JOSABETH
O David !
LE CBOEUR.
DleudeSion.rappeUe, Rappelle en sa faveur tes anUques hontes.
La plume tombe des mains : on est honteux de barbouiller encore du papier après qu'un honune a écrit de pareils vers.
Je passai une partie de la Journée du 9 aaeoovenl, pour m'occuper des détails de la viepn\â à Jérusalem; je n'avois plus rien d'essentiel à voir, soit au-dedans soit au-dehors de ia ville, si ce n'est le puits de Néhéraie, où l'on cacha le feu sacré au temps de la captivité, les sépulcres des juges, et quelques autres lieux ; je les visitai le soir du 9. Gomme ils n'ont rien de remarquable, excepté les noms qu'ils portent , ce n'est pas la peine d'en entretenir le lecteur.
Je viens donc à ces petits détails qui piquent la curiosité, en raison de la grandeur des lieox dont on parle. On ne se peut fij^urer qu'on vive à Athènes et à Sparte comme chez soi. Jérusalem surtout , dont le nom réveille le souvenir de tant de mystères, effraye l'imagination ; il semble que tout doive être extraordinaire dans cette ville extraordinaire. Voyons ce qu'il en est , et commençons par la description du couvent des Pères latins.
On y pénètre par une rue voûtée qui se lie à une autre voûte assez longue et très-obscure. Au bout de cette voûte on rencontre unecour formée par le bûcher, le cellier et le pressoir du couvent. On aperçoit à droite , dans cette cour, un escalier de douze à quinze marches; cet escalier monte à
DE PARIS A JÉRUSALEM
im doltre qai règne au-dessus du cellier, du bûcher et du pressoir, et qui, p<nr couséquent, a vue sur la cour d'entrée. A l'orient de ce cloître s*ouvre un \estibuiequi communique à Téglise : eWe est assez jolie : elle a un chœur garni de stalles, uoe nef éclairée par un dôme , un autel à la romaine et on petit jeu d'orgues : tout cela est renfemié dans un espace de vingt pieds de longueur sur douze de largeur.
Une autre porte , placée à l'occident du clottre dont j'ai parlé, conduit dans Tintérieur du courent « Ce couvent, dit un pèlerin < dans sa des-
• criptîoa aussi exacte que naïve, ce couvent est « fort irrégulier, bâti à l'antique et de plusieurs « pièces rapportées, hautes et basses, les offlci- « nés petites et dérobées , les chambres pauvres et « obsrâres , plusieurs petites courcelles , deux pem. tits jardins, dont le plus grand peut avoir quinze « ont seize perches, et tenant aux remparts de la m. ^Ue. Vers la partie occidentale est une autre « oonret quelques petits logements pourles pè- « lerins. Toute la /écréation qu'on peut avoir dans « ce lieu , c'est que , montant sur la terrasse de « Téglise^ on découvre toute la ville, qui va tou- « jours en descendant jusqu'à la vallée de Josa-
• phat : on voit l'église du Saint-Sépulcre , le
« par>is du temple de Salomon, et plus loin, du
« même côté d'orient, la montagne des Olives :
« au midi le château de la ville et le chemin de
« Bethléem , et au nord la grotte de Jérémie. Voilà
«en peu de paroles le plan et le tableau de ce
«couvent qui ressent extrêmement la simplicité
• et la pauvreté de celui qui, en ce même lieu, •propter nosegentisfactus est cum esset dives.
• {II Cor., VIII.)
La chambre que j'occupois s'appelle /a Grande Chambre des Pèlerins. £lle donnoit sur une cour solitaire, environnée de murs de toutes parts. Les meubles consistoient en un lit d'hôpital avec des rideaux de serge verte, une table et un coffre ; mes domestiques occupoient deux celkles assez loin de moi. Une cruche pleine d'eau et une lampe à Titaiienne complétoient mon méi^e. La chambre, assez grande, étoit obscure ^ ne tirait de jour que par une fenêtre qui s'ou- ^n)it sur la cour dont j'ai parlé. Treize pèlerins ^^oient écrit leurs noms sur la porte , en dedans ^e la chambre : le premier s'appeloit Charles ^^mbardj et il se trouvoit à Jérusalem en 1 669 ; ^ dernier est John Gordon , et la date de son
*IkWWAlf.
passage est de 1804 >. Je n'ai reconnu que trois noms françois parmi ces treize voyageurs.
