‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 3 sur 170 · LA TROISIÈME ÉDITION DE LA NOTE · texte numérisé non relu

LA TROISIÈME ÉDITION DE LA NOTE

Un rare spectacle a élé donné au inonde depuis la publloaMon de la dernière édition de oeUe Moie : deux princes ont tour h tour refusé l'empiief et se sont montrés également digues de la couronne, en renonçante la porter.

Quoique cette couronne soit enfin restée sur la tête du grand duc Nicolas , et que l'avant*propot de ia Abfo parle de Constantin comme empereur, on p*a rien cliangé au texte de cet avant-propos. Il y a une politique commune à tous les rois : c'est celle qui est fondée sur les principes étemels de la religion et de ia justice ; bien différente de celte politique qu'il fiiut accommoder aux temps et aux hommes , de cette politique qui vous obli^ de rétracter le lendemaitt caque vousaveï écrit la veille, parce qu'un événement est arrivé, parce qu'un monarque a disparu.

Mais seroitce le sort de cette Grèce infortunée de voir tourner contre elle jusqu'aux vertus mêmes qui la pourroient secourir ? Le temps employé à une lutte où les progrès des idées du siècle se sont ùdi remarquer au milieu de la résistance des mœurs nationales et militaires, ce temps a été perdu pour le salut d'uq peuple dont on presse l'extermination : tandis que deux frères se renvoyoient géné- Musement le diadème , les Grées , héritiers les uns des autres , se lëguoient en mourant la couronne du martyre, et pas un d'eux n'a refusé d'en parer sa tête. Mais ces monarques À la façon de la religion , de la liberté et du malheur, se succèdent rapidement sur leur trône ensanglanté ; cette race royale sera bientôt épuisée : on ne sauroit trop se bêler, si Ton en veut sauver le reste.

On assure qu'Ibrahim , arrivé à Patras, va faire transporter une partie de son armée à Missolonghi. Cette place,

assiégée depuis près d*un an , et qui a résisté aux bandes tumultueuses de Reschid-Pacba, penrra-t-eile, avee des remparts à moitié détruits , des moyens de défense épulséSy une garnison afloiblie, résister ^^% brigands diâciplinéa d'Ibrahim? Au moment même où l'on publie la nouvelle édition de cette Note , le voyageur cherche peut-êlre en Tain Missolooghi, eomme ce messager de l'ancienne Athènes, qui , en passant , n'avoit plus vu Olynthe. Noua invitons les monarques de la terre à délivrer des hommes dont Ut Rot des rois a peutrêtre à jamais brisé les chaînes. Nous écrivons peut-être sans le savoir sur le tombeau de la Grèce moderne , comme jadis nous avons écrit sur le tombeau de la Grèce antique. '

Si la Grèce avoit succombé ui|e s^eonde fais » ce aeniit pour notre âge le grand crime de l'Europe chréUenne » l'œuvre illégitime de ce siècle , qui pourtant a rétabli la légiUmité , la fiiute qui serait punie bien avant que ce siècle se soit écoulé. Toute mjustioe politique a sa conséqucpea inévitable, et cette ooaséquenpe est im chAtimeut Dans l'ordre moral et religieux, ce chêtiment n'est pas moins certain. Le sang des pères massj|crés pour être restés fidèles à leur religion, la voix des fils tombés dans Finfidélité, ne manqueroient pas d'attirer sur nous les veogeames et les maiédictiopis 4a ciel.

