l'Ordinaire , par inviter maii Me à se fohre Sauvage.
R Tl m'avoit écouté avec la plus grande attatlon ! le tableau de notre félicité le toucha : • Moq A mfant , me dit-il , Je me confinée dans ma |vefc mière pensée : les hommes de tous les pays, « quand ils ont le cœur pur, se ressemblent , car ¥ c'est Dieu alors qui parle en eux, DIen qui al « toujours le même. Le vice seul établit entre nos « des différences hideuses : la beauté n'est qu'une ; « il y a rallie laideurs. Si Jamais Je trace te ta- «<bleau d'une vie heureuse et sauvage, fan* « ploierai les couleurs sous lesquelles vous me la « venez de peindre.
« Mais , Ghactas, Je crains que dans vos opi" « nions vous n'apportiez un peu de pt^ngés, car « les Indiens en ont comme les autres hommes. « Il arrive un temps ou le genre humain , trop « multiplié, ne peut plus exister par ta diasse : « il faut alors avoir recours à la culture. La col» « ture entraine des lois , tes lois, des abus. Serolt- « il raisonnable de dire qu'il ne faut point de « lois , parce qu'il y a des abus? Sermt-il sensé « de supposer que Dieu a rendu la condition so- « ciale la pire de toutes, lorsque cette cwidition tt paroft être l'état universel des hommes?
« Ce qui vous blesse, sincère Sauvage, ce sont K nos travaux, l'inégalité de nos rangs, enfin « cette violation du droit naturel, qui fiilt que « vous nous regardez comme des esclaves Infinf- « ment malheureux : ainsi votre mépris pour nous k tombe en partie sur nos souffrances. Mali, mon « fils , s'il existoit une féHdté relative dont
UVBE VIL
« bonrenr à «on sllIoD, l'artimi dans son atelier, « goâtoleot des biens supériears à ceux que vous « trouvez dans vos forêts, il ftiudroit doue retranm cher d'abord de votre mépris tout ce que vous
• donnes de ce mépris à nos prétendues mi-
* 8er6S*
- « Gomment vous expliquerai^Je ensuite oe « sixième sens où lesdnq autres viennent se confondre, le sens des beaux-arts? Les arts nous rapprochant de la Divinité 9 ils nous font entrevoir une perfeetlon au-dessus de la nature, et qui n'existe que dans notre intelligence. Si vous m'olv'eetiex que les Jouissances dont Je parle sont vraisemblablement inconnues de la classe Indigente de nos villes , Je vous répondrois qu'il est d'antres plaisirs sociaux accordés à tous : ces plaisirs sont oeux du corar:
• Ghes vous , les attachements de la famille ne lont fondés que sur des rapports intéressés de weoors accordés et rendus : ehes nous , la sociélé change ces rapports en sentiments. On l'aiœ pour s'aimer; on commerce d'âmes; on arrive au bout de sa carrière à travers une vie pleine d'amour. Bst-il un labeur pénible à celui qui travaille pour un père, une mère, un frère, une iMeur? Non, Gbactas, il n'en est point ; et, toot considéré , il me semble que l'on peut tirer de la civilisation autant de bonheur quede l'état sauvage. L'or n'existe pas toujours tous sa forme primitive, tel qu'on le trouve dans les mines de votre Amérique : souvent il est laçooné, filé, fjondu en mille manières ; mais c'est toujours de l'or.
« La condition politique qui nous eouibe vers la terre , qui oblige l'un à se sacrifier à l'autre, qui M des pauvres et des riches, qui senri>le, en un mot , dégrader l'homme, est précisément oequil'élèTe : la générosité , la p^é céleste, rasBour véritable, le courage dans radversité, toutes ces cfaoaes divines sont nées de cette condition politique. Le citoyen charitable qui va chercher, pour la secourir, rhumanité souffrante dans les lieux où elle se cache, peut-il être «nd>jet de mépris? Le prêtre vertueux qui naguère trempoit vos fers de ses larmes sera-t-il frappé de vos 4édains ? L'homme qui , pendant de langues années, a lutté contre le malheur, qui a supporté sans se plaindre toutes les sortes de misères, e0t-il moins admirable dans sa fane que le prfsonnier sauvage , dont le mépris M réduit à braver quelques heures de tounnents ?