Les pèlerins ne mangent point avec les Pères comme à Jaffa. On les sert û part , et ils font la dépense qu'ils veulent. S'ils sont pauvres , on les nourrit ; s'ils sont riches , ils payent ce qu'on achète pour eux : le couvent n'en retire pas une obole. Le logement, le lit, le linge, la lumière, le feu, sont toujours pour rien et à titre d'hospitalité.
On avoit mis un cuisinier à mes ordres. Je ne dinois presque jamais qu'à la nuit, au retour de mes courses; On me servoit d'abord un potage à l'huile et aux lentilles, ensuite du veau aux concombres ou aux ognons, du chevreau grillé ou du mouton au riz. On ne mange point de Ixeuf , et la viande de buffle a un goût sauvage. Pour rôti , j'avols des pigeons , et quelquefois des perdrix de l'espèce blanche , appelée joert/nar du dé' serL Le gibier est fort commun dans la plaine de Rama et dans les montagnes de Judée : il consiste en perdrix, bécasses, lièvres, sangliers et gazelles. La caille d'Arabie qui nourrit les Israélites est presque inconnue à Jérusalem ; cependant on en trouve quelques-unes dans la vallée du Jourdain. Pour légumesqn m'a continuellement fourni des lentilles , des fèves , des concombres et des
ognons.
Le vin de Jérusalem est excellent : il a la couleur et le goût de nos vins de Rousstllon. Les coteaux qui le fournissent sont encore ceux d'Engaddi près de Bethléem. Quant aux fruits. Je mangeai, comme à Jafifa, de gros raisins, des dattes , des grenades , des pastèques , des pommes et des figues de |a seconde saison : celles du sycomore ou figuier de Pharaon étoient passées. Le pain, fait au couvent, étoit bon et savoureux.
Venons au prix de ces di\ers comestibles.
Le quintal de Jérusalem est composé de cent rolts, le rolt de neuf cents drachmes.
Le rolt vaut deux oques et un quart, ce qui revient à peu près à huit livres de France.
Le mouton se vend deux pinstres dix paras le rolt. La piastre turque, continuellement altérée par les beys et les pachas d'Egypte, ne s'élève pas en Syrie à plus de trente-trois sous quatre de^ niers , et le para à plus de dix deniers. Or, le rolt étant à peu près de huit livres, la livre de viande de mouton, à Jérusalem, revient à neuf sous quatre deniers et demi.
* Cest apparemment le même H. Gordon qui a tait analyier à Londres anelMmteUle d*eaa de Ja mer Morte.
ITINÉRAIRE
Le veau ne coûte qu'une piastre le rolt ; le chevreau , une piastre et quelques paras.
Un très-grand veau se vend trente ou trentecinq piastres; un grand mouton , dix ou quinze piastres; une chèvre, six ou huit.
Le prix de la mesure de blé varie de huit à neuf
piastres.
L'huile revient à trois piastres le rolt.
Les légumes sont fort chers : on les apporte à Jérusalem de Jaffa et des villages voisins.
Cette année ,1806, Je raisin de vendange s'éleva jusqu'à vingt-sept piastres le quintal.
Passons à quelques autres détails.
Un homme qui ne voudroit point descendre aux kans, ni demeurer chez les Pères de Terre-Sainte, pourroit louer une ou plusieurs chambres dans une maison à Jérusalem ; mais il n'y 3eroit pas en sûreté de la vie. Selon la petitesse ou la grandeur, la pauvreté ou la richesse de la maison, chaque chambre coûteroit par mois , depuis deux Jusqu'à vingt piastres. Une maison entière, où Ton trouveroit une assez grande salle et une quinzaine de trous qu'on appelle des chambres, se payeroit par an cinq mille piastres.