Et quelle double abomination ! Quoi ! ces vaisseiiUY de chrétiens qui ont porté en Europe les hordes mahométanes de l'Afrique pour égorger des chrétiens, ont rapporté en Afrique les femmes et les enfents de ces chiliens pour être vendus et réduits en servitude 1 Et ces auteurs de la traite des blancs oseraient parler de l'abolition de |a traite des nègres, oseraient prononcer des paroles d'humanité, oseroient se vanter de la philanthropie de leur politique ! Non , elles ne seront point admises à dire qu'elles étoient ehrétiennes, ees générations qui auraient vu sans l'arrftler le massacre de tout un peuple chrétien. Vous n^étles point chrétiens, ré|M)ndrala Justice divine , vous quj demandiez des lois contre le sacrilège, et qui laissiez changer en mosquées les temples du vrai Dieu; vous n'étiez point chrétiens, vous qui appeliez la sévérité des tribunaux sur des écrits irréligieux , et qui trouviez bon que le Coran fét enseigné aux enfants chrétiens tombés dans l'esclavage ; vous n'éUez pas chrétiens, vous qui mullipliiez en France les ;nonastères, et qui laissiez violer en Orient les retraites des servantes du Seigneur; vous n'étiez pas ehrétiens, vous <|iii fréquentiez les hôpitaux, qui ne parliez que de ehsrité et d'œuvres de miséricorde, et qui avez abandofmé h toutes les douleurs quatre millions de chrétiens dont les plaies accusent votre charité; vous n'étiez point chrétiens , vous qui vous taisiez un triomphe de ramener à l'Église catholique quelques-uns de vos frères protestaoU , et qui avez aouifert que vos frères du rit grec fussent contraint d'embrasser i;islamisme; vous n'étiez pas chrétiens, vous qui vous unissiez pour approcher ensemble de la sainte table , et qui, l'hostie sur les lèvres, condamniez les adorateurs de kl victime sans tache aux prostitutions de l'apostasie! Vous avez dit avec le pharisien : « Je ne suis point comiue « le reste dei hommes, qui sont voleurs, mjustes et adul- « téres; je jeûne deux fuis la semame. » Et Dieu vous préièrera le publicain, qui , en s'accusant, n'osoit même lever les yeux au ciel.

Ces remarques seront feites; elles le sont déjà , et elles toumertmt eoutre les choses môme que vous prétende» établir. L'incréduUté s'enquerra de ce que votre foi a fail

NOTE SUR LA GRÈCE

poar la Grèee , eomme la réTolutioD demande à votre royaliHBe cpMik ehaamière fl a rebâtie dans la Vendée. Vos dttdrtei, par veaa ménw démontiei , flifODt éclater cbes ta «MMBiadii liéoe et dt l'autel une grande risée.

Ije iMMsé |védît l'aveiiir : des événements m préparent. Ce ii*est pas sans un secret dessein de la Providence qu*Aleiandre a disparu an moment où les éléments d'un ordre de dMiaetaoaveao fermentent chez tons les peuples. Cette nrrièm«urie de hnii etnt mille hemraes, qui lennit le «oode eo reepeci , ne peu| pliis agir dans la même iwliliqne , dans le même unité. L'Europe continentale sort de tutelle ; U base sur laquelle 8*appoyoient toutes les forces militaires de l'Alliance ne Urdera pas à s'ébranler; cette vsile emée disposée en éehdons, dont la tète étoit à Bapfasel la qneoeàMoscoo , bientôt sert disloquée. Quand laslloudec^lemer seront retirés, on verra le fpnd des choses à découvert. Alors on se repentira , mais trop tard , d'avoir refusé de faire ce qu'on auroit dû pour n'avoir pas besoin de ces flots.

On aime encore à espérer que Missokmghi n'aura pas wefpwhé , que ses bebitenU, par un noqveaq prodige de eountlt I auront donné le temps à la chrétienté enfin éclairée de venir à leur secours. Mais s'il en étoit autrement, chrétiens héroïques; s'il étoit vrai que, près d'expirer, Toos nons eussiez chargé du soin de votre mémoire ; si Mire aorn «voit obtem PlioMieiir d'être au nombre des demias mots que vous ave^ prononcés , que pourrionsaoa$ latre pour nous montrer digne d'exécuter le testament de votre gloire? Que sont |i tant de hauts faits, à liDt d'adversités , d'inutiles discours? Une seule épée tirée dans une cause si sainte aurait mieuK valu que toutes leelianBCuee de le terre: U n'y aque la parole divine qui •oit un ^ve.