• Si les vertus sont des émanations du Tout* Puissant; si elles sont nécessairement plus nombreuses dans l'ordre social que dans Tordre naturel , l'état de société , qui nous rapproche davantage de la Divinité, est donc un état sun périeur à celui de nature.
« Il est parmi nous d'ardents amis de leur pa*i trie, des cœurs nobles et désintéressés, des courages magnanimes , des émes capables d'atr teindre à ce qu'il y a de plus grand. Songeons, quand nous voyons un misérable, non à ses haillons, non à son air humilié et timide, mais aux sacrifices qu'il fait, aux vertus quotidiennes qu'il est obligé de reprendre chaque matin avec ses pauvres vêtements, pour affronter les tempêtes de la journée ! Alors, loin de le regarder comme un être vil, vous lui porterez respect. Et s'il existoit dans la société un homme qui en possédât les vertus sans en avoir les vices, seroit-oe à cet homme que vous oserie)} comparer le Sauvage? En paroissant tous les deux au tribunal du Dieu des chrétiens, d^ Dieu véritable, quelle seroit la sentence du Juge? Toi, diroit-il au Sauvage, tu ne 89 point de mal , mais tu ne fis point de bien. Qu'il passe à ma droite, celui qui vêtit l'orphelin, qui protégea la veuve, qui réchauffa le vieillard , qui donna a manger au Lazare , car c'est ainsi que j'en agis, lorsque j'habitois entre les hommes'. »
« Ici le chef de la prière cessa de se faire entendre. Le miel distilloit de ses lèvres; l'air se calmoit autour de lui à mesure qu'il parloit Ce qu'il faisoit éprouver n'étoit pas des transports, mais une succession de sentiments paisibles et ineffables. Il y avoit dans son discours je ne sais quelle tranquille harmonie, je ne sais quelle douce lenteur, je ne sais quelle longueur de grâces, qu'aucune expression ne peut rendre. Saisi de respect et d'amour, je me jetai aux pieds de ce bon génie.
« Mon père , lui dis-je , tu viens de faire de « moi un nouvel homme. Les objets s'offrent à « mes yeux sous des rapports qui m'étoient au- « paravant inconnus. 0 le plus vénérable des sa- « chems! chaste et pure hermine des vieux chê- « nés , que ne puis- je t'emmener dans mes forêts I
< ravoU prit autreloif quelque ébot9 de ce dernier paragraphe pour le transporter dans un morceau liltéraf re, sur un voyage de M. de Homlxildt, que l'on peut voir dans les Mélamgeê littéraires f tome T. Je n*ai pas cru devoir retrancher cette vingtaine de lignes dans le récit de Cbactas : ^les se trouiHliclè Imr véEilaktolpItfls.
LES NATCHEZ
« Mais, je le8eD8,tan*espas fait pour habiter par- « ini des Sauvages ; ta place est chez un peuple où « l'on peut admirer ton génie et jouir de tes ver- « tus. Je vais bientôt rentrer dans les déserts du « Nouveau-Monde ;je vais reprendre la vie errante « dellndien; après avoir conversé avec ceqully « a de plus sublime dans la société, je vais enten- « dre les paroles de ce qu'il y a de plus simple * dansla nature : mais quels que soient les lieux « où le Grand-Esprit conduise mes pas, sous i'ar- « bre, au bord du fleuve, sur le rocher, je rap- « pelleraites leçons, et Je tâcherai de devenir sage « de ta sagesse.
— - « Mon fils, me répondit mon hôte en me re- « levant , chaque homme se doit à sa patrie : mon « devoir me relient sur ces bords pour y faire le « peu de bien dont je suis capable; le vôtre est de « retourner dans votre pays. Dieu se sert souvent « de Tadveraité comme d'un marchepied pour « nons élever ; il a permis contre vous une i^Jus- « tice afin de vous rendre meilleur. Partez, Chac « tas ; allez retrouver voti*e cabane. Moins heureux « que vous, je suis enchaîné dans un palais. Si « je vous ai inspiré quelque estime, répandez-la > sur ma nation , de même que je chéris la vôtre ; « devenez parmi vos compatriotes le protecteur « des François. N'oubliez pas que, tous tant que « nous sommes , nous méritons plus de pitié que « de mépris. Dieu a fait Thomme comme un épi « de blé; sa tige est fragile, et se tourmente au « moindre souffle, mais son grain est excellent.