Un mattre ouvrier, maçon , menuisier, charpentier, reçoit deux piastres par Jour, et il faut le nourrir : la Journée d'un garçon ouvrier coûte une piastre.
Il n'y a point de mesure fixe pour la terre ; le plus souvent on achète à vue le morceau que l'on désire : on estime le fonds sur ce que ce morceau peut produire en fruit , blé ou vigne.
La charrue n'a point de roues; elle est armée d'un petit fer qui efQeure à peine la terre : on laboure avec des bœu&.
On récolte de l'orge, du froment, du doura, du mais et du coton. On sème la sésame dans le même champ où Ton cultive le coton.
Un mulet coûte cent ou deux cents piastres, selon sa beauté : un âne vaut depuis quinze jusqu'à cinquante piastres. On donne quatre-vingts ou cent piastres pour un cheval commun , moins estimé en général que l'âne ou le mulet; mais un cheval d'une race arabe bien connue estsans prix. Le pacha de Damas, Âbdaliab-Pacha, venoit d'en acheter un trois mille piastres. L'histoire d'une jument fait souvent l'entretien du pays. On racontoit, lorsque J'étois à Jérusalem, les prouesses d'une de ces cavales merveilleuses. Le Bédouin qui la montoit, poui^suivi par les sbires du gouverneur, s'étoit précipité avee elle du som-
met des montagnes qui dominent Jéricho. La jument éloit descendue au grand galop, presque perpendiculairement , sans broncher, laissant les soldats dans l'admiration et l'épouvante de cette fuite. Mais la pauvre gazelle creva en entrant & Jéricho, et le Bédouin, qui ne voulut point l'abandonner, fut pris pleurant sur le corps de sa compagne. Cette jument a un frère dans le désert; il est si fameux que les Arabes savent toojours où il a passé, où il est, ce qu'il fait, comment il se porte. Ali-Aga m'a religieusement montré dans les montagnes , près de Jéricho, la marque des pas de la Jument morte en voubot sauver son maître : un Macédonien n'auroit pas regardé avec plus de respect la trace des pas de Bucéphale.
Parlons à présent des pèlerins. Les relatif»» modernes ont un peu exagéré les richesses que les pèlerins doivent répandre à leur passage dans la Terre-Sainte. Et d'abord, de quels pèlerins s'agit-il? Ce n'est pas des pèlerins latins, car il n'y en a plus , et l'on en convient généralement. Daas l'espace du dernier siècle, les Pères de Saint-Sauveur n'ont peut-être pas vu deux cents voyageurs catholiques , y compris les religieux de leurs ordres et les missionnaires au Levant. Quîe les pèlerins latins n'ont Jamais été nombreux, on Ve peut prouver par mille exemples. Thévenot raconte qu'en 1656, il se trouva, luivingt-deuxiàne, au Saint-Sépulcre. Très-souvent les pèlerins ne montoient pas au nombre de douze, puisqu'on étoit obligé de prendre des religieux poar compléter ce nombre dans la cérémonie du laTenient des pieds , le mercredi saint '. En effet , en 1 589, soixante-dix-neuf ans avant Thévenot, Ylllamont ne rencontra que six pèlerins francs à Jérusalem '- Si , en 1589 , au moment où la religion étoit si florissante , on ne vit que sept pèlerins latins en Palestine, qu'on juge combien il y en devoit avoir en 1806 1 Mon arrivée au couvent de Saint-Saoveur fut un véritable événement. M. Seétzen , qui s'y trou voit à Pâques de la même année , c*est-àdire sept mois avant moi , dit qu'il étoit le seul catholique \
Les richesses dont le Saint-Sépulcre doit regorger, n'étant point apportées à Jérusalem par les pèlerins catholiques, le sont donc par des pèlerios juifs, grecs et arméniens? Danà ce cas-là même je crois les calculs très-enflés.
