VOYAGE DE JÉRUSALEM
Je m'occupai pendant quelques heuresà crayon* ner des notes sur les lieux que Je venois de voir ; manière de vivre que je suivis tout le temps que Je demeurai à Jérusalem, courant le Jour et écrivant la nuit. Le père procureur entra chez moi le 7 octobre de très-grand matin ; il m'apprit la suite des démêlés du pacha et du père gardien. Nous convînmes de ce que nous avions à foire. On envoya mes firmans à Abdallah. Il s'emporta, cria, menaça, et finit cependant par exiger des religieux une somme un peu moina considérable. Je regrette bien de ne pouvoir donner la copie d'une lettre écrite par le père Bonaventure de Nola à M. le général Sébastiani ; Je tiens cette copie du père Bonaventure lui-même. On y verroit, avec l'histoire du pacha, des choses aussi honorables pour la France que pour M. le général Sébastiani. Hais Je ne pourrois publier cette Jettre sans la permission de celui à qui elle est écrite, et malheureusement l'absence du général m'ôte tout moyen d'obtenir cette permission.
Il felloit tout le désir que J'avois d'être utile aux pères de Terre-Sainte pour m'occuper d'autre chose que de visiter le Saint-Sépulcre. Je sortis du couvent le même Jour, à neuf heures du matin, accompagné de deux religieux, d'un drogman, de mon domestique et d'un Janissaire. Je
I On m** oontéqa*an Anglols, babillé en Afabe, étolt allé •Mil, deux oo trois fois, de lénisalem à la mer Morte. Cela est très-posslMe^jet Je crois méoM qae fon eoart molos da risques ainsi qa*aTec une escorte de dix oa donxe hornowi.
ITINÉBAIRE
me rendis à pied à l'ëgtise qui renferme le tombeau de Jésus-Christ.
Tous les voyageurs ont décrit cette église , la plus vénérable de la terre, soit que l'on pense en philosophe ou en chrétien. Ici J*éprouve un véritable eml>arras. Dois-je offrir la peinture exacte des lieux saints? Hais alors Je ne puis que répéter ce que l'on a dit avant mol : Jamais sujet ne fût peut-être moins connu des lecteurs modernes, et toutefois Jamais sujet ne fUt plus complètement épuisé. Doisge omettre le tableau de ces lieux sacrés? Mais ne sera-ce pas enlever la partie la plus essentielle de mon voyage, et en faire dlsparoltre ce qui en est et la fin et le but? Après avoir balancé longtemps , Je me suis déterminé à décrire les principales stations de Jérusalem , par les considérations suivantes :
i<* Personne ne lit aujimird'bui les anciens pèlerinages à Jérusalem ; et ce qui est très-usé paroitra vraisemblablement tout neuf à la plupart des lecteurs;
2* L'église du Saint-Sépulcre n'existe plus; elle a été incendiée de fond en comble depuis mon retour de Judée ; Je suis , pour ainsi dire , le dernier voyageur qui l'ait vue ; et J'en serai par cette raison même le dernier historien.
Mais comme Je n'ai point la prétention de refaire un tableau déjà très-bien fait, Je profiterai des travaux de mes devanciers, prenant soin Seulement de les éclaircir par des observations.
Pak*mi ces travaux , j'aurois choisi de préférence ceux des voyageurs protestauts, à causç de l'esprit du siècle : nous sommes toujours prêts à rejeter aujourd'hui ce que nous croyons sortir d'une source trop religieuse. Malheureusement Je n'ai rien trouvé de satisfaisant sur le Saint- Sépulcre dans Pococke, Shaw, Maundrell, Hasselquist et quelques autres.
Les savants et les voyageurs qui ont écrit en htin touchant les antiquités de Jérusalem , tels que Adamannus, Bède, Brocard, Willibaldus, Breydenbàcb , Sanut , Ludolpbe , Reland ' , Andrichomius, Quaresmius, Baumgarten^ Fureri, Bochart, Arias^MontanuSyBeuwich, bese, Gotovic* , m'obligeroient à des traductions qui, eu | dernier résultat, n'apprendroient rien de nouveau au lecteur^. Je m^en suis donc tenu aux
I Son ouvrage t PaUttina ex monumenUê verieribut illus' «Vf» , Ml un MfMste d*éilidlUoa.
* Sa dMcrlpUon da Salnl-Sépalere va J«Ha*à domwr «a •rttier Ici bymoei que toi pèMoa ehaotoint à obaque tto- Uott.
* Il y a anul une descripUoo de lérasalem en arménien.
voyageurs françois ' ; et parmi ces dcmien, j'ai préféré la description du Saint-Sépulcre par Ik»hayes; voici pourquoi :
Belon (1550), assez célèbre d'ailleurs comme naturaliste, dit à peine un mot du Saint-Sépulcre : son style en outre a trop vieilli. D'antres auteurs , plus anciens encore que lui , ou ses oontemporains, tels que Cachemois [1490), Re* gnault (1522], Salignac (1522),leBuen (U2â], Gassot ( 1536], Benaud (1548), Poste! (1653)) Giraudet (1575), se servent également d'une langue trop éloignée de ceÏÏe que nous parlons'.
Villamont ( 1588] se noie dans les détails, et il n*a ni méthode ni critique. Le père Bouchtr (1610) est si pieusement exagéré, qu*ll est inpossible de le citer. Bernard (1616) écrit a\ec assez de sagesse , quoiqu'il n eût que vingt aos i répoque de son voyage ; mais 11 est diffus, plat et obscur. Le père Pacifique (1623) est vulgaire et sa narration est trop abrégée. Monconys(164;) ne s'occupe que de recettes de médecine. Doobdan (1651) est clair, savant, très-digne d'être consulté , mais long et sm'et à s'appesantir svr les petites choses. Le frère Boger ( 1659 ), attaché pendant cinq années au service des lieux saints, a de la science, de la critique, nnstjje vif et animé : sa description du Saint-Sépakre est trop longue; c'est ce qui ma Ta fait exdore. Thévenot (1656), un de nos voyageurs les ploi connus, a parfaitement parlé de Téglise de Salât- Sauveur ; et j'engage les lecteurs à consulter son ouvrage (Voyage au Levant , chapitre xxuxji mais U ne s'éloigne guère de Deshayes. U pèi« Mau, Jésuite (1674) Joignit à la coonoissaoca des langues de l'Orient l'avantage d'accomplir le voyage de Jérusalem avec la marquis de Noiotelf notre am^msadeur à Constantinople, et le Q)éme à qui nous devons las premiers deaiiQi d'Athènes : c'est bien dommage que le savaot Jésuite soit d'une intolérabki prolixité- La lettre du père Neretf dans les Lettres éd\fiantei^ eil
et une aatrè en gm OMiderM : fat vu la deratèis. \M^ cripUoM trèt-wctemwtf waMM eeUet de Ssauit ^ I*"^ pbe . de Brocard , de Breydenbàcb , de Vl'ilUbaldus oa Gui|l||^ bBOd, d*Adaniannas, on platôt d*àreolfe, et du ▼énéraw Bédé, font Ottrlmsei, pane 4|ii*en lee lUaat OB peot^ ^
changeipeDts survenos depuis a Péglise du Saint-SépufcWt nsAla elles Mfolent Innttlei ^mai àa nontamait ''^^'''^^
» De Vert, en espi^Mi »t Uèensopcii, el F»»*»*!?*; clair. Zaallardo, eQ Italien , est confti» el vague. Ww*! *" Vallée est ehArnant , à causé de la gvéot pactieuMie dsiw style et de «es aiogulièrcs «venUres , maU il ne iait poim m* torîté. . „^,
> OoUques-ani dit 0» «■tsvsQOldffit en Muante* d*ancieniies versions françoiscs de leurs ouvrages.
DE PARIS A JÉRUSALEM
exoellente^de tout point; mais elle omet trop de choses. J*en dis autant de du Loiret de la Roqpt ^1M8). Quant aux voyageurs tout à fait modernes, MuUer, Yanzow, Korte Bscheider, Ma- TlU , Yolney , Niebuhr, Brôwn , ils se taisent presque entîèreinent sur les saints lieux.
Deshayes (1621), envoyé par Louis XIÏI en Plslestioe, m'a donc paru mériter qu'on s'attachit à son récit :
!• Parce que les Turcs s'empressèrent de montrer atXHQdèaies Jérusalem à cet ambassadeur, et qo*il seroit entré Jusque dans la mosquée du Temple 8*il ravoit voulu ;
1* Parce qu'il est si clair et si précis dans le styk un peu vieilli de son secrétaire , que Paul I^cas Va copié mot à mot, sans avertir du plagiat, selon sa coutume ; ' s* Parce que d'Anville , et c'est la raison pémiptoire, a pris la carte de Deshayes pour l'objet d'âne dissertation qui est peut-être le chefd'œmrre de notre célèbre géographe'. Deshayes va nous doimer ainsi le matériel de l'église du Wnt-Sépulcre : J'y Joindrai ensuite mes observatloiis\ *
« Le Saint-Sépulcre et la plupart des saints Keox sont servis par des<eligieux cordeliers qui y sont envoyés de trois ans en trois ans ; et, enœre qu'il y en ait de toutes nations , ils passent néanmoins tous pour François , ou pour Ténitieiis, et ne subsistent que parce qu'ils sont sous la protection du roi. D y a près de soixante ans qu'ils demeuroient hors de la ville, sur le mont de Sion, au même lieu où NoCre^îgneur fit la Gène avec ses apôtres ; raolslenr église ayant été convertie en mosquée, ils ont toujours depuis demeuré dans la ville sur le mont Giron , où est leur couvent que l'on appelle Saint' Sauveur. C'est où leur gardien demeure avec le corps de la famille , qui pourvoit de religieux en tous les lieux de la Terreh Sainte où il est l)esoin qu'il y en ait.
• L'église du Saint-Sépulcre n'est éloignée de ^ ce couvent que de deux cents pas. Elle com- « prend le Saint-Sépulcre, le mont Calvaire, et m plosieurs autres lieux saints. Ce fut sainte Hé-
• Cieioft fo|ÉBk» éA lâYsat M. dé Silnte^ïraixl. La dJtitor- MiOpdffd'AnvUle porte te pom de Di$$eriuiiont9r CéUnâuê ik rameienme Jérusalem. Elle est fort rare, mais Je la donne
* Jcn'sipolDtrnletédaiMleaoQtea àlafindavolimieootte tene dtAtkm'dè OeshAyes, parce ^a*e11e est trop ImporiMi.elqtfs to^ iMptoemmit nadvolt ewvlte Iniolellii^ ce qse je dia mol-inéiiie de régUse du Saint-Sépulcre.
ft lène qui en fit bâtir une partie pour couvrir le « Saint-Sépulcre; mais les princes chrétiens qui « vinrent après , la firent augmenter pour y com- « prendre le mont Calvaire, qui n'est qu'à cin- « quante pas du Saint-Sépulcre.
« Anciennement le mont Calvaire étoit hors de « la ville , ainsi que je l'ai déjà dit : c'étoit le lieu « où Ton exécutoit les criminels condamnés à « mort ; et, afin que tout le peuple y pût assister, « il y avoit une grande place entre le mont et Ja < muraille de la ville. Le reste du mont étoit en- « vlronné de Jardins, d<Mit l'un appartenoit à « Joseph d^Ârimathie , disciple secret de Jésus- « Christ, où il avoit fait faire un sépulcre pour « lui, dans lequel fut mis le corps de Notre*$ei- « gneur. La coutume parmi les Juifs n'étoit pas « d'enterrer les corps connue nous faisons en « chrétienté. Chacun , selon ses moyens, faisoit « pratiquer dans quelque roche une forme de « petit cabinet où l'on mettoit le corps que l'on « étendoit sur une table du rocher même; et puis « on refermoit ce lieu avec une pierre que l'on « mettoit devant la porte , qui n'a voit d'ordinaire « que quatre pieds de haut.
« L'Église du Saint-Sépulcre est fort hrrégu- « Hère; car l'on s'est assujetti aux lieux que Ton « vouloit enfermer dédans. Elle est à peu près « faite en croix, ayant six-vingts pas de long, « sans compter la descente de Tlovention de la « sainte Croix , et soixante et dix de large. Il y a « trois dômes , dont celui qui couvre le Saint-Sé- «1 pulcre sert de nef à l'église. Il a trente pas de « diamètre , et est ouvert par en haut comme la « rotonde de Rome. Il est vrai qu'il n'y a point « de voûte : la couverture en est soutenue seole- « ment par de grands chevrons de cèdre, qui « ont été apportés du mont Liban. L'on entroit « autrefois en cette église par trois portes ; mais « ai\}ourd'hui il n'y en a plus qu'une , dont leç «Turcs gardent soigneusement les clefs, do « crainte que les pèlerins n*y entrent sans payer « les neuf sequins , où trente-six livres , à quoi « ils sont taxé ; j*entends ceuxs qui viennent de « chrétienté, car pour les chrétiens sujets du « Grand Seigneur, ils n'en payent pas la moitié. « Cette porte est toujours fermée, et il n'y a « qu'une petite fenêtre traversée d'un barreau de « fer, par où ceux de dehors donnent des vivres « à ceux qui sont dedans | lesquels sont de huit « nations différentes.
« La première est celle des Latins ou Romains
qae représentent les religieux cordeliers. Ils gardent le Saint-Sépnlcre ; le tien du mont Calvaire où Notre-Seîgneur fut attaché à la croix; Tendroitoù la sainte croix fut trouvée, la pierre de Vonction, et la chapelle où Notre-Selgneur apparut à la Vierge après sa résurrection. « La seconde nation est celle des Grecs, qui ont le chœur de Téglise, où ils officient, au milieu duquel il y a un petit cercle de marbre , dont ils estiment que le centre soit le milieu de la terre.
« La troisième nation est celle des Abissins; ils tiennent la chapelle où est la colonne d*/m-
« La quatrième nation est celle des Gophtes, qui sont les chrétiens d*Égypte; ils ont un petit oratoire proche du Saint-Sépulcre.
< La cinquième est celle des Arméniens; ils ont la chapelle de Sahite-Hélène, et celle où les habits de Motre-Seigneur furent partagés et Joués.
« La sixième nation est celle des Nestoriens ou Jacobites , qui sont venus de Chaldée et de Syrie; ils ont une petite chapelle proche du lieu où Notre-Seigneur apparut à la Madeleine^ en forme de Jardinier, qui pour cela est appelée la Chapelle de la Madeleine.
« La septième nation est celle des Géorgiens , qui habitent entre la mer Majeure et la mer Caspienne; ils tiennent le lieu du mont Calvaire où fut dressée la croix , et la prison où demeura Notre-Seigneur, en attendant que l'on eût fait le trou pour la placer.
« La huitième nation est celle des Maronites, qui habitent le mont Liban ; ils reconnoissent le pape comme nous faisons.
• Chaque nation, outre ces lieux que tous ceux qui sont dedans peuvent visiter, a encore quelque endroit particulier dans les voûtes et dans les coins de cette église qui lui sert de retraite , et où elle fait Tofflce selon son usage ; car les prêtres et religieux qui y entrent demeurent d'ordinaire deux mois sans en sortir. Jusqu'à ce que du couvent qu'ils ont dans 4a ville l'on y en envoie d'autres pour servir en leur place. Il serait malaisé d'y demeurer longuement sans être malade , parce qu'il y a fort peu d'air, et que les voûtes et les murailles rendent une fraîcheur assez malsaine : néanmoins nous y trouvâmes un bon ermite , qui a pris l'habit de saint François, qui y a demeuré vingt ans sans en sortir, encore
ITUSÉRAi»B
• qu'il y ait tellement à travailler, pour entretenir « deux cents lampes , et pour nettoyer et parer « tous les lieux saints , qu'il ne sauroit reposer « plus de quatre heures par Jour.
« En entrant dans Tégiise, on rencontre la « pierre de Vonclion , sur laquelle le corps de No- •t tre-Seigncur fut ohit de myrrhe etd'aloèsa^ant « que d'être mis dans le sépulcre. Qaelqoes-Qis « disent qu'elle est du même rocher du mont Cal* « vaire, et les autres tiennent qu'elle fut appor- « tée dans ce lieu par Joseph et Nioodème , disd- ^ « pies secrets de Jésus-Christ , qui lui rendiratt
• ce pieux office, et qu'elle tire sur le vert Qwj « qu'il en soit, à cause de l'indiscrétion de q«l' « ques pèlerins qui la rompoient , l'on a étéeon* « tralnt de la couvrir de marbre blanc et de Fcd-
• tourer d'un petit balustre de fer, de peorqie « l'on ne marche dessus. Elle a huit pieds mofau « trois pouces de long, et deux pieds moins n « pouce de large , et au-dessus il y a hait iampei « qui brûlent conthiuellement.
« Le Saint-Sépulcre est à trente pas de eetts « pierre , Justement au milieu du grand dame « dont J'ai parlé : c'ast comme un petit cabinet « qui a été creusé et pratiqué dans une rocbe « vive, à la pointe du ciseau. La porte qui re- « garde l'orient n'a que quatre pieds de Mt « et deux et un quart de lai^e , de sorte qo*!! « se faut grandement baisser pour y entrer. « Le dedans du sépulcre est presque carré. lia « six pieds moins un pouce de long , et six piedf « moins deux pouces de large ; et, depuis le ta « Jusqu'à la voûte , huit pieds un pouce. Il y a « une table solide de la même pierre qui M « laissée en creusant le reste. Elle a deur pieds
< quatre pouces et demi de haut , et contient la « moitié du sépulcre ; car elle a six pieds moine « un pouce de long , et deux pieds deux tiers et « demi de large. Ce fut sur cette table que le « corps de Notre-Seigneur fût mis, ayant la tête « vers l'occident et les pieds à l'orient : mais, à « cause de hi superstitieuse dévotion des Orien- «( taux, qui croient qu'ayant laissé leurs cheveux « sur cette pierre, Dieu ne les abaodonneroit ja* « mais; et aussi parce que les pèlerins en rom-
< poient des morceaux , l'on a été contraint delà ft couvrir de marbre blanc sur lequel on célèbre « aujourd'hui la messe : il y a continuellement « quarante^atre lampes qui brûlent dans ee « saint lieu; et afin d'en faire exhaler la Aimée i « l'on a fait trois trous à la voûte. Le ddiors du
DE PARIS A JERUSALEM
• sépolcre est aussi revCtu de tables de marbre « etde ploslenrs colonnes, avec un d6me au-
• dessus.
« A Ventrée de -la porte da sépulcre, il y a
• une pierre d'un pied et demi en carré, et rele- « \ée d'an pied, qui est du même roc, laquelle
• servoit pour appuyer la grosse pierre qui bou-
- dmit la porte du sépulcre ; c'étoit sur cette pierre « qQ*étmt range lorsqu'il parla aux Maries; et «tanlàeause de ce mystère que pour ne pasen-
- trer d*abord dans le Saint-Sépulcre, les pre- « miers chrétiens firent une petite chapelle au « devant, qui est appelée la Chapelle de VAnge.
« A douze pas du Saint -Sépulcre, en tirant « vers le septentrion, l'on rencontre une grande « pierre de marbre gris, qui peut avoir quatre « i^eds de diamètre, que l'on a mise làpourmar- « quer le lieu où Notre-Seigneur se fit voir à la « Madeleine, en forme de jardinier.
« Plus avant est la chapelle de TApparition , où « Ton tient par tradition que Notre-Seigneur ap-
• parut premièrement à la Vierge, après sa résur-
• rection. Cest le lieu où les religieux cordeliers
• font leur office, et où ils se retirent : car de là « Ib entrent en des chambres qui n'ont point « d'antre issue que par cette chapelle.
• Continuant à faire le tour de l'église , Ton
• trouve une petite, chapelle voûtée, qui a sept « pieds de long et six de large, que l'on appelle
• sntrement la Prison de Notre-Seigneur^ parce
■ qull fot mis dans ce lieu en attendant que Ton « eût &it le trou pour planter la croix. Cette cha- « pelle est à Topposite du mont Calvaire \ de sorte « que ees deux lieux sont comme la croisée de « l'église; car le mont est au midi et la chapelle « au septentrion.
