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et qifû êVtmébtfÊ 4tff% à màMHk ûïrè Mr toi trol» ptrties da Mild0 ( 1 160).
KnflB Mire^t'M] , neble ténitien, ne Mssa de paroourir VAaiB pendant près de Tlngl-tix «niiéas. Il fbt le premier Ewepéeb qui péoéln dans la Chine , dans l'Inde an delà daGan0e,6ldafls qaâffom Uea de Focéan Indien (l)7i« 96 ). Son outrage devint le nHnoel de tons les mareliaBds en AsiOt ei de tons les géographes en Europe.
Mnra-Panl elle Pékin et Mankia } il noibnie eoeete fine Tille de Qalusai, la plus grande du monde i en ooftptoil done mille ponlaaiir les eanani dont elle éloil traversée; •n y oonaeinasoit par jonr qualra^rloglipialoffae «piîÉtanil de poivre. La TO|ageiir vénilieB Ikit mention dan ses redis de la porcelaine ; mais il ne parle peint d« tbé : if est lui qvi nons a fidt «mmeitre le Bengale, le Japon, l'Ile de Bornéo, et la mer de la Cbine'i où il compte sept miUe qnatrv cent quarante Iles f riches en épieeries.
Ces princes tartares ou mongols, qui dominèrent l'Asie
al passèrent dana quelques provinoes de l'Europe, ne
fiiml pas des princes sans mérite} ils ne sacriCoient ni
ne réduisoîent leurs prisonniers en esdavage. Leurs camps
se Kmplireut d'ouvriers européens , de misstonnaires , de
voyageurs qui occupèrent même sous leur domination des
emplois considérables. On pénétroit avec plus de facilité
dans leur empire que dans ces contrées féodales où un
abbé de Clugny tenoit les environs de Paris pour une
contrée si k)intaine et si peu connue, qu'il n'osoit s'y
rendre.
Après Marc-Paul, vinrent Pegoletti, Oderio, Mandeville, Clav^o, iosapbat, Barbara : ils achevèrent de décrire FAsie. Ak>rs on alloit aouvent par terre à Pékin ; les Irais du voyage s'élevoient de 300 à 350 ducats. Il y avoit un papier-monnoie en Chine; on le nommoit babUci ou balis. ,
Les Génois et les Vénitiens firent le commerce de l'Inde al de la Chine en caravanes par deux routes différentes : Pegol^ti marqua dans k» plus grand détail les stations d'une des routes ( 1353}. En 1312, on rensontre à Pékin «lévéqae appelé /«a» de Monte Corvino.
Oepandant le temps marolioit: la civilisation faisoit des progrès rapidea : dsa déeenvertes daea au hasard on au g^aia do l'homme séparoient à jamais les siècles modernes dea sièalea Atiqoes, et marqooient d'un sceau nouveau Isa géaérationaïKMivellea. La boussote , la poudre à canon « rioipriaDerie , étoient trouvées poor guida* le navigateur, le détodrei et conserver le souvenir de ses périUeoses aipéditions.
Lea Off«M et leaRoBsahiaavoisBl éténèorris ani bords de cetia étidne d'ean mtérieuro qui ressemble plutôt k un grand lac qn'k un océan s l'empke ayant passé aua Barbares, le entre de la puissance politique se trouva placé pcinaipalement en Eapagne^ en France et en Angle* dMa le voisinage de cette mer Atlantique qui bai« l, voa roacident, des rivagos meonnos. U fallut donc slmbitoer k braver k» longues nuits et les tempêtes, k •aoptar paw rien lea saisons, k sertir dn port dans les iow9 de rUver eamme dans las jova de l'été I k bktir dea valssanmi dent hi fctaafttt en prapertian daaaileditnaii* v«na Neplma ODnlra lequel Ha aivoieat k lutter j
Heaa nvona déjk dit niaiot dee entreprises hardies de can piratas da Word , qai^ selon l'espressk» d'un panégfriatn, isniLlsiiiil avoir va le fbnd derabtmakdéooa*
vert : d'ttiie autf« part les répnbHqnés formées en Italie des raines de Borne, dn débris des royaumes des Gotbs, des Vandales et des Lombards , avoient conthioé et perfeo' tionnéranclébne bavigation de la Méditerranée. Les flottes vénitiennes et génoises avaient porté les croisés en Egypte, en Palesthie, k Constantinopto i dans la Grèce ; elles étoieni alMes eberelier k Aleiandrie et dans la mer l<ioire lea riches producttons de l'Inde.
Enfin les Portugais poorsolvolent en Afrkiue les Maurea d^k obasSés des rives du Tage; il Iklloit dee taiseeaua poor soivre et nourrir, le long des eaies , les eombattabls* hè cap Nnnei arrêta longtemps lea pttoles| Jilianec le doubla en 1433 9 l'Ile de Madère flit découverte ou phitét retrouvée ; lea AçoreS éinergèrent dn sein des flots ; et comme en étoit toujours persuadé, d'après Ptolémée, que l'Asie s'approdioit de TAfrique , on prit les Açores pour lea lies qui, selon Mare-Paul, bordoieat l'Asie dans la mer des Indes. On a prétendu qu'nne statue équestre^ montrant l'occident du doigt, s'élevoit sur le rivage de l'Ile do Corvo ; des monnaies phéniciennes ont été aussi rapportées de cette Ile.
Du cap Nuoez les Portugais surgû-enl au Sénégal ; ils longèrent successivement les lies du Cap-Vert, la câte de Guinée, le cap Mesurado au midi de Sierra-Leone, le liéain et le Congo. Barthélémy Diaz atteignit en 1486 la fameux cap des Tourmentes, qu'on appela bientôt d'un nom plus propice.
Ainsi fut reconnue cette extrémité méridionale de TAfrique, qui, d'après les géographes grecs et romains, devolt se réunir k l'Asie. Là s'ouvraient les régions mystérieuses où l'on n'étoit entré jusqu'alors que par cette mer des prodiges qui vit Dieu et s'enfuit : Mare vidlt etfugit,
« Un spectre immeuse, épouvantable, s'élève devant « nous : son attitude est menaçante; sou air, farouche; « son teint, p≤ sa barbe, épaisse et fangeuse : sa cheve- « lureest diargée de terre et de gravier; ses lèvres sont «noires; ses dents, livides; sous d'épais sourcils, ses « yeux roulent étincelants
« Il parle : sa voix formidable semble sortir des gouf- « fres de Neptune
A Je suis le génie des tempêtes , dit-il ; j'anime ce vaste « promontoire que les Ptolémée , les Strabon, les Pline et « les Pomponius , qu'aucun de vos savants n'a connu. Je n termine ici la terre africaine , k cette cime qui regarde « le pôle antarotique, et qui, jusqu'k ce jour, voilée aux « yeux des mortels , s'mdigne en ce moment de votre au- « dace 4
« De ma chair desséchée , de mes os convertis en ro- « chers , les dieux , les inflexibles dieux , ont formé le vaste « promontoire qui domine ces vastes ondes
R A ces mots, il laissa tomber un torrent de larmes et <c disparut. Avec lui s'évanouit la nuée ténébreuse, et la « mer sembla pousser un long gémissement '. »
Vasco de Gama, achevant une navigation dVlernelle mémoh-e, aborda, en 1498, k Calicot, sur la côte de Malabar.
Tout change alors sur le globe ; le monde des anciens est détruit. La mer des Indes n'est plus une mer intérieure , un bassin entouré par les côtes de l'Asie et de l'Afrique ; c^est un océan qui d'un côté se jomt à rAtlantique , de l'autre aux mers de hi Cliine et k une mer de l'Est,
> IffANMfldr*.
Il)
PBÉFÂGE.
plus T«sle encore. Cent roywneB dvillsés, anbes on ndieo», mabomélaiift ou idolâtiesy de* Ues embaumées d'aromates précieux, sont révélées aux peuples de roccident Une nature toute n^wTelle apparolt; le rideau qui» depuis des milliers de siècles, cacboit une partie du monde» se lève : ou découvre la patrie du soleil, le lieu d*où il sort clia<iue matin pour dispenser la lumière; on voit à nu oe sage et brillant Orient dont l'histoire se mêloit pour nous aux voyages de Pythagore, aux conquêtes d'Alexandre, aux souvenirs des croisades, et dont les parfums noos anivoient à travers les champs de l'Arabie et les mers de la Grèce. L'Eorope lui envoya un poète pour le saluer, le chanter et le peindre; noble ambassadeur de qui le génie et la fortune sembloient avoir une sympathie secrète avec les régions et les destinées des peuples de rinde! Le poète du Tage fit entendre sa triste et belle voix sur les rivages du Gange ; il leur emprunte leur édat , leur renommée et leurs malheurs : il ne leur laissa que leurs richesses.
Et c'est un petit peuple, enfermé dans un cercle de inontagp*^ à Textrémite occidentale de l'Europe, qui se ftmya le chemin àla partie la jrfus pompeuse de la demeure de l'homme.
Et c'est un antre peuple de cette même péninsule, un peuple non encore arrivé à la grandeur dont il est déchu ; c'est un pauvre pilote génois, longtemps repoussé de toutes les oourSy qui découvrit un nouvel univers aux por^ tes du couchant, au moment où les Portugais abordoient les champs de r Aurore.
Les anciens ont-ils connu FAmérique?
Homère plaçoit FÉlysée dans la mer occidentale, audeUi des téntii>res Cimmériennes : étoit-ce la terre de Colomb?
La tradition des Hespérides et ensuite des Hes Fortunées , succéda à celle de FÉlysée. Les Romains virent les Iles Fortunées dans les Canaries, mais ne détruisirent pomt la croyance populaire de l'existence d'une terre plus reculée k l'occident.
Tout le monde a entendu parier de l'Atlantide de Platon : ce devoit être un continent plus grand que l'Asie et l'Afrique réunies, lequel étoit situé dans l'Océan ocddeotal en face du détroit de Gades; position juste de l'Amérique. Quant aux villes florissantes, aux dix royaumes gou- ^vemés par des rois fils de Neptune , ete., l'imagination de Platon a pu ajouter ces détails aux traditions égyptionnes. L'Atlantide fut, dit-on , engloutie dans un jour et une nuit au fond des eaux. C'étoit se dâbarrasser à la fois du récit des navigateurs phéniciens et des romans du philosoplie grec.
Aristote parle d'une tie si pleme de charmes, que le sénat de Cartbage défendit à ses marins d'en fréquenter les parages sous peine de mort. Diodore nous fSût l'histoire d'une lie considérable et âoignée, oîi les Carthaginois étoient résolus de transporter le siège de leur empire, s'ils éprouvoient en Afrique quelque malheur.
Qu'est^e que cette Panchoea d'É vhémère , niée par Stra* bon et Plutarque , décrite par Diodore et Pomponius Mêla , grande Ile située dans l'Océan au sud de l'Arabie, lie enchantée où le phénix bAtisfoit son nid sur l'autel du soleil?
Selon Ptolémée , les extrémités de F Asie se réunissoient à une (erre inconnue qui joignoit l'Afrique par l'occident
Presque tous les monomente géograpUiFiea de l'antî*
quiléfaidiqaentni eonthient Mvlral : je ne paii èhe ^ l'avis des savants qui ne voient dans ce ca^ûnoA^m contre-poids systématique imaginé pour hshuioer les terres boréales : ce continent éloit sans doute fort propre ï remplir sur les cartes des espaces vides ; mais fl est iOM tiès-possiUe qu'il y fAl deai^ ooouie le souvenir tfàtt tradition oonfose : son gisement au sud de la rose dei vente, plohH qu'à rouest, ne serait qn'ime erreur lui* gpMif qf^fc pftimi les énormes tnmspositiom dffsgéflguptei de l'antiquité.
Restent pour derniers indifije les irttitwffi et les nédat les phéniciennes des Açores, si toutefois les stslaes ai sont pas ces ornemente de gravure appliqués aux sneieBi portulans de œt archipeL
Depuis la chute de l'empire romain et la reconstrodioi de la société par les Barbares , des vaisseaux ont-ib kft ché aux côtes de l'Amérique avant ceux de Chiiitsfhi Colomb?
U parolt indubitabte que les mdes explorateurs des port! de la Norwége et de la Baltique rencontrèrent VAménqn septentrionate dans la première année do omièoe nède. ns avoient découvert les Iles Feroer vers l'an Mi , fis* tende de Seo à 872, k Groenland en 982, et peatébedsqoante ans plus tôt. En 1001 , un Islandois appdé ^Jon, passant au Groenland , fut chassé par une tempête n sud-ouest , et tomba sur une terre basse toute oooTeile k bols. Revenu an Groenland , il raconte son aventure. Leif i fils d'Éric Rauda, fondateur de la colonie norw^gian du Groenland, s'embarque avec Biom; ils chercbenl ci retrouvent la côte vue par odui-d : ils appdlent iiisUeM une lie rocailleuse, et Marcland un rivage saMonaenL Entrahiés sur une seconde côte , îte remontent une rititRt et hivernent sur le bord d'un lac. Dans ce lien, u jov te plus court de l'année, le soteil reste huit heorei m l'horizon. Un marinier allemand, employé par les den chefs, leur montre quelques vignes sauvées : Bion et Leif teissent en partant à cette terre te nom de FiaM.
