‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 160 sur 170 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

DE Là

DÉFEJNSË DU GÉNIE DU CHRISTUNISME.

fi On a déjà fait remarquer la tendre sollicitude des critiques * pour la pureté de la religion ; on devoit donc s'attendre qu'ils se formaltseroient des deux éi>isodes que Tauteur a introduits dans son livre. Cette objection particulière rentre dans la grande objection qu'ils ont opposée à tout l'ouvrage , et elle se détruit par la réponse générale qu'on y a faite plus haut Encore une fois , Tanteur a dû combattre des poèmes et des romans hnpies , avec des poèmes et des romans pieux ; il s'est couvert des mêmes armes dont il voyoit Fennemi revêtu : c'étoit nne conséquence naturelle et nécessaire du genre d'apologie qu'il avoit choisi. 11 a cherché à donner l'exemple avec le précepte. Dans la partie théorique de son ouvrage , il avoit dit que la religion embellit notre existence , corrige les imssions sans les éteûidre , jette un in-

■ 11 s*agit ici des Phujosopbes uniquement*

térèt singulier sur tous les sujets où elle est employée ; il avoit dit que sa doctrine et son culte se mêlent merveilleusement aux émotions du comr et aux scènes de la natme ; qu'elle est enfin la seule ressource dans les grands malheurs de la vie : il ne sufiisoit pas d'avancer tout cela , il falloit encore le prouver. C'est ce que l'auteur a es* sayé de Aire dans les deux épisodes de son livre. Ces épisodes étoient en outre une amorce préparée à l'espèce de lecteurs pour qui l'ouvrage est spécialement écrit. L'auteur avoit-il donc si mal connu le cœur humain , lorsqu'il a tendu ce piège innocent aux incrédules? £t n'e&t-il pas probable que tel lecteur n'eût jamais ouvert le Génie du Christianisme, s'il n'y avoit cherché René et Atala?

Sai che là oorre il mondo dove plù vers! Délie sue dolcezze il losinger paroasso, E che *l verso , condito in molli vers! , I pfù schivi allettando , ha persuaso.

« Tout ce qu'un critique impartial qui veut entrer dans l'esprit de l'ouvrage étoit en droit d'exiger de l'auteur, c'est que les épisodes de cet ouvi-age eussent une tcn* dance visible à faire aimer la religion et à en démonh-er l'utilité. Or, la nécessité des dottres pour certains malheurs de la vie , et pour ceux-là même qui sont les plus grands , la puissance d'une religion qui peut seule fermer ' des plaies que tous les baumes de la terre ne sauraient guérir, ne sont-elles pas invinciblement prouvées dans l'histoire de René ? L'auteur y combat en outre le|ravers particulier des jeunes gens du siècle, le travA^ qui mène dii^eclement au suicide. Cest J. J. Rousseau qui introduisit le premier parmi nous ces rêveries si désastreuses et si coupables. En s'isolant des hommes , en s'abandonnant à ses songes , Il a fait croire à une foule de jeunes gens qu'il est beau de se jeter ainsi dans le vague de la vie. Le roman de Werther a dévelçppé depuis ce germe de poison. L'auteur du Génie du Christianisme, obligé de faire entrer dans le cadre de son Apologie quelques tableaux pour l'imagination , a voulu dénoncer cette espèce de^vice nouveau , et peindre les funestes conséquences de l'amour outré de la solitude. Les couvents offroient autrefois des retraites à ces âmes contemplatives que la nature appelle impérieusement aux méditations. Elles y tronvoient auprès de Dieu de quoi remplir le y ide qu'elles sentent en elles-mêmes, et souvent l'occasion d'exercer de rares et sublimes vertus. Mais, depuis la destruction des monastères et les progrès de fincrédulité, on doit s'attendre à voir se multiplier au milieu de la société ( comme il est arrivé en Angleterre ) , des espèces de solitaû^s tout à ]& fois passionnés et philosophes , qui , ne pouvant ni renoncer aux vices du siècle, ci aimer ce siècle, prendront la haine des hommes pour l'élévation du génie, renonceront à tout devoir divin et humain , se nouniront à l'écart des plus vaines chimères , et se plongeront de plus en plus dans une misanthropie orgueilleuse, qui les conduûti à la folie ou à la mort.

« Afm d'inspirer plus d'éloignement pour ces rêverirs criminelles , l'auteur a pensé qu'il devoit prendra la punition de René dans le cercle de ces malheurs éi)ouvantables qui appartiennent moins à Tindividu qu à la famille de l'homme, et que les anciens attribuoient à la latalité. L'auteur eût choisi le sii^^t de Phèdre s'il n'eût été traité

ÀTAU.

« par Radie. Une restait que oeliiid'Éroi^el de Tbjeite' « elles les Gfeci» ou d'Aoïnoael de Tbanar clies lea Hé- « brettx *;el, bien qu*ilaitéléaoisi transporté surnotie « aeène^, U efttleutefbie anoiiu OQBBa que eeitti de Phèdre. « PevMtre autsi s'appUque-t-il mieux aui earactères que « Tautaur a voulu peindre. Eo effet, lee foUeft rêveries de « Reaé eommeoceot le mal» et ses extravaguiees Taché- « vest : par les promièreaii ^e rimaglnation d'une foible N lii»uiie: par les derniàres y eo voulant attenter à ses jours, « il oblige eelte infortunée à se réunir à lui; ainsi le mal- « heur naît du aiget, et la punition sort de la faute.

« U ne restoil qu*à sanctifier, par le ChnsUaniame , cette « catastrophe empruntée à la fois de l'antiquité païenne et « de l'anliquilé sacrée. L'auteur, même alors » n'eut pas « tout à fjiire ; car il trouva cette histoire presque natura- « Usée chrétienne dans une >ietlle baUade de pèlerin , que « les paysans chantent encore dans plusieurs provinces ^. « Ce n'est pas par les maximes répandues dans un ouvra- « ge, mais par l'impression que cet ouvrage laisse au fond « de l'âme » q^ Ton doit juger de sa moralité. Or, la sorte « d'épouvante et de mystère qui règne dans l'épisode de « René serre et oontriste le cœur sans y exciter d'émotion a crhnhKlle. Il ne faut pas perdre de vue qu'Amélie meurt « heureuse et guérie, et que René finit misérablement. « Ainsi le vrai coupable est puni, tandis que sa trop foible R victime, remettant son Ame blessée entre les mains de « celui qui reloume le malade tur sa couche , sent re- « naître une joie inelEU>le du fond même des tristesses de « sou ceuir. Au resta, le discours du père Souél ne laisse « aucun doute sur le but et les moralités religieuses de « l'histoire de René. »

On voit, par le chapitre cité du Génie du Christiani$me, queUe espèce de passion nouvelle j'ai essayé de peindre; et, par l'extrait de la D^eme, quel vice non encore attaqué j'ai voulu combattre. J'ijoutarai que , quant au style , René a été revu avec autant de som q^*Atala , et qu'il a reçu le degré de perfection «ye je suis capable de lAi donner.

Page 1