« Assez proche de là est une autre chapelle de
• einq pasde long et de trois de lai^e, qui est au « même lieu où Motre-Seigneur fiit dépouillé par m les soldats avant que d'être attaché à ia croix , « et où ses vêtements furent Joués et partagés.
« En sortant de cette chapelle, on rencontre à
■ main gauche an grand escalier qui perce la « muraille de l'église pour descendre dans une « espèce de cave qui est creusée dans le roc. Après « avoir descendu trente marches , il y a une cha-
• pelle, à main gauche, que Ton appelle vulgai- « rement la Chapelle Sainte- Hélène ^ à cause « qn'die étoit là en prière pendant qu'elle faisoit « chercher la sainte croix. L'on descend encore •onze marches jusqu'à l'endroit où elle fût trou-
vée avec les clous, la couronne d'éphies et le fer de la lance, qui avoient été cachés en ce lieu plus de trois cents ans.
« Proche du haut de ce degré , en tirant vers le mont Calvaire , est une chapelle qui a quatre pas de long et deux et demi de large, sous l'autel de laquelle l'on voit une colonne de marbre gris, marqueté de taches noires, qui a deux pieds de haut et un de diamètre. Elle est appelée la Colonne d'Impropere, parce que l'on y fit asseoir Notre-Seigneur pour le couronner d*éplnes.
« L'on rencontre à dix pas de cette chapelle un petit degré fort étroit, dont les marches sont de bois au commencement et de pierre à la fin. Il y en a vingt en tout, par lesquelles on va sur le mont Calvaire. Ce lieu , qui étoit autrefois si ignominieux , ayant été sanctifié par le sang de Notre-Seigneur, les premiers chrétiens en eurent un soin particulier ; et, après avoir ôté toutes les immondices et toute la terre qui étoit dessus , ils l'enfermèrent de murailles : de sorte que c'est à présent comme une chapelle haute , qui est enclose dans cette grande église. Elle est revêtue de marbre par dedans , et séparée en deux par une arcade. Ce qui est vers le septentrion est l'endroit où Notre-Sei« gneur fut attaché à la croix. Il y a toujours trente-deux lampes ardentes qui sont entrete nues par les cordeliers, qui célèbrent aussi tous les jours la messe en ce saint lieu.
« En l'autre partie , qui est au midi, fut plantée la sainte croix. On voit encore le trou qui est creusé dans le roc environ un pied et demi, outre la terre qui étoit dessus. Le lieu où étoient les croix des deux larrons est proche de là. Celle du bon larron étoit au septentrion et Tautre au midi ; de manière que le premier étoit à la main droite de Notre-Seigneur, qui avoit la face tournée vers l'occident, et le dos du cûté de Jérusalem, qui étoit à l'orient. Il y a contiDuellement cinquante lampes ardentes pour honorer oe saint lieu.
« Au-dessous de cette chapelle sont les sépultures de Godefroy de Bouillon et de Baudouin son frère , où on lit ces inscriptions :
HIC liCer INCLYTC8 DUX GODKFBIDCS DE
BUUON » QUI TOT AH UTAM TEREAI AO
QCISlTrr CULTVI CHRlSTfANO, CCJOS ANIMA
EfiCRET CCH CBROTO KMSX
ITINÉaAIBE
REX B4LIKJI!fV8y ItTIIAS ALTEE HACBABBCSy fpes PATBIf, VICOR BOCLSSLE, TIRTl» miCflQCE,
oom fOAMmABAiiTy cm mwa nnoTA nâSBAirr
CEDAI ET JECTPTCfty BAV AC — Ittà BAMAIOM.
noB souml in mmoo cLAcmraa boc tvhoia'.^
« Le mont d» Calvaire est la deroière etatlon f de r^iie dn Saint-Sépulere; car à vi^ pas • da là r^ reoGoatra la pian» de V^eH», qui « est Justemeot à l'eniréa da r^^Usa. 9
Dashayes ayant atnsi déeitt par ordre ks alattoDS datant de lieux Ténérablas, il ne me resta à présent qu'à montrer rensemUe de oes iknx aux lecteurs.
Qa Yoit d'abord que l'élise du Saint-Sépulcre se compose de trois églises : celle du Saint- Sépulcre , celle du Calvaire et celle de Tlnvention de la sainte croix.
L^égiise proprement dite du Satnt-Sépulcre est bâtie dans la vallée du mont Calvaire , et sur le terrain où Ton sait que Jésus-Christ fut enseveli. Cette église forme une croix ; la chapelle même du Saint-Sépulcre n'est en efifet que la grande nef de l'édifice : elle est circulaire comme le Panthéon à Rome , et ne reçoit le Jour que par nn dôme au-dessous duquel se trouve le Saint- Sépnlcre. Seize colonnes de marbre ornent le pourtour de cette rotonde j elles soutiennent , en décrivant dix-sept arcades, une galerie supérieure, également composée de seize colonnes et de dix-sept arcades , plus petites que les colonnes et les arcades qui les portent. Des niches correspondantes aux arcades s'élèvent au-dessus de la frise de la dernière galerie, et le dôme prend sa naissance sur Tare de ces niches. Celles-ci étoient autrefois décorées de mosaïques représentant les douze apôtres, sainte Hélène, Tempereur Constantin y et trois autres portraits inconnus.
Le chœur de l'église du Saint-Sépulcre est à l'orient delà nef du tombeau : il est double comme dans les anciennes basiliques, c*est-à-dlre qu'il a d'abord une enceinte avec des stalles pour les prêtres, ensuite un sanctuaire reculé et élevé de deux degrés au-dessus du premier. Autour de ce double sanctuaire régnent les ailes du chœur ; et dans ces ailes sont placées les chapelles décrites par Deshayes.
Cest aussi dans Taile droite, derrière le chœur, que s'ouvrent les deux escaliers qui conduisent, l'un à l'église du Calvaire , l'autre à l'église de
' Outre en deux tomlMaiix od co volt qnalra ratra à moitié brliés. Sur unile cci k>mbe«iz ou Ut encore, mais avec beaucoup de peine , une épllaphe rapportée par Cotovie.
llnvention de la sainte croix : le premier monte à la cime do Calvaire ; le second descend sous le Calvaire même; en effet la croix fut élevée m le sommet du Golgptha, et retrouvée was cette montagne. Ainsi , pour nous résumer, l'église do Saint-Sépulcre est bAtie au pied du Calvaire : elle touche par sa partie orientale & ce monticole soi|s lequel et sur lç(|pel on a bâti deux aotra églises, qpi tiennent par des n^upiilles et des escaliers voûtés au principal monument.
L'architecture de l'église est évidemment dv siècle de Constantin : Tordre corinthieo donlDe partout. Les piliers sont lourds ou maigres, et leur diamètre est presque toujours sans proportia avec leur hauteur. Quelques colonnes accouplèa qui portent la frise du chœur sont toatefois d'm assez bon style. L*église étant haute et développée , les comidxes se profilent à roeil avec ma de grandeur ; mais comme depuis environ soixaste ans on a surbaissé l*arcade qui sépare le ebonr de la nef, le rayon horizontal est brisé , et l'on ne jouit plus de Tensemble de la voûte.
L'église n'a point de péristyle : 00 entrt par deux portes latérales ; il n'y en a plus qu'une d'ouverte. Ainsi le monument ne paroit pas avoir eu de décorations extérieures. Il est masqué d'ailleurs par les masures et par les couvents {rocs qui sont accolés aux murailles.
Le petit monument de marbre qui couvre le Saint-Sépulcre a la forme d'un es^a&lqoe oné d'arceaux demi-gothiques engagés dans les e6tés-pleins de ce catafalque : il s'élève élégamment sous le dûme qui Téclaire; mais il est gâté par une chapelle massive que les Arméniens oat obtenu la permission de bâtir à Tune de ses extrémités. L'intérieur du catafalque offre un tombeau de marbre blanc fort simple y appuyé d'an côté an mur du monument , et servant d'autel aux religieux catholiques : c'est le tombeau de Jésus-Christ.
L'origine de l'église du Saint-Sépulcre est dW haute antiquité. L'auteur de VEpitome des gue^ res sacrées { Epitome bellorum sacrorum) pwtend que , quarante-six ans après la destruction de Jérusalem par Vespasien et Titus , les chrétiens obtinrent d*Adrien la permission de bâtir, ou plutôt de rebâtir un temple sur le tombeau de leur Dieu , et d'enfermer dans la nouvelle dtc les autres lieux révérés des chrétiens. Il lyoute que ce temple fut agrandi et réparé par Hélène , mère de ConsUntin. Quaresmius combat cette opi-
DE PAfaS A JÉBUSALEM.
Bios, « pavot qoê , dtt-U^ Im fldèief » juMpi'au rè- « gae de GonstantiB , n'eureat pas la permission « d'élever de pareils temples. « Le savant religieux oéblia qa'avant la persécutioa de DioclétieD les dirétieBS poesédafant de nombreuses églises et cêtâMoient publiquement leurs mjrstères. Lactanee al fiusèbe vantent à cette éppque la riehew et la Iwnfaenr des fldèlas.
Dantns auteurs dignes de foi, Sozomène, dans ksecaod liTredasanAû^Vv; saint Jérôpoe, dans ats Jb/ftvM à Paulin et à ^fOn î Séyèra, livre u ; JOccphorei Uvre xviii ; et £asèbe , dans )a Vie de ûmsio^Hn, nous apprennent qu^ les païens cBtBoaèraMt d'un mur les saiuU lieux; qu'ils é|e* vècettt 9fpr le lKHn|)aei| de Jésus-Ct^'ist un(B statue à Jupiter, et une autre statueà Vénus sor le Çal- ^rire^ qa'Ua coosaprèrsnt un ^is 4 Adonis sur Je beraan dn Sauveur. Ces ^moigpages démoptr^it ^if-yf^ l'antiquité dv vr^ culte à Jérnaalem par la profanation même dies lieux sacrés,
tion de Tempereur Argyropiie , permit aux fidèles d'enfermer les saints lieux dans un monument nouveau. Mais comme à l'époque du r(^;ne de Hakem les chrétiens de Jérusalem n'étolent n{ assez riches, ni assez habiles pour ))Atir l'édiflce qoi couvre anjourd'hui le Calvaire '; comme, malgré un passage très^qspec^ dp Guillaume de Tyr, rien n'Indique que les qcoisés aient Ihit construire à Jérusalem «ine é^iiae du Saln^S^lcre, Il est probable que l'église fondée par Constantin a toHJours subsisté tell# qu'elle est , du moins quant aux omndlles dn bâtiment. JU seule inqpeetion de l'architecture de ce )»Atimeiit fulBfoit pour démontrer la vérité de ce que J'avance.
l^ croisé^ s'étaat emparas de Jérusalem, le 1 6 Juillet 1099 , arrachènnit kt tïmibeau de Jésua- Cbr^ des mains des if^^les. Il demeaia quatreyi^gt-hult am sous la puissance des suoeesseucs de Godefroy de Boi^llon. Lorwpi^ Jérusalem retom)^ sous le joug rausnbnan , les Syriens ra-
et proufeot que les cbr^ns avoleiit 4es sanc- chetèrent i prjx d'or Féglis^ du SainlrSépulae, tvalies dans c^ lieux '. ] et d^ mpine* vinrent défeqdre avec leurs prières
des lieux inutilement confiés aux armes des rois :
Quoi qu'il eu soit, la fondation de l'église du
Saint-Sépolcre remopte au moins au règne de
Constantin : il nous reste une lettre de ce prince ,
qm oadooae à Uacaire,.évèque de Jérusalem,
d*ékver une église sur le lieu où s'accomplit le
grsnd mystèfe du salut. Eusèbe nous a conservé
tttte lettre. Léyèqpte de Césarée fait ensuite la
descriptioa de Téglise nouvelle, dont la dédicace
dura boit Jours. Si le récit d'Eusèbe avoit besoin
d'être appuyé par des témoignages étrangers , on
aoroit eeux da Cyrille, évéque à^ Jérusalem
{Caiéch. 1-10-13), de Théodoret, et même de \
r/iiménUf^ de fiordeauap à Jérusalem^ en 333 : :
Iàidem,jussu Constantini imperatoris, basi-
Mcafaetaesimirœpulchritudinis.
Cette église fût ravagée par Cosroës II, roi de
Ferae, environ trois siècles après qu'elle eut été
bâtie par Constantin. Héraclius reconquit la vraie
croix , et Modeste , évéque de Jérusalem , rétablit
réglise du Saint-Sépulcre. Quelque temps après,
la calife Omar s'empara de Jérusalem; mais il
btea aux chrétiens le libre exercice de leur
ealte. Vers l'an 1009 , Hequem ou Hakem, qui
r^noit en Egypte, porta la désolation au tom-
taui de Jésus^rist. Le^ uns veulent que la mère
de ce prince , qui étoit chrétienne , ait fait encore
relever les murs de l'église id>attue ; les autres
diant que le fila du eaNfe d'Egypte , À la solllcita-
* Vojnale deuiiènw MteoiR de nntrodaolioii.
c'est ainsi qu'à travers mille révolutions la foi des premiers chrétiens nous ayoit conservé un temple qu'il étoit donné à notre siècle de VQir périr.
Les premiers voyageurs étoient bien heureux ; ils n'étolent point obligés d'entrer dans toutes ces critiques : premièrement, parce qu'ils trou • volent dans leurs lecteurs la religion qui ne dispute jamais avec la vérité; secondement, parce que tout le mQn4e léloil persuadé que le seul moyen de voir uji pays tel qu'il est, c'est de le voir avec ses traditions et ses souvenirs. C'est en effet la Bible et l'Évangile à la main que l'on doit parcourir la Terre-Sainte. Si l'on veut y porter un esprit de contention et de chicane, la Judée ne vaut pas la peine qu'on l'aille chercher si loin. Que diroit-on d'un homme qui, parcourant la Grèce et l'Italie, ne s'occuperoit qu'à contredire Homère et Virgile? Voilà pourtant comme on voyage aujourd'hui : effet sensible de notre amour-propre , qui veut nous faire passer pour habiles en nous rendant dédaigneux.
Les lecteurs chrétiens demanderont peut-être à présent quels furent les sentiments que J'éprou* val en entrant dans ce lieu redoutable ; Je ne puis réellement le dire. Tant de choses se présentoient
I On prétend que Blarie , fonme de Hakem et mère da potttwm calife, en fit les frUs, et quVne fat aidée dam eetle wJwMii enlranriie par fiontlaiitto MiMMSiftiMW
rriNÉBÀIRE
à la fois à mon esprit , qae Je ne m*arrètois à ancane idée particaiière. Je restai près d'une demiheure à genoux dans la petite chambre du Saint- Sépulcre, les regards attachés sur la pierre sans pouvoir les en arracher. L'un des deux religieux qui me oonduisoient demeuroit prosterné auprès de moi, le front sur le nuurbre; l'autre, l'Évangile à la main, me lisoit à la lueur des lampes les passages relatib au saint tombeau. Entre chaque verset il rédtoit une prière : Domine Jesu Christe^ qui in hora diei vespertina de eruee deposiius, *in brachiis duicissimœ Mairit iuœ reciinaiusJuisH, horaque uUima in hoc son- . cdssimo monutnento corpus tuum examine contuUsiif etc. Tout ce que Je puis assurer, c'est qu'à la vue de ce sépulcre trlompliant Je ne sentis que ma foiblesse; et quand mon guide s'écria ayec saint Paul : Vbi est, Mors, Victoria tua? Ubi est Mors, stimulus tuusP Je prêtai l'oreille, comme si la Mort ailoit répondre qu'elle étoit vaincue et enchaînée dans ce monument
Nous parcourûmes les stations Jusqu'au sommet du Qilvaire. Où trouver dans l'antiquité rien d'aussi touchant, rien d'aussi merveilleux que les dernières scènes de TÉvangile? Ce ne sont point ici les aventures bizarres d'une divinité étrangère à l'humanité : c'est l'histoire la plus pathétique , histoire qai non-seulement fait couler des larmes par sa beauté, mais dont les conséquences, appliquées à l'univers, ont changé la face de la terre. Je venois de visiter les monuments de la Grèce, et J'étois encore tout rempli de leur grandeur ; mais qu'ils avoient été loin de m'inspirer œ que J'éprouvols à la vue des lieux saints I
L'église du Saint-Sépulcre, composée de plusieurs églises, bâtie sur un terrain inégal , éclairée par une multitude de lampes , est singulièrement mystérieuse; il y règne une obscurité favorable à la piété et au recueillement de l'âme. Les prêtres chrétiens des différentes sectes habitent les différentes parties de l'édifice. Du haut des arcades, où ils se sont nichés comme des colombes , du fond des chapelles et des souterrains, ils font entendre leurs cantiques à toutes les heures du Jour et de la nuit ; l'orgue du religieux latin, les cymbales du prêtre abyssin, la Toix du caloyer grec , la prière du solitaire arménien, l'espèce de plainte du moine cophte, frappent tour à tour ou tout à la fois votre oreille ; vous «e saves d'où partent ces concerts^ vous
respIrezrodenrderencenssansapereevoirhmiiB qui le brûle : seulement vous voya passer, s^eo* foncer derrière des colonnes, se perdre dans To» bre du temple , le pontife qui va célâMrer ks plu redoutables mystères aux lieux mêmes où Ibie sont accomplis.
Je ne sortis point de l'enceinte ncrée m m'arrêter aux monuments de Godefroy et de Baudouin : ils font face à la porte de l'église , et snt appuyés contre le mur du choeur. Je sslaii ki cendres de ces rds chevaliers qui méritmt à reposer près du grand sépulcre qu'ils avoiest délivré. Ces cendres sont des cendres firançoiseï, d les seules qui soient ensevelies À l'ombre dti» beau de Jésua<3iri8t. Qud titre d'homworpov ma patrie!
Je retournai au couvent à once heorei, etfei sortis de nouveau à midi pour suivre la Té douloureuse .* on appelle ainsi le chemin qnep courut le Sauveur du monde en se rendant dek maison de Pihte au Calvaire.
La maison de Pilate* est une ruine d'oi Foi
découvre le vaste emplacement du temple ée
Salomon et la mosquée bâtie sur œt m^ ment.
Jésns^Ihrist ayant été battu de verges, eoironné d'épines , et revêtu d'une casaque de povpre , fût présenté aux Juifb par Pilate : It» Homo, s'écria le Juge ; et Ton voit encore la ^ nêtre d'où il prononça ces paroles mémorabki Selon la tradition latine à Jérusalem, la onronne de Jésus-Christ fût prise sur l'arbre épineeXf lycium spinosum. Mais le savant botaniste Htf* selquist croit qu'on employa pour cette tooms le nabka des Arabes. La raison qu'il en doott mérite d'être rapportée :
« Il y a toute apparence , dit l'auteur, que b nabka fournit la couronne que l'on mit sor ii tête de Notre-Selgneur : il est commun dm l'Orient. On ne ponvoit choisir une plante pl0 propre à cet usage, car elle est armée dépiquants ; ses branches sont souples et pliantes, ^ sa feuille est d'un vert foncé comme cdle di lierre. Peut-être les ennemis de Jésus4]ltirist choisirent-ils , pour écouter l'insulte au diâtiment une plante approchante de celle dont on se servoit pour couronner les empereurs et hi généraux d'armée. •
* Le cioavenear de lérutalcM deneoMlt nUxtkk àm celle maboo , mais on D*y loge plus que •« cbeTiU pt(* lee débris. Yoyex riDtfodncUoa, MW te vMléd« tndllM religicoMi à iénisatem.
DE PABIS A JÉRUSALEM.
tJae aalre tnditfcm ocmserve à Jérusalem la ■enlenoe prononcée par Pilate contre ie Sauveur dn monde :
JeMUM Nazarenumy subversorem geniis, cmttmfÊonm CœsariM^ et faUum Mesnam, ui m^^omai «ws çenUs U$iimanio ffobaium est, éÊieUeûdcamwmmseupplicH tœum, eteum in bttUriis reffim mq/estaiU in medio dttorum iatnmmm enci i^yU/iie. I, Ueior, expeéU cruces.