NOTE SUR LA GRÈCE

Les derniers événements de la Grèce ont attiré de nouveau les regards de l'Europe sur cet infortuné pays. Des bandes d*esclaves nègres, transfOftées du taaà de T Afrique , accourent pour adiever à Attiènes l'ouvrage des eunuques noir^ du sérail. Les premiers viennent dans leur force renverser des ruines, que du moins les seconds, dans leur impuissance , laissolent subsister.

Notre siècle verra-t-il des hordes de Sauvages étouffer la civilisation renaissante dans* le tombcsm d'un peuple qui a civilisé la terre? La chrétienté laisserait-elle tranquillement les Turcs égorger des chrétiens? Et la légitimité européenne souflirira-t-elle , sans en être Indignée, que Ton donne son nom sacré à une tyrannie qui anvoit fidt rougir Tilwre?

On ne préfend point retracer ici l'origine et rhistolie des troubles de la Orèce ; on peut con-

sulter les ouvrages qui abondent sur ce triste su- Jet. Tout ce qu'on se propose dans la présente Note^ c'est de rappeler Tattention publique sur une lutte qui doit avoir un terme; c'est de fixer quelques principes , de résoudre quelques questions , de présenter quelques idées qui pourront germer utilement dans d'autres esprits; de montrer qu'il n'y a rien de plus simple et qui coûteroit moins d'efforts que la délivrance de la Grèce ; d'agir enfin par l'opinion , s'il est possible, sur la volonté des bommes puissants. Quand on ne peut plus offrir que des vœux à la religion et à l'humanité souffirante , encore est-ce un devoir de les faire entendre.

Il n'y a personne qui ne désire l'émancipation des Grecs, ou du moins il n'y a personne qui osât prendre publiquement le parti de l'oppresseur contre l'opprimé. Cette pudeur est déJÀ une présomption favorable à la cause que l'on examine.

Mais les publicistes qui ont écrit sur les afhires de la Grèce , sans être toutefois ennemis des Grecs , ont prétendu qu'on ne devoit pas se mêler de ces affaires , par quatre raisons principales t

I ** L'empire turc a été reconnu partie intégrante de l'Europe au congrès de Vienne ;

a« Le Grand Seigneur est le souverain légitime des Grecs, d'où il résulte que les Grecs sont des sujets rebelles ;

S* La médiation des puissances à intervenir pourroit élever des difficultés politiques;

4" Il ne convient pas qu'un gouvernement po« pulaire s'établisse à l'orient de l'Europe.

II faut examiner d'abord les deux premières raisons.

Première raison : L'empire turc a été reconnu partie intégrante de l'Europe au congrès de Vienne.

Le congrès de Vienne aurolt donc garanti au Grand Seigneur l'intégralité de ses États ? Quoi ! on les aurolt assurés même contre la guerre 1 Les ambassadeurs de la Porte assistoient-ils au congrès? le grand vizir a-t-il signé au protocole? le mufti a-t-il promis de protéger le souverain pontife, et le souverain pontife le mufti? On craindroit de s'écarter d'une gravité que le sujet commande en s'arrétant à des assertions aussi singulières que peu correctes.

Il y a plus : la Porte seroit fort surprise d'apprendre qu'on s'est avisé de lui garantir quelque I chose ; ces garanties lui sembleroient une inso-

NOTE SUR LA GRÈCE

lenoe. Le saltan règne de par le Coran et Tépée ; c*est déjà douter de ses droits que de les reconnoitre; c*est supposer qu'il ne possède pas de sa pleine et entière volonté : dans le régime arbitraire , la loi est le délit ou le crime, selon la légalité plus ou moins prononcée de l'action.

Mais les écrivains qui prétendent que les États du GrandSeigneur ont été mis sous la sauvegarde du congrès de Vienne, se souviennent-ils que les possessions des princes chrétiens , y compris leurs colonies, ont été réellement garanties par les actes de ce congrès ? Voient-ils où cette question , qu'on soulève ici en passant, pourroit conduire? Quand il s'agit des colonies espagnoles, parle-ton de ce congrès de Vienne, que l'on fait intervenir si bizarrement quand il s'agit de la Grèce?