Dès tors te Vmland est fréquenté des Gfoénbndois : ih
y font le commerce des pelleteries avec les Sauvages. L'évoque Éric, en 1121 , se rend du Groenland au Vinteid pour prèdier FÉvangite aux nalurete du pays.
lln'est guère posathte de méconnoitre à ces détails qsd* que terre de l'Amérique du nord vers les kiéepé de h» titnde , puisque au jour te plus court de Tannée, aotépv les voyageurs, te soleil reste huit heures sur rhoriioB. Au 49^ dégrève laUtude on tomberait à peu près s fcttboochure du Saint-Laurent Ce 49^ degré vous porto utà sur te partte septentrionate de nie de Terre-Neuve. U coulent de petites rivières qui communiquent à des hcs fort roulUpliés dans l'intérieur de rite.
On ne sait pas autre chose de Leif, de Biom et d'Éric La plus ancienne antorite pour les foitrè eux relitift «^ te recueil des Annales de l'tetende par Hauk, qui écrivsH en 1300, conséquemment trote cento ans après la d^coi^ verte vrate on supposée du Vinland.
Les frères Zeni, Vénitiens, entrés au servies ^'"f ^ des Iles Feroer et Shetland, sont censés avoir visilé de nouveau, vers l'an 1380, te Yintend des anciens Giote* landois : il existe une carte et un rédt de leur vojige- U carte présente au midi de Flstende et an noid-est der£* cosse, entre te 61* et te 65« degré de latitude nord, ■•• tte appetee frislaïute : à rouest de celte tte et au lad «
PBÉFAGE.
tu
GroéBlâod , à one dbtanoe d'à peu près qaatrewDts lieues» ' cette carte indique dcax. côtés sous le nom d'Estotiland H de Drocœ, De pédiears de FrisUnde jetés» dit le rédt , sur TEstotiland, y trouvèrent une ville bien bAtie et fort peaplée; il y avoit dans cette Tille un roi et un interprète ^parloit latin.
Les Frislandoîs naufragés furent envoyés par le roi d'Estotiland vers un pays situé au midi, lequel pays éUAi Bommé Drocéo .* des anthropophages les dévorèrent , jun seul excepté. Celui-ci revint à Sstotiland après avoir été bngfeoips esclave dans le Droceo , contrée qu'il représente ooaune étant d'une immense étendue, comme Un nouveau monde.
û fiiodroit voir dans rEstotfland l'ancien Vinland des Norwégiens : ce Vinland seroit Terre-Neuve; la ville d'Estotiland offnroit le reste de la colonie norvégienne, et la contrée de Droceo ou Drogeo deviendroit la Nouvelle- Angleterre.
II eti certain que le Groenland a été découvert dès le miiiea du dixième siècle; il est certain que la pointe méridionale du Groenland est fort rapprocliée de la oéte du Labrador; il est certain que les Esquimaux, placés entre les peaplM de l'Europe et ceux de l'Amérique , paroissent tenir davantage des premiers que des seconds; U est certain qu'ils auroient pu montrer aux premiers Norwégiens i au Groenland la route du nouveau continent; mais trop de tables et d'incertitudes se mêlent aux aventures des Norwégiens et des frères Zieni pour qu'on puisse ravir à Colomb la gloire d'avoir abordé le premier aux terres américaines.
La caria de navigation des deux Zeni et la relation de leor voyage^ exécuté en 13110, ne furent publiées qu'en ISôS par an descendant de Nioolo Zeno; or, en 15&8 les prodigBÊ de Coloinb avoient édaté : des jalousies nationales poovnieat porter quelques hommes à revendiquer un bonneor qni certes étoit digne d'envie; les Vénitiens rédanoient Estotlland pour Venise, comme les NorwégieDS Vialand pmir Bergben.
Pinaiem cartes du quatorzième et du quinzième siècle présentent des découvertes fidtesou à Adre dans la grande mer, ao sod-ooest el à l'eoest de l'Europe. Selon les hisloriens génois, Doria et Vivaldi mirent à la voile dans le dessein de se rendre aux Indes par l'occident, et ils ne reTinient ph». L'Ile de Madère se rencontre sur un portnfan espagnol de 1384 , sous le nom d'iso/a di Léguante. Les liée Açores paroissent aussi dès l'an 1380. Enfin une carte tracée en 1436 par André Bianoo, Vénitien , desshie à roecidcnt des Iles Canaries une terre d'Antilla, et au nord de ces Antilles une autre lie appelée isola de la Mon Saianaxio.
On a Toolu &ire d^ ces lies les Antilles et Terre-Neuve ; mais Ton sait que Marc-Paul prolongeoit PAsie au sud-est, H plaçoil devant elle un ardûpel qui» s'approcbant de noire continent par Fouest, devoit se trouver pour nous à peu près dans la position de l'Amérique : C'est en cherchant ces Antilles indiennes, ces Indes occidentales, que Colomb déooorrit rAroérique : une prodigieuse erreur enfanta une miracolense v^té.
Les Arabes ont eu quelque prétention à la découverte de rAmérîqne : les frères Ahnaptuins, de Lisbonne, pénétréicnt, dit^Ni, aux terres les plus recalées de l'occident. Un
manuscrit arabe raconte une tentetive infructuefise dans ces réglons oti tout étoit ciel et eau.
Ne disputons point à un grand homme Tosuvre de son génie. Qui pourroit dire ce que sentit Christophe Colomb , lorsque, ayant franchi l'Atlantique, lorsque, au milieu d'un équipage révolté, lorsque, prêt à retourner en Europe sans avoir atteint le but de son voyage , il aperçut une petite lumière sur une terre inconnue que la nuit lui cadioit I Le vol des oiseaux l'a voit guidé vers l'Amérique ; la lueur du foyer d'un Sauvage lui découvrit un nouvel univers. Colomb dut éprouver quelque chose de ce sentiment que l'Écriture donne au Créateur, quand, après avoir tiré la terre du néant, il vit que son ouvrage étoit bon : Vidii Deus guod esset bonum. Colomb créoit un monde. On sait le reste : l'immortel Génois ne donna point son nom à l'Amérique; il fut le premier Européen qui traversa chargé de chaînes cet océan dont il avoit le premier mesuré les flote. Lorsque la gloû« est de cette nature qui sert aux hommes , elle est presque toujours punie.
Tandis que les Portugais côtoient les royaumes du Qui'» teve, de Sédanda, de Mozambique, de Melinde; qu'ils imposent des tribute à des rois mores; qu'ils pénètrent dans la mer Rouge; qu'ils achèvent le tour de l'Afrique; qu'ils visitent le golfe Persique et les deux presqu'îles de l'Inde; qu'ils sillonnent les mers de la Chine; qu'ils Um* chent à Canton , reconnoissent le Japon , les Iles des Épi* ceries, et jusqu'aux rivages de la Nouvelle- Hollaude, une foule de navigateurs suivent le chemin tracé par les voiles de Colomb. Cortex renverse l'empire du Mexique , et Pi« zarre, celui du Pérou. Ces conquérante marchoîent de sur* prise en surprise, et n'étoient pas eux-mêmes la chose la moins étonnante de leurs aventures. Ils croyoient avoir exploré tous les abhnes en atteignant les derniers flote de r Atlantique , et du haut des montagnes Panama , Os aperçurent un second océan qui couvrolt la moitié dd globe. Nugnez Balboa descendit sur la grève, entra dans les vagues jusqu'à la ceinture, et, tirant son épée, prit possession de cette mer au nom du roi d'Espagne.
Les Portugais exploitoient alors les c6tes de l'Inde et de la Chine : les compagnons de Vasoo de Garoa et de Chris* tophe Colomb se saluoient des deux bords de la mer inconnue qui les séparoit : les uns avoient retrouvé no ancien monde, les autres découvert un monde nouveau ; des rivais de l'Amérique aux rivages de l'Asie, les chante du Camoênsrépondoientaux chante d'ErcyUa,è travers les solitudes de l'océan Padiique.
Jean et Sébastien Cabot donnèrent k r Angteteire l'A* mérique septentrionate; Corteréal releva la Terre-Nenvei nomma le Labrador, remaroua l'entrée de la bâte d'Hudson , qu'il appela te déiroit ^Ànian , et par lequel on es* péra trouver un passage aux Indes orientales. Jacques Cartier, Vorazani , Ponce de Léon, Walter Raleigh, Fer^ dinand de Soto, examinèrent et colonisèrant te Canada, l'Acadie , la Virginte , les Florides. En venant attérir an Spilzberg, les Hollandois dépassèrent tes Hmites fixées à te problématique Thnié; Hudson et Baflhi s'enfoncèrent dans les baies qui portent leurs noms.
Les tles du golfe Mexicain furent placées dans leurs po* sitions mathématiques. Améric Vespuce sToit dit te déll* néation des côtes de te Guyane, de la Terre-Ferme et du Brésil; Solis trouva Rte de te Ptete; Magdlan, entrant dans le détroit nommé de lui, pénètre dans te grand Océan :
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PIEFÀGE.
Il est (né MX Philippfiies. Son vaisMM anlTe mx ladM par roceident, revient en Europe ptr le cap dt Baue* Espéfance , et aeliève ainei le premier le Unit du moade. Le voyage avoit daté oate eent qualre-viDgl^qiiatn joait ; on peut Paœomplir aujoord'hui dans l'espace de huit asais. On croyoit encore que le détroit de Magellan éleM le ^al déversoir qai donnât passage à l'océan Pacifiqaey et qu*au midi de ce détroit ta terre américaine rejoignolt on continent austral : Francis Drake d'abord , et ensalte Sbooten et Leroaire, doublèrent la pointe méridionale de TAmérique. La géographie du globe fot alors fixée de ce côté : on sut que I* Amérique et l'Afrique, se terminant aux caps de Hom, et d^ Bonne-Espérance , pendoient en pointes vers 1^ pôle antarctique, sur une mer australe parsemée de quelques lies.
Dans le grand Océap , la Califon^e , son golfe et la mer Vermeille avoient été connus de Cortex; Cabrillo remonta le long des c6tes de la Nouvelle-CalUbmle jusqu'au 43* degré de latitude nord; Galli s*âeva au 57* degré. An milieu de tant de périples réels , Maldonado , Juan de Fnca et l'amiral «le Fonte placèrent leurs voyages chimériques. Ce fut Behring qui fixa au nord-ouest fes limites de l'Amérique septentrionale, comme Lemaire avoit fixé au sudest les bornes de l'Amérique méridionale. L'Amérique barre le chemin de l'Inde comme une longue digue entre deux mers.
Une cinquième partie du monde vers le p61e austral avoit été iiperçue par les premiers navigateurs portugais : cette partie du monde est même dessinée assez correctepient sur une carte du seizième siècle , conservée dans le muséum britannique : ipais cette terre, longée de nouveau p^r les Uoll^ndois, succes^urs des Portugais aux Moluques, fut nomipée par eux terre de Dlétnen. Elle reçut enfin le wm de I^ouvelle-Hollande, lorsqu'en 1642 Abel Tasniap en eut achevé )e tour : Tasman, dans ce voyage, eut connaissance 4e la Nouvelle-Zélande.
Des intérâts de coomierc^ et des gumes politiques ne laiasèieot pa^ longtemps les Espagnols çt les Portugais en jouissance paisible de Içnrs cpnquètes. En vain le pape «voit ti-acé la tameuse ligne qi|i partageoit le monde entre \m héritiers du génie de Gw> ^t ^^ Colomb, Le vaisseau «le MaiiBllaQ avoit prouvé physiquement, aux plus incrédiilea , que 1» terra élnlt nm^ , et qu'il existoit des antipodes. L<( ligne dfpi^ du simverain pontife ne divisoit donc plus rien sur une surfsce circulaire , et se perdoit dan^ le del. Les prélisntioQS et les droiU furent bientôt mêlés et eonlbudus.
Les Portugais s'établirept w Amérique et les ïispagnols aux Itadea; fes Anglois, les François, les Danois, les Hollandois acooiinin»t ao pfirt«ge de la proie. On descendoit pélMpAfe sur lOQS Uni rivages : on plantoit un poteim ; on arborait un pavillon; on prenoit possession d'une mer, d'une Ile , d'un fx>nttpent a^ npm d'un souverain de l'Europe , sans M deoMmder si des peuples , des rois , des hommes policés ou sauf âges n'étoient pomt les maîtres légitimes de ces lieux. t.es missionmiires pensoient que le monde appartenoit à la Croix, dans ce sens que le Christ, concpiévant pacifique, devoit soumettre toutes les nations à l'Évangileimais irâayeiituriers duquin^^ième et4u seizième iiàcle prenoient hi chose dons un sens plus matériel ; ils eioyoient sanctifier leur cupidité en déployant l'étendard du salut sur une terre idoUilre : ce signe d'une puissance
de ehariU «t d« ittix datait «M de la pviéealk» tt de la diseofde.