A cnt vingt pas de l'are de VEcce Homo, on à gandie, les mines d'une église con niiIrefUs à Notre-Dame des Douleurs. Ce lot dans cet endroit que Blarie, chassée d'abord par tas gpides, lencmitra son Fils chai^ de la eroU. Ce Cdt n'est point rapporté dans les Évan« gilci; mais fl est cm généralement sur Fautorité de saint EonlfiM» et de saint Anselme. Saint Bonilbce dit que la Vierge toml» comme demimotte, €ft qu'elle ne put pnwonoer un seul mot : ffee wràmn dieere potuit. Saint Anselme assure qae le Cbrist la salua par ces mots : Salve, MoÈer! Conune on retrouve Marie au pied de la cniix % ce récit des Pères n'a rien que de trèsprainbie ; la foi ne s'iqn^ose point à ces traditions : cilct montrent à qnd point la merveilleuse et su- Unie histoire de la Passion s'est gravée dans la mémoire des iiommes. Dix*huit siècles écoulés , dn penéentions sans fin , des révolntions éternelles, des mines toujours croissantes , n'ont pu cfbecr on cacher la trace d'une mère qui vint pleurar iur son fils.
CInqaante pas plus loin nous tronvimes l'endroft oà Simon le Gyrénéen aida Jésus-Christ à porter sa croix.
• GoBune ils le menoient à lamort, ils prirent « on Imouiie de Cyrène, appelé Simm, qui « rercnolt des champs, et le chargèrent de la • croix, la kdfUsant porter après Jésus*. »
Ici le chemin qui se dirigeoit est et ou st fidt m eoode et tourne au nord; Je Tis à main droite le Heu on se tenait Lazare le pauvre, et en fiice, de rantre cAté de la rae, la maison du mauvais
• U y avolt un homme riche qui étoit vêtu de
• pampre et de Un, et qui se traitoit magniflque-
• flMnt tons les Jours.
« Il y avoit aussi un pauvre appelé La%are , « font couvert d'ulcères, couché à sa porte , qui « tAt bien voulu se rassasier des miettes qui
'lAOTLOfr
GaAItAUmiAHBii — TOm IV.
« txmiboient de ht table du riche; mais personne « ne lui en donnoit , et les chiens venoient lui « lécher ses plaies.
« Or, il arriva que le pauvre mourut, et fut « emporté par les anges dans le sein d'Abraham. « Le riche mourat aussi , et eut l'enfer pour se- « pulcre. »
Saint Chryso9t6me, saint Ambroise et saint Cyrille ont cra que l'histoire du Lazare et du mauvais riche n'étoit point une simple parabole, mais un fait réel et connu. Les Juifis même nous ont conservé le nom du mauvais riche , qu'ils appellent Nabal.
Après avoir passé la maison du mauvais riche, on tourne à droite, et l'on reprend la direction du couchant A rentrée de cette rue qui monte au Calvaire , le Christ rencontra les saintes femmes qui pleuroient.
« Or, il étoit suivi d'une grande multitude de
« peupleetdefemmesquisefrappoient la poitrine « et qui le pleuroient
« Mais Jésus se tournant vers elles leur dit : « Filles de Jérusalem , ne pleurez pas sur moi , « mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos en- « iants'. »
A cent dix pas de là on montrç l'emplacement de la maison de Véronique, et le lieu où cette pieuse femme essuya le visqge du Sauveur. Le {Nremier nom de cette femme étoit Bérénice ; il fut changé dans la suite en celui de Vera^Icon , vraie Image , par la transposition de deux lettres : en outre , hi transmutation du 6 en v est très-fréquente dans les langues anciennes.
Après avoir fait une centaine de pas on trouve la porte Judiciaire : c'étoit la porte par où sortoient les criminels qu'on exécutoit sur le Golgotha. I^ Golgotha , ai^ourd'hui renfermé dans la nouvellecité, étoit hors de Tenceinte de randenne Jérusalem.
De la porte Judiciaire au haut du Calvaire on compte à peu près deux cents pas : là se termine la Voie Douloureuse , qui peut avoir en tout un mille de longueur. Nous avons vu que le Calvaire est maintenant compris dans l'église du Saint- Sépulcre. Si ceux qui lisent la Passion dans l'Évangile sont frappés d'une sainte tristesse et d'une admiration profonde, qu'est-ce donc que d'en suivre les scènes au pied de la montagne de Sion, à la vue du temple, et dans les murs mêmes de Jérusalem!
■ Saint Loc
ITINÉRAIRE
Après la description de la Vole Doaloareose et de régllsc du Saint-Sépulcre , je ne dirai qu'un mot des autres lieux de dévotion que l'on trouve dans l'enceinte de la ville. Je me contenterai de les nommer dans Tordre où Je les ai parcourus pendant mon séjour à Jérusalem.
1° La maison d'Anne le pontife, prèi de la porte de David, au pied du mont Sion, en dedans du mur de la ville : les Arméniens possèdent l'église bâtie sur les ruines de cette maison.
2» Le lieu de l'apparition du Sauveur à Marie- Madeleine , Marie mère de Jacques , et Marie Salomé, entre le château et la porte du mont
Sion.
8® La maison de Simon lépharisien. Madeleine y confessa ses erreurs. C'est une église totalement ruinée, à l'orient de la ville.
4» Le monastère de sainte Anne , mère de la sainte Vierge ; et la grotte de la Conception imniaculée,sous l'églisedumonastère. Ce monastère est converti en mosquée, mais on y entre pour quelques médius. Sous les rois chrétiens, il étoit habité par des religieuses. Il n'est pas loin de la
maison de Simon.
5» La prison de saint Pierre , près du Calvaire. Ce sont de vieilles murailles où l'on montre des crampons de fer.
6^ La maison de Zébédée , assez près de la prisondesaint Pierre, grande église qui appartient
au patriarche grec.
?• La maison de Marie, mère de Jean-Marc, où saint Pierre se retira lorsqu'il eut été délivré par l'ange. C'est une église desservie par les
Syriens.
8" Le lieu du martyre de saint Jacques te Majeur. C'est le couvent des Arméniens. L'église en est fort riche et fort élégante. Je parlerai bientôt du patriarche Hrménien.
Le lecteur a maintenant sous les yeux le tableau oompletdesmonumentschrétiensdansJérusaiem.
Nous allons à présent visiter les dehors de la ville
sainte.
J'avois employé deux heures à parcourir à pied la Voie Douloureuse. J'eus soin chaque Jour de revoir ce chemin sacré ainsi que l'église du Calvaire, afin qu'aucune circonstance essentielle n'échappât à ma mémoire. Il étoit donc deux heures quand j'achevai, le 7 octobre, ma première revue des saints lieux. Je montai alors à cheval avec Ali-Aga, le drogman Michel et mes domestiques. Nous sortîmes par la porte de Jaffa pour faire le
tour complet de Jérusalem. Noos étions couverts d'armes , habillés à la françolse, et très-déddés à ne souffrir aucune insulte. On voit qtie les temps sont bien changés , grâce au renom de nos iv^ toires : car rambassadenr Deshayes , sons Limii XIII , eut toutes les peines du monde à obtenir la permission d'entrer à Jérusalem avecsonépée.
Nous tournâmes à gaudie en sortantdela porte. delaville;nonsnuirehâmesau midi,etnoa8pii* sâmes la piscine de Bersàbée, fessé large et profond, mais sans eau; ensuite nous gravlous ti montagne de Sion , dont une partie se trouve bm de Jérusalem.
Je suppose que ce nom de Skin réveille dnsla mémoire des lecteurs un grand souvenir ; filis sont curieux de connottre cette montagne si mj* térieuse dans rÉeritnre, si célèbre dims io cU' tiques de Salomon ; cette montagne objet d» bé* nédletions ou des larmes des prophètes, et M Racine a soupiré les malheurs.
C'est un monticule d'un aspect Jaunâtre et Ké* rile , ouvert en forme de croissant du eôté de Je* rusalem , à peu prèsde la hauteur de Montmait», mais plus arrondi au sommet. Ce sommet wst est marqué par trois monuments ou plat6t psr trois ruines : la nmisonde Caiphe, leSaintGéMcle , et le tombeau ou le palais de David. Dq bint de la montagne vous voyez au midi la vallée ée Ben-Hinnon , par delà cette vallée le Champ du Sang acheté des trente deniers de Judas, lemool du Mauvais-Conseil, les tombeaux des jQges,el tout le désert vers Habron et Bethléem. Ao nord le mur de Jérusalem , qui passe sur la eime de Sion, vous empêche de voir la ville; celle-ci ts toujours en s*inclinant vers la vallée de Josaphat.
La maison de Caîphe est aujourd'hui une église desservie par les Arméniens ; le tombeau de Dr vid est une petite salle Toutée , où Ton trosTC trois sépulcres de pierres noirâtres; le Saint*Cénadeest une mosquée et un hôpital turc : c'étoicat autrefois une église el un monastère occupés ptf les pères de Terre-Sainte. Ce dernier sanctuaire est également fameux dans Tancien et dans le nouveau Testament : David y bâtit son palais et son tombeau ; il y garda pendant trois moiartr* che d'alliance ; Jcsus-Christ y fit la dernière pâ» que , et y institua le sacrement d'Eucharistie; il y apparut à ses disciples le Jour de sa résoirec^ tion ; le Saint-Esprit y descendit sur les apôtres. Le Saint-Cénacle devint le premier temple chrétien que le monde ait vu ; saint Jacques le Mi-
*y ftit eonsa^ premier ëvéque de Jérasalem,
ctsidat Pierrey tint le premier concile de l'Église ;
enftn ce fàt de ce lieu qae les apAtres partirent ,
pati^Tcs d niû , pour monter sur tons les trdnes
de la terre: Doeeteomnes génies!
L'L'storien Josèphe nous a laissé une descriptioD magnifique du palais et du tombeau de Da- Tid. Benjamin de Tudèle Mt au sujet de ce tombcM on conte aases curieux (s).
Bb descendant de la montagne de Sion du côté éi levant, nous arrivâmes À la vallée, à la fontaine et^& la piscine de Sfloé , où Jésus-Christ rendit te vue à raveugle. La fontaine sort d'un rocher; ^He eoale en silence , eum silentio^ selon le témoignage de Jérémie , ce qui contredit un passage de saint Jérilme; elle a une espèce de flux et de re- Ikix , tantAI versant ses eaux comme la fontaine de Vandose, tantôt les retenant et les laissant à peine esoler. Les lévites répandoient Teau de KM sur l'autel à la fête des Tabernacles, en dastaat : Haurietis aquas in gaudio de fontihus Saitatoris. Milton invoque cette source, au comoienoement de son poème , au lieu de la fonlatoeGasIidie:
OrIfSlon-hllI
DHiiiht thM noN, and Slloa*» brook that flow'd FiHl hy Ibe onde of God , etc. ;
tcaox TCfsque Delilie a magniflquement rendus :
Toi doDC cpd célébrant les merveilles des cieax, PioMla Mo de riiéUooo an vol audacieux; Soll qoe , te retenant sous ses palmiers antiques , anrec plaisir répèle tes canUques ;
Soit que , chantant le Jour où Dieu donna sa loi , Le Sina soas tes pieds tressaille encor d'effroi ; Sait que pré» du saint lieu d*où partent ses orades Les flots du Slloé te disent ses miracles :
sainte, soutiens mon roi présomptueux!
uns racontent que cette fontaine sortit tout à coup de la terre pour apaiser la soif dlsale lorsque ce prophète ftit scié en deux avec une scie de Iwb par Tordre de Manassès ; les autres prétendent qu*on la vit paroftre sous le règne d'Ézéchias, dont nous avons Tadmirable cantique :
rai vu mes tristes Journées Dédlner vers leur penchant ! etc.
Selon Josèphe, cette source miraculeuse couhtt poar Tarmée de Titus , et refusoit ses eaux aux Juifs coupables. La piscine, ou plutôt les deux piscines du même nom sont tout auprès de la source. Elles servent aujourd'hui à laver le %age eomme autrefois , et nous y vîmes des fem-
HKs qui nous dirent des injures en s*enfuyant.
t'ean de la fontaine est saumàtre et assez désa-
gréable au goût ; on s'y baigne les yeux en mémoire du miracle de Faveugle^né.
Près de là on montre l'endroit où le prophète Isale subit le supplice dont J'ai parlé. On y voit aussi village un appelé 5t7oan ; au pied de ce village est une autre fontaine que 4'Écriture nomme Aogel: en face de cette fontaine, au pied de la montagne de Sion , se trouve une troisième fontaine qui porte le nom de Marie. On croit que la Vierge y venoit chercher de Teàu ; comme les filles de Laban au puits dont Jacob ôta la pierre : Ecce Raehelveniebat eum ovibuspatris sui, 0/^. La fontaine de la Vierge mêle ses eaux à celles de la fontaine de Siloê.
Ici , comme le remarque saint Jérôme , on est à la racine du mont Moria sous les murs du temple , à peu près en face de la porte Sterquilinaire. Nous avançâmes Jusqu'à l'angle oriental du mur de la ville, et nous entrâmes dans la vallé de Josaphat. Elle court du nord au midi , entre la montagne des Oliviers et le mont Moria. Le torrent de Gédron passe au milieu. Ce torrent est à sec une partie de Tannée; dans les orages ou dans les printemps pluvieux il roule une eau rougie.
La vallée de Josaphat est encore appelée dans l'Ecriture vallée de Savé, vallée du Roi, vallée de Melchisédeeh '. Ce fîit dans la vallée de Melchisédech que le roi de Sodome chercha Abraham pour le féliciter de la victoire remportée sur les cinq rois.MolochetBéelphégorfurentadorés dans cette même vallée. Elle prit dans la suite le nom de Josaphat, parce que le roi de ce nom y fit élever son tombeau. La vallée de Josaphat semble avoir toujours servi de cimetière à Jérusalem ; on y rencontre les monuments des siècles les plus reculés et des temps les plus modernes : les Juilb viennent y mourir des quatre parties du monde ; un étranger leur vend au poids de l'or un peu de terre pour couvrir leurs corps dans le champ de leurs aieux. Les cèdres dont Salomon planta cette vallée ' , Tombre du temple dont elle étoit couverte, le torrent qui la traversoit ', les cantiques de deuil que David y composa , les lamen-
' Sur tout cela il y a différentes opinions. La vallée do Roi pourroit bien être vers les montagnes du Jourdain , et cette position couTlendroit même davantage à Thistoire d'Al>rabaro.
> Josèphe raconte que Salomon fit couvrir de cèdres les monta(Knes de la Judée.
* Cédron est un mot liébreu qui signifie noirceur et tristesse. On observe quMl y a faute dans Tévangile de saint Jean, qui nomme ce torrent, Torrent de» Cèdres, L*erreur vient d'un oméga, écrit au lieu d'un omicron : xÉdpaiv, au Heu de xé$pov.
ITIiNERAIRE
tatioos que Jérémie y fit entendre , la rendoient propre à la tristesse et à la paix des tombeaux. En commençant sa Passion dans ce lien solitaire , Jésus-Christ le consacra de nouveau aux doul«irs : ce David innocent y versa , pour effacer nos crimes, les larmes que le David coupable y répandit pour expier ses propres erreurs. Il y a peu de noms qui réveillent dans l'imagination des pensées à la fois plus touchantes et plus formidables que celui de la vallée de Josaphat : vallée si pleine de mystères que , selon le prophète Joël , tous les hommes y doivent oomparottre un jour devant le juge redoutable : Congregabo omnes génies , et deducam eas in vallem Josaphat, et disceptabo cum eis ibi. « Il est raisonnable , dit le père « Nau , que Thonneur de Jésus-Christ soit réfMiré « publiquement dans le lieu où il lui a été ravi « par tant d opprobres et dlgnominies, et qu'il « juge justement les hommes où ils Tout jugé si « injustement. »
L*aspect de la vallée de Josaphat est désolé : le côté occidental est une haute Cidaise de craie qui soutient les murs gothiques de la ville, audessus desquels on aperçoit Jérusalem ; le c6té oriental est formé par le mont des Oliviers et par la montagne du Scandale, mons Qffensionis, ainsi nommée de Tidolâtrie de Salomon. Ces deux montagnes, qui se touchent, sont presque nues et'd'une couleur rouge et sombre : sur leurs flancs déserts on voit çà et là quelques vignes noires et brûlées , quelques bouquets d'oliviers sauvages, des friches couvertes d'hysope, des chapelles, des oratoires et des mosquées en ruine. Au fond de la vallée on découvre un pont d'une seule arche , jeté sur la ravine du torrent de Cédron. Les pierres du cimetière des Juifs se montrent comme un amas de débris au pied de la montagne du Scandale, sous le village arabe de Siloan : on a peine à distinguer les masures de ce village des sépulcres dont elles sont environnées. Trois monuments antiques , les tombeaux de Zacharie , de Josaphat et d'Absalon , se font remarquer dans ce champ de destruction. A la tristesse de Jérusalem , dont il ne s'élève aucune fumée, dont il ne sort aucun bruit ; à la solitude des montagnes où Ton n'aperçoit pas un être vivant ; au désordre de toutes ces tombes fracassées , brisées , demiouvertes, on diroit que la trompette du jugement s'est déjà fait entendre, et que les morts vont se lever dan^ la vallée de Josaphat.
Au bord même , et presque à là naissance du
orr ent de Cédron, nous entrâmes dans k Jar« din des Oliviers; il appartient aux pères latins, qui l*ont acheté de leurs propres deniers : ooy voit huit gros oliviers d'une extrême décrépituâe. L'olivier est pour ainsi dire immortel , parce qn'il renaît de sa souche : on oonservoit dans la dtadeile d'Athènes un olivier dont l'origine remontoit à la fondation de la ville. Les oliviers do ja^ din dece nom à Jérusalem sontan moins dn temps du Bas-Empire ; en voici la preuve : en Torqnie, tout olivier trouvé debout par les mosulnaiii, lorsqu'ils envahirent l'Asie, ne paie quHmivdin au fisc , tandis que l'olivier planté depûli conquête doit au Grand Seigneur la moitié èsn fruits ' ; or les huit oliviers dont nous parioai ne sont taxés qu'à huit médius. i
Nous descendîmes de cheval à l'entrée de ce ' jardin , pour visiter à pied les Stations delà ondtagne. Le village de Gethsémani étoit à qoelip distance du jardin des Oliviers. On le eonfini avyourd'huiavec ce jardin, commele remarquent Th^venot et Roger.
Nous entrâmes d'abord dans le sépulcre de ta Viei^. C'est une église souterraine où I'od descend par cinquante degrés assez beaux : elle est partagée entre toutes les sectes dirétienoes: les Turcs même ont un oratoire dans ce lien; les catholiques possèdent le tombeau de Marie. Qwique la Vierge ne soit pas morte à Jérusalem, elie fut (selon i*opinion de plusieurs Pères) minesleusement ensevelie à Gethsémani par les apMrcs. Ëuthymius raconte l'histoire de ces mervôileoses funérailles. Saint Thomas ayant fait oaTrir le cercueil , on n'y trouva plus qu'une robcTi^ ginale , simple et pauvre vêtement de cette leiM de gloire que les anges avoient enlevée aox cieuL Les tombea\ix de saint Joseph , de saint Joadùa et de sainte Anne se voient aussi dans cette é^ souterraine.
Sortis du sépulcre de la Vierge , nous allânes voir, dans le jardin des Oliviers, la grotte où le Sauveur répandit une sueur de sang , en pronoDçant ces paroles : Pater, sipassibUe est, transe» a me calix iste.
Cette grotte est irrégulière ; on y a pratiq»* des autels. A quelques pas en dehors on voit I» place où Judas trahit son maître par un baiser. A quelle espèce de douleur Jésus-Christ consentit
' Cette loi est anni abnrde que la plopart da *'^^*j^ en Turquie : chose bliarre d'éparssner le valoco aa mon»» de la conquête, lorsque ta violenoe^eut amener mU""'*' et d*accabier le ao^Jet co picine paix!