Qu'il soit permis au moins de réclamer pour les victimes du despotisme musulman la liberté que l'on se croit en droit de demander pour les sujets de S. M. catholique. Que l'on s'écarte des articles d'un traité général signé par toutes les parties, a An de procurer ce qu'on pense être un plus grand bien à des populations entières , soit; mais alors n'invoquez pas ce même traité pour maintenir la misère , l'injustice et l'esclavage.

Seconde raison : Le Grand Seigneur est le souverain légitime des Grecs; d'où il résulte que les Grecs sont des sujets rebelles.

d'abord le Grand Seigneur ne prétend point aux honneurs de la légitimité qu'on veut bien lui décerner, et il en seroit extrêmement choqué; ou plutôt il n'élève point des chrétiens au rang de sujets légitimes.

Les sujets légitimes du successeur de Mahomet sont des mahométans. Les Grecs, comme chrétiens, ne sont ni des sujets légitimes ni des su- Jets illégitimes , ce sont des esclaves , des chiens faits pour mourir sous le bâton des vrais croyants.

Quant à la nation grecque , que la nation turque n'a point incorporée dans son sein en l'appelant au partage de la communauté civile et politique, elle n'est tenue à aucune des conditions qui lient lessujetsauz souverains et les souverains aux sujets. Soumise, dans Torigine , au droit de conquête , elle obtint quelques privilèges du vainqueur en échange d'un tribut qu'elle consentit à payer. Elle a payé , elle a obéi tant qu'on a respecté ces privilèges , elle a même encore payé et obéi après qu'ils ont été violés. Mais lorsqu'enfin on a pendu ses prêtres et souillé ses temples, lorsqu'on a égorgé, brûlé, noyé des milliers de Grecs ;

lorsqu'on a livré leurs femmes à la prostitution , emmené et vendu leurs enfants dans les marchés de l'Asie, ce qui restoit de sang dans le cœur de tant d'infortunés s'est soulevé. Ces esclaves par force ont commencé à se défendre avec leurs fers. Le Grec , qui déjà n'étoit pas sujet par le droit politique , est devenu libre par le droit de nature : il a secoué le Joug sans être rebelle , sans rompre aucun lien légitime , car on n'en avoit contracté aucun avec lui. Le musulman et le chrétien en Morée sont deux ennemis qui avoient conclu une trêve à certaines conditions : le musulman a violé ces conditions ; le chrétien a repris les armes : ils se retrouvent l'un et l'autre dans la position où ils étoient quand ils commencèrent le combat il y a trois cent soixante ans.

Il s'agit maintenant de savoir si l'Europe veut et peut arrêter l'effusion du sang. Mais ici se présentent les deux dernières raisons des publicistes :

La médiation des puissances à intervenir pourroit élever des difficultés politiques;

Il ne convient pas qu'un gouvernement popu« laire s'établisse à l'orient de l'Europe.

Ces raisons peuvent être écartées par les faits.

La scène politique a bien changé de face depuis le jour où les premiers mouvements se firent sentir dans la Morée. Le divan et le cabinet de Saint-Pétersbourg ont commencé à renouer leurs anciennes relations; les hospodars ont été nommés ; les Turcs ont à peu près évacué la Moldavie et la Valachie ; et s'il y a encore quelque question pendante à l'égard des principautés, il n*en est pas moins vrai que les affaires de la Grèce ne se compliquent plus avec les affaires de la Russie.

On est donc placé sur un terrain tout nouveau pour négocier ; et, par la lettre de ses traités, iio« tamment de ceux de Jassy et de Bucharest, la Russie a le droit incontestable de prendre part aux affaires religieuses de la Grèce.