« Souvenez-vous enfin, Chactas, que, si les ha- « bitants de votre pays ne sont encore qu'à la base « de l'échelle sociale, les François sont loin d'être « arrivés au sommet : dans la progression des lu- « mières croissantes, nous paraîtrons nous roé- « mes des Barbares à nos arrière-neveux. Ne vous « irritez donc poipt contre cette civilisation qui ap- « partient à notre nature, contre une civilisation «I qui, peut-être un jour, envahissant vos forêts, « les remplira d'un peuple où la liberté de l'homme <i policé s'unira à l'indépendance de l'homme sau- « vage. »
ft Le chef delà prière se leva; nous marchâmes lentement vers la porte. « Je ne suis pas ici chez « moi, me dit^ii ; Je retourne au palais d'un prince « dont l'éducation me fut confiée. Si Je puis vous « être utile, ne craignez pas de vous adresser à « mon zèle ; mais vous autres Sauvages, vous avez « peu de chose à demander aux rois. »
(( Je répondis : « Ta bonté m'enhardit ; je laisse
« en France un père qui loogail dans Tadveisiké. « Demande son nom à toutes les infortunes sod»a gées , elles te diront qu'il s'appelle Lopez. -
« A ces paroles, que je prononçai d'une voîx altérée , un génie porta les larmes que j'avois aux yeux dans ceux de mon hôte. Cet hôte, plein de bonté , m'apprit que le chef de la prière qui visitoit mes chaînes à Marseille lui avoit raconté ks traverses de mon ami, et les liens qui m^unissoient à cet Espagnol ; que déjà Lopez était à l'abri de l'indigence, et qu'il retounieroit'lneolât riche et heureux dans sa vieille patrie. On arat même adouci le sort d'Honfroy, mon compagaca de boulet.
« Ces mots inondèrent mon cœur d'ua torrent de joie, et la vivacité de ma reconnoiasancem'êta la force de Texprimer. Cependant l'homme misé» ricordieox avoit tiré un cordon qui correspondoit à un écho d'airain; à la voix de cet édio, kg esclaves accoururent, et nous conduisiienl aox degrés de marbre. Là, Je dis on dernier adieu sa pasteur des peuples ; je pleurois comme on Eor»*péeh. Je brisai mon calumet en signe de demi, et j'entonnai à demi-voix le chant de l'afaeeiiee : « Bénissez cette cabane hospitalière, ô ^nie des • fleuves errants \ que Therbe ne couvre jaoïats Is « sentier qui mène à ses portes, jour et nuit on* « vertes au voyageur l »
Tandis que ma voix attendrie résonnoit sons le vestibule, le prêtre, les yeux levés vers le eid, offroit à Dieu sa prière. Les serviteurs tomberai à genoux, et reçurent la bénédiction que le sacrificateur pacifique répandit sur moi. Alors, dans un grand désordre , je descendis précipitamment les degrés. Parvenu au dernier marbre , je levai la tête et j'aperçus mon hôte* qui, penché surki fleurs de bronze , me suivoit complaisamment de ses regards : bientôt il se retira comme s'il se sentoit trop ému. Je restai quelque temps imma* bile dans l'espérance de le revoir, mais le retentissement des portes que j'entendis se fermer m'avertit qu'il étoit temps de m'arracher de ce lien. Dans la cour et sous les péristyles, une foule indigente attendoit les bienfaits du maître charitable : Je Joignis mes vœux à ceux que fkisoieDt pour lui tant d'infortunés, et Je sortis de cette cabane, plein de reconnolssance, d'admiratioa et d'amour.
Ononthio reçut enfin l'ordre de son départ el du nôtre. Nous quittâmes Paris pour nous rendre
> FéDelon.