AVERTISSEMENT
Les Aventures du dernier Ahemerage sont écrite» d«{iuU à pen près une vingtaine d'années : le portrait que j'ai tracé des iispagnals explique asseï pourquoi cette Nou- Telle n'a pu être imprimée sous le gouvernement impérial. La résistance des Espagnols à Buonaparte , d'un peuple désarmé à ce conquérant qui avoil vaincu les meilleurs soldats de l'Europe, exeitoit alors l'enthousiasme de tous las cœurs susceptibles d'être touchés par les grands dévouements et les nobles sacrifices. Les ruines de Saragosse fumoient encore , et la censure n'auroit pas permis des éloges où elle eût découvert , avec raison , un intérêt caché pour les vicllnfies. Lu peinture des vieilles mœurs de l'Europe » les souvenirs de la gloire d'un autre temps , et ceux de la cour d*un de nos plus brillants monarques , n'auroient pas été plus agréables à la censure , qui d'ailleurs commençoit à se repentir de m'avoir tant de fois laissé parler de Fanclenne monarchie et de la religion de nos pères : ces morts que j'évoquoia sans cesse faisoient trop penser aux vivants.
On place souvent dans les tableaux quelque personnage difforme pour faire ressortir la beauté des autres : dans cette Nouvelle, J*ai voulu peindre trois hommes d'un caractère également élevé, mais ne sortant point de la natore, et conservant, avec des passions, les moeurs et les préjugés même de leurs pays. Le caractère de la femme est aussi dessiné dans les mêmes proportions. Il faut au moins que le monde chimérique , quand on s'y transporte , nous dédommage du monde réel.
On s'apercevra facilement que cette rVonvelle est Pouvrage d'un homme qui a senti les diagrina de l'exil , et dont le cteur est tout à sa patrie.
Cest sur les lieux mêmes que j'ai pris, pour ainsi dire , les vues de Grenade, de l'Alhambra , et de cette mosquée transformée en église , qui n'est antre chose que la cathédrale de Cordooe. Ces descriptions sont donc nne espèce d'addition à ce passage de V Itinéraire :
« De Cadix , je me rendis k Cordooe : j'admirai la mos- «r quée qui fait aujourd'hui la cathédrale de cette ville. Je « parcourus l'ancienne Bétiqne, oA les poêles avoient placé « le bonheur. Je remontai juaqu'k Andqjar, et je revfais « sur mes pas pour voir Grenade. L'Alhambra me parut « digne d'être regardé, même après les temples de la Grèce. « La vallée de Grenade est délicieuse, et ressemble beau- « eoap à celle de Sparte : on conçoit que les Maures re- « ureûent on pareil paya. » ( Itinéraire, vu* et dernière partie.)
Il est souvent fait allusion dans cette Nouvelle à l'his-
toire des Zégris et des Abencerages; cette histoire est si connue qu'il m'a semblé superflu d'en donner un précis dans cet Avertissement. La Nouvelle d'ailleurs contient les détails suffisants pour l'intelligence du texte.
Lorsque Boabdil, dernier roi de Grenade, fut obligé d'abandonner le royaume de ses pères, il s'arrêta au sommet du mont Padul. De ce lieu élevé on découvroit la mer où l'infortuné monarque alloit s'embarquer pour l'Afrique ; on apercevoit aussi Grenade, la Véga et le Xénil, au bord duquel s'élevoient les tentes de Ferdinand et d'Isabelle. A ia vue de ce beau pays et des cyprès qui marquoient encore çà et là les tombeaux des musulmans, Boal>dil se prit ù verserdes larmes. La sultane AIxa, sa mère, qui Taccompagnoit dans son exil avec les grands qui com« jposoient jadis sa cour, lui dit : « Pleure mainte- « nant comme une femme un royaume que ta/ « n'as pas su défendre comme un homme. » Ils descendirent de la montagne, et Grenade disparut à leurs yeux pour toujours.