Les Eurapéena s'attaquèrent de taotsiparts : obb fà* gnée d'étrangers répandas snr des eontioenls iwBeew Sinblotat naoqmr d'espace pour se placer. Mqaial» ment les hommes se disputoient ces terres etcemn al ils espéraient trovver l'or, les diamants, ks perirs; m eeotrées qui praduisent l'ivoire , l'ei^cens, ralaès, k lli^, li catt,U soie,learicbea étoObSi ces Iles et craiaal le capneHifir, te muacadief, le poivrier, la caane i sacre, te BftlpTp^ ao aaoou • mais Os a'éflormoisnt encore uor ■ rpcher stérile sous les glaces des deux pdles, w pour p cbétif établissement dans le coin d'un vaste désert. Cet gnenea qui n'isuangleatment jadis que lenr boce^a, l'étendirent avec les colonies européennes à toute Is suite du globe, enveloppèrent des peuples qm ignoroient ju* qu'ail nom des pays et des rois «uxquels on les immM Un coup de canon tiré en Espagne , en Portugal , eo Fnsce, en Hollande , en Angleterre , ap fond (le la Baltkp , Ml massacrer une tribu sauvage an Canada, prédpiteit das les fers une ftmlHe nègre de la odte de Guhiée, ooRBTff> soit on royaume dans l'Inde. Selon les divers tniléiè paix , des Chinois , des Indoos, des Africains, des ABéri> cains , se trouvoient François , Anglois , Portogiis, U^t gnols, HoUandois , Danois : quelques parties del'AfKqw, de l'Asie et de l'Amérique changeofent de maîtres fêbi la couleur d'un drapeau arrivé d'Europe. Les goofei» raenis de notre continent ne s'arrogeoiât pas seob ath suprématie; de simples compagnies de marchaadsi 4ei baïides de flibostiers lUsoient la guerre à leur profit, g» vemoient des royaumes tributaires, des Iles féeQnda,H moyen d*un eemptoir, d'an agent de oeoMnoroe m ta» pitalne de forbans.
Les preoiiàres reiationa de tant de déeenvertas «ol pour la plupart d'une naiveté eharmante ; il s'y wiisksi eoupde lab|ea» nais oat fcMes a'obaepreisssnt psiilii vérité. Les auteurs de «s relations sont trop crédoiii, sai donto, BMJs ils parient en iwsfienee; chidiienspeuéd» rés, souvent passionnés, mais sincères, s'ils vous Iimp pent » c'ea qu'ils se trompent enxHniénies. M oiM» , m^i soldats, employés depsces «ipéfUtioua, tous vom^NiMt leurs dangen et leurs «venturei erap upo piété et ose g)»
leur qui se communiquent Ces espèces de nouîeux cm* ses qui vont eu quête de nouveaux mqiid^i nfipolsal « qu'ils ont vu ou appris ; sent s'en floutef, ils exceUesti peio4re* pvce qu'ils réfiéchissent fidèlement Xiam ^ ïç^et pliicé sous leurs yw\» Oo seul dans leyrs réciu rf^loQuement et l'aduiiratiou qu'ils éprouvent à la Toe de ces mers Yirgin^Ies, de c^ terres primitives qui se^ ploient devant eux , 4^ ce(|e pâture qu'ombrigenl 4ei »bres gigantesques , qu'arrosent des fleuves inunepses , i|Dt peuplent des apiipaux inconnus, nature que Buiïoo a^ vmée dans sa description du I^amitchi , qu'il a, pour aine dire , chantée en pariant de ces oiseaux allachés au ckar du soleil sous la Mn$ prûl^nle gue bornent les trtfi' que4 , oiseaux gui volent sans cesse sous ce ciel ei* Jlammé, sans s*écarter des deux limites extriim * la roule du grand astre.
Parmi les voyageurs qui ëcrivirent le journal M '^ courses, il fapi compter quelques-uns des grands hommei de ces temps de prodiges. Nous avons les quatre ^^^ de Cortez à Char les- Quint; nous avons une ^'^* Christophe Colomb à Ferdinand et Isabelle, M^^
PIÉFàCE.
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ladM McidntelflS , is 7 ii#el 160S ; M. àe ifafaretleen pvlili* aoe «iiIm adieaaét au pape, daiulaqiiaUa le pUote Citeoia ppomal as louvanin poatifa de lui domer le déUil 4e aes déomfertas, aida laiaser des oumneatairea eemme César. Qiiei tréaar ai cas lettiaa el pas oomoMBtaires se RtnmyoieDt dans la bibliothèque du Vatican 1 Oolomb élail paèta aussi eensM César ; il nous resta de loi des wtn latins. Que est hpniine lltinspii^ dn oiel, rien de plus aatiiml sans doute. Aussi Giustiniani) publiant un Psaiatiar béfano, gppea , arabe et ehaldéen » plaça en note la vie lie Colonb sous le psaoïM Cesli enarrani çhriam MàM, oammt une véeenla aierfeille qui raeontoit la gloire éeDieo.
Jl f«l pmbable que les PotCagais en Afrique, et les Espai»ola ca Afluérique, paenettlirenl des Aits saches alors par dfts goBvemeoMils jaloui. Le wmvM état poUtiqne du Fortiigai et Témaneipation de l*Afliiérique espagnole àyoriseraol des wssiierches inténss^tes. IMP le jeune et iiftfarlaiié voyageur Bowdicb a publié la relaMon des déeouveilea ém Atrtogaia dans Pintérieor de l'Afrique, entre Angaii et Maïaaibiqiie, tirée des manusarils orif^nx. On n wiiintmiant an rapport seeret et extrémenient curieux wr Félal da Mon pendant le voyage de la Oondaniine. M. éi Invantte donnela oeUecMen des voyages des Espag^iola avec d'antres mémoires inédits concernant l'histoire 4a la navigation.
en deecendant vers notre âge, oemraeneent ees oè la civilisation laisse briller toutes 1, la sdenoe, tous ses moyens. Par terre, les ChniHin, lee Tavemisr, les Bereier, les Toumelbrt, les lOébahr, les Pallas, les Norden, les Shaw, les Home- ■Hmi , vémissent leurs beaux tiavanx à eeux des ëerivains élea ijBtires édiJUinêêi. La Grèce et l'Egypte voient des exploralears qui , pour découvrir on monde passé , bra- \ périls , eomme les marins qui dierchèrent un monde : Buonaparte et ses quarante mille voyafBsrs battent des matais aux mines de Thèbes.
Sor U mer, Drake, Sermiento», Oandisb , SebaM de Weert, Spflberg, Noort, Woodroger8,Dampier, GemelU- Ctoiveri , la Barbinals , Byron , Wallis , Anson , Bougainvile, Ckiol, Cartevet, la Péroose, Entreeasteanx, Van* % Preycinet, Dnperré, ne laissent pliA un écueH
L'oeéna Paeifiqm cessant d'être une immense solitude, devient on riant archipel , qui rappelle la beauté et les radMMleaBents de la Grèce.
L'Inde si mystérieuse n'a plus de secrets; ses trots nerées sont divulguées , ses livres les plus cachés tradoils : en s'est hiitié aux croyances philosophiques qiri partagèrent les opfaiions de cette vieille terre; la suoceaaioB des patriarches de Rouddhah est aussi connue ipie la généalogie de nos ftmilles. La société de Calcutta pablie régulièrement les nouvelles scientifiques de llnde ; an Ht le sanscrit, on parie le chinois, le Javanois , le tartare, le tnre, rarabe, le persan, à Paris, à Bologne, à Rome, à ¥icsne, à Beriin , à Pétersbourg, à Copenhague , à Stock- ImIid , à Londres. On a retrouvé Jusqu'à la Imgue des
> €fmi iM^oon avae un sentiment de plaisir et dV>rguell gw j*éeris des wnds franQols : n*oubMons pas dans ks derniers tpmpsies voyages de H, Julleo dans TAfrique occidentale, de M. Cafllaud en Eg}'pte, de M. Gau en Nubie, de Af. DrovcCti aux Oasto, ete.
morU, Jusqu'à cette langua perdue avaa la race qui Pavoit ipventée; l'obélisque du déserta présenté ses caractères mystérieux , et on les a déchiiftés ; les momies ont déployé Isors passeports de la tomba, et on les a lus. La parole a été rendue à la pensée muette , qu'aneun homme vivant ne pauvoit plus exprimer.
Les saurpes dn Gange ont été recherchées pw Webb, Râper, Hearaay et Hodgson; llooicreft a pénétré dans le petit Thibet : les pics d'Hymal^a sont mesurés. Citer avec Is major Renell mille voyageurs à qui la acienee eat à jamais redevable , c'est chose impossible. .
£n Afrique, le sacriflce de MuagO'Pari[ a été suivi de plusieurs autres sacrifices : Bowdich, Tools, Belioni, Boanfort, Peddie, Woodney, ont péri : néanmoins ce continent redoutable finira par être traversé.
Dans le cinquième continent, les montagnea Bleoea sont passées : on pénètre peu à peu cette singulièra partie du monde où les fleuvea semblent aouler à coHtie«senSy de la mer à Hntérieur, où les aaimanx ressembleal peu à , ceux qu^en a connus, où les cygnes sont neha, aè le kanguroo s'élance comme une sauterelle, où la natnia ébauchée, ainsi que Lucrèce l'a décrite au bord du Nil» nourrit une espèce de monstre, un animal qqi tient de l'oiseau, du poisson et du serpent, qui nage sons Peau, pond un œuf, et frappe d'un aiguilkm mortel.
En Amérique, Pillustre Humboldt a tout peint et tout dit.
Le résultat de tant d'eflbrts, les comioissanees positi* ves acquises sur tant de lieux , le mouvement de la poUti* que, le mouvellement des génémtions, le progrès de la aivilisation, ont changé le tableau primitif du globe.
Les villea de Plnde mêlent à présent à rarehitactaia des Brames, des palais italiena et des moaomenta gothi* ques; les élégantes voitures de Londres se eroiseat avaa les palanquins et les caravanes sur les chemfais du Tigie
et de l'Éiéphaat. De grands vaispeaux remoateat le Qange et rindus : Calcutta, Bombay, fiénarès, ont des spectar des, dei soirées savantes, des imprimeries. Le pays des MUU et une Nuits, le royaume de Cachemira, l'empira du Mogol , les mines de diamants de Golconde, les mers qu'enrklilssent les perles orientalea, cent vingt miUiens d'homousque Baochus, Sésostris, Darius, Alexandre» Tamerian,Gengis-llan, avoient conquis, on voulu oon^ quérir, ont pour propriétabres et pour maîtres une douxaine de marchands anglois dont on ne sait pas le nom , et qui demeurent à quatre mille lieues de Tlndostan, dans ane rue obasore de la cité de Londraa. Ces marchands s^em» barrassent très*peu de cette vieille Chine, voisine de leurs cent vingt millions de vassaux : lord Haatings leur a proposé d'en ftire la oonqoète avec vingt mille hofumes. Maia quoi 1 le thé baisserait de prix sur les bords de la Tamise I VoUà os qui sauve l'emptre de Tobi, tedé deux miUa six cent trente-sept ans avant Père chrétienne % de ce Tolii, cantemporafai de Rébu, trisaienl d'Abra* ham.
En ^Mqoè, on mande européen commenoe ap eâp de BoiHia»fispéranee. Le révérend John Campbell , parti de ce cap, a pénétré dans l'Afrique australe Jusqu'à la distanaa de onze mille milles; il a trouvé dea cités trèa*penpléas (im(4iéou» Knnéchane), dea tenras bien cultivées et des
' Je suis la chronologie chinoise ; il faut en rabattre una couple de mille ans.
PRÉFACE
fHiderles d0 ftr. Ao Bord de TAlîiqiie , le royMniie de Bornoo et le Soudan, propremeot dit, ont offlèrt à MM. Clapperton et Deoluun trente-six Tilles plus on moins oonsidénMes, une dTilisation arancée, one cavalerie nègre, année comme les anciens cbevaliers.
L'anciene capitale d'un royaume nègreHBiahoraétan présentoit des raines de palais, retraite des éléphants, des lions, des serpents et des autraches. On peut apprendre à tout moment que le mi^or Laing est entré dans ce Tombonclou si connu et si ignoré. D'antres Anglois, attaquant l'Afrique par la o^Vte de <Benin, Tont rejoindre ou ont rejoint , en remontant les fleoTos, leurs courageux oompatrkrtes anrlTés par la Médilefranée. Le Nil et le Niger nous auront bientM découTert leurs sources et leurs cours. Dans ces régions brûlantes, le lac Stad rafraîchit Fair; dans ces déserts de sable, sous cette une tomde, l'eau gèle an fond des outres, et un Yoyageur célèbre, le docteur Oudney, est mort de la rigueur du froid.
Au pôle antarctique, le c^Mtaine Smitli a décourert la NouTelle-Shetland : c'est tout ce qui reste de la fameuse terre australe de Ptiriémée. Les baleines sont innombrables el d'une énoime grosseur dans ces parages; une d'entre elles attaqua le navira américain l'Essex en 1620, et le eouh à fond.
La grande Océanique n'est (dus un morne désert; des malfaiteurs anglois , mêlés à des colons rolontaires , ont bAti des Tilles dans ce monde ouTert le dernier aux hommes. La terre a été creusée ; on y a trouTé le fer, la houille, le sel , rardoise , la chaux, la plombagine , l'argile à potier , Palnn , tout ce qui est utile à l'établissement d'une société. La NouTclle-Galles du sud a pour capitale Sidney, dans le port Jackson. Paramatta est situé au fond du baTre ; la Tille de Windsord prospère au conihient du South-Creek et du Hawkesbury. Le gros Tillage de LiTerpool a rendu féconds les bords de la Georges-RiTcr qui se déchaiige dans la baie Botank|tte ( Botany-Bay ), située à quatorze milles au sud du port Jackson.
