‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 159 sur 170 · EXTRAIT DU GÉNIE DU CHRISTUKISME · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU GÉNIE DU CHRISTUKISME

u* r ABTIE , UV. m , CHAP. IX , INTITULÉ : DV FAGVE DES PASSlO.yS.

« U reste à parier d'un état de l'âme qui , ce noos semble, n'a. pas encore été bien observé : c'est odsi qui précède le développement des grandes passioos, lorsque toutes les facultés, jeunes, actives , eatià«S| mais renfermées, ne se sont exercées que sor ellesmêmes, sans but et sans objet. Plus les peuples ivn* cent en dvtlisation , plus cet état du vague des passiom augmente : car il arrive alors mie chose fort triste : le grand nombre d'exemples qu'on a sous les yeux, b

' iV/«fiM du Génie du ChrisUani

PRÉFACE

muHitnde de litres qui traitent de lliomme et de ses sentimeots , rendent habile sans expérience. On est détrompé sans avoif joui; il reste encore des désirs» et Ton n*a plus dIUusions. L'imagination est riche , abondante et merveilleuse; Texislence, pauvre, sèche et désenchantée. On habite, *avec un cœur plein, un monde ▼ide , et sans avoir osé de rien > on est désabusé de tout. « L'amertume que cet état de Tâme répand sur la vie est incroyable; le cœur se retourne et se replie en cent manières, pour employer des forces qu*il sent lui être inutiles. Les anciens ont peu connu cette inquiétude secrète, cette aigreur des passions étoufiées qui fermentent.toates ensemble : une grande existence politique, les jeux du gymnase et du champ de Mars, les aflairesdu forum et de la place publique, remplissoi^nt tous leurs moments , et ne laissoient aucune place aux ennuis du cœur.

« D'une antre part, ils n'étoient pas enclins aux] exagérations , aux espérances , aux craintes sans objet , à la mobilité des idées et des sentiments, à la perpétuelle inconstance, qui n*est qu'un dégoût constant, dispositions que nous acquérons dans la société intime des femmes. Les femmes, chez les peuples modernes, indépendamment de la passion qu'elles inspirent, influent encore sur tous les antres sentiments. £llcs ont dans leur existence uu certain abandon qu'elles font passer dans lanAlre; elles rendent notre caractère d'homme moins décidé; et nos passions, amollies par le mélange des leurs , prennent à la fois quelque chose d'incertain et de tendre....

« Il sulUroit de joindre quelques infortunes à cet état indéterminé des passions, pour qu'il pût servir de fond à un drame admirable. U est étonnant que les écrivains modernes n'aient pas encore songé à peindre cette singulière position de Tàme. Puisque pous manquons d'exemples, nous seroit-il permis de donner aux lecteurs un épisode extrait, comme Atala, de nos anciens Katchez? C'est la vie de ce jeune René , à qui Chactas a raconté son histoire, etc. etc. » ^

Page 1