Les Maures d'Espagne, qui partagèrent le sort de leur roi, se dispersèrent en Afrique. Les tribus des Zégris et des Gomèles s'établirent dans le royaume de Fez, dont elles tiroient leur origine. Les Yanégas et les Alabés s'arrêtèrent sur la côte, depuis Oran Jusqu'à Alger; enfin les Abencerages se fixèrent dans les environs de Tunis. Ils formèrent , à la vue des ruines de Carthage, une colonie que l'on distingue encore aujourd'hui des Maures d'Afrique par i'élégance de set mœurs et la douceur de ses lois.
Ces femilles portèrent dans leur patrie nouvelle le souvenir de leur ancienne patrie. Le Paracb'ê de Grenade vivoit toujours dans leur mémoire; les mères en redisoient le nom aux enfants qui suçotent encore la mamelle. Elles les berçoient avec les romances des Zégris et des Abencerages. Tous les cinq Jours on prioit dans la mosquée , en
LES AVENTURES
86 tournant vers Grenade. Ou invoquoit Allah , aûn qu'il rendît à ses élus cette terre de délices. En vain le pays des Lotophages of&oit aux exilés ses fruits, ses eaux, sa verdure, sou brillant soleil; loin des Tours vermeilles ^^ il n*y a voit ni fruits agréables, ni fontaines limpides, ni fraîche verdure , ni soleil digne d'être regardé. Si Ton montroit à quelque banni les plaines de la Bagrada, il secouoit la tète, et s'écrioit en soupirant : « Grenade I »
Les Abencerages surtout conservoient le plus tendre et le plus fidèle souvenir de la. patrie. Ils avoient quitté avec un mortel regrette théâtre de leur gloire, et les bords qu*ils firent si souvent retentir de ce cri d'armes : « Honneur et Amour. » Ne pouvant plus lever la lance dans les déserts , ni se couvrir du casque dans une colonie de laboureurs, ils s'étoient consacrés à l'étude des simples, profession estimée , chez les Arabes, à i'é^l du métier des armes. Ainsi cette race de guerriers, qui jadis faisoitdesblessures,s*occupoit maintenant de l*art de les guérir. En cela , elle avoit retenu quelque chose de son premier génie , car les chevaliers pansoient souvent eux-mêmes les plaies de l'ennemi qu'ils avoient abattu.
La cabane de cette famille, qui Jadis eut des palais, n'étoit point placée dans le hameau des autres exilés , liu pied de la montagne du Mamelife; elle étoit bâtie parmi les débris mêmes de Garthage, au bord de la mer, dans l'endroit où saint Louis mourut sur la cendre , et où l'on voit aujourd'hui un ermitage mahométan. Aux murailles de la cabane étoient attachés des boucliers de peau de lion , qui portoient empreintes sur un champ d'azur deux figures de Sauvages brisant une ville avec une massue. Autour de cette devise ou lisoit ces mots : « C'est peu de chose f » armes et devise des Abencerages. Des lances ornées de pennons blancs et bleus, des alburnos, des casaques de satin tailladé , étoient rangés auprès des boucliers, et brilloient au milieu des cimeterres et des poignards. On voyoit encore suspendus çà et là des gantelets, des mors enrichis de pierreries, de larges étriers d'argent , de longues épées dont le fourreau avoit été brodé par les mains des princesses, et des éperons d'or que les Yseult, les Genièvre , les Oriane , chaussèrent jadis à de vaillants chevaliers.
Sur des tables , au pied de ces trophées de la gloire, étoient posés des trophées d'une vie paci-
I Tottn du pftltis de Grenade.
fique : c'étoient des plantes cueillies sur les sommets de l'Atlas et dans le désert de Zaara; plusieurs même avoient été apportées de la plaine de Grenade. Les unes étoient propres à soulager les maux du corps; les autres dévoient étendre leur pouvoir jusque sur les chagrins de l'âme. Les Abencerages estimoient surtout celles qui servolent à calmer les vains regrets, à dissiper les folles illusions^ et ces espérances de bonheur toujours naissantes, toujours déçues. Malheureusement ces simples avoient des vertus opposées, et souvent le parfum d'une fieur de la patrie étoit comme une espèce de poison pour les illustres bannis.