D'un autre côté, l'Europe n'est plus, ni par la nature de ses institutions , ni par les vertus de ses souverains, ni par les lumières de ses cabinets et de ses peuples, dans la position où elle se trouvoit lorsqu'elle revoit le partage de la Turquie. Un sentiment de Justice plus général est entré dans la politique depuis que les gouvernements ont augmenté la publicité de leurs actes. Qui songe aujourd'hui à démembrer les Etats du Grand Seigneur? Qui pense à la guerre avec la Porte? Qui convoite des terres et des privilèges commer-

NOIï; sur la GRÈCE.

daQX quand <m a déjà ttùp de terres, et quand Fégaiité des droits et la liberté du commerce de- ^emieat peu à peu le voeu et le code des na* tions?

Il ne s'i^ donc pqp, pour obtenir l'indépendance de la Grèce, d'attaquer ensemble la Turquie, et de se battre ensuite pour les dépouilles; Il s'agit simplement de demander en commun à la Porte de traiter avec les Grecs, de mettre fin à une guerre d'extermination qui afflige la chrétienté, interrompt les relations commerciales, gène la navigation , oblige les neutres à se faire oonv<^er, et trouble l'ordre général.

Si le divan refusoit de prêter l'oreille à des représentations aussi justes, la reconnoissance de llndépendance de la Grèce par toutes les puissances de l'Europe pourroit être la conséquence immédiate du refus : par ce seul fait la Grèce serait sauvée sans qu'on tirât un coup de canon pour elle, et la Porte, tôt ou tard, serait obligée de suivre l'exemple des États chrétiens.

Mais peut-on contester au gouvernement ottoman le droit de souveraineté sur ses États?

Non. La France, plus qu'un autre pouvoir, doit respecter son ancien allié, maintenir tout ce qu'il est possible de maintenir de ses traités antérieurs et de ses vieilles relations ; mais il faut pourtant se placer avec la Turquie comme elle se place elle-même avec les autres peuples.

Pour la Turquie, les gouvernements étrangers^ ne sont que des gouvernements de fait : elle ne se comprend pas elle-même autrement.

Elle ne reeonnolt point le droit politique de FEurope, elle se gouverne d'après le code des peuples de l'Asie ; elle ne fait, par exemple , aucime difficulté d'emprisonner les aml>assadeors des peuples avec lesquels elle commence des hostUités.

Elle ne reconnott pas notre dralt des gens : si le voyageur qui parcourt son empire est pratégé par les mœurs, en général hospitalières, par les précités charitables du Coran, il ne l'est pas par les lois.

Dans les transactions commerciales l'individu musulman est sincère, religieux observateur de ses propres conventions ; le fisc est arbitraire et foux.

liC droit de guerre chez les Turcs n'est point le droit de guerre chez les chrétiens : il emporte la mort dans la défense, l'esclavage, dans la conquête.

Gif\TR.\tnUAKO. — TOVP. IT.

Le droit de souveraineté de la Porte ne peut êtra légitimement réclamé par elle que pour ses provinces musulmanes. Dans ses provinces chrétiennes, là où elle n'a plus la force, là elle a cessé de régner ; car la présence des Turcs parmi les dirétiens n'est pas l'établissement d'une société, mais une simple occupation militaire ^

Mais la Grèce , État indépendant , sera-t-elle d'une considération aussi importante que la Tor^ quie dans les transactions de l'Europe? pourat-elle offrir , par sa propre masse, un rempart contre les entreprises d'un pouvoir quel qu'il soit?

La Turquie est-elle un plus fort boulevard? La focillté de l'attaquer n'est-elle pas démontrée à tous les yeux? On a vu dans ses guerres avec la Russie , on a vu en Egypte , quelle est sa force de résistance. Ses milices sont nombreuses et assez braves au premier choc; mais quelques régiments disciplinéssuffisentpour les disperser. Son artillerie est nulle; sa cavalerie même ne sait pas manœuvrer, et vient se briser contre un bataillon d'infanterie : les fameux mamelouks ont été détruits par une poignée de soldats françois. Si telle puissance n'a pas envahi la Turquie, rendons-en grAces à la modération même sur le trône.