Llle Van-Dîémenest aussi peuplée ; elle a des ports superbes, des montagnes entières de fer; sa capitale se nomme i^ofrorf.
Sdon la nature de leurs crimes , les déportés k la Non* Tdle>Hbllande sont ou détenus en prison, ou occupés k des truTaux publics , ou fixés sur des concessions de terre. Ceux dont les mœurs se réforment dcTiennent libres ou restent dans la colonie aTec des billets de permission.
La colonie a déjà des reTenos : les taxes montoient, •n 1819, à 21,179 liv. sterl., et serroient à diminuer d'un quart les dépenses du gouTcrnement
La NouTeile-HoIlande a des imprimeries, des journaux politiques et littéraires , des écoles publiques , des théfttres, des courses de cheTanx, des grands chemins, des ponts de pierre, des édifices religieux et drils, des machines k Tapeur, des manubctnres de draps, de chapeaux et de fUence : on y constrait des Taisseanx. Les fruits de tous les diOMts depuis l'ananas jusqu'à la pomme, depuis l'oliTe jusqu'au raisin , prospèrent dans cette terre qui fut de malédiction. Les moulons, croisés de moutons anglais et de moutons du cap de Bonne-Espérance , les purs mérinos surtout, y sont doTenus d'une rare beauté.
L'Océanique porte ses blés aux marchés du Cap, ses cuirs aux Indes , ses Tiandes salées; k Tlle de France. Ce pays , qui n'enToyoit en Europe , il y a une Tingtaine d'an-
nées, que des kangurooe et (|oelqiies plantes, eipoie mjonrd'hui ses bornes de mérinos aox marchés de UTcqiool, en Angleterre; dies s'y sont Tendues jusqu'à soie «m six deniers la lîTre, ce qui surpassoit de quatre wu le
prix donné pour les pfais fines laines d'Esp^oe aox mèma marchés.
Dans h mer Pacifique , même réTdutk». Les fies Saiwich forment un royaume drilisë par Taméama. Ce topême a une marine composée d'une Tu^tainede goèlelieset dequdques fi^gates. Des matekits anglois désertconioÉ doTenns des princes : Us ont élcTé des dtadeUes qoe défend une bonne artillerie; lis entretiennent un coomera actif, d'un c6té aTec l'Amérique » de l'autre arec îàÉt. La mort de Taméama a rendn la pnisaance aai pdib seigneurs féodaux des Iles Sandwich, mais na point ëtrait les germes te la dTilisation. On a tu denuèreaial, à ropén de Londres , un roi et une reine de ces ianhiRi qui aToient mangé le c^Mtaine Cook,toutenadQnatiB os dans le temple oonsaoé au dieu Rono. Ce roi et oOe reme ont succombé à rinfluence du dimat hamidede l'Angleterre; et c'est k»rd Byron, héritier de la paimà grand poêle, mort à Missoionghi, qui a été dutfjkàt transporter aux Ues Sandwich les ceroeuils de h niaeet du rd décédés : Toilà, je pense, asaex de contraileictdi souTenin.
Otaîtl a perdu ses danses, ses chœun, sesnensit' luptueuses. Les belles habitantes de la noofelle Cjihèrc, trop Tentées peut-être par BougainTille , sont aqoodW, sous leun arinres à pain et lenn ékSgants palmien, es puritames qui Tont an prêche, lisent l'Écriture amds missionnaires méthodistes, contreTerscnt du antisa soir, et expient dans un grand emiui la tropgnadepWé de leurs mères. On imprime à Otaiti des BiblM «t du ouTrages ascétiques.
Un roi de nie, le roi Pomario, s'est feitMpililMr: il a publié un code de lois crimindies en dixHieaf titicit et nommé quatre cents juges pour feire exécuter «s loii: le meurtre seul est puni de mort. La cakimnie u ff*" mier degré porte sa peine : le calomniateur estoNisédB consiraire de ses propres mains une grande rootededen à quatre milles de long et de douze pieds de laiise* * ^ <t roule doit être bombée, dit l'ordonnance royile, lii « que les eaux de pluie s'écoulent des deux oéléi. * Si une pereOle loi existdt en France, nous auiieuB les pku beaux diemins de l'Europe.
Les SauTages de ces lies enchantées, qu'admiiM Juan Fernandès, Anson, Dampier, et tant d'autfM vtngateurs, se sont transformés en mateh)ts envois. Ctt ^ de la Gazette de Sidneff, dans la NouTdle^Sallefl, aaaosM que les insulaires d'Otdti et de la NooTdle-Zélsode.Bonf Paootoo;, Popoti, Tiapoa, Moal, Topa, Fieou, AiyVSd Haouho, Tout partir du port Jackson dans des narireidi la colonie.
Enfin, parmi ces glaces de notre pde, d'oè tertin^ aTec tant de pefaie et de dangers Gmelin, EHis, Fiédénc Martens, Philipp, Daris, Gilbert, Hudson, TbomMBBl* ton, Baffin, Fox, James, Munk, Jacob May, Owin,K«^ cheley; parmi ces glaces, où d'infortunés ^^'^^^^'^ demi-morts de Iroid et de feira, passèrent l'hiver ao m d'une caTerne qu'assiégeolent les ours : dans ces mêiMi régions polaires, au milieu d'une nuit de plasieor» iiioi|| le capitaine Parry, ses officiers et son équipsge, pleiot ^
PRÉFACE
•anléy chaudement enfermés dans leur taissean, ayani des Tîms en abondance, jouoieol la comédie, exécutoieni des danses et représentoient des mascarades : tant la civi* lisation perfectionnée a rendu la navigation sûre , a dimimié les périls de toute espèce, a donné à Tbomme les moyens de brater l'intempérie des dimatsi
Dans Je Toyage même qui vient à la suite de cette préitctf je parlerai des changements arrivés en Amérique. Je TCoiarquerai seulement ici les résultats diiïérents qu'ont eus pour le monde les décoorertes de Colomb et celles de
Gama.
L'espèce humaine n'a retiré que peu de bonheur des travaux du navigateur portugais. Les sciences, sans doute, ont gagné à ces travaux : des erreurs de géographie et de physique ont été détruites; les pensées de Tbomme se sont agrandies à mesure que la terre 8*est étendue devant loi; il a pu comparer davantage en Yisitaut plus de peuples; il a pris plus de considération pour lui-même en Toyant ce qu'il pouvoit faire ; il a senti que l'espèce humaine croissoit ; que les générations passées étoient mortes cnAnts : ces connoissances , ces pensées , cette expérience , cette estime de soi sont entrées comme éléments généraux Awia la civilisation ; mais aucune amélioration politique ne s'est opérée dans les vastes régions où Gama vint plier ses ToUes; les Indiens n'ont fait que changer de maîtres. La coasoramation des denrées de leurs pays, dunmuée en Europe parflnconstance des goûts et des modes, n'est plus Béme un objet de lucre ; on ne coun'oit pas maintenant au bout dn monde pour chercher ou pour s'emparer d'une Ue qui porteroit le muscadier : les productions de l'Inde ont été d'ailleurs on imitées ou naturalisées dans d'autres parties du ^obe. En tout , les découvertes de Gaoui sont une magnUique aventure , mais elles ne sont que cela; elles ont en peat-étre l'inconvénient d'augmenter la prépondérance d'un peuple, de manière à derenir dangereuse à l'indépendance des autres peuples.
Les déoouTertes de Colomb , par leurs conséquences qui se développent aujourd'hui , ont été une véritable révoluticm aotant pour le monde moral que pour le monde physique : c'est ce que j'aurai occasion de développer dans la eoneloaion de mon Voyage, N'oublions pas toutefois que le continent retrouvé par Gama n'a pas demandé l'esclavage d'une antre partie de la terre, et que l'ACrique doit ses chaînes à cette Amérique si libre aujourd'hui. Nous pouvons admirer la route que traça Colomb sur le gouffre de r Océan; mais, pour les pauvres nègres, c'est le cbemm qu'an dire de Bfilton la Mort et le Mal construisvent sur
rabtme.
Il ne me reste plus qu'à mentionner les recherches au
moyen desquelles a été complétée dernièrement l'histoire
géographique de l'Amérique septentrionale.
On i^ioroit encore si ce continent s'étendoit sons le pôle en rejoignant le Groenland ou des terres arctiques , ou sll ae temûnoit à quelque terre contigud à la baie d'Hudson et an détroit de Behring.
En 1772, Heam avoit découvert la mer à l'embouchure de la rivière de la Mine de cuivre; Mackenzie l'avoit vue , «a 1789't à l'embouchure du fleuve qui porte son nom. Le capitaine Ross, et ensuitele capitaine Parry , furent envoyés, r un en 1 8 f a , l'autre en 1 81 9 , explorer de nouveau ces régions Racées. Le capitaine Parry pénétra dans le détroit de Lancastre, passa vraisemblablement sur le pûie magnétique , et hiverna au mouillage de l'Ile Melville.
CBATEACBRIARD. — > TOME IV.
En 1821 , il fit la reconnoissance de la baie d'Hudson , et retrouva Repulsebay. Guidé par le récit des Esqui^ maux , il se présenta au goulet d'un détroit qu'obstruoient les glaces, et qu'il appela le détroit de la Fury et de VHécla, du nom des vaisseaux qu'il montoit : là, il aperçut le dernier cap au nord-est de l'Amérique.
Le capitaine Francklin , dépêché en Amérique pour seconder par terre les efforts du capitaine Parry , descendit la rivière de la Mine de cuivre , entra dans la mer Polaire , et s'avança à l'est jusqu'au golfe do Couronnement de Georges /F, à peu près dans la direction et à la hauteur de Repulsebay. «
£n 1825, dans une seconde expédition, le capitaine Francklin descendit le Mackenzie , vit la mer Arctique , revint hiverner sur le lac de l'Ours , et redescendit le Mackenzie en' 1826. A Tembouchure de ce fleuve l'expédition angloise se partagea : une moitié , pourvue de deux canots, alla retrouver à l'est la rivière de la Mine de cuivre; l'autre, sous les ordres de Francklin lui-même, et pareillement munie de deux canote, se dirigea vers l'ouest.
Le 9 juillet , le capitaine fut arrêté par les glaces : le 4 août il recommença à naviguer. U ne pouvoit guère avaih cer plus d'un mille par jour; la c6te étoit si plate , l'eau si peu profonde, qu'on put rarement descendre à terre. Des brumes épaisses et des coups de vent mettoient de nouveaux obstacles aux progrès de l'expédition.
Elle arriva cependant le 18 août au ISQ*" méridien et au 70* degré 30 minutes nord. Le capitaine Francklin avoit amsi parcouru plus de la moitié de la distance qui sépare l'embouchure du Mackenzie do cap de Glace, au-dessus du détroit de Behring : Tiotrépide voyageur ne manquoit point de vivres , ses canols n'a voient souffert aucune avarie ; les matelots jouissoient d'une bonne santé ; la mer étoit ouverte; mais les mstructions de l'amirauté étoient précises; elles défeodoient au capitaine de prolonger ses recherches s'il ne pouvoit atteindre la baie de Kotzehue avant le commencement de la mauvaise saison. Il fut donc obligé de revenir à la rivière de Mackenzie, et , le 2 i septembre , il rentra dans le lac de l'Ours où il retrouva l'autre partie de l'expédition.
Celle^i avoit achevé son exploration des rivages , depuis l'embouchure du Mackenzie jusqu'à celle de la rivière de la Mine de cuivre; elle avoit même prolongé sa navigation jusqu'au golfe du Couronnement de Georges IV, et remonté vers l'est jusqu'au 118® méridien : partout s'étoient présentés de bons ports et une cûte plus abordable que la côte relevée par le capitaine Francklin.
Le capitaine russe Otto de Kotzehue découvrit , en 1 816 , au nord-est du détroit de Behring, une passe on entrée qui porte aujourd'hui son nom ; c'est dans cette passe que le capitaine angfois Beechey étoit allé sur une fré^te attendre , an nord -est de l'Amérique, le capitaine Francklin qui venoit vers lut du nord-ouest. La navigation dn capitaine Beechey s'étoit heureusement accomplie : arrivé en 1827 au lieu et au temps du rendez- vous, les glaces n'avoient arrêté son grand vaisseau qu'au 72^ degré 30 minutes de latitude nord. Obligé alors d'ancrer sous une cûte , il remarquoit tous les jours des baïdars ( nom russe des embarcations indiennes dans ces parages) qui passoient et repassoient par des ouvertures entre la glace et la terre ; il croyoit voir à chaque instant arriver ainsi le capitaine Francklin.
ItS
PaÉFAOS.