Vingt-quatre ans s'étoient écoulés depuis la prise de Grenade. Dans ce court espace de temps, quatorze Abencerages avoient péri par l'influence d'un nouveau climat, par les accidents d'une vie errante, et surtout par le chagrin, qui mine sourdement les forces de l'homme. Un seul rejeton étoit tout l'espoir de cette maison fameuse. Aben-Hamet portoit le nom de cet Abencerage qui fut accusé par les Zégris d*avoir séduit la sultane Alfaima. Il réunissoit en lui la beauté, la valeur, la courtoisie, la générosité de ses ancêtres , avec ce doux éclat et cette légère expression de tristesse que donne le malheur noblement supporté. Il n'avoit que vingt4eux ans lorsqu'il perdit son père; il résolut alors de faire un pèlerinage au pays de ses aïeux , afin de satisfaire au besoin de son cœur, et d'accomplir un dessein qu'il tsacha soigneusement à sa ipère.
Il s'embarque à l'échelle de Tunis; on vent favorable le conduit à Carthagène ; il descend du navire, et prend aussitôt la route de Grenade : il s'annonçoit comme un médecin arabe qui venoit herboriser parmi les rochers de la Sierra- Nevada. Une mule paisible le portoit lentement dans le pays où les Al>encerages voloient jadis sur de belliqueux coursiers : un guide marehoit eo avant, conduisant deux autres mules ornées de sonnettes et de touffes de laine de diverses couleurs. Aben-Hamet traversa les grandes bruyères et les bois de palmiers du royaume de Murcie : à la vieillesse de ces palmiers, il jugea qu'ils devoient avoir été plantés par ses pères , et son cœur fut pénétré de regrets. La s'élevolt une tour où veilloit la sentinelle au temps de la guerre des Maures et des chrétiens ; ici se montroit une ruine dont l'arehltecture ann<»içoit une origine mauresque ; autre si^et de douleur pour i'Abencerage !
DU DERNIER ABENGERAGE.
Il descendoit de sa mole , et, soub prétexte de chercher des plantes, il se caehoit un moment dans ces déhris pour donner un lihre coursa ses larmes. Il reprenoit ensuite sa route ; en rêvant au bruit des sonnettes de la caravane et au chant monotone de son guide. €elui*ci n^ioterrompoit sa longue romance que pour encourager ses mules, en leur donnant le nom de beUes et de valeureuses, ou pour lesgourmander, en les appelant parv^eu^^^ et obstinées.
Des troupeaux de moutons qu*un berger conduisoit comme une armée dans des plaines Jaunes et incultes, quelques voyageurs solitaires, loin de répandre la vie sur le chemin, ne servoient qu*à le fiiire parottre plus triste et plus désert. Ces voyageurs portoieot tous une épée à la ceinture : ils étoient enveloppés dans un manteau, et un large chapeau rabattu leur couvroit à demi le visage. Ils saluoient en passant Aben-Hamet, qui ne distinguoit dans ce noble salut que le nom de DieUy de Seigneur et de ChevaUer. Le soir, à la venta, rAbencerage prenoit sa place au milieu des étrangers , s^^ns être importuné de leur curiosité indiscrète. On ne lui parloit point, on ne le questionnoit point; son turban, sa robe, ses armes , n'excitoient aucun mouvement. Puisque Allah avoit voulu que les Maures d'Espagne perdissent leur belle patrie, Aben-Hamet ne pouvoit s'empêcher d'en estimer les graves conquérants. p<J}es émotions encore^ plus vives attendoient VAbencerage au terme de sa course. Grenade est bâtie au pied de la Sierra-Nevada, sur deux hautes collines que sépare une profonde vallée. Les maisoDS placées sur la pente des coteaux , dans l'enfoncement de la vallée, donnent à la ville Tair et la forme d'une grenade eutr'ou verte, d'où lui est venu son nom. Deux rivières, le Xéoil et le Douro, dont Tudc roule des paillettes d'or, et l'autre, des sables d'argent, lavent le pied des collines, se réunissent et serpentent ensuite au milieu d'une plaine charmante, appelée la Yéga. Cette plaine, que domine Grenade, est couverte de vignes , de grenadiers , de figuiers , de mûriers , d'orangers; elle est entourée par des montagnes d'une forme et d'une couleur admirables. Un ciel enchanté, un air pur et délicieux, portent dans l'âme une langueur secrète dont le voyageur qui ne fait que passer a même de la peine à se défendre. On sent que , dans ce pays , les tendres passions auroient promptement étouffé les passions héroïques I si l'amour, pour être véritable, n'a-
voit pas toujours besoin d'être accompagné de la gloire.