Que si l'on veut supposer que la Turquie a été ménagée par la crainte prudente que chacun a ressentie d'allumer une guerre générale, n'est-il pas évident que tous les cabinets seraient également attentifs à ne pas laisser succomber la Grèce? La Grèce auroit bientôt des alliances et des traités , et ne se présenterait pas seule dans l'arène.

Il faut dire plus : la Grèce libre , arm^e comme les peuples chrétiens, fortifiée , défendue par des ingénieurs et des artilleurs qu'elle emprunterait d'abord de ses voisins , destinée à devenir promptement , par son génie, une puissance navale; la Grèce, malgré son peu d'étendue, couvrirait mieux l'orient de l'Eurape que la vaste Turquie, et formerait un contre-poids plus utile dans la balance des nations.

Enfin la séparation de la Grèce de la Turquie ' ne détruirait pas ce dernier État, qui compterait toujours tant de provinces militaires européennes. On pourroit même soutenir que i'empira tura augmenterait de puissance en se resserrant, en devenant tout musuhnan, en perdant ces populations chrétiennes placées sur les frontière^ de la

* Partout eo Grèce où le poste est militaire, les Grecs sont relégués dans une bourgade à part et séparés des Turcs.

NOTE SUR LA GRÈCB

chrétienté, et qu*il fest obligé de surveiller et de garder comme on surveille et comme on garde un ennemi. Les politiques de la Porte prétendent même que le gouvernement ottoman n'aura toute sa force que lorsqu'il sera rentré ep Asie. Ils ont peut-être raison.

En dernier 11^ , si )e divan vouioit traiter pour raffran^MssemiSpl de la Qrèpci \i s^roit pQssi))le qa^ cellerci consentit à pfiyer une subvention plus 0|i oQoins considérable : tous les int^ts seroient ainsi ménagés.

Tputes choses pesées, le droit de souveraineté ne peut pas être vu du même œil sous la domination du Croissant que sous Tempire de la Croix.

La Grèce, déjà à moitié délivrée , d^à politiquement organisée , ayant des flottes , des armées , faisant respecter et reconnoltre ses blocus , étant asses forte pour maintenir des traités, cpntractant des emprunts avec d^ étrangers, battant monnoie et promulguant des lois, est un gouvernement de fait ni plus ni moins que le gouvernement des Osmanlis : son droit politique i i'ifidépendanee , quoique moins ancien, est de inêxpe nature que celui de la Turquie; et la Grèc^ a de plus l'avantage de professer la religion , d*étre régie par les principes qui régissent les autres peuples civilisés et chrétiens*

Si ces arguments ont quelque force, reste à examiner les dangers ou les frayeurs que feroit nattre rétablissement d'un gouvernement populaire à Torient de TEurope.

Les Grecs, qu'aucune puissance n'a pq Jusqu'ici secourir pour ne pas compromettre des intérêts plus immédiats; les Grecs, qui bâtiront leur liberté 4e leurs propres mains, ou qui s'enseveli-^ ront sous ses débris ; les Grecs ont incontestablement le droit de choisif la forme de leur existence politique. Il faudroit avoir partagé leurs périls pour se permettre de se mêler de leurs lois. Il y a trop d'équité , trop de connolssances, trop d'élévation de sentiments, trop de magnanimité dans les hautes influences sociales , pour craindre qu'on entrave jamais l'indépendance d'un peuple qui l'a conquise au prix de son sang.

Mais si l'on pou voit, d après les faits , hasarder un Jugement sur la Grèce ; si les divisions dont elle a été travaillée pouvoient donner une idée assez Juste de son esprit national ] si sa forte tendance religieuse, si la prépondérance de son clergé ,*expliquoient le secret de ses mœurs; si rhistoire enfin , qui nous montre les peuples de

l'Attique et do Péloponèse sortant , après plus de mille ans, du double esclavage du Bas-Empire ou du bnatisme musulman; si cette histoire pou* voit fournir quelque base solide à des conjectu« res , on seroit porté & croire^e la Grèce , excepté les lies , inclinerolt plutôt à une constitution monarchique qu'à un» constitution l'épublicaine.