Noos aToos dît que oèloi-d a?oit atleiiit , dès le f 8 août f 826, le 150* méridieB de Greenwich et le 70* dei^ié 30 minatea de latitude nord; ii n'éloît done éloigiié da cap de Glace qoe de fo degrés en iongitttde ; degrés qui, dans cette latitude élevée, ne donnent gnère plus de quatre-vingt et une lieues. Le cap de Glaee est éloigDé d'one soixantaine de Ueoes de la passe de Kotieime : il est proliable que le capitaine Franekiin n'aurait pas nême été obligé de doubler ce cap, et qu'il eût trouvé quelque cbenal entommunication inunédiate avec les ean de rentrée de Kotiebue : dans tous les cas, ii n*avoit plus que cent vingt-cinq lieues à faire pour rencontrer la (régate du capitaine Beechey !
C'est à la fin du mois d'août, et pendant le mois de septembre, que les mers polairessont le moins enoombi^es de glaces. Le capitaine Beechey ne quitta la passe de Kotzebueqne le 14 octobre; ainsi le capitame Franekiin anroif eu près de deux mois, du 18 août au 14 octobre, pour fiyrecentvIngt-cinqKenes, dans la meilleure saison de Tannée. On ne sauroit trop déplorer Pobstacle que des Instructions, d'ailleurs fort bumaines , ont mis à la marche du capitaine Franekiin. Quels transports de joie mêlée d'un juste orgueil n'auroient point (ait éclater les marins anglois en achevant la découverte du passage du nord ouest, en se rencontrant au milieu des glaces, en s'embrassant dans des mers non encore sillonnées par des vaisseaux, à cette extrémité jusqu'alors inconnue du Nouveau-Monde! Quoi qu'il en soit, on peut regarder le problème géographique comme résolu ; le passage du nordouest existe , la configuration extérieure de rAmérique est tracée.
Le continent de FAmérlque se termine au nord-ouest dans la baie d'Hudson, par une péninsule appelée Melville, dont la dcraière pointe, ou le dernier cap, se place au 89* degré 48 minutes de laUtude nord , et au 82* degré 50 minutes de longitude ouest de Greenwich. Là se creuse un détroit entre ce cap et la terre de Codkbum, lequel détroit, nommé le détroit de la Fury et de l'Hécla, ne présenta au capitaine Parry qu'une masse solide de ^ace.
La pénmsnle nord-ouest s'attache au continent vers la
baie de Repnlse ; elle ne peut pas être très-lai^ à sa racine, puisque le goUe du Couronnement de Georges /K, découvert par le capitaine Franekiin dans son premier voyage, descend au sud jusqu'au 66* degré et deaû, et que son extrémité méridionale n'est éloignée que de soixante-sept lieues de la partie la phis occidentale de la baie Wager. Le capitaine Lyon fut renvoyé àlabaie de Repuise, afin de passer par terre du Ibnd de cette baie an goife du Cwronnementde Georges JV, Lesglaces, les counns et les tempêtes arrêtèrent le vaisseau de cet aventnnux marin.
Maintenant, poursuivant notro inveetigitlon, et nous plaçant de l'autre o6té delà péninsule MelviUe, dans ce gplfe du Couronnement de Georges /K, noua trouvons l'embottchuro de la rivière de la Mine de enivre à 67 degrés 42 minutes 35 secondes de Utitude nord, et à lu degrés 49 minutes 33 secondes de longitude ouest de Greenwich. Hearn avoit indiqué cette embouchure quati« degrés et un quart plus au nord en latitude» et quatre degrés et un quart plus à l'ouest en kxugitude.
De l'embouchure de la rivière de la Mine de enivre, naviguant vers l'embouchure duMackenzie»on remonte le long de la cûte jusqu'au 70* degré 37 mmntes de latitnde
nofd , on double UK cap , et Fen reteeMi k renèsactan orientale du Macàantie par le» 69 depés 29 èîHles. De là , la cèle se porte à l'ouest vere le détroit de Behri^, a s'élevant jusqu'au 70^ degré 30 minutes de liIttaAe aori,
sous le ISO* méridien de Greenwich , point eu le capitiM Franekiin s'est airêté le 18 août 1826. Ua'éloit phi akn, comme je l'ai dit,qn'à 10 degrés de ha^iludeeoeitàicap de Glace: ce cap «st à peu près parles71 é^iéidbhlitude.
En relevant mainlenant les divers points, nom In»
vous:
Le dernier cap nord-ouest du confinent de rAiaérii)8i septentrionale, au 69* de^ré 48 minutes de latitodeoQnl, et au 82* degré 50 minutes de kmgitode ouest de Giees* wich; le cap T^mo^ai», dans le gotfiB do Couronnemai de Geor^ff /F, au68*de9ré30minute8delatitodenord; Fembouchure de la rivière de la Mine de coÎTre, as M* degré 49 ndnutes 35 secondes de latitude nord , et lo ItS* degré 49 minutes 33 secondes de longitude ouest de Gre» wich; un cap sur la cûle entre la rivière de h BIîm ée cuivre et le Mackenzie , an 70* degré 37 mmotes de blitnde nord, et au 126* degré 52 mmutes de kmgitQde ouest ée Greenwich; l'eniboocbure du Mackenzie, ao 89* degré 39 minutes de latitude, et au 133^ degré 24 minutes de tegitude : le pofait où s*est arrêté le capitaine Ft«MiiiB,n 7(f degré 30 mhmtes de latHude nord et au l5*iDérifti à Pooest de Greenwich; enlfai le cap de Glace» 10 éspéi de kmgltnde phis à rouest , au 7 1' degré de latitade nord.
Ainsi, depuis le dernier cap nord-ouest de rAmériqK septentrionale , dans le détroit de VHécla et de la Ftr^, jusqu'au cap de Glace, an-dessus du détroit de Mni, la mer forme un golfe large, mais assez peu profood, qnte termine à la cête nord-ouest de FAmérique ; cette edte Mit est et ouest, offrant dans le goHe général trois oa qain baies principales dont les pcintee ou promontoires i|i|ie>* chent de la laUtude où sont placés le dernier cep nsd* ouest de FAmérique , an détroit de la Fmjf et de TBédSt et le cap de Glace, au-dessus du détroit de Bekriog.
Devant ee goUe gisent, entre le 70* et le 7i« degrés ds latitude , toutes les découvertes résultantes des biâs TO^fi' gesdn capitaine Parry, File présumée de Codàmnt^ déKnéatious du éêlrMi du Jhrincê régent, les ieidi Prinee Léopotd, de Batkmrst, de Met9iUe, ta leneds JUmAf. Il ne s'agit' plus que de trouver, entre ees sdi disjoinU, un passage libre à la mer quibaisnelioaii nord-ouest de l'Amérique, et qui seitiit pent^He BSTig|* ble, dans la saison dpportune, pour des vaissean M^ niers.
M. Madeod a raconté à M. Douglas , anz grandes Met
de h Oolombia, qu'il exisie un fleuve eouiani psrsflèif ment au fleuve Macfcemle, et se jetant dans la ner près II cap de Glaee. An nord deoecap est unefleeùdei vils* seanz russes viennent ftMdes échanges avec les arttfdi du pays. M. Madeod a visité hil-mtaie la mer pelvre , H
passé, dans l'espace de onze mois, da l'océan HdfiqM^ U baie d'Oudson. U déclare que la mer est libre dsas li ver
polaire après le mob de juillet
Tel est l'état actuel des cbeoes à Feaidrieor ds PAb^ riqneseptentrionale, ralativtnient à ce fameux passage q«
je m'élois mia en tète de dwrcber, et qui (ht la proii^ cause de mon excnrsioB d'outre>mer. Voyons ee qeW NI les derniers vwyageurs dans l'èatérienr de cette mène A0^ rique.
PRÉFACE
An nord-ooest , tout est décourert dans ces déserts glacés et sans arbres qni enveloppent le lac de r Esclave et celui de rOofs * . Mackenzie partit, le 3 juin 1 789, du fort Cliipiouyan sur le lac des Montagnes, qui communique à celui de r£schiTe par on courant d*eaa : le lac de TEsclave voit naître le fleure qui se jette dans la mer du pôle, et qu'on appeDe maintenant \efieuve Mackenzie.
Le to octobre 1792, Mackenzie partit une seconde fois do Cm! Chipionyan : dirigeant sa course à l'onest, il trartnm. le lac des Montagnes , et remonta la rivière Onngigab oa rivière de la Paix , qui prend sa source dans les monta- Roeheiiaes. Les missionnaires françois avoient déjà I œa DMotagnes sous le nom de montagnes des Pierres kriUamên. Mackenzie franchit ces montagnes, rencontra on grand ileove, le Tacootdié-Tessé, qu'il prit mal à propos pour la Cokimbia : il n'en suivit point le cours, et se rendit à Tocéan pMtfiqoe par une autre rivière qu'il nomma la rivière du Saumon,
U trovra des traces multipliées du capitaine Yanoonver ; il ohacnra la btitude à &2 degrés 21 minutes 33 secondes, et fl écriTil avec da vermillon sur un rocher : « Alexandre « MrrkfT**^ est venu du Canada ici par terre , le 22 juillet ic 1793. » A cette époque que faisions-nous en Europe ?
Par on petit mooTemenl de jalousie nationale dont Us ne se renèsnt pas eomple , les voyageurs américains parlent pen da neond itinéraire de Mackenzie ; itinéraire qui prouve que cet AngkMs a eu l'honneur de trayerser le premier le cantinent de TAmérique septentrionale depuis la mer Atlantîqne josqu'an grand Océan.
Le 7 mai 1792, le c^Mtaine américafai Robert Gray aperçât à la oMe nord-ouest de rAmérique septentrionale ramboocbnre d'an fleuve sous le 46* degré 19 minutes de lalitnde nord, et le 126^ degré 14 minutes 15 secondes de longUnde ouest, méridien de Paris. Robert Gray entra ee fleore le 1 1 da même mois , et il l'appela /a Colom' c'étoit le nom du vaisseau qu'il commandoit. Yaneoover arriva au même lieu le 1 9 octobre de la même : Brougbion , avec la conserre de Vancouver, passa la barre de la Colombia et temonta le fleuve quatre-vingtqnali« milles aa4essus de cette barre.
Lea capitaines Lewis et Clarke , arrivés par le Missouri , deMendireot des montagnes Rocheuses, et bAlirent eu f aos , à rentrée de la Cokxnbla, unfort qni fut abandonné à leur départ
En 1811 , les Amérieabis levèrent un autre fort sur la rire ^ancbe du même fleuve : ce fort prit le nom iStAstora , da nom de M. J. J. Astor, négociant de New-Yorit» et direode la compagnie des pelleteries à l'océan Pacifique. ISIO, une troupe d'associés de la compagnie se à SÉhit>Loms du Mississipi, et fit une nouvelle à la Colombia , à travers les montagnes Rocheuses : tard , en 1812 , quelques-uns de ces associés , conduits M. R. SInart, revfairent de la Colombia à Saint-Louis. TevC ert donc connu de ce o6té. Les grands afiflnents du ri, la rivière des Osages, la rivière de la Roche- I, aossi puissante que l'Ohio, ont été remontées : les élalilissenients américains communiquent par ces fleuves na nor^ooest, avec les tribus mdiennes les plus reculées , avec les habitants du Nouveau-Mexique.
* On peut voir, dans l'analyse que j'ai donnée des Voyagea de Mackenzie ( tom. T ), ThUtoire des découvertes qui ont pcéoédé «Iles de Maokenzie dans l'Amérique septentrionale.
En 1820 , M. Cass, gouverneur du territoire du Michigan, i»artit de la ville du Détroit, bàlie sur le canal qui joint le lac Érié au lac Saint-Clair, suivit la grande chaîne des lacs, et rechercha les sources du Mississipi ; M. Schooicralt rédigea le journal de ce voyage plein de faits et d'instruction. L'expédition entra dans le Mississipi par la rivière du Lac de Sable : le fleuve en cet endroit étoit laiige de deux cents pieds. Les voyageurs le remontèrent, et franchirent quaranle-lrois rapides : le Mississipi alloit toujours se rétrécissant, et au saut de Peckagoma U n'avoit plus que quatre-vingts pieds de largeur. « L'aspect du pays change, « dit M. Schoolcrafl : la forêt qui ombrageoit les bords du « fleuve disparolt; il décrit de nombreuses sinuosités dans « une prairie laiige de trois milles, où s'élèvent des herbes « très-hautes , de la folle-avoine et des joncs, et bordée de « collines de hauteur médiocre et sablonneuses, où croissent «t quelques pins jaunes. Nous avons navigué longtemps « sans avancer beaucoup; il sembloit que nous fussions « arrivés au niveau supérieur des eaux : le courant du « fleuve n'étoit que d'un mille par heure. Nous n'apercevions « que le ciel et les herbes au milieu desquelles nos canots « se flayoient un passage; elles caclioieht tous les objets « éloignés. Les oiseaux aquatiques étoietit extrêmement « nombreux ; mais il n'y avoit pas de pluviers. »
L'expédition traversa le petit et le grand lac Ouinnipec : dnquante milles plus haut, elle s'arrêta dans le lac supérieur du Cèdre-Rouge , auquel elle imposa le nom de Cassina, en l'honneur de M. Cass.
C'est là que se trouve la prinapale source du Mississipi : le lac a dix-huit milles de long sur six de large. Son eau est transparente et ses bords sont ombragés d'ormes, d'érables et de pins. M. Pike, autre voyageur qni place une des principales sources du Mississipi au lac de la Sangsue, met le lac Cai^sioa au 47^ degré 42 minutes 40 secondes de latitude nord.
