‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 71 sur 170 · SO · texte numérisé non relu

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VOYAGE EN ITALIE

ce déroule aussi dans la campagne; c'étoit Tancieone voie Tiburtine , autrefois iiordée de sépulcres, et le long de laquelle des meules de foin élevées en pyramides imitent encore des tombeaux.

Il seroit difQcile de trouver dans le reste du monde une vue plus étonnante et plus propre à faire naître de puissantes réflexions. Je ne parle pas de Rome , dont on aperçoit les dômes , et qui seule dit tout; Je parle seulement des lieux et des monuments renfermés dans cette vaste étendue. Voilà la maison où Mécène, rassasié des biens de la terre, mourut d'une maladie de langueur; Varus quitta ce coteau pour aller verser son sang dans les marais de la Germanie ; Cassius et Brutus abandonnèrent ces retraites pour bouleverser leur patrie. Sous ces hauts pins de Frascati , Cicéron dictoit ses Tuscuianes; Adrien fit couler un nouveau Pénée au pied de cette colline, et transporta dans ces lieux les noms, les charmes et les souvenirs du vallon de Tempe. Vers cette source de la Solfatare , la reine captive de Palmyre acheva ses Jours dans l'obscurité, et sa ville d'un moment disparut dans le désert. Cest ici que le roi Latinus consulta le dieu Faune dans la forêt de TAlbunée; c*est ici qu'Hercule avoit son temple , et que la sibylle Tiburtine dictoit ses oracles ; ce sont là les montagnes des vieux Sablas, les plaines de Fantique Latium; terre de Saturne et de Rhée , berceau de l'âge d'or, chanté par tous les poètes ; riants coteaux de Tibur et de LucréUle, dont le seul génie françois a pu retracer les grâces, et qui attendoient le pinceau du Poussin et de Claude Lorrain.

Je descendis de la villa d'Est * vers les trois heures après midi ; je passai le Teverone sur le poiit de Lupus, pour rentrer à Tivoli par la porte Sabine. En traversant le l)ois des vieux oliviers , dont Je viens de vous parler. J'aperçus une petite chapelle blanche , dédiée à la madone Quintilanea, et bâtie sur les ruines de la villa de Varus. C'étoitun dimanche : la porte de cette chapelle étolt ouverte. J'y entrai. Je vis trois petits autels disposés en forme de croix; sur c^lui du milieu s'élevoit un grand crucifix d'argent, devant lequel brûloit une lampe suspendue à la voûte. Un seul homme, qui avoit l'air très -malheureux,

' On a vu , A la fin de m« description de la villa Adriana, que f annonçots ponr le lendemain une promenade à la villa d*£st. Je n*al point donné le détail particulier de celte promenade, parce qa*U se troavoit d^à dans ma Lettre iur SÔme, i M. de Fontanet.

étolt prosterné auprès d'un banc; il priolt avec tant de ferveur, qu'il ne leva pas même les yeox sur moi au bruit de mes pas. Je sentis ce qoe J'ai mille fois éprouvé en entrant dans une église, c'est-à-diro un certain apaisement des troubla du coeur ( pour parler comme nos vieilles bibles) , et Je ne sais quel dégoût de la terre. Je me misa genoux à quelque distance de cet homme, et, inspiré par le lieu , Je prononçai cette prière : « Dieu du voyageur, qui avez voulu que le pèlerin « vous adorât dans cet humble asile bâti sur les « ruines du palais d*un grand de la terre 1 Mère « de douleur, qui avez établi votre culte de ml- « sérlcorde dans l'héritage de ce Romain info^ « tuné, mort loin de son pays dans les forêts de « la Germanie! nous ne sommes ici quedeaxfldè- 4 les prosternés au pied de votre autel solitaire : « accordez à eet inconnu, si profondément ho- « mille devant vos grandeurs, tout ce qu'il yqos « demande : faites que les prières de cet homme « servent à leur tour à guérir mes infirmités, ah « que ces deux chrétiens qui sont étrangers ros « à l'autre , qui ne se sont rencontrés qu'on îdi- « tant dans la vie, et qui vont se quitter poar « ne plus se voir ici-bas , soient tout étonnés, eo « se retrouvant au pied de votre trône, de se d^ « voir mutuellement une partie de leur bonhenr, « par les miracles de leur charité ! »

Quand Je viens à regarder, mon cher ami, toates les feuilles éparses sur ma table , Je sais éponvantéde mon énorme fiatras, etj'hésiteàvoosreo* voyer. Je sens pourtant que Je ne vous ai rien dit, que J'ai oublié miUe choses que J'anroisdâ vont dire. Ck>mment, par exemple, ne vous ai-je ptf parlé de Tusculum, de Cicéron, qui , selon Séaè' que, ' fiit le seul génie que le peuple romain ait « eu d'égal à son empire. » iliudingenium quoi solumpopulusromanusparimperiosuohatmt*