DE PARIS A JÉRUSALEM
à descendre ! Il éprouva ces affircQx dégoûts de la Tie qae la yertu même a de la peine à surmonter. Et à rinstaot où un ange est obligé de sortir iii dd pour soutenir la Divinité défoillante sous k&rdcandes misères de Thomme , cette divinité Bûsérkordiease est trahie par l'homme (6) I
En quittant la grotte du Calice d'amertume ,
et gravissant un chemin tortueux semé de cail-
loQXy le drogman nous arrêta près d'une roche
d*oà Ton prétend que Jésus-Christ regarda la
Tifie eoopable en pleurant sur la désolation pro-
ebaine de Sion. Baronius observe que Titus
planta ses tentes à rendroit même où le Sauveur
avoit prédit la ruine de Jérusalem. Doubdan,
qoi comlnt cette opinion sans citer Baronius,
croit que la sixième légion romaine campa au
sommet de la montagne des Oliviers, et non pas
sor le penchant de la montagne. Cette critique
est trop sévère , et la remarque de Baronius n'en
est ni moins l>elle ni moins juste (7).
De la roche de la Prédiction nous montâmes a des grottes qui sont à la droite du chemin; On les appelle les Tombeaux des Ptvphètes; elles ji*oot rien de remarquable , et l'on ne sait trop de quels prophètes elles peuvent garder les cendres.
Un peu au-dessus de ces grottes nous trouvâone espèce de citerne composée de douze ar- : ce fut là que les apôtres composèrent le premier symbole de notre croyance. Tandis que le monde entier adoroit à la face du soleil mille diviiûtés honteuses, douze pécheurs, cachés dans les entrailles de la terre , dressoient la profession de foi du genre humain, et reconnoissoîent Funlté du Dieu créateur de ces astres à la lumière desquels on n'osoit encore proclamer son existence. Si quelque Romain de la cour d'Auguste, passant auprès de ce souterrain, eût aperçu les douze Juifs qui composoient cette œuvre sublime , quel mépris il eût témoigné pour cette tnmpe superstitieuse! Avec quel dédain il eût parié de ces premiers fidèles! Et pourtant ils niloient renverser les temples de ce Romain, détruire la religicm de ses pères, changer les lois, la politique, la morale, la raison, et jusqu'aux pensées des hommes. Nedése^rons donc jamais do saint des peuples. Les chrétiens gémissent aujourd'hui sur la tiédeur de la foi : qui sait si Dieu n'a point planté dans une aire inconnue le grain de sénevé qui doit multiplier dans les champs? '^^(-étre cet espoir de salut est-il sous nos yeux
sans que nous nous y arrêtions'; peut*étre nous parolt-il aussi absurde que ridicule. Mais qui auroit Jamais pu croire à la folie de la Croix?
On monte encore un peu plus haut, et l'on ren. contre les ruines ou plutôt l'emplacement désert d'une cliapelle : une tradition constante enseigne que Jésus-Christ récita dans cet endroit YOrai* son dominicale.
« Un jour, comme il étoit en prière en un certain « lieu, après qu'il eut cessé de prier, un de ses dis» « ciples lui dit : Seigneur, apprenez-nous à prier, « ainsi que Jean l'a appris à ses disciples.
« Et il leur dit : Lorsque vous prierez, di- « tes : Père, que votre nom soit sanctifié, etc. ■ »
Ainsi furent composées presque au même lieu la profession de foi de tous les hommes et la prière de tous les hommes.
A trente pas de là, en tirant un peu vers le nord, est un olivier au pied duquel le Fils du souverain Arbitre prédit le jugement universel (S).
Enfin , on fait encore une dnquantaine de pas sur la montagne , et Ton arrive à une petite mosquée, de forme octogone, reste d'une église élevée jadis à l'endroit même où Jésus-Christ monta au ciel après sa résurrection. On distingue sur le rocher l'empreinte du pied gauche d'un homme; le vestige du pied droit s'y voyoit aussi autrefois : la plupart des pèlerins disent que les Turcs ont enlevé ce second vestige pour le placer dans la mosquée du Temple; mais le père Roger affirme positivement qu'il n'y est pas. Je me tais, par respect , sans pourtant être convaincu , devant des autorités considérables : saint Augustin, saint Jérôme, saint Paulin, Sulpice Sévère, le vénérable Bède, la tradition , tous les voyageurs anciens et modernes, assurent que cette trace marque un pas de Jésus-Christ. En examinant cette trace, on en a conclu que le Sauveur avoit le visage tourné vers le nord au moment de son ascension , comme pour renier ce midi infesté d erreurs, pour appeler à la fol les Barbares qui dévoient renverser les temples des faux dieux, ci'éer de nouvelles nations, et planter Tétendard de la croix sur les murs de Jérusalem.
Plusieurs Pères de l'Eglise ont cru que Jésus- Christ s'éleva aux deux au milieu des âmes des patriarches et des prophètes, délivrées par lui des chaînes de la mort : sa mère et cent vingt disciples furent témoins de son ascension. Il étendit les bras comme Moïse , dit saint Grégoire de Na-
* SautLcc.
ITI^iERAlAE
zianze, et présenta fC6diseiplet à soD père; enfoite il croisa Ks mains poisnntef en les abaiiiaDt sur la tête de ics bien-aimés %etc*étoildecetle manière que JaeobaTOit béni les fils de JiMeph ; puis, quittant la terre a^ee une majesté admirable, il monta lentement Ters les demeures étemelies et se perdit dans une nne éclatante M
Sainte Hélène a\roit lait bâtir une église où Ton trouve aujourdliui la mosquée octogone. Saint Jérôme nous apprend qu'on n'avoit jamais pu fermer la Yoûte de cette église à Tendroit où Jésus- Christ prit sa route à travers les airs. Le vénérable Bède assure que de son temps, la veille de rAsoenslon, on voyoit, pendant la nuit, la montagne des Oliviers couverte de feux. Rien n'oblige à croire ces traditions, que je rapporte seulement pour faire connoltre l'histoire et les mœurs ; mais si Descartes et Nemion eussent philosophiquement douté de ces merveille». Racine et Hilton ne les auroîent pas poétiquement répétées.
Telle est rhistoire évangélique expliquée par les monuments. Nous l'avons vue commencer à Rethléem, marcher au dénoâment chex Pilate, arriver à la catastrophe au Calvaire, et se terminer sur la montagne des Oliviers. Le lieu même de Tascension n'est pas tout à fait à la cime de la montagne , mais à deux ou trois cents pasaudessous du plus haut sommet (9).
Nous descendîmes de la montagne desOliviers, et, remontant à cheval, nous continuâmes notre route. Nous laissâmes derrière nous la vallée de Josaphat, et nous marchâmes par des chemins escarpés, jusqu'à l'angle septentrional de la ville; de là, tournant à l'ouest, et longeant le mur qui fait face au nord, nous arrivâmes à la grotte où Jérémiecomposases £amen/a/t(Mu. Nous n'étions pas loin des sépulcres des rois ; mais nous renonçâmes à les voir ce jour-là, parce qu'il étoit trop tard. Nous revînmes chercher la porte de Jaffa, par laquelle nous étions sortis de Jérusalem. Il étoit sept heures précises quand nous rentrâmes au couvent.
Notre course avoit duré cinq heures. A pied , et en suivant l'enceinte des murs, il faut à peine une heure pour faire le tour de Jérusalem.
Le 8 octobre à cinq heures du matin j'entrepris avec Ali-Aga et le drogman Michel la revue de Tintérieur de la ville. Il faut nous arrêter ici
' TeBTîLL.
' LtDULPB.
pour jeter un regud sur l'histoire deJérusaknu
Jérusalem fut fondée Fan du monde 2033, par le grand prêtre Melchisédech : il la nonuBa SaleuLy c'est-à-dire la Paix ; elle n'occupoit alors que les deux montagnes de Mora et d'Acra.
Cinquante ans après sa fondation, elle fat prise par les Jébuséens, descendant de Jébus, fils de Chanaan, Us bâtirent sur le mont Sion une forteresse à laquelle ils donnèrent le nom de Jibut leur père :1a ville prit alors le nom de i/efuso/rsi, ce qui signifie lïnon de paix. Toute l'Écriture en Oait un magnifique éloge : Jérusalem , eivitas Dei, luce splendida fulgebis. Omnes ncUiones terrœ adorabunt (e, etc. '.
Josué s'empara de la ville basse de Jérusalem, la première année de son entrée dans la terre promise : il fit mourir le roi Adonisédech et les quatre rois d'Ébron, de Jérimol, de Lachis et d'Êglon. Les Jébuséens demeurèrent les maîtres de la ville haute ou de la citadelle de Jébus. Ils n'en furent chassés que par David, huit cent vingt- quatre ans après leur entrée dans la 6té de Melchisédech.
David fit augmenter la forteresse de Jébos, et lui donna son propre nom. Il fit aussi bâtir sur la montagne de Sion un palais et un tabemacte, afin d'y déposer l'arche d'alliance.
Saloroon augmenta la Cité sainte : Il éleva œ premier temple dont l'Écriture et l'historien Josèpbe racontent les merveilles, et pour lequel Salomon lui-même composa de si beaux cantiques.
Cinq ans après la mort de Salomon, Sésac, ro d'Egypte, attaqua Roboam, prit et pilla Jérusalem.
Elle fat encore saccagée cent cinquante ans après par Joas, roi d'Israël.
Envahie de nouveau par les Assyriens, Manassès, roi de Juda, fut emmené captif à Babylone. Enfin , sous le règne de Sédécias , Nabuchodonosor renversa Jérusalem de fond en comble, brûla le temple, et transporta les JuifsàBabylone« Sion quasi ager arabatury dit Jérérole ; Hieru^ salem ut:.„ lapidum erat Saint Jérdme , pour peindre la solitude de cette ville désolée , dit qu'on n'y voyoit pas voler un seul oiseau.
Le premier temple fut détruit quatre cent soixante-dix ans six mois et dix jours après sa fondation par Salomon, l'an du monde 35f 3 , environ six cents ans avant Jésus-Christ : quatre
' ToBie.
DE PARIS A JÉRUSALËlVf.
ceol solxante-dix-sept ans s'étoieat écoulés depuis David Jusqu'à Sédédas, et la ville avoit été gouvernée par dix*sept rois.
Après les soixante et dix ans de captivité, Zorobabei commença à rebâtir le temple et la ville. Cet ouvrage, interrompu pendant quelques années, fiit successivement achevé par Esdras et KéheiDie.
Alexandre passa à Jérusalem Tan du monde 3â83 , et offrit des sacrifices dans le temple.
Ptolémée, fils de Lagus , se rendit maître de iénisalem; maïs elle fut très-bien traitée par Ptolémee Philadelphe , qui fit au temple de magnifiques présents.
Antiochus le Grand reprit la Judée sur les rois d'É^pte , et la remit ensuite à Ptolémee Évergètes. Antiochus Épiphane saccagea de nouveau Jérusalem, et plaça dans le temple Tidole de Jupiter Olympien.
L» Macbabées rendirent la liberté à leur pays , et le défendirent contre les rois de l'Asie.
Ualbeoreusemeot Anstobule et Hircan se disputèrent la couronne; ils eurent recours aux Bomains qui , par la mort de Mithridate , étoient devenus les maîtres de TOrient. Pompée accourut à Jérusalem : introduit dans la ville , il assiège et prend le temple. Crassns ne tarda pas à piller ce monument auguste que Pompée vainqueur avoit
respecté.
Hircan, protégé de César, s'étoit maintenu dans la grande saerificature. Antigone , fils d' Aristobule , empoisonné par les Pompéiens , fait la guerre à son oncle Hircan et appelle les Parthes à son «secours. Ceux-ci fondent sur la Judée , entrent dans Jérusalem et emmènent Hircan prisonnier.
Hérode le Grand, fils d'Antipater, officier dislingpé de la cour d'Hircan , s'empare du royaume 4e Judée par la faveur des Romains. Antigone , que le sort des armes fait tomber entre les mains d'Hérude, est envoyé à Antoine. Le dernier descendant des Macbabées , le roi légitime de Jérusalem, est attaché à un poteau , battu de verges et mis à mort par l'ordre d*un citoyen romain.
Hérode, demeuré seul maître de Jérusalem, la remplit de monuments superbes dont Je parlerai dans un autre lieu. Ce fut sous le règne de ce Itfioce que Jésus-Christ vint au monde.
Archélaus , fils d'Hérode et de Mariamne , succéda à son père, tandis qu'Hérode Antipas, fils aussi du grand Hérode , eut la tétrarchle de la
Galilée et de la Pérée. Celui^i fit trancher la tête à saint Jean-Baptiste, et renvoya Jésus-Christ à Pilate. Cet Hérode le tétrarque fut exilé à Lyon par Caligula.
Agrippa, petit-fils d'Hérode le Grand, obtint le royaume de Judée; mais son frère Hérode, roi de Cbalcide, eut tout pouvoir sur le temple, le trésor sacré et la grande saerificature.
Après la mort d'Agrippa, la Judée fut réduite en province romaine. Les Juifs s'étant révoltés contre leurs maîtres, Titus assiégea et prit Jérusalem. Deux cent mille Juifs moururent de faim pendant ce sié^^e. Depuis le 14 avril Jusqu'au 1" de juillet de l'an 71 de notre ère, cent quinze mille huit cent quatre-vingts cadavres sortirent par une seule porte de Jérusalem '. On mangea le cuir des souliers et des boucliers; on en vint à se nourrir de foin et des ordures que Ton chercha dans les égouts de la ville : une mère dévora son enfant. Les assiégés avaloient leur or; le soldat romain qui s'en aperçut égorgeoit les prisonniers , et cherchoit ensuite le trésor recelé dans les entrailles de ces malheureux. Onze cent mille Juifs périrent dans la. ville de Jérusalem, et deux cent trente-huit mille quatre cent soixante dans le reste de la Judée. Je ne comprends dans ce calcul ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards emportés par la faim , les séditions et les flammes. Enfin il y eut quatre-vingt-dix-neuf mille deux cents prisonniers de guerre; les uns ftirent condamnés aux travaux publics; les autres fhrent réservés au triomphe de Titus : ils parurent dans les amphithéâtres de l'Europe et de l'Asie, où Ils s'entre-tuèrent pour amuser la populace du monde romain. Ceux qui n'avoient pas atteint l'âge de dix-sept ans furent mis à l'encan avec les femmes ; on en donnoit trente pour un denier. Le sang du Juste avoit été vendu trente deniers à Jérusalem , et le peuple avoit crié : Sanguis ejus super nos et super fllios nostros. Dieu entendit ce vœu des Juifs, et pour la dernière fois il exauça leur prière : après quoi il détourna ses regards de la terre promise et choisit un nouveau peuple.
Le temple fût brûlé trente-huit ans après la mort de Jésus-Christ ; de sorte qu'un grand nom-^ bre de ceux qui avoient entendu la prédiction du Sauveur purent en voir l'accomplissement.
* N*e8t-U pas singaller qu*an criUque m*ait reproché tous ees calculs , comme s*il8 éloietit de mol , et comme si Je falscia aatredKMê que de suivre ici les historien de TanUquilé, entre autres Josèphe? L*abbé Guénée et plusieurs savants ont pfoaté ta reste gue ces calcob m wai point eiagéréi.
( iVo/e de la troisième édition. )
ITINÉRAIRE
Le reste de la nation Juive s'étant aonleyé de nouveau , Adrien acheva de détruire ce que Titus avoit laissé debout dans i*ancienne Jérusalem. Il éleva sur les ruines de la cité de David une autre ville à laquelle il donna le nom à*jEiia CapHolina; il en défendit l'entrée aux Juif!» sous peine de mort , et fit sculpter un pourceau sur la porte qui conduisoit à Bethléem. Saint Grégoire de Nazianze assure cependant que les Juifs avolent la permission d'entrer à iEtia une fois par an , pour y pleurer; saint Jérôme lyoute qu'on leur vendoit au poids de Tor le droit de verser des larmes sur les cendres de leur patrie.
Qnq cent quatre-vingt-cinq mille Jui6, au rapport de Dion , moururent de la main du soldat dans cette guerre d'Adrien. Une multitude d'esclaves de l'un et de l'autre sexe fût vendue aux foires de Gaza et de Membre ; on rasa cinquante châteaux et neuf cent quatre-vingt-cinq bourgades.
Adrien bâtit sa ville nouvelle précisément dans la place qu'elle occupe ai^ourd'hui ; et , par une providence particulière , comme l'observe Doubdan , il enferma le mont Calvaire dans l'enceinte des murailles. A l'époque de la persécution de Dioclétien , le nom même de Jérusalem étoit si totalement oublié, qu'un martyr ayant répondu à un gouverneur romain qu'il étoit de Jérusalem , ce gouverneur s'imagina que le martyr parlolt de quelque ville factieuse bâtie secrètement par les chrétiens. Vers la fin du septième siècle, Jérusalem portoit encore le nom i'^lia, comme on le voit par le Voyage d'Arculfe , de la rédaction d'Adamannus, ou de celle du vénérable Bède.
Quelques mouvements paraissent avoir eu lieu dans la Judée, sous les empereurs Antonin, Septime-Sévère et Garacalla. Jérusalem , devenue païenne dans ses vieilles années, reconnut enfin le Dieu qu'elle avoit rejeté. Constantin et sa mère renversèrent les idoles élevées sur le sépulcre du Sauveur, et consacrèrent les saints lieux par des édifices qu'on y voit encore.
Ce fut en vain que Julien , trente^ept ans après , rassembla les Juifs à Jérusalem pour y rebâtir le temple : les hommes travailloient à cet ouvrage avec des hottes , des bêches et des pelles d'ai^ent , les femmes emportoient la terre dans le pan de leurs plus belles robes; mais des globes de feu sortant des fondements à demi creusés dispersèrent les ouvriers et ne permirent pas d'achever l'entreprise.
Nous trouvons une révolte des Juib sous Jos* tlnien, Tan 501 de Jésuft-Christ. Gefataossl sons cet empereur que TÉglise de Jérusalem ftat éle? es à la dignité patriarcale.
Toujours destinée à lutter contre l'Idolâtrie et à vaincre les fausses religions, Jérusalem fot prise par Cosroës, roi des Perses, l'an 613 de Je* sus-Christ. Les JulA répandus dans la Judée achetèrent de ce prince quatre-vingt-dix mille prisonniers ehrétiens et les égorgèrent
Héraclius battit Cosroês en 637 , recoiiq[iiit la vraie croix que le roi des Perses avoit enlevée , et la reporta à Jérusalem.
Neuf ans après , le calife Omar, troisièiiie sae> cesseur de Mahomet, s'empara de JémaaieiD, après l'avoir assiégée pendant quatre mois : la Palestine, ahisl que l'Egypte, passa soos le Joog du vainqueur.
Omar fût assassiné à Jérusalem en 643. L'établissement de plusieurs califkts en Arable et ea Syrie, la chute de la dynastie des Qmmladcs et l'élévation de celle des Abassides, remplirent la Judée de troubles et de malheurs pendant plus de deux cents ans.
Ahmed , Turc Toulounide , qui de goovenicor de l'Egypte ep étoit devenu le souverain, fit k conquête de Jérusalem en 868 ; mais son fUi ayant été défait par les califes de Bagdad, la Cité sainte retourna sous la puissance de ces caJIfes l'an 905 de notre ère.
Un nouveau Turc, nommé Mahomet^IkAsekH s'étant à son tour emparé de l'Egypte , porta ses armes au dehors, et soumit Jérusalem l'an 996 de Jésus-Christ.
Les Fatimites , sortis des sables de Cyrène en 968 , chassèrent les Ikhschidltes de l'j^ypte , et conquirent plusieurs villes de la Palestine.
Un autre Turc, du nom ù*Oriokj fiivorisé par les Seljoucides d' Alep , se rendit maître de Jéra* salem en 984 , et ses enfants y régnèrent après lui.
Mostali , calife d'Egypte , obligea les Qrtokides à sortir de Jérusalem.
Hakem ou Hequem, successeur d'AzIx, second calife fotimite , persécuta les chrétiens À Jérusalem vers l'an 996 , comme Je l'ai déjà raconté en parlant de l'église du Sidnt-Sépulcre. Ce ealifie mourut en 1031.