La rivière la Biche sort du lac du même nom et entre dans le lac Cassina. • En estimant à soixante milles, dit « M. Schoolcrafl, la distance du Uic Cassina au lac la Biche y « source du Mississipi la plus éloignée, on aura pour la « longueur totale du ooun de ce fleuve trois mille trentea huit milles. L'année précédente je l'avois descendu (le « Mississipi ) depuis Saint-Louis dans un baleau à Tapeur, K et le 10 juillet j'avois passé son embouchure pour aller « à New- York. Ainsi» ua peu plus d'un an après, je me « tix)uvois près de sa source, assis dans un canot indien. «
M. Schoolenft fait observer qu'à peu de diitanoe du lac la Biche les eaux coulent an nord dans la rivière Rouge» qui descend à la baie d'Madson.
Trois aas |dus tard, en 1823, M. Beltrami a parooam les mêmes r^ns. H porte les sources septentrionales da Mississipi à cent milles au-dessus du lac Cassina ou du Cèdre-Rouge. M. Beltrami affirme qu'avant lut aucun voyageur n'a passé au delà du lac du Cèdre4lo«ge. Il décrit ainsi sa découverte des sources du Mississipi.
« Nous nous trouvons sur les plus hautes terres de
n l'Amérique septentrionale Cependant tout
a y est plaine , et la colline où Je suis n'est pour ainsi^dire « qu'une éminence foimée au miUeu pour servir d'obser- « vatoire.
« En promenant ses regards autour de sol, on voit les « eaux couler au sud vers le golfe du Meiique; an nord,
PRÉFACE
«vers la mer Glaciale; à rest, Ters rAUantiqae; et à « Touest , se diriger vers la mer Pacifique.
« Un grand plateau couronne celte suprême diévation ; « et, ce qui étonne davantage, un lac jaillit au milieu.
« Comment s*e8t*il formé, ce lac ? d'où viennent ces « eaux? C'est au grand Architecte de Tunivers qu^il faut
«le demander Ce lac n*a aucune issue, et mon
« œil , qui est assez perçant , n*a pu découvrir, dans aucun « lointain de Tliorizon le plus clair, aucune terre qui « s'élève au-dessus de son niveau ; toutes sont au contraire « beaucoup inférieures. . . .
« Vous avez vu les sources de la rivière que j*ai re- « montée jusqu'ici (la rivière Rouge) : elles sont préd- « sèment au pied de la colline , et filtrent en ligne directe « du bord septentrional du lac ; elles sont les sources de la « rivière Rouge ou Sanglante. De l'autre côté , vers le sud , « d'autres sources forment un joli petit bassin d'environ « quatre-vingts pas de circonférence; ces eaux filtrent
« aussi du lac, et ces sources ce sont les sources du
« Mississipi.
« Ce lac a trois milles de tour environ; il est fait en « forme de cœur, et il parle à l'Ame ; la mienne en a été « émue : il étoit juste de le tirer du silence où la géogra- « pliie, après tant d'expéditions, le laissoit encore, et « de le faire connoltre au monde d'une manière distinguée. « Je lui ai donné le nom de cette dame respectable dont « la vie , comme il a été dit par son illustre amie , madame « la comtesse d'Albani, a été un cours de morale en m action , la mort , une calamité pour tous ceux qui avoient
« le bonheur de to connoltre J'ai appelé ce
« lac le toc Julie; et les sources des deux fleuves, les « sources Juliennes de la rivière Sanglante, les sources « Juliennes du Mississipi,
« J'ai cm voir l'ombre de Colombo, d'Americo Yes- • puod, des Cabotto, de Yerazani, etc., assister avec « joie à cette grande cérémonie , et se féliciter qu'un de « leurs compatriotes vint réveiller par de nouvelles décou- « vertes le souvenir des services qu'ils ont rendus au « monde entier par leurs talents , leurs exploits et leurs « Tertas.
C'est un étranger qui écrit en françois : on reconnoltra focilement le goût, les traits, le caractère et le juste orgueil du génie italien.
La Térité est que le plateau où le Mississipi prend sa source est une terre unie mais culminante, dont les versants envoient les eaux au nord, à l'est, au midi et à l'ouest; que sur ce plateau sont creusés une multitude de lacs; que ces lacs répandent des rivières qui coulent à tous les romps de vent. Le sol de ce plateau supérieur est mouvant coonme s'il flottoit sur des abîmes. Dans la saison des pluies, les rivières et les lacs débordent : on diroit d'une mer, si cette mer ne portoitdes forêts de folle-avoine de vingt et trente pieds de hauteur. Les canots, perdus dans ce double océan d'eau et d'herbes, ne se peuvent diriger qu'à l'aide des étoiles ou de la boussole. Quand des tempêtes surviennent, les moissons fluviales plient, se renversent sur les embarcations, et des millions de canards, de sarceUes, de morelles, de hérons, de bécassines s'envolent en formant un nuage au-dessus de la tête des voyageurs.
Les eaux dârardées restent pendant quelques jours in certaines de leur penchant; peu à peu elles se partagent.
Une pirogue est doucement entcahiée vers les merspobiiii, les mers du midi , les grands lacs du Canada, les afllooiU du Missouri , selon le point de la circonférence sur lequel elle se trouve lorsqu'eUe a dépassé le milieu deVinoadi' tion. Rien n'est étonnant et majestueux comme ce mooTe ment et cette distribution des eaux centrales de rAméfiqiK du nord.
Sur le Mississipi mférieur, le major Pike, en 1 806, M. Nultal , en 1 8 i 9 , ont parcouru le territoire d'Âriuui, visité les Osages , et fourni des renseignements anui utiles à l'histoire naturelle qu'à la topograplûe.
Tel est ce Mississipi , dont je parlerai dans mon Vnjfige', fleuve que les François descendirent les premicrtai venant du Canada; fleuve qui coula sous leur poisaoee, et dont la riche vallée, regrette encore leur génie.
Colomb découvrit l'Amérique dans la nuit du 11 n 11 octobre 1492 : le capitaine Francklin a complété la déa»verte de ce monde nouveau le 18. août 1836. Qoedi générations écoulées, que de révolutions aocompiiei,(iae de changements arrivés chez les peuples dans eet espw de trois cent trente-trois ans, neuf mois et vingt^qulre jours!
Le monde ne ressemble plus au monde de Colnib. Sur ces mers ignorées au-dessus desquelles on tojé s'âever une main noire, la mai a de Saian S qui» sissoit les vaisseaux pendant la nuit et les enlntMilu fond de l'abîme; dans ces régions antarctiques, séjour^ la nuit , de l'épouvante et des fables ; dans ces eaux (r rieuses du cap Horo et du cap des Tempêtes, où pUi»^ soient les pilotes; dans ce double océan qui bat seiè» blés rivages ; dans ces parages jadis si redootés, ds bateaux de poste font régulièrement des trajets pour h service des lettres et des voyageurs. On s'invite à dlier d'une ville florissante en Amérique à une ville florissaie en Europe, et l'on arrive à l'heure marquée. An fies di ces vaisseaux grossiers , malpropres , infects , bnmides, «à l'on ne vivoit que de viandes salées, où )le scorbut tobi dévoroit, d'élégants navhes oflrent aux passagen dei chambres lambrissées d'accu , ornées de tapis, de ^ ces, de fleurs, de bibliothèqaes, d'instruments de » sique, et toutes lea délicatesses de la bonne dièff.V* voyage qui demandera plusieurs années de perqnisitiflM sous les latitudes les plus diverses n'amènera pas b nort d'un seul mateIoL
Les tempêtes? on en rit Les distances .' elles ontiliqHn. Un simple baleinier fait voile an pôle austral : à la p^ n'est pas bonne, il revient au pôle boréal : poor preaiin un poisson, il traverse deux fois les tropiques, paitoart deux fois un diamètre de la terre, et touche en qoelqio mois aux deux bouts de l'univers. Aux portes des tiw nés de Londres on voit afiichée l'annonce dn dépsrt do paquebot de la terre de Diémen avec toutes les co»^ dites possibles pour les passagers aux Antipodes, eledi auprès de l'annonce dn départ du paquebot de dMXf^ à Calais, On a des Itinéraires de poche, des Gméat des Manuels à l'usage des personnes qui se proposait de foire un voyage d'agrément autour du monde. Ce ^^ dure neuf ou dix mois, quelquefois moins : on part Ha' ver en sortant de l'opéra ; on touche aux lies Cananes,! Rio- Janeiro-, aux Philippines, à la Chine, aux Indes, »
' Voyez les vieilles cartes et les navigateur! arabes.
PRÉFACE
t»p de Boime-Espéraiiee, et Ton est revenu chez soi pour l'ouYerturo de la chasse.
Les baleaox à vapeur ne eounoissent plus de vents contraires sur l'Océan, de courants opposés dans les fleuves : kiosques ou palais flottants à deux ou trois étages , du liaat de leurs galeries on admire les plus beaux tableaux de la nature dans les forêts du Nouveau-Monde. Des routes commodes franchissent le sommet des montagnes, ouvrent des déserts naguère inaccessibles : quarante niille voyageurs viennent de se rassembler en partie de plaisir à la cataracte de Niagara. Sur des chemins de fer gliaseot rapidement les lourds chariots du commerce; et s*fl plaisoit à la France, à J' Allemagne et à la Russie d'établir une ligne télégraphique jusqu'à la muraille de la Chine y nous pourrions écrire à quelques Chinois de nos amis, et recevoh* la réponse dans l'espace de neuf ou dix heures. Un homme qui commenceroit son pèlerinage à dix-huit ans, et le finiroit à soixante, en marchant seulement quatre lieues par jour, auroit achevé dans sa vie pr^s de sq>t fois le tour de notre chétive planète. Le génie de rhomme est véritablement trop grand pour sa petite habitation : il faut en conclure qu'il est destmé à nne plus haute demeure.
Est-il bon que les communications entre les hommes soient defenues aussi faciles? Les nations ne conservçimenl-elles |nis mieux leur caractère en s'ignorant les unes les autres, en gardant une fidéUté religieuse aux futhitit^^ et aux traditions de leurs pères? J'ai vu dans m jeunesse de vieux Bretons murmurer contre les chemins que l'on vouloit ouvrir dans leurs bois, alors même que ces chemins dévoient élever la valeur des propriétés
riveraines.
Je fcais qu'on peut employer ce système de déclamations fort touchantes ; le bon vieux temps a sans doute son mérite; mais il faut se souvenir qu'un état politique n'en est pas meilleur parce qu'il est caduc et routinier ; autrement il fiiudroit convenir que le despotisme de la Chine et de l'Inde, où rien n'a changé depms trois mille ans, est ce qu'il y a de plus parfait dans ce monde. Je ne vois pourtant pas ce qu'U peut y avoh* de si heureux à s'enfei^ mer pendant une quarantaine de siècles avec des peuples en enfance et des tyrans en décrépitude.
Le goOt et l'admiration du stationnaire viennent des Jagemenls (aux que Ton porte sur la vérité des faits et sur la nature de l'homme : sur la vérité des f^its, parce qu'on suppose que les anciennes mœurs étoient plus pures que les mœurs modernes, complète erreur; sur la nature de l'homme, parce qu'on ne veut pas voir que l'esprit humain est perfectible.
I^es gouvernements qui arrêtent l'essor du génie ressemiilent il ces oiseleurs qui brisent les ailes de l'aigle pour rempècher de prendre son vol.
Enfin ou ne s'élève contre les progrès de la civilisation que par l'obsession des préjugés : on continue à voir les peuples comme on les voyoit autrefois, isolés, n'ayant rien de commun dans leurs destinées. Mais si l'on considère Fespèce humaine comme une grande famille qui s'avance ▼ers le même but ; si Ton ne s'imagine pas que tout est bit ici-bas pour qu'une petite province, un petit royaume, restent éternellement dans leur ignorance, leur pauvreté, leors institutions politiques, telles que la barbarie, le temps et le hasard lèsent produites, akn ce dévdoppe-
ment de Tlndustrie, des sciences et des arts semblera ce qu'il est en effet, une diose légitime et naturelle. Dans ce mouvement universel on reoonnoltra celui de la société , qui finissant son histoire particulière, commence son bis* toire générale.
Autrefois, quand on avoit quitté ses foyers comme Ulysse, on étoit un objet de curiosité : aujourd'hui, excepté une demi-douzaine de personnages hors de ligne par leur mérite individuel , qui peut mtéresser au récit de ses courses ? Je viens me ranger dans la foule des voyageurs obscurs qui n'ont vu que tout ce que le monde a vu , qui n'ont fklt faire aucun progrès aux sciences, qui n'ont rien ajouté au trésor des connoissances humaines; mais je me présente comme le dernier historien des peuples de la terre de Colomb , de ces peuples àaai la race ne tardera pas à disparoltre ; je viens dire quelques mots sur les destinées futures de l'Amérique , sur ces autres peuples héritiers des infortunés Indiens : je n'ai d'autre prétention que d'exprimer des regrets et des espérances.