Les droits de tous les citoyens sont aussi bien conservés (particulièrement chez un vieux peuple) dans une monarchie constitutionnelle que dans un État démocratique. Si les passions avoient été moins pressées, peut-être aiyourd'hui de grandes monarchies représentatives s'élèy eroientelles dans les Amériques espagnoles d'accord avec la légitimité. Les besoins de la civilisation auroient été satisfaits, une liberté nécessaire auroit été établie sans que Tavenir des antiques royaumes de l'Europe eût été menacé par l'existence de tput un monde républicain.

La plus grande découverte politique du dernier siècle , découverte à laquelle les hommes d'État ne font pas assez d'attention , c'est la création d'une répubUqm représentative telle que celle des États-Unis. La formation de cette république résout le problème que l'on croyoit insoluble , savoir : la possibilité pour plusieurs millions d'hommes d'exister en société sous des institutions populaires.

Si l'on n'opposoit pas, dans les États qui se ^ forment ou se régénèrent , des monarchies représentatives à des républiques représentatives; si Ton prétendoit reculer dans le passé, combattre en ennemi^ la raison humaine, avant un siècle peut-être toute l'Europe seroit républicaine ou tombée sous le despotisme militaire.

Quoi qu'il en soit , il e^t assez vraisemblable qu'une forme monarchique adoptée par les Grecs dissiperoit toutes les frayeurs , à moins toutefois que les monarchies constitutionnelles ne fussent elles-mêmesjsuspectes. Il seroit malheureux pour les couropnes que le port fût regardé comme recueil : espérons qu'une méprise aussi funeste n'est le partage d*aucun esprit éclairé.

Une médiation qui se réduirolt à demander de la Turquie pour la Grèce une sorte d'existence semblable à celle de la Valachie et de la Moldavie, toute salutaire qu'elle eût été il y a deux ans , pourroit bien être aiyourd'hui insuffisante. La révolution paraît désormais trop avancée : lesGrecssemblentaumoroent de chasser les Turca ou d'être exterminés pareux.

NOTE SUR LA GRÈCE

Une politique ferme, grande et désintéressée, peut arrêter tant de massacres , donner une nouirelle nation au monde, et rendre la Grèce à la terre.

On a parlé sans passion , sans préjugé , sans illosk» , avee ealme , réserve et mesure , d'un su- Jet dont on est profondément touché. On croit mieux servir ainsi la cause des Grecs que par des déclamations. T7n problème politique qui n'en étoit pas un, mais qu'on s'est plu à couvrir de nuages, se résout en quelques mots.

ïjm Grées sont4ls des rebelles et des révolutionnaires? Non.

Fbrment^ils un peuple avec lequel on puisse traiter? Oui.

Ont-ils les eonditions sociales voulues par le droit politique pour être reconnus des autres nations? Oui.

Est41 possible de les délivrer sans troubler le ■Mmde , tans se diviser, sans prendre les armes 9 sans mettre même en danger l'existence de la Turquie? Oui , et eela dans trois mois , par une seule dépêche collective iooserite des grandes palasanees de l'Europe , ou par des dépêches si- BBtltanéa exprimant le même vcsn*

Ge sont là de ces pièces diplomatiques qu'on aimerait à signer de son sang.

Et Ton a raisonné dans un esprit de conciliatioB , dans le sens et dans Tespoir d'une harmonie complète entre les puissances; car, dans la rigosreoie vérité, une entente générale entre les eabinets n'est pas même néeessaire pour l'émandpation des Grecs : une seule puissance qui reeoanoltroit leur indépendanee opéreroit cette émandpatlon. Toute bonne intelligence eeiseroît-elle entre cette puissanee et lesdi versescours ? A-Ken rompu toutes les relations amicales avec PAngletem , lorsqu'elle a suivi pour les colonies espagnoles le plan que l'on indique id pour la Grèce? Et pourtant quelle différence, sous tous les rapports , dans la question !

