‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 69 sur 170 · HERCULANUM, PORTICI, POMPEIA · texte numérisé non relu

HERCULANUM, PORTICI, POMPEIA

Il Jaa>'ter.

Lalave a rempli Hercplanum, comme le plomb fondu remplit les concavités d'un moule.'

VOYAGE EN ITALIE

Porticl est on magasin d'antiques.

Il y a quatre parties découvertes à Pompeia : 1 • le temple , le quartier des soldats , les théâtres ; V une maison nouvellement déblayée par les François ; 3"* un quartier de la ville ; 4*" la maison hors de la ville.

Le tour de Pompeia est d'environ quatre milles. Quartier des soldats , espèce de cloître autour duquel régnoient quarante deux chambres ; quelques mots latins estropiés et mal orthographiés barbouillés sur les murs. Près de là étoient des squelettes enchaînés : « Ceux qui étoient autrefois « enchatnés^nsemble, dit Job, ne souffrent plus, « et ils u^entendent plus la voix de l'exacteur. »

Un petit théâtre : vingt et un gradins en demicercle , les corridors derrière. Un grand théâtre : trois portes pour sortir de la scène dans le fond , et communiquant auxchambresdes acteurs. Trois rangs marqués pour les gradins ; celui du bas plus large et en marbre. Les corridors derrière, larges et Yoâtés.

On entroit par le corridor au haut du théâtre, et Ton descendoit dans la salle par les vomitoîres. SHx portes s'ouvroient dans ce corridor. Viennent, non loin de là , un portique carré de soixante colonnes , et d'autres colonnes en ligne droite , allant dn midi au nord ; dispositions que Je n'ai pas bien comprises.

On trouve deux temples : Tun de ces temples offre trois autels et un sanctuaire élevé.

La maison découverte par les François est curieuse : les chambres à coucher, extrêmement exiguës , sont peintes en bleu ou en Jaune , et déeorées de petits tableaux à fresque. On voit dans ces tableaux un personnage romain , un Apollon Jouant de la lyre , des paysages , des perspectives de Jardins et de villes. Bans la plus grande cbambre de cette maison , une peinture représente Ulysse ftiyant les Sirènes : le fils de Laërte , attaché au mât de son vaisseau , écoute trois Sirènes placées sur les rochers ; la première touche lalyre, laseconde sonne une espèce de trompette, la troisième chante.

On entre dans la partie la plus anciennement découverte de Pompeïa par une me d'environ quinze pieds de large; des deux côtés sont des trottoirs; le pavé garde la trace des roues en divers endroits. La rue est bordée de boutiques et de maisons dont le premier étage est tombé. Dans deux de ces maisons se volent les choses «ni vantes c

Une chambre de chirurgien et une chambre de toilette avec des peintures analogues.

On m'a fait remarquer un moulin à blé et les marques d'un instrument tranchant sur la pierre de la boutique d'un charcutier ou d'un boulanger. Je ne sais plus lequel.

La rue conduit à une porte de la cité où Ton a mis à nu une portion des murs d'enceinte. A cette porte commençoit la file des sépulcres qui bordoient le chemin public.

Après avoir passé la porte, on rencontre la maison de campagne si connue. Le portique qui entoure le Jardin de cette maison est composé de piliers carrés , groupés trois par trois. Sous ce premier portique , il en existe un seccmd : c'est là que fut étouffée la jeune femme dont le sein s'est imprimé dans le morceau de terre que j'ai vu à Porticl : la mort, comme un statuaire, a moulé sa victime.

Pour passer d'une partie découverte de la cité à une autre partie, découverte, on traverse un riche sol cultivé ou planté de vignes. La chaleur étoit considérable, la terre, riante de verdure et émaillée de fleurs >.

En parcourant cette cité des morts, une idée me poursuivoit. A mesure que l'on déchausse quelque édifice à Pompeia, on enlève ce que donne la fouille, ustensiles de ménage, instruments de divers métiers , meubles , statues , manuscrits, etc., et l'on entasse le tout au Musée Porlici. Il y àuroit selon mol quelque chose de mieux à faire : ce seroit de laisser les choses dans l'endroit où on les trouve et comme on les trouve, de remettre des toits, des plafonds, des planchers et des fenêtres, pour empêcher la dégradation des peintures et des murs; de relever l'ancienne enceinte de la ville, d'en clore les portes; enfin d'y établir une garde de soldats avec quelques savants versés dans les arts. Ne seroit-ce pas là le plus merveilleux musée de la terre? Une ville romaine conservée tout entière , comme si ses habitants venoient d'en sortir un quart d'heure auparavant !

On apprendroit mieux Thistoire domestique du peuple romain, letat de la civilisation romaine dans quelques promenades à Pompeia restaurée , que par la lecture de tous les ouvrages de l'antiquité. L'Europe entière accourroit : les frais qu'exigeroit la mise en œuvre de ce plan seroient

' Je donne à la fin de ce voyage des notices curieuses sur Pompeia, et qui complètent ma courte description.

VOYAGE EN ITALIE

amptement ewnpcnsés par rafflnenee des étrangers à Naples. D'alliears rien n*obligerait d'exén euter ee travail à la fois; on oontlntieroit lentement, mais régnlièrement, les fouilles; il ne faadrolt qn'un pea de brique , d'ardoise, de plâtre , de pierre , de bois de charpente et de menuiserie p6v^ les émploj'er en proportion du déblai. Un arelûteele habile suiTroit, quant au restau^ rations, le style local dont il trootefuH des niodèles dans les paysages peints sur les murs mêmes des maisons de Pompela.

Ce que Ton iiiit aujourd'hui me semble funeste : ravies à leurs places naturelles, les curiosités lei plus rares s'ensevelissent dans des cabinets où elles ne sont plus en rapport avec les objets en vtromiiln^. D'une autre part , les édifices découverts à Pompela tomberont bientM : les eendres qui les engloutirent les ont conservés; ils périront à l'air, si on ne les entretient oiï on ne les répare.

En tous pays les monuments publics , élevés à grands frais avec des quartiers de granit et de marbre, ont seuls résisté à l'action du temps; mais les habitations domestiques , les vilUa proprement dites, se sont écroulées, parce qae la fortune des simples particuliers ne leur permet pas de bâtir pour les sièeles.

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