' Thêv. , cliop. xLii, pag. 391.
' Liv. u,chap. xix, pag. 250.
* Jnn. dei Foy.^ par M. Malte-Brum, tom. n, pas. 343.
DE PARIS A JÉRUSALE
isy
La plus grande dépense des pèlerins consiste dans les droits qu'ils sont obligés de payer aux Turcs et aux Arabes, soit pour l'entrée des saints lîMix , soit pour les caffari ou permissions de pas^ sage. Or, tous ces objets réunis ne montent qu'à smaate-cinq piastres vingt-neuf paras. SI vous portez la piastre à son maximum , à cinquante ious de France , et le para à cinq liards ou quinze deoiers^cela vous donnera cent soixante-quati*e livTca six sous trois deniers ; si vous calculez la piastre à son minimum , c'est-à-dire à trente-trois soosde France et quatre deniers , et le para à trois Uards et un denier, vous aurez cent buit livres neuf sous six deniers. Voici le compte tel que je le tiens du père procureur du couvent de Saint- Sauveur. Je le laisse en italien , que tout le monde entend ai^ourd'bvi, avec les noms propres des Turcs, etc.^ caractères originaux qui attestent leur authenticité :
Spe$a ioiita chêfa «n p$Urin» en la sua iniraia tfa Giqffa sin a Gtrusalemme, e nel ritornoa Gitkffa '.
PiMt Par.
iln Giaffo dopo il sao sbarco » Caffaro. ... 5 20 iQ GiafKi prima del inibarco al suo rilorno 5 20
av^tetafft tiD s Rama , e porter al Arsvo* , cbe
moo&mpÊffB» ain a Gemsaletune. . < t 20
Pi^o al Aravo cbe acooropagna 5 » | 1^3^
, Ai vilaoo cbe' accompagna da G«rasma. 5 30 { CaTalcatura per venlre da Rama , ed altra per ri-
fonwM 10 *
(^Arineltealnda t tecadi mednilO ». . . . I 16 iBlrata nel SS"**" Sepulcro. Al Melieali §Qveraatore.
E stader de! tempio 26 38
Inlnta oella dltà Ciohadaii del cadi e go vernatore.
Sbirro. E potiluaro « 15
Pii^a e lecoJMlo droymaiio 3 30
Si It pèlerin alloit au Jourdain , il fiiadroit ajouter à oes Irais la somme de douze piastres.
Eofin J'ai pensé que , dans une discussion de faits , Il y a dès lecteurs qui verroient avec plaisir les détails de ma propre dépense à Jérusalem. Si l'on «misldère que J'avois des chevaux , des janlslaifest des escortes à mes ordres ; que je vivois à Paris quant à la nourriture , aux temps repas , ete« ; que j'entrois sans cesse au Saint»
* Let eomptéê ftulvanto rarlent nn pea dans lears sommes Iflialm. parée qw la piantie éproove «haqne Joar oomouve^ mrat en Syrie, taodiâ qae le para reste fixe : d*où il arrive que la piastre o'est pas toujours composée da même nombre tfeparas.
* Aravo pour Arabo. Changement de lettres trës-comman dans la langue franque, dans le grec moderna et dans le grec
Sépulcre à des heures inusitées ; que Je revoyois dix fois les mêmes lieux , payois dix fois les droits, les caffari et mille autres exactions des Turcs, on s'étonnera que j*en aie été quitte à si lion marché. Jedonne les comptes originaux avec les fentes d'orthographe du drogman Michel : Ils ont cela de curieux qu'ils conservent pour ainsi dire l'air du pays. On y voit tous mes mouvements répétés , les noms propres de plusieurs personnages, leprix de divers objets , etc. Enfin , ees comptes sont des témoins fidèles de la sincérité de mon récit. On verra même que j'ai négligé beaucoup de choses dans ma relation , et que J'ai visité Jérusalem avec plus de soin eneore que Je ne l'ai dit.