Lorsque Aben-Hamet découvrit le faite des premiers édifices de Grenade , le cœur lui battit avec tant de violence qu'il fut obligé d'arrêter sa mule. Il croisa les bras sur sa poitrine, et, les yeux attachés sur la ville sacrée, il resta muet et Immobile. Le guide s'arrêta à son tour, et comme tous les sentiments élevés sont aisément compris d'un Espagnol , il parut touché et devina que le Maure revoyoit son ancienne patrie. L'Abencerage rompit enfin le silence.
<i Guide , s'écria- t-il , sois heureux ! ne me cache « point la vérité, car le calme régnoit dans les « flots le Jour de ta naissance, et la lune entroit « dans son croissant. Quelles sont ces tours qui « brillent comme des étoiles au-dessus d'une verte «forêt?»
— « C'est i'Alhambra, » répondit le guide. *i Et cet autrechâteau , sur cette autre colline? » dit Aben-Hamet.
« C'est le Généralife , répliqua l'Espagnol. Il y « a dans ce château un jardin planté de myrtes « ou l'on prétend qu'Abencerage fut surpris avec « la sultane Alfalma. Plus loin vous voyez l'Al- « balzyn, et plus près de nous, les Tours yer- « meilles. •
Chaque mot du guide perçoit le coeur d' Aben- Hamet. Qu'il estcruel d'avoir recours àdes étrangers pour apprendre à connoltre les monuments de ses pères, et de se fiEûre, raconter par des indifférents l'histoire de sa famille et de ses amis ! Le guide, mettant fin aux réflexions d'Aben-Hamet, s*écria : « Marchons, seigneur Maure; marie chons. Dieu l'a voulu! Prenez courage. Fran- « çois !«' n'est-il pas aii^ourd'hui même prisonnier « dans notre Madrid? Dieu l'a voulu. » Il êta son chapeau , fit un grand signe de croix , et frappa ses mules. L'Abencerage , pressant la sienne à son tour, s'écria : « Cétoit écrit ' ; » et ils descendirent vers Grenade.
Ils passèrent près du gros frêne célèbre par le combat de Muça et du grand maître de Calatrava, sous le dernier roi de Grenade. Ils firent le tour de la promenade Alamelda, et pénétrèrent dans la cité par la porte d'Elvire. Ils remontèrent le Rambla, et arrivèrent bientêtsur une place qu'en-
> Expression que les musuhnaDS ont sans cesse à la bouche, et qa*Us appliquent à la plupart des événements de la vie.
LES AVENTURES
Tironnoient de toutes parts des maisons d'archir tecture moresque. Ud kan étoit ouvert sur cette place pour les Maures d'AfriquCi que le commerce de soies de la Yéga attiroit en foule à Grenade. Ce fut là que Te guide conduisit Aben*Hamet.
L'Abencerage étoit trop agité pour goûter un peu de repos dans sa nouvelle demeure ; la patrie le tourmentoit. Ne pouvant résister aux sentiments qui treublolent son cœur, il sortit au milieu de la nuit pour errer dans les rues de Grenade. Il essayoit de reconnoitre avec ses yeux ou ses mains quelques-uns des monuments que les vieillards lui avoient si souvent décrits. Peut-être que ce haut édifice dont il entrevoyoit les murs à travers les ténèbres étoit autrefois la demeure des Abencerages; peut-être étoit-ce sur cette place solitaire que se donnoient ces fêtes qui portèrent la gloire de Grenade Jusqu'aux nues. Là passoient les quadrilles superbement vêtus de brocards; là s'avançoient les galères chargées d'armes et de fleurs, les dragons qui lançoient des feux et qui recéloient dans leurs flancs d'illustres guerriers; Ingénieuses inventions du plaisir et de la galanterie.