Meleschah , Turc SeIJoucide, prit la sainte Cité en 1 076 , et fit ravager tout le pays. Les Ortokldes qui avoient été chassés de Jérusalem par le calife Mostali y rentrèrent, et s'y roaintinrrat
DE PARIS A JÉRUSALEM
contre Bedooan, prince d'Alep. Hais ils en furent ezpalsés de nouyeau par les Fatimites en 1076 : oeax-cl y régnoient encore lorsque les croisés fanucDt sur les frontières de la Palestine.
Les écrivains du dix-huitième siècle se sont plo à représenter les croisadessousun Jour odieux. J'ai rédamé un des premiers contre cette ignoranee oa cette injustice '. Les croisades ne furent des Mies , comme on affectoit de les appeler, ni dans leur principe, ni dans leur résultat. Les chrétiens o'étoient point les agresseurs. Si les su- Jets d'Ooaar, partis de Jérusalem , après avoir fait le tour de TAfrique , fondirent sur la Sicile , sur TEspagne , sur la France même , où Charles-Mar^ tel ks extermina, pourquoi des sujets de Philippe 1^ , sortis de la France, n'auroient-ils pas &it le toar de l'Asie pour se venger des descendants d*Oniar Jusque dans Jérusalem? C'est un g;raiid spectacle sans doute que ces deux armées de rEorope et de l'Asie marchant en sens contraire aolDiir de la Méditerranée , et venant , chacune sons la bannière de sa religion, attaquer Mahomet el Jé8ii»4Ihrist au milieu de leurs adorateurs. N'apercevoir dans les croisades que des pèlerins innés qui courent délivrer un tombeau en Pales- Une , c*est montrer une vue très- bornée en histoire. Il s'agissoit non-seulement de la délivrance de ee tombeau sacré , mais encore de savoir qui àeYolt l'emporter sur la terre , ou d'un culte eivikeml de la civilisation , favorable par système à Tlçioranoe, au despotisme, à l'esclavage, ou ffm culte qui a fait revivre chez les modernes le génie de la docte antiquité , et aboli la servitude. Il suffit de lire le discours du pape Urbain II au eondle de Glermont, pour se convaincre que les ehefii de ces entreprises guerrières n'a voient pas les petites idées qu'on leur suppose, et qu'ils peosoknt à sauver le monde d'une inondation de nouveaux Barbares. L'esprit du mahométismeest la persécution et la conquête; l'Évangile au contraiie ne prêche que la tolérance et la paix. Aussi les cfarétieDS supportèrent-ils pendant sept cent •olxant»qiiatre ans tous les maux que le fanatisme des Sarrasins leur voulut fidre souffrir ; ils tâcherait seolement d'intéresser en leur faveur Char- Icmagae : mais ni les Espi^nes soumises, ni la France envahie , ni la Grèce et les deux Siciles Hvi^ées , ni l'Afrique aiUère tombée dans les fcrs , ne purent déterminer pendant près de huit
* nm le Gémk du Chrittiùnisme,
siècles les chrétiens à prendre les armes. Si enfin les cris de tant dé victimes égorgées en Orient , si les progrès des Barbares, déjà aux portes de Gonstantinople, réveillèrent la chrétienté, et la firent courir à sa propre défense , qui oseroit dire que la cause des guerres sacrées fut injuste? Où en serions-nous si nos pères n'eussent repoussé la force par la force? Que l'on contemple la Grèce, et l'on apprendra ce que devient un peuple sous le Joug des musulmans. Ceux qui s'applaudissent tant aujourd'hui du progrès des lumièresauroientils donc voulu voir régner parmi nous une religion qui a brûlé la bibliothèque d'Alexandrie, qui se fait un mérite de fouler aux pieds les hommes , et de mépriser souverainement les lettres et les arts?
Les croisades , en affoiblissant les hordes mahométanes au centre même de l'Asie, nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes. Elles ont fait plus : elles nous ont sauvés de nos propres révolutions; elles ont suspendu , par \apaix de Dieu, nos guerres intestines ; elles ont ouvert une issue à cet excès de population qui têt ou tard cause la ruine des États : remarque que le père Maimbourg a faite , et que M. de Bonald a développée.
Quant aux autres résultats des croisades , on commence à convenir que ces entreprises guei*rières ont été favorables au progrès des lettres et de la civilisation. Robertson a parfaitement traité ce sujet dans son Histoire du commerce des anciens aux Indes orientales. J'ajouterai qu'il ne faut pas , dans ces calculs , omettre la renommée que les armes européennes ont obtenue dans les expéditions d'outre-mer. Le temps de ces expéditions est le temps héroïque de notre histoire ; c'est celui qui a donné naissance à notre poésie épique. Tout ce qui répand du merveilleux sur une nation ne doit point être méprisé par cette nation même. On voudroit en vain se le dissimuler, il y a quelque chose dans notre cœur qui nous fait aimer la gloire ; l'homme ne se compose pas absolument de calculs positifs pour son bien et pour son mal , ce serait tnq^ le ravaler ; c'est en entretenant les Romains de Y éternité de leur ville qu'on les a menés k la conquête du monde , et qu'on leur a fiedt laisser dans l'histoire un nom étemel.
Godefroy parut donc sur les frontières de la Palestine, l'an 1099 de Jésus-Christ; il étoit en-
ITINÉRAIRE
touré de Raudouio , d'Eustacfae , de Tancrède , de Raimond de Toulouse, des comtes de Fiftodre et de Normandie, de TÉtolde , qui sauta le premier sur les murs de Jérusalem ; de Guicher, déjà celèbre pour avoir coupé un lion par la moitié^ de Gaston de Foix, de Gérard de Roussillon, de Raimbaud d'Orange, de Saint-Poi, de Lambert : Pierre Termite marcboit avec son bâton de pèlerin à la tète de ces chevaliers. Ils s'emparèrent d'abord de Rama; ils entrèrent ensuite dans Eromaûs , tandis cpie Tancrède et Baudouin du Bourg pénétroient à Bethléem. Jérsualem fut bientôt assiégée, et l'étendard de la croix flotta sur ses murs un vendredi lô ,et, selon d'autres, 12 de juillet, 1099, à trois heures de l'aprèsmidi. .
Je parlerai du siège de cette ville lorsque j'examinerai le théâtre de la Jérusalem délivrée. Godefroy fut élu par ses frères d*arme$ roi de la cité conquise, C'étoit le temps où de simples chevaliers sautoient de la brèche sur le trône : le casque apprend à porter le diadème; et la main blessée qui mania la pique s'enveloppe noblement dans la pourpre. Godefroy refusa de mettre sur sa tète la couronne brillante qu'on lui offroit, « ne voulant point, dit-il, porter une couronne « d'or où Jésus^Cbrist avoit porté une couronne <( d'épines. »
Naplouse ouvrit ses portes, l'armée du Soudan d'Egypte fut battue à Ascalon. Robert, moine, pour peindre la défaite de cette armée, se sert précisément de la comparaisoa employée par J. B. Rousseau; comparaisoa d'ailleurs empruntée de la Bible :
La Palestine enfin, après tant de ravages, VU fotrses eoneails eomme on volt les nuages 0ans le vague des aln fuir devant l'aquilon.
Il est probable que Godefroy mourut à Jafh , dont il avoit fait relever les murs. Il eut pour successeur Baudouin son firère, comte d'Édesse. Gelui-d expira au milieu de ses victoires, et laissa, en 1 1 1 8, le royaume à Baudouin du Bourg son neveu.
Méllsandre , fille atnée de Baudouin II , épousa Foulques d'Anjou, et porta le royaume de Jérusalem dans la maison de son mari , vers l'an 1 f 30. Foulques étant mort d'une chute de cheval , en 1140, son flls Baudouin III lui succéda. La deuxième croisade, préchée par saint Bernard, conduite par Louis VU et par l'empereur Conrad ,
eut lieu sous le règne de Baudouin III. Après avoir occupé le trône pendant vingt ans, Baudouin laissa la couronne à son frère Amaury , qui la porta onze années. Amaury eut pour successeur son fils Baudouin , quatrième du nom.
On vit alors parottre Saladin, qui , I>atta d'abord et ensuite victorieux , finit par arracher les lieux saints à leurs nouveaux maîtres.
Baudouin avoit dqnné sa sœur Sibylle , ^'euve de Guillaume Longue-Épée, en mariage à Gui de Lusignan. Les grands du royaume, jaloux de ce choix, se divisèrent. Baudouin IV, ayant fini ses Jours en 11 84 , eut pour héritier son ne\ea, Baudouin V, fils de Sibylle et de Guillaume Loqgue-Épée. Le jeune roi , qui n avoit que huit ans, succomba en 1186 sous uue violente maladie. Sa mère Sibylle fit donner la couronne à Gui de Lusignan, son second mari. Le comte de Tripoli trahit le nouveau monarque , qui tomba entre les mains de Saladin à la bataille de Tlbériade.
Après avoir achevé la conquête des villes maritimes de la Palestine , le soudan assiégea Je* rusalem ; il la prit l'an 1 1 88 de notre ère. Chaque homme fut obligé de donner pour rançon dix l)e< sants d'or : quatorze mille habitants demeurèrent esclaves faute de pouvoir payer cette somme. Saladin ne voulut point entrer dans la mosquée do Temple, convertie en église par les chrétiens, sans en avoir fait laver les murs avec de l'eau de rose. Cinq cents chameaux , dit Sanut, suffirent à peine pour porter toute l'eau de rose employée dans cette occasion : ce conte est digne de l'Orient. Les soldats de Saladin abattirent une croit d*or qui s'élevoit au-dessus du temple , la traînérent par les rues Jusqu'au sommet de la montagne de Sion , où ils la brisèrent. Une seule église fût épargnée, et ce fut l'église du Saint-Sépulcre : les Syriens la rachetèrent pour une grosse somme d'argent.
La couronne de ce royaume à demi perdu passa à Isabelle , fille d'Amaury I«', sœur de Si* bylle décédée, et femme d'Eufroy de Turenne. Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion ar* rivèrent trop tard pour sauver la ville sainte; mais ils prirent Ptdémals ou Saint-Jean d'Aere La valeur de Richard fût si renommée que, kagtemps après la mort de ce prince, quand un clie> val tressailloit sans cause , les Sarrasins disoieDt qu'il avoit vu l'ombre de Richard. Saladin moonrt peu de temps après la prise de Ptolémais : il or* donna que l'on portât un linceul au bout d'une
DE PARIS A JERUSALEM
knee l« Jour d« ses fimérailleS) et qu'un héraut criât à haute voix :
SALABIN,
DOMPTEUR DE l'ASIE ,
BITOCTSS' I.ES BICHESSES QU'iL A CONQUISES,
n'SMPORTS QUE C^ LINCEUL.
Bidiard, rival de gloire de Saladin , après avoir quitté la Palestine, vint se faire renfermer dans ne tour en Allemagne. Sa prison donna lieu À des aventures que Thistoire a rejetées, mais que les troubadours ont conservées dans leurs tml-
hdes.
L'an 194), rémir de Damas Saleh-Ismaël, qui fsiaolt la g;uerre à Nedjmeddin, Soudan d'Egypte, et qui étoit entré dans Jérusalem, remit cette ville entre les mains des princes latins. Le Soudan envoya les Karismiens assiéger la capitale de la ludée. Ils la reprirent et en massacrèrent tous les habitants : ils la pillèrent encore une fois Fannée suivante avant de la rendre au Soudan Sal^-Ayoub , successeur de Nedjmeddin.
Pendapt le cours de ces événements , la couroone de Jérusalem avoit passé d'Isal)e1le à Henri, comte de Champagne, son nouvel époux ; et de celui-ci à Amaury, frère de Lusignan, qui époosa en quatrièmes noces la même Isabelle. Il en eut un fils qui mourut en bas âge. Marie, fille nsabelie et de son premier mari Conrad , mar- ^ais de Montferrat , devint l'héritière d'un royaume imaginaire. Jean , comte de Brienne , épousa Malle, n en eut une fille , Isabelle Yolande , mariée depuis à i'empereor Frédéric II. Celui-ci, arrivée Tyr, fit la paix avec le Soudan d'Egypte. Les conditions du traité furent que Jérusalem seroit pattagéeeotreles chrétiens et les musulmans. Frédérie II vint en conséquence prendre la couronne de Godefroy sur l'autel du Saint;Sépulcre , la mit sur sa tète , et repassa bientôt en Europe. Il est probable que les Sarrasins ne tinrent pas les engigementsqu'ilsavoient pris avec Frédéric, puisque nous voyons, vingt ans après, en 1342, Nedjineddin saccager Jérusalem , comme Je l'ai dit plus haut. Saint Louis arrive en Orient sept ans *près ce dernier malheur. Il est remarquable que ce prince, prisonnier en Egypte, vit massacrer *ous ses yeux les derniers héritiers de la famille 4e Saladin (10).
Il est certain que les mamelucks Baharites , ^rès avoir trempé leurs mains dans le sang de leur maître , eurent un moment la pensée de bri-
ser les fers de saint Louis, et de fairo de leur prisonnier leur Soudan, tant ils avoient été frap* pés de ses vertus 1 Saint Louis dit au sire de Juinville qu'il eût accepté cette couronne, si les inflrdèles la lui avoient décernée. Bien peut-être ne fait mieux connoltre ce prince , qui n'avoit pas moins de grandeur d'âme que de piété , et en qui la religion n'excluoit point les pensées royales.
Les mamelucks changèrent de sentiments : Moas, Aimansor-Nuradin-Ali , Sefeidin-Modftir, succédèrent tour à tour au trône d'Egypte, et le fameux Bibars-Bondoc-Dari devint Soudan en 1363. Il ravagea la partie de la Palestine qui n'étoit pas soumise à ses armes , et fit réparer Jérusalem. Kelaoun, héritier de Bondoc-Dari en 1281, poussa les chrétiens de place en place , et Khalii , son fils , leur enleva Tyr et Ptolémals ; enfin , en 1291 , ils fiirent entièrement citasses de la Terre- Salute , après s'être maintenus cent quatre-vingtdouze ans dans leurs conquêtes, et après avoir régné quatre-vingt-huit ans à Jérusalem.
Le vain titre de roi de Jérusalem fut transporté dans la maison de Sicile, par le frère de saint Louis, Charles, comte de Provence et d'Anjou , qui réunit sur sa tête les droits du roi de Chypre et de la princesse Marie, fille de Frédéric, prince d'Antloche. Les chevaliers de SaintJean de Jérusalem , devenus les chevaliers de Rhodes et de Malte, leschevaliersTeutoniques, conquérants du nord de l'Europe et fbndateurs du royaume de Prusse , sont aujourd'hui les seuls restes de ces croisés qui firent trembler TAfirique et l'Asie, et occupèrent les trônes de Jérusalem, de Chypre et de Constantinople.
Il y aencore des personnes qui se persuadent, sur l'autorité de quelques plaisanteries usées ^ que lé royaume de Jérusalem étoit un misérable petit vailon, peu digne du nom pompeux dont on l 'avoit décoré : c'étoit un très-vaste et trèsgrand pays. L'Écriture entière, les auteurs païens, comme Hécatée d'Al>dère, Théophraste, Straboa même, Pausanias, Galien, Dloscoride, Pline, Tacite, Solin, Ammien Marcellln; les écrivains juifii, tels que Josèphe, les compilateurs du Tal'» mudét de la Mima; les historiens et les géograpbesarabes, Massudi, Ibn-Haukal, IbiHd-Quadi. Hamdoullah, Abulfeda, Edrisi, etc.; les voya» geurs en Palestine, depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, rendent unanimement témoignage à la fertilité de la Judée. L'abbé Guénée
ITINÉRAIRE
a discuté ces autorités avec une clarté et une critique admirables '.Fandroit-iis'étonnerd^ailleurs qu*une terre féconde fût devenue stérile après tant de dévastations? Jérusalem a été prise et saccagée dix-sept fois; des millions d'tiommes ont été égorgés dans son enceinte, et ce massacre dure pour ainsi dire encore; nulle autre ville n'a éprouvé un pareil sort. Cette punition, si longue et presque surnaturelle , annonce un crime sans exemple, et qu'aucun cliâtiment ne peut expier. Dans cette contrée , devenue la proie du fer et de la flamme, les champs incultes ont perdu la fécondité qu'ils dévoient aux sueurs de lliomme; les sources ont été ensevelies sous des éboulements ; la terre des montagnes , n'étant plus soutenue par Tindustrie du vigneron ^ a été entraînée au fond des vallées, et les collines. Jadis couvertes de bois de sycomores', n'ont plus offert que des sommets arides (1 1).
Les chrétiens ayant donc perdu ce royaume en 1 29 1 , les soudans Babarites demeurèrent en possession de leur conquête Jusqu'en 1382. A cette époque les mamelucks circassiens usurpèrent Fantorité en Egypte, et donnèrent one nouvelle forme de gouvernement à la Palestine. Si les soudans circassiens sont ceux qui avoient établi une poste aux pigeons et les relais pour apporter au Caire la neige du mont Liban , il faut convenir que, pour des Barbares, ils connoissoient assez bien les agréments de la vie. Sélim mit fin à tant de révolutions en s'emparant , en 1 7 1 6 , de l'Egypte et de la Syrie.
C'est cette Jérusalem des Turcs, cette dix-septième ombre de la Jérusalem primitive que nous allons maintenant examiner.
En sortant du couvent, nous nous rendîmes à la citadelle. On ne permettoit autrefois à personne de la visiter; aujourd'hui qu'elle est en ruines, on y entre pour quelqaes piastres. D'Anville prouve que ce château , appelé par les chrétiens le Château ou la Ttmr des Pisansy est bâti sur les ruines de l'ancien château de David , et qu'il occupe la place de la tour Psephina. Il n'a rien de remarquable : c'est one forteresse gothique, telle qu'il en existe partout, avec des cours intérieures , des fossés , des chemins couverts , etc.*. On me montra une salle abandonnée, remplie de vieux casques. Quelques-uns de ces casques avoient la forme d'un bonnet égyptien : Je remar-
■ Dans les quatre Mémoires dont je parlerai. ' Voyez U JHmriatio» de d*ADvUie, à la lin de cet Itinéraire,
quai encore des tubes de fer, de la longaenr et de la grosseur d'un canon de ftisl, dont j'ignore l'usage. Je m'étois intrigué secrètement pour acheter deux ou trois de ces antiquailles; je ne sais plus quel hasard fit manquer ma négociatioii.
Le donjon du château découvre Jérusalem du couchant à l'orient , comme le mont des Olivien la voit de l'orient au couchant. Le paysage qoi environne la ville est affreux : ce sont de toutes parts des montagnes nues , arrondies à leur dme, ou terminées en plateau ; plusieurs d'entre elles, à de grandes distances, portent des ruines de tours ou des mosquées délabrées. Cesmontagoei ne sont pas tellement serrées , qu'elles ne présentent des intervalles par où Toeil va chercher d'aa« très perspectives; mais ces ouvertures ne lais* sent voir que d'arrière-plans de rochers aussi arides que les premiers plans.
