‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 25 sur 170 · SUITE DU VOYAGE DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

SUITE DU VOYAGE DE JÉRUSALEM

Le 1 0 , de grand matin , Je sortis de JéniBalffii par la porte d'Éphralm , toujours aeeempagné du fidèle Ali , dans le dessein d'examiner les champs de bataille immortalisés par le Taae. Arrivé au nord de la ville, entre la grotte de Jerémie et les sépulcres des rois. J'ouvris /a Jirwr lem délivrée y et je fus sur-le-champ firappéle la vérité de l'exposition du Tasse :

GcnnaioD lorn due coUI è posU, ele.

Je«me servirai d'une traduction qû di^oie de l'original :

« Solime est assise sur deux collines oppoiécs « et de hauteur inégaie ; un vallon les sépsn et « partage la ville : elle a de trois o6tés va accès « difficile. Le quatrième s'élève d'une masière « douce et presque insensible ; c'est le côt^ '& « nord : des fossés profonds et de hautes monil- « les i'environnentct la défendent

« Au dedans sont des dtemes et des wsM « d'eau vive; les dehors n'offrent quuoe ttrre <( aride et nue , aucune fontaine , aucun ralMNt « ne l'arrosent; jamais on n'y vit écloredeflnRi «jamais arbre, de son superbe ombrage, d'j « forma un asile eontre les rayons du soleil Sea- « lement, à plus de six milles de distance, s'éièvc « un bois dont l'ombre funeste répand rhoncsr « et la tristesse.

« Du c6té que le soleil éclaire ëe ses pissiicn ^ rayons , le Jourdain roule ses ondes illustreiet • fortunées. A l'oocident, la mer Médltenssée « mugit sur le sable qui l'arrête et la capUve.Aa « nord est Béthel, qui éleva des autels aa veau « d'or, et l'infidèle Samarie. Bethléem, le berceaa « d'un Dieu, est du côté qu'attristent les ploiM « et les orages. »

Rien de plus net , de plus clair , de plus précis que cette description ; elle eût été iaite sur les lieux qu'elle ne serott pas plus exacte, La forêti placée À six milles du camp , du côté de l'Arabie, n'est point une invention du poëte : GiMUasiBC de Tyr parle du bois ou le Tasse Csit oattrs t>Dt de merveilles. Godefifoy y trouva des peotie» et des solives pour la eonstruction de ses mseiiM de guerre. Oq verra combien le Tasse avait étu* dié les originaux quand je traduirai les liistorieos des croisades.

DE PARIS À JÉRUSALEM

£ *1 capitano 9él M intono ha niralo, al mol «Uioende.

« Cependant Godefroy , après avoir tout re- • connu , tont examiné , va rejoindre les siens : « tt sait qn*en vain il attaqueroU Solime par les > oMés escarpés et d'un difficile abord. Il fait

• dresser les tentes vis-à-vis la porte septentrlot nale et dans la piaine qu'elle regarde : de là

• 0 les prolonge jusques an-dessous de la tour « angulaire. »

• Dans cet espace H renferme presque le tiers

• de la ville. Jamais H n*auroit pu en embrasser « toute rencelnte : mais il ferme tout accès aux

• secours et Adt occuper tous ies passages. ^ On est absolument sur les lieux. Le camp s'étend depuis la porte de Damas jusqu'à la tour a^ngoiaire , à la naissance du torrent de Cédron et Ae la vallée de Josaphat. Le terrain entre la ville ^ le camp est tel que le Tasse l'a représenté , as- ^a xmi et propre à devenir un champ de bataille

«n {iMdes murs de Solime. Aiadin est assis avec Uerminie sur une tour bâtie entre deux portes, d'où ils découvrent les combats de la plaine et le euup des chrétiens. Cette tour existe avec plusieurs autres entre la porte de Damas et la porte d^Éphrulm.

Au second livre , on reeonnoH , dans l'épisode d*Olinde rt de Sophronle , deux descriptions de lien très-exactes :

Ild lonplo dc^ crtoUanl oocalto glace , etc.