INTRODUCTION
Dans une note de V Essai historique ', écrite en 1794, j'ai raconté, avec des détails assez étendus , quel avoit été mon dessein en passant en Amérique; j'ai plusieurs fois parlé de ce même dessein dans mes autres ouvrages, et particulièrement dans la préface d\4iala. Je ne prétendois àrien moins qu'à découvrir la passage au nord-ouest de l'Amérique, en retrouvant la mer Polaire, vue par Hearne en 1772, aperçue plus à l'ouest en 1789, par Mackenzie, reconnue par le capitaine Parry, qui s'en approcha en 1819, à travers le détroit de Lancastre, et en 1821 à l'extrémité du détroit de Vllécla et de la Fury > : enGn le capitaine Francklin , après avoir descendu successivement la rivière de Hearne en 1821, et celle de Mackenzie en 1826, vient d'explorer les bords de cet océan , qu'environne une ceinture de glaces , et qui jusqu'à présent a repoussé tous les vaisseaux.
Il faut remarquer une chose particulière à la France : la plupart de ses voyageurs ont été des hommes isolés, abandonnés à leurs propres forces et à leur propre génie : rarement le gouvernement ou des compagnies particulières les ont employés ou secourus. 11 est arrivé de là que des peuples étrangers, mieux avisés , ont fait , par un concours de volontés nationales , ce que les individus françois n'ont pu achever. En France on a le courage ; le courage mérite le succès, mais il ne suffit pas toujours pour l'obtenir.
Aujourd'hui , que j'approche de la fin de ma car-
1 Suai hiitorique êur Ua Hévolutiona^ il* part., eh. xxin.
> Cet Intrépide marin étoit reparti pour le Spitzberg avec rinteuUon d'aller Jusqu'au pèle en traîneau. Il e»t rebté soixante et un jours sur la glace sans pouvoir dépasser le 8-i* degré 45 minâtes de laUtude K.
INTRODUCTION
rière , je ne pois m^empédier, en jetant un regard sur le passé, de songer combien cette carrière eût été changée pour nioit si j'avois rempli le but de mon voyage. Perdu dans ces mers sauvages, sur ces grèves hyperboréennes où aucun homme n*a imprimé ses pas , les années de discorde qui ont écrasé tant de générations avec tant de bruit seraient tombées sur ma tête en silence : le monde auroft changé, moi absent. Il est probable que je n'aurois jamais eu le malheur d'écrire ; mon nom seroit demeuré inconnu , ou il s'y fût attaché une de ces renommées paisibles qui ne soulèvent point Tenvie , et qui annoncent moins de gloire que de bonheur. Qui sait même si j'aurois repassé FAtlantique, si je ne me serais pas fixé dans les solitudes par moi découvertes , comme un conquérant au milieu de ses conquêtes ? Il est vrai que je n'aurois pas figuré au congrès de Vérone , et qu'on ne m'eût pas appelé Monseigneur dans l'hâtellerie des affaires étrangères , rue des Capucines, à Paris.
Tout cela est fort indifférent an terme de Ma route : quelle que soit la diversité des chemins , les voyageurs arrivent au commun rendez-vous; ils y parviennent tous également fatigués; car ici-bas, depuis le commencement jusqu'à la fin de la course, on ne s'assied pas une seule fois pour se reposer : comme les Juifs au festin de la Pâque, on assiste au banquet de la vie à la hâte, debout, les reins ceints d'une corde , les souliers aux pieds , et le bâton à la main.
Il est donc inutile de redire quel étoit le but de mon entreprise , puisque je l'ai dit cent fois dans mes autres écrits. Il me suffira de faire observer au lecteur que ce premier voyage pouvoit devenir le dernier, si je parvenois à me procurer tout d'abord les ressources nécessaires à ma grande découverte ; mais dans le cas où je serois arrêté par des obstacles Imprévus , ce premier voyage ne devoit être que le prélude d'un second, qu'une sorte de reconnoissance dans le désert.
Pour s'expliquer la route qu'on me verra prendre, il faut aussi se souvenir du plan que je m'étois tracé : ce plan est rapidement esquissé dans la note de VEssai historique ci-dessus indiquée. Le lecteur y ▼erra qu'au lieu de remonter au septentrion, je voulois ifiarcher à l'ouest , de manière à attaquer la rive occidentale de l'Amérique, un peu au-dessus du golfe de Californie. De là, suivant le profil du continent , et toujours en vue de la mer, mon dessein étoit de me diriger vers le nord jusqu'au détroit de Behring, de doubler le dernier cap de TAroérique , de descendre à l'est le long des rivages de la mer Polaire , et de rentrer dans les États-Unis par la baie d'Hudson , le Labrador et le Canada.
Ce qui me détenninoit à parcourir une si longue cAte de l'océan Pacifique étoit le^u de connoissanoe que l'on avoi t de eelte côte. U restoit des don*
tes, même après les travaux de YaDoouveff,8iirreiiitence d'un passage entre le 40« et le W degré de latitude septentrionale : la rivière de la Colombie, les gisements du nouveau Cornouailles, le détroit de Chleckhoff , les régions Aleutiennes , le golfe de Bristol ou de Cook, les terres des Indiens TdMrakotches, rien de tout cela n'avolt encore été exploré par Kotzebue et les autres navigateurs russes oa américains. Aujourd'hui le capitaine Francklia^éfitant plusieurs mille lieues de circuit, s'est éf»^ la peine de chei^her à l'occident ce qui ne se pouToit trouver qu'au septentrion.
Maintenant je prierai encore le lecteur de rappeler dans sa mémoire divers passages delapré&eegénérale de mes OEwtres compiètesy et de la pré&eeili V Essai historique, où j'ai raconté quelques partie»larités de ma vie. Destiné par mon père à la roarioe, et par ma mère à l'état ecclésiastique , ayant choisi moi-même le service de terre, j'avois été présenté à Louis XYI : afin de jouir des honneurs de la Cour et de monter dans les carrosses, pour parler le las* gage du temps, il falloit avoir au moins le rang de capitaine de cavalerie; j'étois ainsi capitaine de et- Valérie de droit, et sous-lleatenant d'infanterie (k fait , dans le régiment de Navarre. Les sohiatsdecc régiment , dont le marquis de Morteroart étoit eokh nel, s'étant insurgés comme les autres, je roetrooTâ dégagé de tout lien vers la fin de 1790. Quand je quittai la France au commencement de 1791, la révolution marohoit à grands pas : les principes sor lesquels elle se fondoit étoient les miens, mais je détestois les violences qui l'aToîent déjà déshonorée : c'étoit avec joie que j'allois chercher une indépendance plus conforme à mes goûts, plus sjmpithique à mon caractère.
A cette même époque le moavement de rémign" tion s'aocroissoit ; mais comme «m ne se battoit pu» aucun sentiment d'honneur ne me forçoit, contre le penchant de ma raison, à me jeter dans la folie de Coblentz.Une émigration plus raisonnable se dirigeoit vers les rives de l'Ohio; une terre de liberté ofTroit son asile àceux qui fuyoîent la liberté de leur patrie. Rien ne prouve mieux le haut prix des institutions généreuses que cet exil volontaire des partisans du pouvoir absolu dans un monde républi* cain.
Au printemps de 1791 , je dis adieu à marespeetable etdigne mère, et je m'embarquai à^Saist-Malo; je portois au général Wasliington une lettre de recommandation du marquis de la Roualrie. Celoi-et avoit fait la guerre de l'indépendance en Amérique; il ne tarda pas à devenir célèbre en France par 1> conspiration royaliste à laquelle il donna son nom. J'avois pour compagnons de voyage de jeun^ s^ minaristesde Saint-Sulpice , que leur supérieur, honuDe de mérite, eooduisoit à Baltimore. ^'0«* mîmes à la voile : anbouldeqaanntd^auliM'^
INTBODUGTION.
BOUS perdîmes la terre de vue, ei nous entrâmes dans l'Atlaotlque.
11 est difBcile aux personnes qui n'ont jamais navigué de se faire une idée des sentiments qu on éprouve lorsque du bord d*un vaisseau on n'aperçoîi plus que la mer et le ciel. J'ai essayé de retracer ces sentiments dans le chapitre du Génie du Christianisme intitulé Deux perspectives de la natitre, et dans les Natchez, en prêtant mes propres émotioos à Chacku. V Essai hislorique et V Itinéraire sont également remplis des souvenirs et des imatges de ce qu'on peut appeler le désert de l'Océan. Me trouver au milieu de la mer, c*étoit n'avoir pas quilté ma patrie ; c'étoit , pour ainsi dire, être porté dans mon premier voyage par ma nourrice , par la confidente de mes premiers plaisirs. Qu'il me toit permis, afin de mieux faire entrer le lecteur dans Pesprit de la relation qu'il va lire, de citer quelques pages de mes Mémoires Inédits : presque toujours notre manière de voir et de sentir tient aux réoiinisceooes de notre jeunesse.
Cest à moi que s'appliquent les vers de Lu«
Tdbi porro puer ut ssTtsproJectiu ab oDdis Havila. * »
Le ciel voulut placer dans mon berceau une image de mes destinées.
• Élevé comme le compagnon des vents et des « flots, ces flots y ces vents , cette solitude, qui fu- « rent mes premiers maîtres, convenoient peut-être « mteox à la nature de mon esprit et à l'indépen-
• daoee de mon caraetère. Peut-être dois-je à cette « éducation sauvagequelque vertu que j'aurois igno- « rée ; la vérité est qu'aucun système d'éducation
• n'est en soi préférable à un autre. Dieu fait bien « ce qu'il fait \ c'est sa providence qui nous dirige, « lorsqu'elle nous appelle à jouer un rôle sur la « scène du monde. »
Après les détails de l'enfance viennent ceux de mes études. Bientôt échappé du toit paternel , je dis l'impression que fit sur moi Paris, la cour, le monde; je peins la société d'alors , les hommes que je tenoontrai, les premiers mouvements de la révolution : la suite des dates m'amène à l'époque de mon départ pour les États-Unis. En me rendant au port je visitai la terre où s'étoit écoulée une partie de mon enfance : je laisse parler les Mémoires,
« Je n'ai revu Combourg que trois fois : à la « mort de mon père toute la famille se trouva réunie m au château pour se dire adieu. Deux ans plus tard « j'aceompagnai ma mère à Combourg; elle vouloit « meobler le vieux manoir ; mon frère y devoit anie- « ner ma belle-sceor : mon frère ne vint point en « Bidagiie; et bientAt il monta sur réehafiuid avee
« la jeune femme* pour qui ma mère avoit préparé ft le lit nuptial. EnGn, je pris le chemin de Com- « bourg en me rendant au port, lorsque je me dé- « cidai à passer en Amérique.
« Après seize années d'absence , prêt à quitter « de nouveau le sol natal pour les ruines de la Grèce, a j'allai embrasser au milieu des landes de ma pau- « vre Bretagne ce qui me restoit de ma famille; « mais je n'eus pas le courage d'entreprendre le « pèlerinage des champs paternels. C'est dans les « bruyères de Combourg que je suis devenu le peu c que je suis; c'est là que j'ai vu se réunir et se dis- « perser ma fomille. De dix enfants que nous avons « été , nous ne restons plus que trois. Ma mère est « morte de douleur ; les cendres de mon père ont « été jetées au vent. »
« Si mes ouvrages me survivoient, si je devois « laisser un nom , peut-être un jour, guidé par ces • Mémoires , le voyageur s'arrêteroit un moment c aux lieux que j'ai décrits. Il pourroit reeonnoltre « le château , mais 11 chercheroit en vain le grand « mail on le grand bois; il a été abattu : le berceau « de mes songes a disparu comme ces songes. De- « meure seul debout sur son rocher , l'antique don- « jon semble regretter les chênes qui l'envirounoient « et le protégeoient contre les tempêtes. Isolé « comme lui, j'ai vu comme lui tomber autour dé « mol ma famille qui embellissoit mes jours et me « prêtoit son abri : grâce au ciel , ma vie n'est pas bâtie « sur terre aussi solidement que les tours où j'ai « passé nui jeunesse. »
Les lecteurs connoissent à présent le voyageur auquel ils vont avoir affaire dans le récit de ses premières courses.
Je m'embarquai donc à Saint-Malo , comme je l'ai dit; nous primes la haute mer, et le 6 mal 1 791 , vers les huit heures du matin, nous découvrîmes le pic de l'Ile de Pieo, l'une des Açores : quelques heures après , nous jetâmes l'ancre dans une mauvaise rade, sur un fond de roches, devant rile Graciosa. On en peut lire la description dans VEssaihistorique. On ignore la date précise de la découverte de cette Ile.
C'étoit la première terre étrangère à laquelle j'abordois; par cette raison même il m'en est resté un souvenir qui conserve chez moi Tempreinte et la vivacité de la jeunesse. Je n'ai pas manqué de conduire Chactas aux Açores , et de lui Daire voir la fameuse statue que les premiers navigateurs prétendirent avoir trouvée sur ces rivages.
1 Madoiaolselle de Rotambo, pettto-SUe de M. de Makslierhes, exécutée avec son mari et sa mère le même Joar que soo niuslre aieol.