Ce fut du haut de la tour de David que le roiprophète découvrit Bethsabée se baignant dans les Jardins d'Urie. La passion qu'il conçut posr cette femme lui inspira dans la suite ces magnifiques Psaumes de la Pénitence :
« Seigneur, ne me reprenez point dansYotrefa- « reur, et ne me châtiez pas dans votre colère^ « Ayez pitié de moi selon l'étendue de votre mi- « séricorde.... Mes Jours se sont évanouis coouBfi « la Aimée.... Je suis devenu semblable au péli- « can des déserts.... Seigneur, je crie vers vous « du fond de Tabime, etc. »
On ignore pourquoi le château de Jérusalem porte le nom de Château des Pisans. d'Âoviile, qui forme à ce sujet diverses conjectures , a laissé échapper un passage de Belon assez curieux ;
« Il convient à un chacun qui veut entrer aa « Sépulcre, bailler neuf ducats, et n'y a personne « qui en soit exempt, ne pauvres, ne riches. Aussi il celui qui a prins la gabelle du Sépulcre à ferme, « paye huit mille ducats au seigneur ; qui est la « cause pourquoi les rentiers rançonnent iespe- « lerins , ou bien ils n'y entreront point. Les eor- « deiiers et les caloyers grecs , et autres manières ft de religieux chrestiens , ne payent rien pour y « entrer. Les Turcs le gardent en grande reve< « rence , et y entrent avec grande dévotion. L'on « dit que les Pisans imposèrent cette somme de « neuf ducats lorsqu'ils estoient seigneurs en Je* « rusalem, et qu'elle a esté ainsi maintenue depuis « leur temps. »
La citadelle des Pisans * étoit gardée quand je
' Elleportoit aussi le nom de AH/om vers la fin du tnl*
DE PARIS A JÉRUSALEM
la vis par une espèce d'aga demi-nègre : il y te- Doit ses femmes renfermées, et il faisoit bien, À en juger par l'empressement qu'elles mettoient à se nontier dans eette triste ruine. Au reste , Je n'aperçaspas un canon , et je ne sais si le recul d'une seole pièce ne fooit pas crouler tons ces vieux
Noos sorttmesdn château aprèsravoir examiné pendant une heure; nous primes une me qui se dirige de l'ouest à Test, et qu'on appelle la rue dm Bazar; c'est la grande rue et le beau quartier de Jérusalem. Mais quelle désolation et quelle milère ! N'anticipons pas sur la description générale. Nous ne renccmtrions personne , car la plupart des habitants s'étoient retirés dans la montagne à rarrivée du pacha. La porte de quelques boutiques abandonnées étoit ouverte ; on aperçoit par cette porte de petites chambres de sept ou huit pieds carrés, où le maître, alors en fuite , mange , couche, et dort sur la seule natte qui compose son ameublement.
A la droite du Bazar, entre le temple et le pied de la montagne de Sion, nous entrâmes dans le quartier des Juifs. Ceux-ci, fortifiés par leur misère^ aYoient bravé Tassant du pacha : ils étoient là tons en guenilles, assis dans la poussière de Siou , cherchant les insectes qui les dévoroient , et les yeux attachés sur le temple. Le drogman me fit entrer dans une espèce d'école : Je voulus acheter le Pentaieuque hébreu dans lequel un ribbin montrait à lire à un enfant, mais le rabbin ne voulut jamais me le vendre. On a observé que les Juifs étrangers qui se fixent à Jérusalem vivent peu de temps. Quant à ceux de la Palestine , ils sont si pauvres , qu'ils envolent chaque année faire des quêtes parmi leurs frères en Egypte et en Barbarie.
J'avois commencé d'assez longues recherches sur l'état des Juife à Jérusalem , depuis la ruine de cette ville par Titus jusqu'à nos jours ; j'étois entré dans une discussion importante touchant la fertilité de la Judée : à la publication des derlUers volumes des Mémoires de r Académie des Inscriptions , j'ai supprimé mon travail. On trou- 'Ve dans ces volumes quatre Mémoires de l'abbé Guénée qui ne laissent rien à désirer sur les deux ^jels que je me proposois de traiter. Ces Mémoi- Tessoiïïde véritables chefs-d'œuvre de clarté, de ^tique et d'érudition. L'auteur des Lettres de
^iène sUde, comme od le voit par an passage de Brocard, ^oyez La DiM$ertatwu de d^AoTille.
quelques Juif s portugais est un de ces hommes dont les cabales littéraires ontétouffé la renommée durant sa vie , mais dont la réputation croîtra dans la postérité. Je renvoie le lecteur curieux à ces excellents Mémoires; il les trouvera aisément, puisqu'ils viennent d'être publiés , et qu'ils existent dans une collection qui n'est pas rare. Je n'ai point la prétention de surpasser les maîtres; je sais jeter au feu le fruit de mes études, et reconndtre qu'on a fait mieux que moi '.
Du quartier des Juifs nous nous rendimes à la maison de Pilate, afin d'examiner par une feiiètre la mosquée du temple ; il est défendu à tout chrétien , sous peine de mort, d'entrer dans le parvis qui environne cette mosquée : je me réserve à en faire la description Icnrsque je parlerai des monuments de Jérusalem. A quelque distance du prétoire de Pilate, nous trouvâmes la piscine Probatique et le palais d'Hérode : ce dernier est une ruine dont les fondations appartiennent à l'antiquité.
Un ancien hôpital chrétien, aujourd'hui consacré au soulagement des Turcs, attira notre attention . On nous y montra une immense chaudière appelée la chaudière de sainte Hélène. Chaque musulman qui se présentoit autrefois à cet hôpital recevoit deux petits pains et des légumes cuits a rhuile ; le vendredi on igoutoit à cette distribution du riz accommodé au miel ou au raisiné : tout cela n'a plus lieu; à peine reste-t-il quelque trace de cette charité évangélique , dont les émanations s'étoient comme attachées aux murs de cet hôpital.
Nous traversâmes de nouveau la ville, et, revenant chereher la porte de Sion, Ali-Aga me fit monter avec lui sur les murs : le drogman n'osa pas nous y suivre. Je trouvai quelques vieux canons de vingt -quatre ajustés sur des affûts sans roues, et placés aux embrasures d'un bastion gothique. Un garde qui fumoit sa pipe dans un coin voulut crier; Ali le menaça de le
< Tauroif pu piller les Mémoires de Tabbé Guénée, sans en rien dire , à Texerople de tant d*auteurs qui se donnent i*air d*avoir puisé dans les sources quand ils n*ont fait que dépouiller des savants dont Ils taisent le nom. Ces fraudes sont trës-raciles aiiJourd*hni , car, dans ce siècle de lumières , IMgnoranœest grande. On commence par écrire sans avoir rien lu , et Ton continue ainsi toute sa vie. I^s véritables gens de lettres gémissent en voyant cette noée déjeunes auteurs qui auroienl peut-être du talent s*ils a voient quelques études. H faudroit se souvenirqueBoileaulisoit Longin dans 1*orlginal , et que Racine savoit par cœur le Sophocle et PEuripIde grecs. Dieu nous ramène au siècle des pédants! Trente Vadius ne feront jamais autant de mal aux lettres qu'un écolier en bonnet de docteur ( 12 ).
ITINÉRAIRE
Jeter dans le fossé s'il ne se taisoit, et il se tat : Je lui donnai une piastre.
Les murs de Jérasalem , dont J*ai fait trois fois le tonr à pied , présentent qnatre fiices aux quatre Tents^ ils forment un carré long, dont le grand eôté court d'orient en occident , deux pointes de la boussole au midi. D'Anyllle a prouté par les mesures et les positions locales que l'ancienne Jérusalem n'étoit pas beaucoup plus vaste que la moderne : elle occupolt quasi le même emplacement , si ce n'est qu'elle enfermoit toute la montagne de Slon, et qu'elle falssoit dehors le Calvaire '. On ne doit pas prendre à la lettre le texte de Josèphe lorsque cet historien assure que les murs de la dté s'avançbient , au nord , Jusqu'aux sépulcres des rois : le nombre des stades s'y oppose; d*ailleurs, on pourrait dire encore que les murailles touchent aujourd'hui à ces sépulcres; car elles n'en sont pas éloignées de cinq cents
pas.
Le mur d'enceinte qui existe aujourd'hui est l'ouvrage de Soliman, flts de Sélim % comme le prouvent les inscriptions turques placées dans ce mur. On prétend que le dessein de Soliman étoit d'enclore la montagne de Slon dans la circonvallation de Jérusalem, et qu'il fit mourir l'architecte pour n'avoir pas suivi ses ordres. Ces mu- . railles , flanquées de tours carrées , peuvent avoir à la plate-forme des bastions une trentaine de pieds de largeur, et cent vingt pieds d'élévation ; elles n'ont d'autres fossés que les vallées qui environnent la ville. Six pièces de douze , tirées à barbette, en poussant seulement quelques gabions, sans ouvrir de tranchée, y feraient dans une nuit une brèche praticable ; mais on sait que les Turcs se défendent très-bien derrière un mur par le moyen des épaulements. Jérusalem est dominée de toutes parts; pour la rendre tenabie contre une armée régulière, il faudroit faire de grands ouvrages avancés h l'ouest et au nord , et bâtir une citadelle sur la montagne des Oliviers.
Dans cet amas de décombres, qu'on appelle une ville, il a plu aux gens du pays de donner des noms de rues à des passages déserts. Ces divisions sont assez curieuses, et méritent d'être rapportées, d'autant plus qu'aucun voyageur n'en a parlé ; toutefois les pères Roger, Nau, etc. , nomment quelques portes en arabe. Je compsence par ces dernières :
> Voyei la Diueriation de d'AjiTiUe , à la fia de oel //t/ittaire.
* En 1534.
Bab-el'Kzalily la porte du Bien-Aimé : elle s'ouvre à l'ouest. On sort par cette porte pour aller à Bethléem , Hébron et Saint-Jean du Désert Nau écrit Bab-el-Khalil, et traduit, porte d'Abraham : c'est la porte de Jafifa de Deshayes, la porte des Pèlerins , et quelquefois la porte de Damas des autres voyageurs.
Bab'€l'NùhUDahoudy la porte du prophète David : elle est au midi, sur le sommet de la montagne de Slon , presque en face du tombeau de David et du Saint-Cénacle. Nau écrit Bah- Sidi'Daod. Elle est nommée Porte de Sion par Deshayes, Doubdan , Roger, Cotovic,Bénard, ete.
Bab-el-Maugrarbê . la porte des Maugrabim ou des Barbaresques : elle se trouve entre le levant et le midi, sur la vallée d'Annon, presqoe au coin du temple, et en regard du. village de Siloan. Nau écrit Bab-el-Megarehe, Cest la porte Sterquilinaire ou des ordures , par où les Joift amenèrent Jésus -Christ à Pilate, après Tavoir pris au jardin des Oliviers.
Bab-el-Darahie y la porte Dorée ; elle est an levant et donne sur le parvis do temple. Les Turcs l'ont murée : une prédiction leur annonee que les chrétiens prendront un jour la ville par cette porte; on croit que Jésus-Christ entrai Jérusalem par cette même porte le jour desBa- «meaux.
Bab^l'Sidi'Mariamy la porte de la Sainte- Vierge, à l'orient, vis-à-vis la montagne des Oliviers. Nau l'appelle en arabe Heutta. Toutes 1« relations de la Terre-Saint la nomment porte it Saint' L tienne ou de Marie, parce qu'elle fut témoin du martyre de saint Etienne, et qu'elle conduit au sépulcre de la Vierge. Du temps des Juifs elle se nommoit la porte des Troupeaux,
Bab-el'Zaharay la porte de l'Aurore ou du Cerceau, Cerchiolino : elle regarde le septentrion, et conduit à la grotte des Lamentations de Jérémie. Les meilleurs plans de Jérusalem s'accordent à nommer cette porte, porte d*Éphraîm ou d'Hérode, Cotovic la supprime et la confond avec la porte de Damas ; il écrit : Porta Damascenh sive Effraîm; mais son plan, trop petit et trèsdéfectueux , ne se peut comparer à celui de Deshayes , ni encore moins à celui de Shaw. Le plaa du Voyage espagnol de Vera est très-beau, mais chargé et inexact. Nau ne donne point le nom arabe de la porte d'Éphraïm ; il est peut-être le seul voyageur qxAVwgiçtWtpofiedes Tureomans. La porte d'Éphraïm et la porte Sterquilinaire ou
DE PABIS A JÉRUSALEM.
da Aimier sont te deu petites portes de Jéru-
ttlem.
BaM-Bamond on Bab-el-Chamy la porte èeltCokNineoa de Damas : elle est tournée aa Mid^iest, et mfene anx sépulcres des rois à NapkNM ou Siehem , à SainWean d'Acre et à Danm Nia écrit Balhel-Àmùnd. Quand Simon le GyiéMen rencontra Jésus- Christ chargé de la croix, il Tcooit de la porte de Damas. LtB pèfcrin eatroient aneiennement par cette porte, ninteoant ils entrent par celle de Jaffa ou de Miléein ; d*où il est arrivé qu'on a transporté les DOffl de la porte de Damas à la porte de Jaffa ou dttPèlerios. Cette diservation n'a point encore étèfiite, et Je la consigne ici pour expliquer une -tnfoiion de lieux qui embarrasse quelquefois im les récits des voyageurs.
YeMH maintenant au détail des rues. Lestrois (vMpiks se nomment :
Hmt'bab^ei' Hamond, la rue de la Porte * h Colonne : elle traverse la ville du nord au
Smkel-KebiZy la rue do Orand-Bazar : elle Mt da couchant au levant.
BênU-^l-Allam, la Voie Douloureuse : elle eoBUMnce à la porte de la Vierge , passe au prétoire de Pilate, et va finir au Calvaire.
On tnmve ensuite sept autres petites rues :
Harat-ei-Btuisminy la rue des Turcs.
Bêmî^lrNatsara y la rue des Chrétiens : elle ndoSaint-Sépalcre an couvent latin.
fkni-tl-Asmany la rue des Arméniens, au knuitda château.
B^ni-el'Youdj la rue des Juifs : les bouchefltt de la \1lle sont dans cette rue.
Barai'bab-Hotia y la rue près du Temple.
Barût*el'Zahara. Mon drogman me traduisoit Cttmots par strada Comparita, Je ne sais trop ttqaeeela veut dire. Il m'assuroit encore que les ^ilet et les méchantes gens demeurolent dans «ttcnie.
Barta^l^Maugrarbéy rue des Maugrablns. Ces MsQgrabins , comme Je l'ai dit , sont les Occidentstix on Barbaresques. On compte parmi eux quel- ^ descendants des Maures chassés d'Espagne IKir Ferdinand et Isabelle. Ces bannis furent **?» dans la ville sainte avec une grande charité ; ^ kar fit bâtir une mosquée : on leur distribue *>(ttre aujourd'hui du pahi , des fruits et quelle argent Les héritiers des fiers Abencerages, Itt élégants arehitectes do TAlhambra, sont de-
venus à Jérusalem des portiers qu'on recherehe à cause de leur intelligence, et des courriers estimés pour leur légèreté. Que diraient Saladin et Richard si , revenant tout à coup au monde, ils trouvoient les chevaliers maures transformés en concierges au Saint-Sépulcre , et les chevaliers chrétiens représentés par des firères quêteurs?
A l'époque du voyage de Benjamin de Tudèle, e'est'-à-dire sous les rois françois de Jérusalem , la ville avoit trois enceintes de murailles, et quatre portes que Benjamin appelle j9o/fa Somnus AbrahcBy porta David ^ porta SUm, porta Jeho^ saphai. Quant aux trois enceintes, elles ne s'accordent guère avec ce que nous savons du local de Jérusalem lors de la prise de cette ville par Saladin. Benjamin trouva plusieurs Juifo établis dans le quartier de la Tour de David : ils y a voient le privilège exclusif de la teinture des draps et des laines, moyennant une somme qu'ils payoient tous les ans au roi.
Les lecteurs qui voudront comparer la Jérusalem moderne avec la Jérusalem antique peuvent avoir recours à d'Anville , dans sa Dissertation sur Fancienne Jémsakm ' ; àReland, et au père Lami, de sancta Civitate et Tempio.
Nous rentrâmes au couvent vers neuf heures. Après avoir déjeûné j'allai faire une visite au patriarche grec et au patriarche arménien, qui m'avoient envoyé saluer par leurs drogmans.
Le couvent grec touche à l'église du Saint-Sépulcre. De la terrasse de ce couvent on découvre un assez vaste enclos , où croissent deux ou trois oliviers, un palmier et quelques cyprès : la maison des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem occupoit autrefois ce terrain abandonné. Le patriarche grec me parut un très-bon homme. Il étoit dans ce moment aussi tourmenté par le pacha que le gardien de Saint-Sauveur. Nous parlâmes de la Grèce : je lui demandai s'il possédoit quelques manuscrits; on me fit voir des Rituels et des Traités des Pères. Après avoir bu le café et reçu trois ou quatre chapelets, je passai chez le patriarche arménien.
Celui-ci s'appeloit ArsenioSy de la ville de Césarée en Cappadoce ; il étoit métropolitain de Scythopoli , et procureur patriarcal de Jérusalem ; 11 m'écrivit lui-même son nom et ses titres en caractères syriaques sur un petit billet que j'ai encore. Je ne trouvai point chez lui l'air de souffiranoe et d'oppression que j'avois remarqué ches
' Voyez cette Diuertation à la ttn de cet Itinératrw.
ITINÉRAIRE
les malheureux Grecs, esdaves partout. Le ooovent arménieD est agréable, l'église, charmante, et d'une propreté rare. Le patriarche, qui ressembloit a un riche Turc, étoit enveloppé dans des robes de soie, et assis sur des coussins. Je bus d'excellent café de Moka. On m'apporta des confitures , de l'eau fraîche , des serviettes blandies ; on brûla du bois d'aloès, et je fus parfumé d'essence de rose au point de m'en trouver incommodé. Arsenios me parla des Turcs avec mépris. Il m'assura que l'Asie entière attendoit l'arrivée des François ; qUe s'il paroissoit un seul soldat de ma nation dans son pays , le soulèvement seroit général. On ne saurait croire à quel point les esprits fermentent dans l'Orient '. J'ai vu Ali- Aga se fâcher à Jéricho contre un Arabe qui se moquoit de lui, et qui lui disoit que, si l'empereur avoit voulu prendre Jérusalem , il y seroit entré aussi aisément qu'un chameau dans un champ de doura. Les peuples de l'Orient sont beaucoup plus iamiliarisés que nous avec les idées dlnvasion. Ib ont vu passer tous les hommes qui ont changé la face de la terre : Sésostris , Cy rus , Alexandre, Mahomet, et le dernier conquérant de l'Europe. Accoutumés à suivre les destinées d'un maître , ils n'ont point de loi qui les attache à des idées d'ordre et de modération politique : tuer quand 09 est le plus fort leur semble un droit légitime ; ils s'y soumettent ou l'exercent avec la même indifférence. Ils appartiennent essentiellement à l'épée ; ils aiment tous les prodiges qu'elle opère : le glaive est pour eux la baguette d'un génie qui élève et détruit les empires. La liberté , ils l'ignorent; les propriétés, ils n'en ont point : la force est leur dieu. Quand ils sont longtemps sans voir paroltre ces conquérants exécuteurs des hautes justices du del, ils ont l'air de soldi|ts sans chef, de citoyens sans législateur, et d'une famille sans père.
Mes deux visitesdurèrentàpeu près une heure. De là j entrai dans l'église du Saint-Sépulcre ; le Turc qui en ouvre les portes avoit été prévenu de se tenir prêt à me recevoir : Je payai de nouveau à Mahomet le droit d'adorer Jésus-Christ. J'étudiai une seconde fois, et plus à loisir, les monuments de cette vénérable église. Je montai dans la galerie où je rencontrai le moine cophte et l'évéque abyssin : ils sont très-pauvres, et leur
> M. Seetzen, qai pana à Jénualem quelques mob avant mol, et quf a voyagé plus tard dans l'Arabie, dit, dans sa lettre à M. de Zaeb , que les babltants da pays ne firent que lui parler des armées françolses. {Ann/det Fayaget, par M. Malte-Bran. )
simplidfé nqn^le les beaux temps de rÉvangik. Ces prêtres, demi-sauvages, le temt brûlé pir les feux du tropique, portant pour seule marqoe de leur dignité une robe de toile bleue, et n'ayant point d'autre abri que le Saint-S^uloe, me touchèrent bien plus que le chef des papas grées et le patriarche arménien. Je défierais rimaginatiss la moms religieuse de n'étie pas émue à cette rencontre de tant de peuples au tombeau de Jésus^Ihrist, à ces prières prononcées dans cent lisgages divers, au lieu même où les apôtres reçs* rent du Saint-Esprit le don de parler tontes ki langues de la terre.