Dépense à Jaf fa :
Plast Pur.
Per un meaao a Gerusalemme 7 20
Altro mesfio a Rama 3
Altro per avisara agli Ara?i ] 20
Orso in Rama per gli cavalli 2
Per U cavallo del aervilore di Giafia in Rama . . 2 2o
GalTaro alli Aravi 2 36
Al cavalière che adato il gov di Rama 15
Per il cavalle che porto sua Ecc* à Gerusalemme. 1 5
Regallo alli servitoij de gli cavdlii 3
Regalk) al Mucaro Menum 6
Tutto p« . . 5t 16
Dépense à Jérusalem :
Spesafatta per il sig^ dal giorno del suo arrivoa Gierusalemme ali 4 di ottobre 1806.
Plast. Par.
Il giorno del suo arrive , per cavaleria da Rama , a
Gierusalemme 015
Compauia per li Arabi, 6 isolote per testa. ... 013 20
Cad... a 10 Ml 000 30
Al Moecaro 001 20
Caralcatura per MicheUe andare, e ritomar da
Rama' 008 20
4 CavalU per andare a Betiemme e al Glordano. 080
Al fiorlmaro délia oittà ... * 001 25
Apertura del Sino-Sepolcro 001 25
Regallo alli portinari del S'^o-Sepolcro 7 persoue. 030 Alli figlio , che chlamano U Tnrchi per aprire la
porta 01 25
Al Chavas del govematore per avère aoompt-
gniatoUslg^denlrodelUcittà^etruoriacavallo. OOS Item, A un Dalali, cioe, guardia del Zambarakgi
Pari 004
Per 5 cavalli per andare al Monte Ollbette, e aN
tri luoghi y 61 seconda vcrileal Potio di Jertmia ,
• la madona. 016 30
Al geoisero per companiare 11' sige a Betiemme. . 003 20 Item. Al genisero per avère andato col sig* per la
dUà ÔOI 35
12 oitobre per la spertara del S>*»-8èpotoro . . . oof
rn?i£RAIBE
Spae/alle da Michel, per ordine del Sig*.
la Tariloogbi
bUbttDoper li fiUani , et b cooipaan mI TÎagio
perfl GMnlaBo,eper MTiUaoidiS" Soin. . 006 10 biaBildle|KrS*Sal«,eMniloii U06
Pw II tacrwlani greti, e •lui 006 20
Rc^UoKltocattddla)ladoiia,eseroUo,e odla
cate di Simioae, e mI ooof enio deil Sonani , e ad ifiilale di S>« EkM , e Ddla CMS di Anat , e aella fâ^i^ ddli Kbrci 009 10
/loa. Bcfdfto ad eoaf ealoddii Armeai di S* Gia- Cioaw,alliscrriCori, ucTestino» e graisari . . 038
Re^Bo ad Sepokro ddb Madooa alli ucrestaoi ,
e ad Moole-OlibeUe 006 10
AlfcrYitoreddgofaiMtoreflB«>gro,eadcastdlo. 006 10 Per btare U roMn dd sir e sooi senitori . • • <^
Alii poferi ia totlo U giro 006 16
ftcçUlo ad coBTcolo ddli Gred in chiesa al sa-
cre«laBo;ealii serriloHydalli geoiseri. . . . 018 4 caTalcatore péril sig*, SUD dra^imaDO.siio ser-
Tîlore, e M idieUe da Gieraaieaime fiao a Gialb,
e qoeUa di Midieile per aadare , e ritornare la
seroodaTolta 046
Cooipaniaa6isolole,ognipersona deili ù^'K . 013 30
Yillaao 003
Ca€uTO 004 Î4
Regallo aOi geniseri OW
Rcgallo a Goch di S" Gercmta 060
RegaDo aOi dragomaai 030
Re^aHoal eoaHaaaiere 010
Al Pwiiaaro Malia. 006
Al Speaditare 006
la BeUemme uaa cavalcatora per la proTisiooc dd Giordaao, ono 4 Arabi , due > Ulani : regaOo
allicapi, e senrilori. . 172
Ali-Agba6gliod*Apugiahlar 160
liem. Zbirri , poveri . e gnardie ad calare al S*o-Sepolcro rultimo giorno 010
A Medide Casar 80 : Akncsnaro 20.