Mon voyage à Naples, ma descente dans le cra* tère du Vésuve >, mes courses à Pompéla, àCa« serte*, à la Solfatare, au lac Averne , à la grotte de la Sibylle, auroient pu vous intéresser, éc. Baîes, où se sont passées tant de scènes mémo* raMes, méritoit seule un volume. 11 me semble que Je vols encore la tour deBola, oùétott plaofc

« Il n'y a (comme Je l'ai déjà dK dans une aoire note) Ç de la faUgue et aacQD danger à descendre dans le eratèn » Vésuve. Il faadroil avoir le malheur d*y être soiprls psro» éruption; dans ce cas-la même, si l'on u'étoil pas empow par rexplosion, rexpérience a prouvé qa*on peut «o"*" sauver sur la lave : comme elle coule avec an« »*'*'îfj^ tear, sa surface se Mfroidit assea vile pour qttV)o fm^ ' passer rapidement.

> Je iTai rien retrouvé sur Cascrte.

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a maison d'Agrippine, ek où elle dit ce mot su* bUme aux assassins envoyés par son fils : Fenififmfen\ Llle Piîsida, qui servit de retraite à Bmtns , après le meurtre de César ; lepont de Caligula, la Piscine admirable, tons ces palais bâtis dans la mer, dont parle Horace, vaudroient bien la peine qu*on s'y arrêtât un peu. Virgile a placé on trouvé dans ces lieux les belles fictions du sixième livre de son Enéide : c*est de là qu'il écrivoit à Auguste ces paroles modestes (elles sont, je crois, les seules lignes de prose que nous eonnoisslons de ce grand homme) : Ego vero fréquentes a te iiiieras accipio.,* De jEnea quidem meOj si me hercule jam dignum auribus haberem iuis, Hbenter miiterem; sed tanta inchoaia, resestnLpene vitio mentis tanium ap2is imgressHs mihi videur; cumprœsertim, ut scis,

aUa quoque studia ad id opus multoque potiora imperiiar '.

Mon pèlerinage au tombeau de Scipion TAfiricain est an de ceux qui ont le plus satisfait mon eœor, Iiîen que j'aie manqué lebot de mon voyage. Onm'avoit dit que le mausolée existoit encore , et qu'on y lisoit môme le mot i^aMa, seul reste de eette inscription qu'on prétend y avoir été gravée : Ingrate pairie^ tu n'auras pas mes os. Je me sois rendu à Patria, l'ancienne Liteme : je n'ai point trouvé le 'tombeau, mais j'ai erré sur les mines de la maison qne le plus grand et le plus aimable des hommes habitoit dans son exil : il HEie sembloit voir le vainqueur d'Annibal se promener au bord de la mer sur la côte opposée à celle de Carthage, et se consolant de Ti^Justice de Rome, par les charmes de l'amitié et le souvenir de ses vertus ^.

» Tadtc.

* Ce fragment se trouve dans Haerobe, mais Je ne |mb indiqoer le livre : Je crois pourtant que c*est le premier des Saturnalet, Voyez 1rs Martyrs ^ sur les^our de Baies.

^ Non-seolcment on m'avoit dit gue oe tombeau existoit, mais J'avois lu les circonstances de ce que Je rapporte ici dans |e ne sais plus quel voyageur. Cependant les raisons suivantes flse loot douter de la vérité des faits :

I* n me paroit que Scipion , malgré les Justes raisons de plainte quii avoit contre Rome, aimoit trop sa patrie pour amir voulu qu'on gravât celte inscripUon sur son tomliean : cela semble contraire à tout ce que nous oonnolssons du génie des aodens.

T Llnscrlption rapportée est conçue presque littéralement dans les termes de Timprécation que TIte-Live fait prononcer à Sdpioo CD aortantde Rome ; ne seroU-ce pas là la source derecrear?

V PIntarque raconte que Ton trouva près de Gaflte une ■ne fie lirooia dans un tombeaki de marbre , où les cendres de Sdpïon dévoient avoir été renfermées , et qui porloit une fnseriptloo trAs^fférenle de celle dont il s'agit Ict ' 4* L'andenne LUeme ayant pris le nom de Patria , cela a pQ donner naissance à ce qu'on a dit du mot palria , resté ami de tonte nnscripUon du tombeau. Ne seioU-çe pas , eo

Quant aux Romains modernes, mon cher ami , Ducios me semble avoir de Thumeur lorsqu'il les appelle les Italiens de Rome; Je crois qu'il y a encore chez eux le fond d'une nation peu commune. On peut découvrir parmi ce peuple , trop sévèrement jugé, un grand sens, da courage, de la patience, du génie, destracesprofondes de sea anciennes mœurs, Je ne sais quel air de souve* rain , et quels nobles usages qui sentent encore la royauté. Avant de condamner cette opinion qui , peut vous parottre hasardée , il faudrait entendre mes raisons , et Je n'ai pas le temps de vous les donner.