Je sortis à une heure du SaintSépulcie, et DM rentrâmes au couvent Les soldats du pack avoient envahi Thosplee, ainsi que je l'ai d^ itcouté, et ils y vivolent à discrétion. En retouinant à ma cellule, et traversant lecorridor avee le drogman Michd, je rencontrai deux jeunei spahis armés de pied en cap, et faisant un imit étrange : il est vrai qu'ils n'étoient pas bim r^ doutables, car, à la honte de Mahomet, ils étoient ivres à toml)er. Aussitôt qu'ils m'aperçurent, ib me fermèrent le passageen jetant de grands édsti de rire. Je m'arrêtai pour attendre la fin de ees jeux. Jusque-là il n'y avoit point de mal; niif bientôt un de ces Tartares , passant derrièieuKà, me prit la tète, me la courba de force, tandis que son camarade, baissant le collet de mon habit| me frappait le cou avec le dos de son sabce'na. Le drogman se mit à beugler. Je me débarrassai des mains des spahis; je sautai à la goi^deeebil qui m'avoit saisi par la tête : d'une main hd arrachant la barbe, et de l'autre l'étranglant contre le mur, je le fis devenir noir comme mou chapeau ; après quoi je le lâchai , lui ayant rendu jeu pour jeu et insulte pour insulte. L'autre ^abi, chargé de vin et étourdi de mon action, ne songes point à venger la plus grande avanie que Ton puisse fiiire à un Turc , celle de le prendre par la barbe. Je me retirai dans ma chambre et Je me préparai à tout événement. Le père gardien n*étolt pas trop fâché que j'eusse un peu corrigé ses persécuteurs; mais il craignolt quelque catastrophe : un Turc humilié n'est jamais dangereux , et nous n'entendîmes parler de rien.
Je dtnai à deux heures, et je sortis à trois avee ma petite troupe accoutumée. Je visitai les sépulcres des rois; de là, faisant à pied le tour de la ville , je m'arrêtai aux tombeaux d'Absalon , de Josaphat et de Zacharle dans la vallée de Josn*
DE PABIS A JÉRUSALEM.
irr
phat. J*ai dit que les sépalcres des rois étoieut en 'dehors de la porte d*Épbraîm, vers le nord, à trois OQ quatre portées de fusil de la gratte de léiémie. Parlons des monuments de Jérusalem. Ten distingue de six espèces :
1* Les monuments purement hébreux; S*" les moDoments grecset romains du temps des païens ; 3* les monunoents grecs et romains sous le christîanisaie ; 4* les monuments arabes ou moresques ; 5« les monuments gothiques sous les rois francois; O"* les monuments turcs.
Venons aux premiers.
On ne voit plus aucune trace de ceux-ci à Jémsalem, si ce n'est à la piscine Probatique; car je mets les sépulcres des rois et les tombeaux d'Absalcm, de Josaphatetde Zacharie au nombre des monaments grecs et romains exécutés par les JaiCi.
n est difficile de se faire uneidéenettedu premier et même du second temple d'après ce qu'en dit rÉeriture et d'après la description de Josèphe ; mais CD entrevoit deux choses : les Juifs avoient le goût dn sombre et du grand dans leurs édifices , eomme les Égyptiens; ils aimoient les petits détails et les ornements recherchés , soit dans les gravures des pierres, soit dans les ornements en bois , en bronze ou en or (i 3).
Le temple de Salomon ayant été détruit par ks Syriens, le secopd temple , rebâti par Hérode ÎAscalonite, rentra dans Tordre de ces ouvrages moitié Juifs moitié grecs , dont Je vais bientôt parier.
Il ne nous reste donc rien de Tarchitecture primitive des Juifs à Jérusalem , hors la piscine Probatique. On la voit encore près de la porte Saint- Etienne, et elle bomoit le temple au septentrion. C'est un réservoir long de cent cinquante pieds , et large de quarante. L'excavation de ce réser- Tolr est soutenue par des murs , et ces murs sont ainsi composés : un lit de grosses pierres Jointes ensonble par des crampons de fer; une maçonnerie mêlée appliquée sur ces grosses pierres ; une couche de cailloutage collée sur cette maçonnerie ; un enduit répandu sur ce cailloutage. Les quatre lits sont perpendiculaires au sol , et non pas horizontaux : l'enduit étoit du côté de l'eau, et les grosses pierres s'appuyoient et s'appuient encore contre la terre.
Cette piscine est maintenant desséchée et k demi comblée; il y croît quelques grenadiers et flne espèce de tamarin sauvage, dont la verdure
CBATEAOBRIARD. ^ TONK IV.
est bleuâtre : l'angle de l'ouest est tout rempli de nopals. On remarque aussi dans le côté occidental deux arcades qui donnent naissance à deux voûtes : c'étoit peut-être un aqueduc qui conduisoit l'eau dans l'intérieur du temple.
Josèphe appelle cette piscine Sfagnum Salo' monts y l'Évangile la nomme ProbcUiquCy parce qu'on y purifioit les brebis destinées aux sacrifices. Ce fut au bord de cette piscine que Jésus- Christ dit au paralytique :
« Levez-vous et emportez votre lit. «
Voilà tout ce qui reste aujourd'hui de la Jérusalem de David et de Salomon.
Les monuments de la Jérusalem grecque et romaine sont plus nombreux , et forment une classe nouvelle et fort sin^lière dans les arts. Je commence par les tombeaux de la vallée de Josaphat et de la vallée de Siloé.
Quand on a passé le pont du torrent de Cédron, on trouve au pied du Mons Offensionis le sépulcre d'Absalon. C'est une masse carrée , mesurant huit pas sur chaque face; elle est formée d'une seule roche, laquelle roche a été taillée dans la montagne voisine, dont elle n'est séparée que de quinze pieds. L'ornement de ce sépulcre consiste en vingt -quatre colonnes d'ordre dorique sans cannelure, six sur chaque front du monument. Ces colonnes sont à demi engagées et forment partie intégrante du bloc, ayant été prises dans l'épaisseur de la masse. Sur les chapiteaux règne la frise avec le triglyphe. Au-dessus de cette frise s'élève un socle qui porte une pyramide triangulaire, trop élevée pour la hauteur totale du tombeau. Cette pyramide est d'un autre morceau que le corps du monument.
Le sépulcre de Zacharie ressemble beaucoup à celui-ci; il est taillé dans le roc de la même manière , et se termine en une pointe un peu recourbée comme le bonnet phrygien ou comme un monument chinois. Le sépulcre de Josaphat est une grotte dont la porte , d'un assez bon goût , fait le principal ornement. Enfin , le sépulcre où se cacha l'apôtresaint Jacquesprésentesur la vallée de Siloé un portique agréable. Les quatre'colonnes qui composent ce portique ne posent point sur le sol , mais elles sont placées à une certaine hauteur dans le rocher , ainsi que la colonnade du Louvre sur le premier étage du palais.
La tradition, comme on le voit, assigne des noms à ces tombeaux. Arculfe, dans Adamannus {De Locis Sanciis, lib. i, cap. x), Yilalpandus,
rriMÉBAIBE
{Antiques Jérusalem DescripHo) , Adrichomius [Sententia de loco sepulcri Absalon) , Quaresmius (tom. ii , cap. iv et v) , et plusieurs autres, ont ou parlé de ces noms , ou épuisé sur ce su- Jet la critique de Thistoire. Mais , quand la tradition ne seroit pas ici démentie par les faits, Tarcliitecture de ces monuments prouveroit que leur origine ne remonte pas à la première antiquité judaïque.
S'il falloit alwolument fixer IVpoque où ces mausolées ont été construits Je la placerois vers le temps de ralliance des Juifs et des Lacédémoniens, sous les premiers Machabées. Le dorique dominoit encore dans la Grèce : le corinthien n'en- •vahitrarchitectiue qu'un demi-siècle après, lorsque les Romains commencèrent à s'étendre dans le Péloponèse et dans l'Asie'.
Mais, en naturalisant à Jérusalem l'architecture de Gorintbe et d'Athènes , les Juifs y mêlèrent les formes de leur propre style. Les sépulcres de la vallée de Josaphat , et surtout les tombeaux dont Je vais bientôt parler, offrent l'alliance visible du goût de l'Egypte et du goût de la Grèce. Il résulta de cettealliance une sorte de monuments indécis , qui forment pour ainsi dire le passage entre les Pyramides et le Parthénon ; monuments où l'on distingue un génie sombre , Iiardi , gigantesque , et une imagination riante , sage et modérée'. On va voir un he\ exemple de cette vérité dans les sépulcres des rois.
En sortant de Jérusalem par la porte d'Éphraîm ^ on marche pendant un demi-mille sur le plateau d'un rocher rougeétre où croissent quelques oliviers. On rencontre ensuite au milieu d'un champ une excavation assez semblable aux travaux abandonnés d'une ancienne carrière. Un chemin large et en pente douce vous conduit au fond de cette excavation, où l'on entre par une arcade. On se trouve alors au milieu d'une salle découverte taillée dans le roc. Cette salle a trente pieds de long sur trente pieds de large , et les parois du rocher peuvent avoir douze à quinze pieds d'élévation.
Au centre dé la muraille du midi vous apercevez une grande porte carrée, d'ordre dorique,
> Aussi trouvons- noas à celte dernière époque un portique eorinthieo dans le temple rebàU par Hérode, des ooIobom avec des InscripUom grecques el iaUoes, des portes de cuivre de Corinthe,ete. ^
' (Teit ainsi que, soua Fran^ I*', rarcbitootaie grecque se mélaauslylegolliique, el produisit des ouvrages cliarnante.
* iosBTB^ de Bell. /v^<$ic.. ttb. vr, cap. xir.
creusée de plusieurs pieds de profondeor dans le roc. Une frise un peu capricieuse , mais d'une dé* lîcatesse exquise, est sculptée au-dessus de la porte : c'est d'abord un triglyphe suivi d*un métope orné d'un simple anneau ; ensuite vient une grappe de raisin entre deux couronnes et deui palmes. Le triglyphe se représente, et la ligne se reproduisoit sans doute de la même manière le long do rocher ; mais elle est actuellement effacée. A dix-huit pouces de cette frise règne un feuillage entremêlé de pommes de pin et d'un autre bû que je n'ai pu reconnoltre , mais qui ressemble i un petit citron d'Egypte. Cette demfèi^décontlon suivoit parallèlement la frise, et desceoM ensuite perpendiculairement le long des dem côtés de la porte.
Dans renfoncement et dans l'angle à gaodie de cette grande porte s'ouvre un canal où Foft marchoit autrefois debout , mais où l'on se glisse atgourd'hui en rampant. Il aboutit par unepeote assez roide , ainsi que dans la grande pyramide, à une chambre carrée , creusée dans le roc avec le marteau et le ciseau. Des trous de six pieds de long sur trois pieds de large sont pratiqués dans les murailles , ou plutôt dans les parois de cette chambre, pour y placer des cercueils. Trois fiortes voûtées conduisent de cette première chamtxe dans sept autres demeures sépulcrales d'inégale grandeur, toutes formées diins le roc vif, et dont il est difficile de comprendre le dessein, surtool à la lueur des flambeaux. Une de ces grottes, plQ> basse que les autres, et où l'on descend par sii degrés, semble avoir renfermé les principaoi cercueils. Ceux-ci étoient généralement disposés de la manière suivante : le plus considérableétoit au fond de la grotte , en face de la porte d'entrée} dans la niche ou dans l'étui qu'on lui a\ oit préparé ; des deux côtés de la porte deux petites voûtes étoient réservées pour les morts les moins illustres , et comme pour les gardes de ces rois qui n'avoient plus besoin de leur secours. Ui cercueils , dont on ne voit que les fragmcnlSj étoient de pierre et ornés d'élégantes arabesques.
Ce qu'on admire le plus dans ces toiDbeaoti ce sont les portes des chambres sépulcrales; elles sont de la même pierre que la grotte , ainsi qoe les gonds et les pivots sur lesquels elles tournent Presque tous les voyageurs ont cru qu'elles avoient été taillées dans le roc même; mais cela est visiblement impossible , comme le proQvt très-bien le père Nau. Thévenot asiure « ««'«"
DE PARIS A JËBUSALEM.
« gmttant un peu la poussière on aperçoit la « jointure des pierres , qui y ont été mises après « que les jportes ont été posées avec leurs pivots > dans les trous. » J*ai cependant gratté la pous- »ère y et je n*ai point vu ces marques au bas de la senie porte qui reste debout : toutes les autres sont brisées et Jetées en dedans des grottes.
En entrant dans ces palais de la mort , Je fus tenté de les prendre pour des bains d*arcbitecture romaiDe, tels que ceux de Tantre de la Sibylle jirès du lac Averne. Je ne parle ici que de l'effet général pour me faire comprendre ; car je savois très-bien que j'étois dans des tombeaux. Arculfe (Apud Adamann.)jq\ii les a décrits avec une grande exactitude [Sepulcra sunt in naturali eoilis rupe, etc.) y avoit vu des ossements dans les cercueils. Plusieurs siècles après , Villamont y trouva pareillement des cendres qu'on y cherche vainement aujourd'hui. Ce monument souterrain étoit annoncé au dehors par trois pyramides, dcHit une exbtoit encore du tempsde Vilalpandus. le ne sais ce qu'il faut croire de Zuellard et d'Apport qui décrivent des ouvrages extérieurs et des
péristyles.
Une question s'élève sur ces sépulcres nommés Sépulcres des rois. Be quels rois s'agit-il? D'après on passagedes Para/i/7omén^5et d'après quelques autres endroits de l'Écriture , on voit que les tombeaux des rois de Juda étoient dans la ville de léntsalem : Dormiitque Achaz cum patribus nrfs, et sepelierunt eum in civiiate Jérusalem. feavtd avoit son sépulcre sur la montagne de Sion ; d*ailleurs le ciseau grec se fait reconnoltre dans les ornements des sépulcres des rois.
Josèphe , auquel il faut avoir recours , cite trois mausolées fameux.
Le premier étoit le tombeau des Machabées, élevé par Simon leur frère ; « Il étoit , dit Josèphe, « de marbre blanc et poli, si élevé qu'on le peut « voir de fort loin. Il y a tout à l'entour des voû- « tes en forme de portiques, dont chacune des « colonnes qui le soutiennent est d'une seule pierre. «Et pour marquer ces sept personnes, il y « ajouta sept pyramides d'une très-grande hauteur *• et d'une merveilleuse beauté.'. »
Le premier livre des Machabées donne à peu près les mêmes détails sur ce tombeau. Il ajoute fa'on Ta voit construit à Modin , et qu'on le voyoit ^ naviguant sur la mer : Ab omnibus navigan- ^bus mare. Modin étoit une ville bâtie près de
Diospolis , sur une montagne de la tribu de Juda. Du temps d'Eusèbe, et même du temps de saint Jéfôme, le monument des Machabées existoit encore. Les sépulcres des rois , à la porte de Jérusalem, malgré leurs sept chambres funèbres et les pyramides qui les couronnoient, ne peuvent donc avoir appartenu aux princes asmonéens.
Josèphenous apprend ensuite quHélène, reine d'Adiabène, avoit fait élever, à deux stades de Jérusalem, trois pyramides funèbres, et que ses 08 et ceux de son fils Izate y furent renfermés par les soins de Manabaze *. Le même historien, dans un autre ouvrage * , en traçant les limites de la Cité sainte, dit que les murs passoient au septentrion vis-à-vis le sépulcre d'Hélène. Tout cela convient parfaitement aux sépulcres des rois, qui, selon Vilalpandus, étoient ornés de trois pyramides , et qui se trouvent encore au nord de Jérusalem, à la distance marquée par Josèphe. Saint Jérôme pairie aussi de ce sépulcre. Les savants qui se sont occupés du monument que j'examine ont laissé échapper un passage curieux de Pausanias ' ; il est vrai qu'on ne pense guère à Pausanias à propos de Jérusalem. Quoi qu'il en soit , voici le passage ; la version latine et le texte de Gédoyn sont fidèles :
« Le second tombeau étoit à Jérusalem. . . . C'étoi t « la sépulture d'une femme juive nommée Hélène. K La porte du tombeau , qui étoit de marbre « comme tout le reste , s'ouvroit d'elle-même à « certain Jour de Tannée et à certaine heure, par <( te moyen d'une machine , et se referrooit peu A de temps après. En tout autre temps si vous « aviez voulu l'ouvrir vous l'atirlez plutôt rom- R pue. >»
Cette porte , qui s'ouvroit et se refermoit d'ellemême par une machine, sembleroit, à la merveille près, rappeler les portes extraordinaires des sépulcresdesrois. Suidas et Etienne de Byzanceparlent d'un Voyage de Phénicie et de Syrie publié par Pausanias. Si nous avions cet ouvrage , nous y aurions sans doute trouvé de grands éclaircissements sur le sujet que nous traitons.
Les passages réunis de l'historien juif et du voyageur grec sembieroient donc prouver assez bien que les sépulcres des rois ne sont que le tombeau d'Hélène; mais ouest arrêté dans cette
> Antiq. Judaf.
s De Bell. Jud.
3 J'ai vu depuis que Tabbé Guénée l'a indiqué dam les emellents Mémoires dont J*ai parlé. \\ dit qaUl se propose dVxaminer ce passage dans un autre Mémoire : il le dit, mais il n'y revient plus : c'est bien dommage.
ifl.
ITINERAIRE
conjecture par la connoissance d'un troisième monument.
Josèphe parle de certaines grottes qu'il nomme les Cavernes roi/aies, selon la traduction littérale d'Arnaud d*Andil]y : malheureusement il n'en fait point la description; il les place au septentrion de la ville sainte , tout auprès du tombeau d'Hélène.
Reste donc à savoir quel fut le prince qui fit creuser ces cavernes de la mort, comment elles étoient ornées, et de quels rois elles gardoient les cendres. Josèphe, qui compte avec tant de soin les ouvrages entrepris ou achevés par Hérode le Grand, ne met point les sépulcres des rois au nombre de ces ouvrages ; il nous apprend même qu'Hérode, étant mort à Jéricho, fut enterré avec une grande magnificence à Hérodium. Ainsi, les cavernes royales ne sont point le lieu de la sépulture de ce prince; mais un mot échappé ailleurs à l'historien pouf roit répandre quelque lumière sur cette discussion.
En parlant du mu r que Titus fit élever pour serrer de plus près Jérusalem , Josèphe dit que ce mur, revenant vers la région boréale, renfermoit le sépulcre d* Hérode. C'est la position des cavernes royales. Celles-ci auroient donc porté également le nom de Cavernes royales et de Sépulcre d* Hérode, Dans ce cas cet Hérode ne serait point Hérode l'Ascalouite , mais Hérode le Tétrarque. Ce dernier prince étoit presque aussi magnifique que son père : il avoit fait bâtir deux villes, Séphoris et Tibériade; et quoiqu'il fût exilé à Lyon par Caligula', il pou voit très-bien s'être préparé un cercueil dans sa patrie : Philippe son frère lui avoit donné le modèle de ces édifices funèbres.
Nous ne savons rien des monuments dont Agrippa embellit Jérusalem.
Voilà ce que J'ai pu trouver de plus satisfaisant sur cette question ; J'ai cru devoir la traiter à fond , parce qu'elle a jusqu'ici été plut6tembrouilléequ'èclaircie par les critiques. Les anciens pèlerins qui avoient vu le sépulcre d'Hélène l'ont confondu avec les cavernes royales. Les voyageurs modernes, qui n'ont point retrouvé le tombeau de la reine d'Adiabène, ont donné le nom de ce tombeau aux sépultures des princes de la maison d*Hérode. Il est résulté de tous ces rapports une étrange confusion : confusion augmentée par l'érudition des écrivains pieux qui ont voulu ensevelir les rois de
> JotBPB. , AiU, Jud. , Uh. xvui ; Snus. , 1U>. xvni.
Jnda dans les grottes royales, et qui n'ont pas manqué d'autorités.
La critique de l'art ainsi que les faits historicpm nous obligent à ranger les sépulcres des rois dans la classe des monuments grecs à Jérusalem. Ces sépulcres étoient très-nombreux, et la postérité d'Hérode finit assez vite; de sorte que plusieurs cercueils auroient attendu vainement leurs maîtres : il ne manquait plus , pour connottre toute la vanité de notre nature, que de voir les tombeau d*homm^ qui ne sont pas nés. Rien, au reste^ne forme un contraste plus singulier que lafrisechl^ mante sculptée par le ciseau de la Grèce sur li porte de ces chambres formidables où reposoint les cendres des Hérodes. Les idées les plustnjpques s'attachent à la mémoire de ces princes; ils ne nous sont bien connus que par le meurtre de Mariamne, le massacre des Innocents, la mort de saint Jean-Baptiste , et la condamnation de ièxr Christ. On ne s'attend donc point à trouver leats tombeaux embellis de guirlandes légères, ao milieu du site effrayant de Jérusalem, non loin do temple où Jéhovah rendoit ses terribles orades, et près de la grotte où Jérémie composa ses Lumentadons.