Il faut donc â*abord réduire ce grand nombre de pèlerins, du moins quant aux catholiques, à très-peu de chose, ou à rien du tout : car sept , douze, vingt, trente, même cent pèlerins, ne valent pas ta peine d*ètre comptés.
Mais, si cette douzaine de pèlerins qui paroisfoient chaque année au Saint-Sépulcre , il y a un ou deux siècles^ étoient de pauvres voyageurs, les Pères de Terre-Sainte ne pou^ oient guère s*enrichir de leur dépouille. Écoutons le sincère Doubdan:
« Les religieux qui y demeurent (au couvent de « Saint-Sauveur) militants sous la règle de saint > François, y gardent une pauvreté très-étroite, '
*« et ne vivent que des anm6oes et charités ([q^od
• leur envoie de la chrétienté , et que les pèlerins
• leur donnent, chacun selon ses focuttés : mais, « comme ils sont éloignés de leur pays , et savent ^ les grandes dépenses qui leur restent à faire
• pour le retour, aussi n'y laissent-ils pas de gnin-
< des aumônes, ce qui n>mpécbe pas qu'ils n'y « soient reçus et traités avec grande charité*. >
Ainsi k'S pèlerins de Terre-Sainte qui doivent laisser des trésors à Jérusalem ne sont point des pèlerins catholiques ; ainsi la partie de ces tréson qui devient rhéritage des couvents ne tombe point entre les mains des religieux latins. Si ces rdi<
gieux reçoivent des aumônes de TEurope, cessamônes , loin de les enrichir, ne suffisent pas à ta conservation des lieux saints qui croulent de toutes parts , et qui seront bientôt abandonnés faute de secours. La pauvreté Qe ces religieux est do:^c prouvée par le témoignage unanime des voyageurs. J*ai déjà parié de leurs souffrances; s*il en fnut d'autres preuves , les voici :
« Tout ainsi, dit le père Roger, que ce lut nn
• religieux françois qui eut possession des saints « li^ux de Jérusalem , aussi le premier religieux
• quia souffert le martyre fut un François nommé 'frère LîMin, delà province de Touraine,lcqDfi « fut décapitéau Grand-Caire. Peu de tempsaprès, « frère Jacques et frère Jèrémie furent misa mort « hors des portes de Jérusalem. Frère Conrad
< d'Âlis Barthélémy, du mont Politian , de la pro- « vince de Toscane, fut f;ndu en deux, depuis « la tétejusqu*en bas, dans le Grand-Caire. Frère « Jean d'Ether, Espagnol de la province de Cas- « tille, fut taillé en pièces par le hacha de Casa. « Sept religieux furent décapités par le sultan « d'Egypte. Deux religieux furent écorchés tout « vifs en Syrie.
« L*an 1 63 7 , les Arabes martyrisèrent toute la « oommunautédesfrèresqui étoient au sacré mont « de Sion, au nombre de douze. Quelque temps « après, seize religieux , tant clercs que laïques, « furent menés de Jérusalem en prison à Damas « (cefutlorsqueChyprefutprisparleroid'Alexan- « drie ) , et y demeurèrent cinq ans , tant que Tua « après Tautre y moururent de nécessité. Frèrt « Cosme de Saint-François ftrt tué par les Turcs «( à la porte du Saint-Sépulcre, où il prèchoit la « foi chrétienne. Deux autres frères, à Damas , « reçurent tant de coups de béton qu*i1s noouru- « rent sur la place. Six religieux furent mis à
■ Ctiap. XLTii , iMig. S7S.