• Dans le temple des dirétlens, au fond d'un

« sMiemin Inconnu , B*élève un autel; sur cet

« autel est l'image de celle que ce peuple révère

m esmiDe use déene et comme la mère d'un Dieu

m mort et enseveli. »

C'est l'église appelée aujourd'hui le Sépulcre de ia Vierge; elle est dans la vallée de Josaphat, et J'en ai parlé plus haut, pag. 164. Le Tasse, par im privilège accordé aux poètes, met cette église dans l'intérieur de Jérusalem.

Lu OBOsquée où l'image de la Vierge est placée diaprés le conseil du magicien , est évidemment la amquée du Temple :

lo là , donde riceve I*' alU Tortra moehlfa e 1* aura e '1 die, etc.

• La nuit , J*al monté au sommet de la mosquée ,

• et , par Touverture qui reçoit la clarté du Jour,

• Je me suis fait une route inconnue à tout autre. «

Le premier chocdesaventuriers, le combat singulier d'Ai|;ant , d'Othon , de Tancrède , de Rai-

mond de Toulouse, a lieu devant la porte d'Éphralm. Quand Armide arrive de Damas , elle entre , dit le poète, par l'extrémité du camp. En effet , c'étoit près de la porte de Damas que se dévoient trouver, du côté de Fou est , les dernières tentes des chrétiens.

Je place l'admirable scène de la fuite d'Herminie vers rextrémité septentrionale de la vallée de Josaphat. Lorsque Tamante de Tancrède a franchi la porte de Jérusalem avec son fidèle écuyer, elle s'enfonce dans des vallons et prend des sentiersobliquesel détoum€s,(C3JïtyijStanz. 96.) Elle n'est donc pas sortie par la porte d'Éphraïm ; car le chemin qui conduit de cette porte au camp des croisés passe sur un terrain tout uni : elle a préféré s*échapper par la porte de l'orient , porte moins suspecte et moins gardée.

Herminie arrive dans un lieu profond et solitaire : In solitaria edima parte. Elle s*arréte et charge son écuyer d'aller parler à Tancrède : ce heu profond et solitaire est très-bien marqué auhautde la vallée de Josaphat, avant de tourner l'angle septentrional de la ville. Là, Herminie pouvoit attendre en sûreté 1^ retour de son messager ; mais elle ne peut résister à son impatience : elle monte sur la hauteur , et découvre les tentes lointaines. En effet, en sortant de la ravine du torrent de Cédron , et marchant au nord , on devoit apercevoir, a main gauche, le camp des chrétiens. Viennent alors ces stances admirables :

Eralanotte, etc.

« La nuit régnoit encore : aucun nuage n'obs- « curcissoit son front chargé d'étoiles : la lune « naissante répandoit sa douce clarté : l'amoureuse « beauté prend le ciel à témoin de sa flamme ; le « silence et les champs sont les confidents muets « de sa peine.

« Elle porte ses regards sur les tentes des chré- « tiens : 0 camp des Latins , dit-elle , objet cher à « ma vue I Quel air on y respire! Gomme il raff nime mes sens et les récrée 1 Ah I si jamais le ciel « donne un asile à ma vie agitée , Je ne le trou- « verai que dans cette enceinte : non , ce n'est « qu'au milieu des armes que m'attend le repos !

a 0 camp des chrétiens , reçois la triste Her~ « minie ! Qu'elle obtienne dans ton sein cette pitié « qu'Amour lui promit ; cette pitié que Jadis capn tive elle trouva dans Fâme de son généreux (c vainqueur ! Je ne redemande point mes États, R Je ne redemande point le sceptre qui m'a été

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ITINÉRAIRE

« ravi : 6 chrétiens, je serai trop heureuse si je ft puis seulement servir sous vos drapeaux !

« Ainsi parloit Herminie. Hélas ! elle ne prévoit « pas les maux que lui apprête la fortune I Des « rayons de lumière réfléchis sur ses armes vont « au loin frapper les regards : son liabillement « blanc , ce tigre d*argent qui brille sur son cas- « que , annoncent Clorinde.

« Non loin de là est une garde avancée: à la « tète sont deux frères, Alcandre et Polipheme. > Alcandre et Polipheme dévoient être placés à peu près vers les sépulcres des rois. On doit regretter que le Tasse n*ait pas décrit ces demeures souterraines ; le caractère de son génie Tappeloit à la peinture d*un pareil monument.