M. Casas a très-bien représenté ces rooDomatt dans son Voyage pittoresque de la Syrie i )eM connois point Touvrage plus récent de H. Mayer. La plupart des voyages en Terre-Sainte soDta^ compagnes de gravures et de vignettes. H teit distinguer celles de la Relation du père Bogtf, qui pourroient bien être de Claude Mellan.
Les autres édifices des temps romains à Jén* salem, tels que le théâtre et l'amphithéâtre, les tours Antonia, Hippicos, PhasaëleetPsepblDiat n'existent plus, ou du moins on n*en connottqv des ruines informes.
Nous passons maintenant à la troisième sorte des monuments de Jérusalem^ aux monumeott du christianisme avant l'invasion des SaroisiBS> Je n'en ai plus rien à diro , puisque Je les ai décrits en rendant compte des saints lieux. Je fen^ seulement une remarque : comme ces monumeots doivent leur origine à des chrétiens qui n'étoleot pas Juifs , ils ne conservent rien du caractère da* mi-égyptien, demi-grec, que J'ai obscrvédansto ouvrages des princes asmonèens et des Hérodes; ce sont de simples églises grecques du tempsde te décadence de l'art.
La quatrième espèce de monuments à Jérn»* lem est celle des monuments qui appartienneo^
DE PAWS A JÉRUSALEM.
ao temps de la prise de cette ville par le calife | Omar, successeur â*Ababeker, et chef de la race des Ommiades. Les Arabes qai avoient saivi les éteodards du calife s'emparèrent de TÉgypte ; de là, s*aYançant le long des côtes de TAfriquc , ils passèrent en Espagne, et remplirent de palais enchantés Grenade et Gordoue. C'est donc au règne d'Omar qu*il fout &ire remonter l'origine de cette arehitecture arabe dont TAthambra est le chef* d'œnvre, comme le Parthénon est le miracle du génie de la Grèce. La mosquée du Temple, comoencéeè Jérusalem par Omar, agrandie par Abdd-Maleck , et rebâtie sur un nouveau plan par M>alid, est un monument très-curieux pour rblstolre de Tart chez les Arabes. On ne sait point encore d'après quel modèle furent .élevées ces demeures des fées dont l'Espagne nous offre les raines. On me saura peut-être gré de dire quelques mots sur un sujet si neuf, et jusqu à présent si pen étudié.
Le premier temple de Salomon ayant été renversé six cents ans avant la naissance de Jésus - Christ Y il fut relevé après les soixante-dix ans de la captivité, par Josué , ills de Josédé, et Zorobdbel , fils de Salathiel. Hérode l'Ascalonite re- Util en entier ce second temple. Il y employa oDze mille ouvriers pendant neuf ans. Les travaux en furent prodigieux, et ils ne fur ont achevés que longtemps après la mort d'Hérode. Les Juifs ayant comUé des précipices et coupé le sommet d'une montagne, firent enfin cette vaste esplanade où s*ék\oit le temple à l'orient de Jérusalem , sur les vallées de Siloé et de Josaphat.
Quarante Jours après sa naissance, Jésus- Christ fut présenté dans ce second temple; la VIergey ftit purifiée. Adouze ans le Filsde THomme y enseigna les docteurs ; il en chassa les marchands; il y fut inutilement tenté par le démon; il y remit les péchés à la femme adultère ; il y proposa la parabole du bon Pasteur, celle des deux Enfants, celle des Vignerons et celle du Banquet nuptial. Ce fut dans ce même temple qu'il entra au milien des palmes et des branches d'oli- ▼ier, le Jour de la fête des Rameaux; enfin il y prononça le RedditeqtuB sunt Cœsaris Cœsari, et qum sunt Dei Deo; il y fit Téloge du denier de la veuve.
Titus ayant pris Jérusalem la deuxième année 4q règne de Vespasien , il ne resta pas pierre sur pittie du temple où Jésus-Christ avoit fait tant <leeboses glorieuses, et dont il avoit prédit la
ruine. Lorsque Omar s'empara de Jérusalem , il paroit que l'espace du temple, à l'exception d'une très-petite partie , avoit été abandonné par les chrétiens. Saldebn-Batrik ', historien arabe, raconte que le calife s'adressa au patriarche Sophronius , et lui demanda quel serait le lieu le plus propre de Jérusalem pour y bâtir une mosquée. Sophronius leconduisitsur les ruines du temple de Salomon.
Omar, satisfait d'établir sa mosquée dans une enceinte si fameuse, fit déblayer les terres et découvrir une grande roche où Dieu avoit dû parler À Jacob. La mosquée nouvelle prit le nom de cette roche, Gâmeat-el-Sakhra, et devint pour les musulmans presque aussi sacrée que les mosquées de la Mecque et de Médine. Le calife Abdel-Maleck en augmenta les bâtiments et renferma la roche dans Tenceinte des murailles. Son successeur, le calife £l-Oulid, embellit encore £1- Sakhra, et la couvrit d'un dôme de cuivre doré, dépouille d'uue église de Balbeck. Dans la suite , les croisés convertirent le temple de Mahomet en un sanctuaire de Jésus-Christ; et lorsque Saladin reprit Jérusalem , il rendit ce temple à sa destination primitive.
Mais quelle est Tarchitecture de cette mosquée, type ou modèle primitif de l'élégance architecture des Maures? C'est ce qu'il est très-difficile de dire. Les Arabes, par une suite de leurs mœurs despotiques et Jalouses, ont réservé les décorations pour l'intérieur de leurs monuments; et il y a peine de mort, contre tout chrétien qui non-seulement entrerait dans Gâmeat-el-Sakhra, mais qui mettroit seulement le pied dans le parvis qui Tenvironne. Quel dommage quel'ambtissadeur Deshnyes, par un vain scrupule diplomatique, ait refusé de voir cette mosquée où les Turcs lui proposoient de l'introduire! J'en vais décrire l'extérieur :
On voit la grande place de la mosquée, autrefois la place du temple, par une fenêtre de la maison de Pilate.
Cette place forme un parvisqui peut avoir cinq cents pas de longueur sur quatre cent soixante de largeur. Les murailles de la ville ferment ce parvis à Torient et au midi. Il est borné à l'occident par des maisons turques, et au nord par les ruines du prétoire de Pilate et du palais d'Hérode.
Douze portiques, placés à des distances iné-
1 Cest Eatychius, patriarche d* Alexandrie. Nous avons ses AnnaUê arabt», imprimées à Oxford, avec une verstoo lattoe.
ITINÉHAIBE
gales les uns des autres, et tout à fait irréguliers comme les cloîtres de TAlhambra, donnent entrée sur ce parvis. Il sont composés de trois ou quatre arcades, et quelquefois ces arcades en soutiennent un second rang ; ce qui imite assez bien Teffet d*un double aqueduc. Le plus considérable de tous ces portiques correspond à Fancieune Porta Speciosa^ connue des chrétiens par un miracle de saint Pierre. II y a des lampes sous ces portiques.
Au milieu de ce parvis on en trouve un plus petit qui s*élève de six à sept pieds, comme une terrasse sans balustres, au-dessus du précédent. Ce second parvis a, selon Topinion commune, deux cents pas de long sur cent cinquante de large ; on y monte de quatre côtés par un escalier de marbre, chaque escalier est composé de huit degrés.
Au centre de ce parvis supérieur s'élève la fameuse mosquée de la Roche. Tout auprès de la mosquée est une citerne qui tire son eau de Tancîenne fontaine Scellée ' , et où les Turcs font leurs ablutions avant la prière. Quelques vieux oliviers et des cyprès clair-semés sont répandus çà et là sur les deux parvis.
Le temple est octogone : une lanterne également à huit faces, et percée d'une fenêtre sur chaque face, couronne le monument. Cette lanterne est recouverte d*un dôme. Ce dôme étoit autrefois de cuivre doré , il est de plomb aujourd'hui; une flèche d'un assez bon goût, terminée par un croissant, surmonte tout l'édiflce, qui ressemble à une tente arabe élevée au milieu du désert. Le père Roger donne trente-deux pas à chaque côté de Toctogone, deux cent cinquantedeux pas de circuit à la mosquée en dehors, et dix-huit ou vingt toises d'élévation au monument entier.
Les murs sont revêtus extérieurement de petits carreaux ou de briques peintes de diverses couleurs; ces briques sont chargées d'arabesques et de versets du Coran écrits en lettres d'or. Les huit fenêtres de la lantenne sont ornées de vitraux ronds et coloriés. Ici nous trouvons déjà quelques traits originaux des édilices moresques de l'Espagne : les légers portiques des parvis et les briques peintes de la mosquée rappellent diverses parties d'j Généralife , de TAlhambra et de la cathédrale de Cordoue.
Quant à l'intérieur de cette mosquée, Je ne l'ai
' F9n9 iignatuê.
point VU. Je fus bien tenté de risquer' tout poor satisfaire mon amour des arts; mais la crainte de causer la perte des chrétiens de JéniScilem mvrêta. Guillaume de Tyr et Deshayes disent quelque chose de Tintérieur de la mosquée de la Roche; le père Roger en fait une description fort détaillée et vraisemblablement trés-fldèle (14].
Cependant elle ne suffit pas pour prouver que l'intérieur de la mosquée de Jérusalem a des rapports avec Fintérieur des monuments moresqoes en Espagne. Cela dépend absolument de la dbnière dont les colonnes sont disposées dans le monument; et c*est ce que le père Roger ne dit pas. Portent-elles de petites arcades? sout-elles accouplées , groupées , isolées , comme à Cordooe et à Grenade? Mais , si les dehors de cette ax»quée ont déjà tant de ressemblance avec qoelqaes parties de FAlhambra, n'est-il pas à présomer que les dedans conservent le même goût d'ardiitecture? Je le croirois d*autant plus facllerDeat que les marbres et les colonnes de cet édifice ool été dérobés aux églises chrétiennes, et qu'ilsdoivent offrir ce mélange d'ordres et de proportkns que l'on remarque dans la cathédrale de Cordoue.
Ajoutons une observation à ces conjectura. la mosquée abandonnée que l'on voit près dn Caire parott être du même style que la mosquée de Jérusalem : or, cette mosquée du Caire est évidemment l'original de la mosquée de Cordooe. GeU^ cl fut bâtie par des princes, derniers descendants de la dynastie des Ommiades ; et Omar, chef ie leur famille, avoit fondé la mosquée deJérosalem.
Ces monuments vraiment arabes appartleonent donc à la première dynastie des califes et lo génie de la nation en général : ils ne sont donc pas , comme on l'a cru jusqu'ici , le fruit du talent particulier des Maures de l'Andalousie, puisque j*ai trouvé les modèles de ces momunents dans l'Orient.
Cela prouvé , j'irai plus loin. Je crois apenxvoir dans l'architecture égyptienne, si pesante, si mi\jestueuse , si vaste, si durable, le germe de cette architecture sarrasine, si légère, si riante, si petite , si fragile : le minaret est l'imitatloQ de l'obélisque ; les moresques sont des hiéroglj'pi^ dessinés au lieu d'hiéroglyphes gravés. Quanl à ces forêts de colonnes qui composent rintérieor des mosquées arabes, et qui portent une vouti plate , les temples de Memphis , de Denderah, de
DE PARIS A JÉRUSALEM
Thèbes, de Mérooé, offroient encore des exemples de ce genre de construction. Placés sur la frontière de Metzralm, les descendants d'Ismaël ont eu néceisairement l'imagination frappée des merveilles des Pharaons : ils n*ont rien emprunté des Grecs qu'ils n*ont point connus , mais ils ont cberdié à copier les arts d*une nation fameuse qn'ik avoient sans cesse sous les yeux. Peuples vagabonds, conquérants, voyageurs, Us ont imité en ooorant Timmuable Egypte : lis se sont Ait des obélisques de l)ois doré et des liiérogly phes de plâtre , qu'ils pouvoient emporter avec leurs tentes sur le dos de leurs chameaux.
Je n'ignore pas que ce systènae , si c'en est un , est sujet à quelques objections, et même à des objections historiques. Je sais que le palais de Zébra, bftti par Abdoulrahamauprès de Cordoue, fut élevé sur le plan d'un architecte de Constantinople, et que les colonnes de ce palais furent taillées en Grèce ; je sais qu'il existe une architecCofe née dans la corruption de l'art, qu'on peat appeler architecture justinienne y et que cette architecture a quelques rapports avec les ouvrages des Maures ; je sais enfin que des hommes d'un excellent goût et d'un grand savoir, teb que le respectable M. d'Agincourt et l'auteur du magnifique Voyage en Espagne y M. de la Borde , pensent que toute architecture est fille de la Grèce; mais, quelles que soient ces difficultés et ces autorités puissantes , J'avoue qu'elles ne me font pomt changer d'opinion. Un plan envoyé par un architecte de Constantinople , des coioones taillées sur les rives du Bosphore , des ouvriers grecs travaillant à une mosquée , ne prouvent rien : on ne peut tirer d'un fait particulier une conséquence générale. J'ai vu à Constantinople l'architecture Justlnienne. Elle a , j'en conviens, quelque ressemblance avec l'architecture des monuments sarrasins , comme le rétrécissement de la voûte dans les arcades, etc. Toutefois elle conserve une raison , une ft-oideur, une solidité qu'on ne remarque point dans la fantaisie arabe. D'ailleurs cette architecture Justinienne me semble être elle-même l'architecture égyptienne rentrée dans l'architecture grecque. Cette nouvelle invasion de l'art de Memphis M produite par rétablissement du christianisme : les sotttaires qui peuplèrent les déserts de la Thébalde, et dont les opinions gou vernoient le monde, introduisirent dans les églises, dans les monastères , et Jusque dans les palais ces portiques dégé-
nérés appelés cloUreSy où respire le génie de l'Orient. Remarquons, à Tappui de ceci, que la véritable détérioration de l'art chez les Grecs commence précisément à l'époque de la translation du siège de l'empire romain à Constantinople : ce qui prouve que l'architecture grecque n'enfanta pas l'architecture orientale , mais que l'architecture orientale se glissa dans l'architecture grecque par le voisinage des lieux.
J'incline donc à croire que toute architecture est sortie de r Egypte, même Tarchitecture gothique; car rien n'est venu du Nord, hors le fer et la dé-
vastation. Mais cette architecture égyptienne s'est modifiée selon le génie des peuples : elle ne changea guère chez les premiers Hébreux, où elle se débarrassa seulement des monstres et des dieux de l'idolâtrie. En Grèce, où elle fût introduite par Cécrops et Inachus, elle sépura et devint le modèle de tous les genres de beautés. Elle parvint à Rome par les Toscans, colonie égyptienne. Elle y conserva sa grandeur, mais elle n'atteignit Jamais sa perfection comme à Athènes. Des apôtres accourus de TOrient la portèrent aux Barbares du Nord : sans perdre parmi ces peuples son caractère religieux et sombre, elle s'éleva avec les forêts des Gaules et de la Germanie; elle présenta la singulière union de la force , de la majesté, de la tristesse dans l'ensemble, et de la légèreté la plus extraordinaire dans les détails. Enfin, elle prit chez les Arabes les traits dont nous avons parlé; architecture du désert, enchantée comme les oasis, magique comme les histoires oontéet sous la tente , mais que les vents peuvent emporter avec le sable qui lui servit de premier fondement.
Je pourrois appuyer mon opinion d'un million de faits historiques; je pourrois montrer que les premiers temples de la Grèce, tels que celui de Jupiter à Ouga, près d'Aroyclée, étoient de véritables temples égyptiens; que la sculpture elle*^ même étoit égyptienne à Argos, à Sparte, à Athènes, du temps de Dédale et dans les sjècles héroïques. Mais j'ai peur d'avoir poussé trop loin cette digression, et il est plus que temps dépasser aux monuments gothiques de Jérusalem.
Ceux-ci se réduisent à quelques tombeaux. Les monuments de Godefroy et de Baudouin sont deux cercueils de pierre, portés sur quatre petits piliers. Les épitaphes qu'on a lues dans la description de Deshayes sont écrites sur ces cercueils en lettres gothiques. Tout cela en soi-même est
ITlNÉRAIfiE
fort peu de chose ; cependant je fus très-frappé par Taspect de ces tombeaux, en entrant au Saiut- Sépulcre : leurs formes étrangères, sur un sol étranger, m'annoncèrent d'autres hommes , d'autres moeurs , d'autres pays ; Je me crus transporté dans un de nos vieux monastères : J'étois comme rotaïtien quand il reconnut en France un arbre de sa patrie. Je contemplai avec vénération ces mausolées gothiques qui renfermolent des chevaliers françois, des pèlerins devenus rois, des héros de la Jérusalem délivrée ;îe me rappelai les paroles que le Tasse met dans la bouche de Godefroy :
Chl sfa di noi , ch* esser sepulto schivi , Ove i membrl di Dio fur già sepulU?
Quant aux monuments turcs, derniers témoins qui attestent à Jérusalem les révolutions des empires, ils ne valent pas la peine qu'on s'y arrête : j'en ai parlé seulement pour avertir qu'il ne faut pas du tout confondre les ouvrages des Tartares avec les travaux des Maures. Au fond, il est plus vrai de dire que les Turcs ignorent absolument l'architecture; ils n'ont fait qu'enlaidir les édifices grecs et les édifices arabes, en les couronnant de dômes massifs et de pavillons chinois. Quelques bazars et des oratoires de santons sont tout ce que les nouveaux tyrans de Jérusalem ont ijouté à cette ville infortunée.
Le lecteur connoît maintenant les divers monuments de la Cité sainte.
En revenant de visiter les sépulcres des rois qui ont donné lieu aux descriptions précédentes, je passai par la vallée de Josaphat. Le soleil se couchoit derrière Jérusalem ; il doroit de ses derniers rayons cet amas de ruines et les montagnes de la Judée. Je renvoyai mes compngnons par la porte Saint-Étienne, et je ne gardai avec mol que le janissaire. Je m'assis au pied du tombeau de Josaphat, le visage tourné vers le temple : je tirai de ma poche un volume de Racine , et je relus Athalie.
A ces premiers vers :
Oui , Je viens dans bou temple adorer PËteniel , etc. ,
il m'est impossible de dire ce que j'éprouvai. Je crus entendre les cantiques de Salomon et la voix des prophètes; l'antique Jérusalem se leva devant moi ; les ombres de Joad , d' Athalie , de Josabeth sortirent du tombeau ; il me sembla que je ne con-' noissois que depuis ce moment le génie de Racine. Quelle poésie I puisque je la trou vois digne du lieu
où j'étois! On ne saurait s'imaginer ce qu'est Athalie lue sur le tombeau du saint roi Josaphat^ au bord du torrent de Gédron , et devant les raines du temple. Mais qu'est-il devenu ce temple orné partout de festons magnifiques?
Comment en un plomb vil Por pur s*est-ll chaîné? Quel est dans ce lieu laiot ce ponUfe égorgé? Pleure, Jéruulem, pleure, dté perfide.
Des propliètw divins malheureuse homicide : De son amour pour toi ton Dieu s*est dépouUIé ; Ton encens à sn yeux est un encens souillé.... *
Où menez-vous ces enfants et cra femmes ? Le St-igneur a détruit la reine des cités : Ses prêtres sont capUb , ses rois sont rejetés ; Dieu ne veut plus qu*on vienne à ses soieonités : Temple, renverse-toi, cèdres. Jetez des flammes.
Jérusalem , ol^et de ma douleur.
Quelle main en un Jour fa ravi tous tes charmes? Qui changera mes yeux en dnu sources de larmes Pour pleurer ton malheur?
O saint temple!
AZAKIA8.