DE PARIS A JERUSALEM
« mort par les Arabes , une nuit qu'ils étoieDt à
• matines an couvent bâti à Anathot, en la mai- « soQ du propbète Jérémie, qu*ils brûlèrent en- « suite. Ce seroit abuser de la patience du lecteur, « âe déduire en particulier les souffrances et les « persécutions que nos pauvres religieux ont souf- « ferles depuis qu'ils ont eu en garde les saints « lien. Ce qui continue avec augmentation , de- « imîs l'an 1627 que nos religieux y ont été éta-
• btls , ooouueon pourra connoitre par les choses
• qui suiTcnt , etc. '. «
L*ambassadeur Deshayes tient le même langage sur les persécutions que les Turcs font éprouver aux Pères de Terre-Sainte.
« Les pauvres religieux qui les servent sont aussi réduits aucunes fois à de si grandes extrémités , faute d'être assistés de la chrétienté , que leur condition est déplorable. Ils n'ont pour tout revenu que les aumônes qu'on leur envoie , qui ne suffisent pas pour faire la moitié de la dépense à laquelle ils sont obligés; car, outre leur nourriture et le grand nombre de luminaires qu*ils entretiennent, il faut qu'ils donnent continuellement aux Turcs, s'ils veulent vivre en paix ; et, quand ils n'ont pas le moyen de satisfaire à leur avarice , il faut qu'ils entrent en prison.
« Jérusalem est tellement éloignée de Constantinopie, que l'ambassadeur du roi qui y réside ne aauroit avoir nouvelles des oppressions qu'on learikit, que longtemps après. Cependant ils souffrent et endurent s'ils n'ont de l'argent pour se rédimer ; et bien souvent les Turcs ne se contentent pas de les travailler en leurs personnes , mais encore ils convertissent leurs églises en mosquées \ »
Je pourrois composer des volumes entiers de témoignages semblables consignés dans les Voyages en Palestine ; Je n'en produirai plus qu'un , et il sera sans réplique.
Je le trouve, ce témoignage, dans un monument d*iniquité et doppression peut-être unique tor la terre, monument d'une autorité d'autant plos grande , qu'il étolt fait pour demeurer dans on étemel oubli.
Les Pères m'avoient permis d'examiner la bibliothèque et les archives de leur couvent. Malheureasemeut ces archives et cette bibliothèque furent dispersés 11 y a près d'un siècle : un pacha
* DeteriptioH de la T^rre-Sainte, pag. 430. , ' f^ojfa^e du Levant, pag. 409.
fit mettre aux fers les religieux , et les emmena captifs à Damas. Quelques papiers échappèrent à la dévastation, en particulier les firmans que les Pères ont obtenus , soit de la Porte , soit des souverains de l'Egypte, pour se défendre contre l'oppression des peuples et des gouverneurs. Ce carton curieux est intitulé :
Registro delli Capitolazioni , Calttscerifi, Baratii, Convandatnentï, Ogeiti, Attestazioni, Senieme, Ordini dei Bascia\ Giudici e Polizze , che si trovano nelV Archivïo d% guesla Procura générale di Terra-Santa.
Sous la lettre H , n"" I , pag. 369 , on lit :
lostruroento del re saraceno Muzafar conlieDe : che non 8ia dimandato del vino da i religiosi franclil. Dalo alli 13 délia liina di Regeb dei aoDo 414.
Sous le n** 2 :
iDstrumenlo del re saraceno Matamad cootiene : che li religiosi rranchi non siano molestati. Dalo alli 2 di Sciaval del aoDo 501.
Sous le n** 5 , pag. 870 .