Biais, hélas 1 au lieu du son des anafins , du bruit des trompettes et des chants d'amour , un silence profond régnoit autour d'Aben-Hamet. Cette ville muette avoit changé d'habitants, et les vainqueurs reposoient sur la couche des vaincus. « Ilsdorment donc, ces fiers Espagnols, > s'écrioit le jeune Ifaure indigné , « sous ces toits dont ils « ont exilé mes aïeux I Et moi, Abencerage , Je fi veille inconnu, solitaire, délaissé, à la porte « du palais de mes pères! »
Aben-Hamet réfléchissoit alors sur les destinées humaines, sur les vicissitudes de la fortune, sur la chute des empires, sur cette Grenade enfin, surprise par ses ennemis au milieu des plaisirs, et changeant tout à coup ses guirlandes de fleurs contre des chaînes ; il lui sembloit voir ses citoyens abandonnant leurs foyers en habite de iéte , comme des convives qui , dans le désordre de leur parure, sont tout à coup chassés de la salle du ft«tin par un incendie. . Toutes ces images, toutes ces pensées , se pressoient dans l'âme d'Aben-Hâmet ; plein de douleur et de regret, il songeoit surtout à exécuter le projet qui Ta volt amené à Grenade : le Jour le surprit. L' Abencerage s*étolt égaré : il se trouvoit loin du kan, dans un faubourg écarté de la ville. Tout dormolt ; aucun bruit ne troubloit le silence des rues ; les portes et les fenêtres des maisons
étoient fermées : sentement la voix eu ooq pro« elamoit dans rhabitetion du pauvre le retour des peines et des travaux.
Après avoir erré longtemps sans pouvoir retrouver sa route, Aben-Hamet entendit uneporto s'ouvrir. Il vit sortir une Jeune femme, vêtue à peu près comme ces rehies gothiques sculptées sur les monumente de nos anciennes abbayes. Son corset noir, garni de Jais, serroit satailleéléganto; son Jupon court, étrc^t et sans plis, déooavroll une Jambe fine et un pied charmant ; une mantille également noire étoit Jetée sur sa tête : elle tsnoit avec sa main gauche cette mantille croisée et fermée comme une guimpe au-dessous de son menton, de sorte que l'on n'aperoevoit de tout son visage que ses grands yeux et sa bondie de ross. Une duègne acoompagnoit ses pas ; un page por« toit devant elle un livre d'église; deux varlelSy parés de ses couleurs , suivolent à quelque distance la belle inconnue : elle se rendoit à la prière matinale, que les tintemente d'une clochA aonm* çoient dans un monastère voisin.
Aben-Hamet crut voir l'ange Israfll ou la phis Jeune des houris. L'Espagnole , non iwAnu surprise, regardoit l' Abencerage, dont le turban, la robe et les armes, embellissoient encore la no* ble figure. Revenue de son premier étonnement, elle fit signe à l'étranger de s'approcher avec une grâce et une liberté partieulières aux femmes de ce pays. « Seigneur Maure, lui dit-die, vous « paroissez nouvellement arrivé à Grenade : vous « seriez-vous égaré? »
« Sultene des fleurs, répondit Aben-Hamet, « délices des yeux des hommes, 6 esclave efaré- « tienne, plus belle que les vierges de la Géorgie, « tu l'as deviné) Je suis étranger dans cette ville : < perdu au milieu de ces palais, Je n'ai pu retrou* « ver le kan des Maures. Que Mahomet touche « ton cœur et récompense ton hospitalité 1 »
« Les Maures sont renommés pour leur galon- « terie, » reprit TEspagoole avec le j^us doux sourire ; « mais Je ne suis ni sultene des fleurs , ni «esclave, ni contente d'être recommandée à « Mahomet. Suives-moi, seigneur chevalier; Je « vais vous reconduire au kan des Maures. »
Elle marcha légèrement devant l'Abencerage, le mena Jusqu'à la porte du kan, le lui montra de la main , passa derrière un palais, et disparut.
A quoi tient donc le repos delà vie! La patrie n'occupe plus seuto et tout entière Tâme d'Aben- Hamet : Grenade a cessé d'être pour lui déserte,