Que de choses me resteroient à vous dire sur la littérature italienne I Savez-vous que je n'ai vu qu'une seule fois le comte AIfleri dans ma vie , et devineriez-vous comment? je l'ai vu mettre dans sa bière I Onmeditqu'il n'étoitpresquepaschangé. Sa physionomie me parut noble et grave ; la mort y ajoutoit sans doute une nouvelle sévérité ; le cercueil étant un peu trop court, on inclina la tête du défunt sur sa poitrine , ce qui lui fit faire un mouvement formidable. Je tiens de la bonté d'une personne qui lui fut bien chère ', et de la

effet, un hasard fort singulier que le lieu se nommât Patria , et que le root patria se trouv&t aussi sur le monument de Scipion ? à moins que Ton ne suppose que l'un a pris son nom de l'autre.

Il se peut faire toutefois que des auteurs que Je neconnols pas aient parlé de cette inscription de manière à ne laisser aucun doute : il y a même une phrase dans Plutarque qui semble favorable à l'opinion que Je combats. Un homme du plus grand mérite, et qui m'est d'autant plus cher qu'il est fort malheureux *, a fait , presque en même temps que moi, le voyage de Patria, Nous avons souvent causé ensemble de c« lieu célèbre; Je ne suis pas bien sûr qu'il m'ait dit avoir vu lui-même le tombeau et le mot (ce qui tranctieroit la difficulté), ou s'il m'a seulement raconté la tradition populaire. Quant à moi je n'ai point trouvé le monument, et Je n'ai vu que les ruines de la villa, qui sont très-peu de chose. (Voycs el« dessus, pag. 300.)

Plutarque parie de l'opinion de ceux qui placolent le tombeau de Scipion auprès de Rome; mais ils ooniondolent évidemment le tombeau des Scipions et le tombeau de Scipion. Tite-Live affirme que celui-ci éloil à Liteme, qu'il étolt sur-' monté d'une statue, laquelle fut abattue par une tempête, et que lui , TIte-Live, avoit ^u cette statue. On savoit d'ailleurs par Séiièque, Cicéron et Piine, que l'autre tombeau, c'est-àdire celui des Scipions, avoit existé en effet à une des portes de Rome. Il a été découvert sous Pie VI ; on en a transpaHé les inscriptions au musée du Vatican ; parmi les noms «es membres de la famille des Scipions trouvés dans le monument celui de l'Africain manque.

< I^a personne pour laquelle avoit été composée d'avance i'épltaphe que Je rapportois ici n'a pas fait mentir longtemps le Aie sila est : elle est allée rejoindre le comte AIfleri, Rlea n'est triste comme de relire, vers la fin de ses Jours , ce que l'on a écrit dans sa Jeunesse; tout ce qui étoit au présent, quand on tenoit la plume, se trouve au passé : on parlolt de vivants, et il n'y a plus que des morts. L'homme qui vieillit en cliemlnant dans la vie se retourne pour regarder derrière lui ses compagnons de voyage, et ils ont disparu ! 11 est resté seul sur une route déserte.

* M. BcrtlD l'alné, que Je pub nommer ai^oard^hol.*!! étolt alor» exilé , et pcnécaté par Buonapartc pour soa déTOuemeat à la aialson de BonilKHi.

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T0TA6E EN ITAUB.

politeMe d*ttii ami da oomte Alfleri, det notes curieuses sur lesouvrages posthumes > les opinloos cH la Tie de cet homme eélAbra. La plupart des papiers publies, en France, ne nous ont domié sur tout cela que des renseignements tronqués et incertains. En attendant que Je puisse vous communiquer mes notes, Je vous envoie Tépltaphe que le comte Alfleri avolt faite, en même temps que la sienne, pour sa noble amie :

HIC. SITÀ. EST.

GBNBKE. FORMAMOBIBUS.

IRCOMPÀBÀBILI. ÀICIHI. CANDOBB.

PBiECLABISSttti.

A. TICTOBIO. ALFËBIO.

aUXtA. QUEM. 8ÀBC0PHAG0. UNO*.

TUMULATA. EST.

ARNOBUM. 26. SPATIO.

ULTBA. BES. OMNES. BILËCTA.

ET. QUASI. MOBTALE. RUMEtf.

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