Instroroeoto oon la sua copia del re aaraceiio Amed Ciakmak contiene : che li religiosi franchi non paghino a qnei ministri, che non Tengono per gli afTari dei frati... possino sepelire i loro mortl, possino fare tûio provi-
zione non siano obligati a montare cavalli per forza in
Rama; non diano vlsitare loco posaessioni : che nessano pretenda d' esser drogloromanno , se non alcimo appoggio. Datoalli lOdiSeferSOS.
Plusieurs firmans commencent ainsi :
Copia aut^nticata d*an commendamento ottenato ad iostaaza deir amhasciadoredi Frauda, etc.
On voit donc les malheureux Pères, gardiens du tombeau de Jésus-Christ, uniquement occupés, pendant plusieurs siècles, à se défendre. Jour par jour , de tous les genres d'insultes et de tyrannie. Il faut qu'ils obtiennent la permission de se nourrir , d'ensevelir leurs morts , etc. ; tant6t on les force de monter à cheval , sans néces^ site, afin de leur faire payer des droits; tantôt un Turc se déclare leur drogman malgré eux , et exige un salaire de la communauté. On épuisa contre ces infortunés moines les inventions les plus bizarres du despotisme oriental ■. En vain ils obtiennent à prix d'argent des ordres qui semblent les mettre à couvert de tant d'avanies ; ces ordres ne sont point exécutés : chaque année voit une oppression nouvelle, et exige un néu? veau firman. Le commandant prévaricateur, le
■ On voulut une fols massacrer deux relleieux k Jérasalem, parce qu'un chat étoit tombé dans la citerot du couvent. (Rogtr, pag. 330.)
niNÉBAIBE
prince, protecteur en apparence, sont deax tyrans qui s'entendent, l*un pour commettre une injustice avant que la loi soit faite, Tautre pour vendre à prix d*or une loi qui n'est donnée que quand le crime est commis. Le registre des flrmans des Pères est un livre bien précieux , bien digne à tous égards de la bibliothèque de ces apifttres qui, au milieu des tribulations, gardent avec une constance Invincible le tombeau de Jésus-Christ. Les Pères ne connoissoient pas la valeur de ce catalogue évangélique; ils necroyoient pas qu'il pût m'intéresser; ils n'y voyotont rien de curieux : souffrir leur est si naturel qu'ils s'étonnoient de mon étonnement. J'avoue que mon admiration pour tant de malheurs si courageusement supportés étoit grande et sincère ; mais combien aussi J'étois touché en retrouvant sans cesse cette formule : Copie éCunflrman obtenu à la sollicitation de M. Pambassadeur de France j etc.! Honneur à un pays qui , du sein de l'Europe , veille Jusqu'au fond de l'Asie à la défense du misérable, et protège le foible contre le forti Jamais ma patrie ne in'a semblé plus belle et plus glorieuse que lorsque J'ai retrouvé les actes de sa bienfaisance , cachés à Jérusalem dans le registre où sont inscrites les souffrances Igaoféra et les iniquités Ineennuei de l'opprimé el de l'oppresseur.
J'espère que mes sentiments particuliers ne m'aveugleront Jamais au point de méeooiiottre la vérité : il y a quelque chose qui marche avant toutes les opinions ; c'est la Justice. Si un philosophe Ikisoit aiiioord'hui un boa ouvrage ; s'il ftdsoit quelque chose de mieux , une bonne action ; s'il montroit des sentiments nobles et élevés , moi chrétien , je lui applaudirois avec franchise. Et pourquoi un philosophe n'en agirolt-U pas ainsi avec un chrétien? Fant-il , parce qu'un homme porte un froc , une longue barbe , une ceinture de corde, ne loi tenir compte d'aucun sacrifice? Quaut à moi , J*irois chercher une vertu aux en* trailles de la terre, chez un adorateur de Wishnou ou du grand Lama , afin d'avoir le bonheur de l'admirer : les actions généreuses sont trop rares aujourd'hui peur ne pas les honorer sous quelque habit qu'on les découvre, et pour regarder de fA près à la robe du prêtre ou au manteau du philosophe.
QNQUIÈME PARTIE.