La Grèee sort iiérûlquement de ses cendres : pour aararer son triom^e ^ elle n'a besoin que d^un regard de bienveillance des princes chrétiens. On n*aeeusera plus son courage , comme on ae plait encore à calomnier sa bonne foi. Qu'on lise dans le récit de quelques soldats françois qui aeeoonoiisent en valeur, qu'on lise le récit de ces eomhats dans lesquels ils ont eux-mêmes versé leur sang , et l'on reconnoltra que les hommes qui habitent la Grèce sont dignes de fouler cette terre

illustre. Les Canaris, les ^llaulis aurofent été reconnus pour véritables Grecs à Mycale et à Salamine.

La France , qui a laissé tant de grands souvenirs en Orient, qui vit ses soldats régner en Egypte , à Jérusalem , à Gonstantinople , à Athènes ; ta France , flile aînée de la Grèce par le courage, le génie et les arts, contempleroit avec joie la liberté de ce noble et malheureux pays, et se croiseroit pleusementpourelle.Si la philanthropie élève la voix en faveur de l'humanité , si le monde savant, comme le monde politique, aspire à voir renaître la mère des sciences et des lois, la religion demande aussi ses autels dans la cité où saint Paul prêcha le Dieu inconnu .

Quel honneur pour la restauration d'attacher son époque à celle de l'affranchissement de la patrie de tant de grands hommes ! Qu'il seroit beau de voir les flis de saint Louis , à peine rétablis sur leur trône, devenir à la fois les libérateurs des rois et des peuples opprimes !

Tout est bien dans les affaires humaines quand les gouvernements se mettent à la tête des peuples et les devancent dans la carrière que ces peuples sont appelés à parcourir.

Tout est mal dans les affaires humaines quand les gouvernements se laissent traîner par les peuples et résistent aux progrès comme aux besoins de la civilisation croissante. Les lumièr» étant alors déplacées, rintelllgence supérieure se trouvant dans celui qui obéit au lieu d'être dans celui qui commande , il y a perturbation dans l'État.

Nous, simples particuliers, redoublons de zèle pour le sort des Grecs ; protestons en leur faveur à la ftice du monde; combattons pour eux; recueillons à nos foyers leurs enfants exilés ; après avoir trouvé rhospitalité dans leurs ruines.

En attendant des Jours plus prospères^ nous recevons et nous sollicitons à la fois de la munificence publique ce qu'elle nous adresse de tous cêtés pour nos Illustres suppliants. Nous remercions cette généreuse et brillante Jeunesse qui lève un tribut sur ses plaisirs pour secourir le malheur. Nous savons ce qu'elle vaut, cette Jeunesse françoise I Que ne pourroit-on point faire avec elle en lui parlant son langage , en la dirigeant, sans l'arrêter, sur le penchant de son génie; toujours prête à se sacrifier, toujours prête à faire dire à quelque nouveau Périclès : « L'année a perdu soil printemps ! »

OPINION

Nous Toulons aussi témoigner notre gratitude à ces ofiicîers de toutes armes qui viennent nous offrir leur expérience , ieor bras et leur vie. Teile est la puissance du courage et du talent, que quelques liommes peuvent seuls faire pencher la victoire du côté de la justice , ou donner le temps, en arrêtant la mauvaise fortune , d'arriver à une médiation que tous les intérêts doivent désirer.

Quelles que soient les déterminations de la politique, la cause des Grecs est devenue la cause populaire. JLes noms immortels de Sparte et d'Athènes semblent avoir touché le monde entier :

dans toutes les parties de l'Europe U s'est formé des sociétés pour secourir les Hellènes; leurs malheurs et leur vaillance ont rattaché tous les cœurs à leur liberté. Des vœux et des offrandes leur arrivent jusque des rivages de l'Inde, Jusque du fond des déserts de l'Amérique : cette reconnoissance du genre humain met le sceau à la gloire de la Grèce.

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