Il n*est pas aussi aisé de déterminer le lieu où la fugitive Herminie rencontre le pasteur au bord du fleuve : cependant, comme il n*y aqu*un fleuve dans le pays , qu*Herminie est sortie de Jérusalem par la porte d'orient, il est probable que le Tassé a voulu placer cette scène charmante au bord du Jourdain. Il est inconcevable , jVn conviens, qu*il n*ait pas nommé ce fleuve; mais il est certain que ce grand poëte ne s*est pas assez attaché aux souvenirs de l'Écriture , dont Milton a tiré tant de beautés.

Quant au lac et au château où la magicienne Armide enferme les chevaliers qu'elle a séduits , le Tasse déclare lui-même que ce lac est la mer Morte :

Alfin giuneemmo al loco, ove già soene

Finmma dal cielo , etc.

Un des plus beaux endroits du poème , c'est Tattaque du camp des chrétiens par Soliman. Le sultan marche la nuit au travers des plus épaisses ténèbres ; car, selon Texpression sublime du poète,

Yotô Platon gU abisti , « la oia notte Tutta venô dalle Taclar e grotte.

Le camp est assailli du côté du couchant ; Godefroy , qui occupe le centre de l'armée vers le nord , n'est averti qu'assez tard du combat qui se livre à l'aile droite. Soliman n'a pas pu se jeter sur l'aile gauche , quoiqu'elle soit plus près du désert , parce qu'il y a des ravines profondes de ce côté. Les Arabes , cachés pendant le jour dans la vallée de Térébinthe , eu sont sortis avec les ombres pour tenter la délivrance de Solime.

Soliman vaincu prend seul le chemin de Gaza. Ismen le rencontre et le fait monter sur un char qu'il environne d'un nuage. Ils traversent ensem-

ble le camp des chrétiens , et arrivent à la montagne de Solime. Cet épisode, admirable d'ailleui*s, est conforme aux localitésjusqu'à rextérieor du château de David, près la porte de JalTa on de Bethléem ; mais il y a erreur dans le reste. Le poëte a confondu ou s'est plu à confondre la tour de David avec la tour Antonia : celle-ci étoit bâtie loin de là , au bas de la ville , à l'angle septentrional du temple.

Quand on est sur les lieux , on croit v(^ les soldats de Godefroy partir de la porte â*£phniiiD, tourner à l'orient, descendre dans la vallée de Josaphat , et aller, comme de pieux et paisiUa pèlerins, prier l'Étemel sur la montagne des Oliviers. Remarquons que cette procession chrétienne rappelle d'une manière sensible la pompe des Panathénées, conduite à Eleusis au milieu des soldats d'Alcibiade. Le Tasse, qui avoittoat lu, qui imite sans cesse Virgile, Homère et kf autres poètes de l'antiquité, a mis ici ea beau vers une des plus belles scènes de Thistoire. Ajoutons que cette procession est d'ailleurs un M historique raconté par TAnonyme, Robert moine, et Guillaume de Tyr.

Nous venons au premier assaut. Les madûoes sont plantées devant les murs du septentrioo. le Tasse est exact ici jusqu'au scrupule :

Non era il fossodi palustre limo.

(Che Dol oonseole il looo ) o d' aoqoa molle.

C'est la pure vérité. Le fossé an septentrion est un fossé sec, ou plutôt une ravine naturelle, comme les autres fossés de la ville.

Dans les circonstances de ce premier assaut, le poète a suivi son génie sans s'appuyer sur l'histoire; et , comme il lui convenoit de ne pas ma^ cher aussi vite que le chroniqueur, il suppose que la principale machine fut brûlée par les infidèles, et qu'il fallut recommencer le travail. Il est certain que les assiégés mirent le feu à une des tours des assiégeants. Le Tasse a étendu cet accident selon le besoin de sa fable.

Bientôt s'engage le terrible combat de Tancrèdeet de Clorinde, fiction la plus pathétique qui soit jamais sortie du cerveau d'un poète. Le lieu de la scène est aisé à trouver. Clorinde ne peut rentrer avec Argant par la porte Dorée; elle est donc sous le temple, dans la vallée de Siloé. Tancrède la poursuit ; le combat conunence ; Clorinde mourante demande le baptême; Tancrède, plus infortuné que sa victime , va puiser de Teaa

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