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Des Açores, poussés par les^ents sor le banc de Terre-Neuve , nous fûmes obligés de faire une seconde relâche à ffle Saint-Pierre. « T* et moi, « dis-je encore dans YEssai historique^ nous « allions courir dans les montagnes de cette ile « affreuse; nous nous perdions au milieu des « brouillards dont elle est sans cesse couverte, • errant au milieu des nuages et des bouffées de « yent, entendant les mugissements d'une mer que « nous ne pouvions découvrir, égarés sur une « bruyère laineuse et morte, et au bord d'un tor- « rent rougeâtrequi eouloit entre des rochers. >
Les vallées sont semées , dans différentes parties , de cette espèce de pin dont les jeunes pous* ses servent à faire une bière amère. L'Ile est environnée de plusieurs écueils , entre lesquels on remarque celui du Colombier^ ainsi nommé parce que les oiseaux de mer y font leur nid au printemps. J'en ai donné la description dans le Génie du Christianisme.
L'Ile Saint-Pierre n'est séparée de celle de Terre-Neuve que par un détroit assez dangereux : de ses cotes désolées on découvre les rivages encore plus désolés de Terre-Neuve. En été, les grèves de ces fies sont couvertes de poissons qui sèchent au soleil , et en hiver, d'ours blancs qui se nourrissent des débris oubliés par les pécheurs.
Lorsque j'abordai à Saint-Pierre, la capitale de rile consistoit, autant qu'il m'en souvient, dans une assez longue rue , bâtie le long de la mer. Les habitants, fort hospitaliers, s'empressèrent de nous offrir leur table et leur maison. Le gouverneur logeoit à l'extrémité de la ville. Je dînai deux ou trois fois chez lui. Il cultivoit dans un des fossés du fort quelques légumes d'Europe. Je me souviens qu'après le dtner il me montroit sonjardin; nous allions ensuite nous asseoir au pied du mât du pavillon planté sur la forteresse. Le drapeau firançois flottoit sur notre tête, tandis que nous regardions une mer sauvage et les eûtes sombres de l'Ile de Terre-Neuve , en parlant de la patrie.
Après une relâche de quinze jours, nous quittâmes rtle Saint-Pierre, et le bâtiment, faisant route au midi, atteignit la latitude des côtes du Maryland et de la Virginie : les calmes nous arrêtèrent. Nous jouissionsdu plus beau ciel ; les nuits , les couchers et les levers du soleil étoient admirables. Dans le chapitre du Génie du Christianisme déjàcité, intitulé Deuxperspectivesdelanature, j'ai rappelé une de ces pompes nocturnes et une j
I de ces magnificences du eondiant. « Le globe du « soleil, prêt à se plonger dans les flots ,apparois- « soit entre lesoordages du navire, an milieii des i« espaces sans bornes, etc. >
Il ne s'en follut guèrequ'un accident ne mit un terme à tous mes projets.
|/ Mia chaleur nous accabloit ; le vaisseau, dans un calme plat, sans voile, et tropdiargéde ses mâts, étoit tourmenté par le rooUs. Brûlé sur le pont et fatigué du mouvement , je voulus me baigner, et qu<tfque nous n'eussions point de chaloupe dehors, je me jetai du mât de beaupré à la mer. Tout alla d'abord à merveille, et plusieun passagers m'imitèrent. Je nageois sans regarder le vaisseau ; mais quand je vinsà tourner la tête, je m'aperçus que le courant l'avoit d^à entraîné bien loin. L'équipage étoit accouru sur le pont; on avoit filé un grelin aux autres nagpurs. Des requins se montroient dans les eaux du navire, et œi leur tiroit du bord des coups de fusil pour les écarter. La houle étmt si grosse qu'elle retvdoit mon retour et épuisoit mes forces. J'avois un abtme au-dessous de moi, et les requins pouvoksit à toutmomentm'emporterun bras on une jambe. Sur le bâtiment, on s'efforçoit de mettre un canot à la mer; mais il falloit établir un palan , et eeb prenoit un temps considérable.
Par le plus grand bonheur, une brise presque insensible se leva : le vaisseau, gouvernant un peu, se rapprocha de moi ; je pus m'emparer du bout de la corde; mais les compagnons *de ma témérité s'étoient aoerochés à cette corde, el quand on nous attira au flanc du bâtiment, me trouvant à l'extrémité de la file , ils pesoîent sur moi de tout leur poids. On nous repêcha ainsi un à un, ce qui fut long. Les roulis continuolent; à chacun d'eux nous plongions de dix ou douze pieds dans la vague, ou nous étions suspenduson l'air à un même nombre de pieds , ocmune des poissons au bout d'une ligne. A la dernière Immersion , je me sentis prêt à m'évanonir ; un roulis de plus, et c'en étmt fait Enfin on me hissa sur le pont à demi mort : si je m'étois noyé, le bon débarras pour moi et pour les autres !
Quelques jours après cet accident , nous aperçûmes la terre : elle étoit dessinée parla cime de quelques arbres qui sembloient sortir du sein de l'eau : les palmiers de l'embouchure du Nil me découvrirent depuis le rivage de l'Egypte de la même manière. Un pilote vint à notre bord. Nous entrâmes dans la baie de Ghesapeake, et le soir
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même on envoya une chaloupe chercher de l'eau et des vivres frais. Je me Joignis au parti qui alloit àterre, et, une demi-heure après avoir quitté le vaisseau, Je foulai le sol américain.
Je restai quelque temps les Inrascrolsés, promenant mes regards autour de moi dans un mélange de sentiments et d'idées que Je ne pouvois débrooiller alors, et que Je ne pourrais peindre aujoard'hul. Ce continent ignoré du reste du monde pendant toute la durée des temps anciens et pendant un grand nombre de siècles modernes; les premières destinées sauvages de ce continent , et ses secondes destinées depuis Tarrivée de Christophe Colomb ; la domination des monarchies de l'Enrope ébranlée dans ce Nouveau-Monde ; la vieille société finissant dans la Jeune Amérique ; une république d'un genre inconnu Jusqu'alors, annonçant un changement dans l'esprit humaiu et dans l*ordre politique; la part que ma patrie avait eue à ces événements ; ces mers et ces rivagesdevant en partie leur indépendance au pavil» km et an sang f rançols ; un grand homme sortant à ia fois du milieu des discordes et des déserts, Washington habitant une ville fiorissante dans le même lieu où, un siècle auparavant, Guillaume Venu avoit acheté un morceau de terre de quelques Indiens; les États-Unis renvoyant à la France, à travers l'Océan , la révolution et la liberté que la France avoit soutenues de ses armes ; enfin, mes propres desseins; les découvertes que Je vottlois tenter dans ces solitudes natives, qui étendoient encore leur vaste royaume derrière l'étroit empire d'une civilisation étrangère : voiljl les choses qui occupoient confusément mon eq^rit.
Noosnousavançâmes vers une habitation assez éloignée pour y acheter ce qu'on voudrait nous vendre. Nous traversâmes quelques petits bois de banmiers et de cèdres de la Virginie qui parfumoient l'air. Je vis voltiger desoiseaux-moqueurs et des cardinaux, dont les chants et les couleurs m'annoncèrent un nouveau climat. Une négresse^ de quatorze ou quinze ans , d'une beauté extraordinaire , vint nousouvrir la barrière d'une maison qni tenoit à la fois de la ferme d'un Anglois et de l'habitation d'un colon. Des troupeaux de vaches paissoient dans des prairies artificielles entourées de palissades dans lesquelles se Jouoient des écurenilsgris , noirs et rayés : des nègres sciolent des j^èees de bois, et d'autres cultivoient des plantations de tabac. Nous achetâmes des gâteaux de
mais, des poules, des œufs, du lait, et nous retournâmes au bâtiment mouillé dans la baie.
On leva l'ancre pourgagner la rade , et ensuite le port de Baltimore. Le trajet fut lent ; le vent manquoit. En approchant de Baltimore , les eaux se rétrécirent : elles étoient d'un calme parfait ; nous avions l'air de remonter un fleuve bordé de longues avenues : Baltimore s'offrit à nous comme au fond d'un lac. En face de la ville s'élevoit une colline ombragée d'arbres, au pied de laquelle on commençoit à bâtir quelques maisons. Nousamarrames au quai du port. Je couchai à bord, et ne descendis à terre que le lendemain. J'allai loger à l'auberge où l'en porta mes bagages. Les séminaristes se retirèrent avec leur supérieur à l'établissement préparé pour eux, d'où ils se sont dispersés en Amérique.
Baltimore , comme toutes les autres métropoles des États-Unis , n'avoit. pas l'étendue qu'elle a aujourd'hui : c'étoit une Jolie ville fort propre et fort animée. Je payai mon passage au capitaine et lui donnai un dîner d'adieu dans une très-bonne taverne auprès du port. J'arrêtai ma place au stage, qui faisoit trois fois la semaine le voyage de Philadelphie. A quatre heures du matin je montai dans ce stage , et me voilà roulant sur les grands chemins du Nouveau-Monde, où Je ne connoissois personne , où Je n'étois connu de qui que ce soit : mes compagnons de voyage ne m avoient jamais vu , et Je ne devois Jamais les revoir après notre arrivée à la capitalede la Pensylvanie.
La route que nous parcourûmes étoit plutôt tracée que faite. Le pays étoit assez nu et assez plat : peu d'oiseaux , peu d'arbres , quelques maisons éparses, point de villages; voilà ce que présentoit la campagne et ce qui me frappa désa. gréablement.
En approchant de Philadelphie nous rencontrâmes des paysans allant au marohé, des voitures publiques et d'autres voitures fort élégantes. Philadelphie me parut une belle ville : les rues larges ; quelques-unes , plantées d'arbres , se coupent à angle droit dans un ordre régulier du nord au sud et de l'est à l'ouest. La Delaware coule parallèlement à la rue qui suit son bord occidental : c'est une rivière qui seroit considérable en Europe, mais dont on ne parle pas en Amérique. Ses rives sont basses et peu pittoresques.
Philadelphie , à l'époquede mon voyage (1791), ne s'étendoit pohit encore jusqu'au Schuy Ikill ;
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seulement le terrain, en aYançant rers eet affinent, étoit divisé par lots, sur lesquels on construlsoit quelques maisons isolées.
L'aspect de Philadelphie est froid et monotone. En général , ce qui manque aux dtés des États* Unis, ce sont les monuments et surtout les Yleux monuments. Le protestantisme, qui ne sacritte point à l'imagination , et qui est lui-même nou« veau, n*a point élevé ces tours et ces dômes dont l'antique religion catholique a couronné l'Europe. Presque rien à Philadelphie , à New-York , à Boston, ne s'élève au-dessusdela massedes murs et des toits. L'œil est attristé de ce niveau.
Les États-Unis donnent plutôt l'idée d'une colonie que d'une nation-mère ; on y trouve des usages plutôt que des mœurs. On sent que les habitants ne sont point nés du sol : cette société, si belle dans le présent, n'a point de passé ; les villes sont neuves, les tombeaux sont d'hier. C'est ce qui m'a fait dire dans les Natchez: « Les Euro- « péens n'avoient point encore de tombeaux en « Amérique, qu'ils y avoientdéjà des cachots. « C'étoient les seuls monuments du passé pour « cette société sans aïeux et sans souvenirs. ».
Il n'y a de vieux en Amérique que les bois , enfants de la terre, et la liberté , mère de toute société humaine : cela vaut bien des monuments et des aïeux.
Un homme débarqué , comme moi, aux États- Unis, plein d'enthousiasme pour les anciens, un Gaton qui cherchoit partout la rigidité des premières mœurs romaines, dut être fort scandalisé de trouver partout l'élégance des vêtements, le luxe des équipages , la frivolité des conversations, l'inégalité des fortunes , l'immoralité des maisons de banque et de jeu , le bruit des salles de bal et dé spectacle. A Philadelphie , j'aurois pu me croire dans une ville angloise : rien n*annonçoit que j'eusse passéd'une monarchie àla république.
On a pu voir dans VEs$ai historique qu'à cette époque de ma vie j'admirois beaucoup les républiques : seulement je ne les croyoispas possibles à l'âge du monde où nous étions parvenus, parce que je ne connoissois que la liberté à la manière des anciens, la liberté iille des mœurs dans une société naissante; j*ignorois qu'il y eût une autre liberté fille des lumières et d'une vieille civilisation ; liberté dont la république représentative a prouvé la réalité. On n'est plus aujourd'huiobligé de labourer soi-même son petit champ, de repousser les arts et les sciences , d*avoir les
imgles crodius et la barbe «de pour être lOnt.
M<m détfapjKM'nltf meii^politique me donna san doute l'humeur qui me fit écrire la note satirique contre les quakers, et même un peu eontre tous les Américains, note que l'on trouve dans l'fi- $ai historique. Au reste, l'apparenoe du peuple dans les rues de la capitale de la Pensylvanie étoit agréable ; les hommes se montrolent proprement vêtus f les femmes,'surtout les quakeresseï, avec leur chapeau uniforme, panrissoient eitrèmement jolies.
Je rencontrai plusieurs épions de Saint-Dooiiiigue et quelques François émigrés. J'étms impe* tient de commencer mon voyage au désert : tout le monde fût d'avis que je me rendisse à Albany, où , plus rapproché des déf ricbenients et des notions indiennes, je serois à même de trouver da guides et d'obtenir des renseignements*
Lorsque j'arrivai ^Philadelphie, le grand Wft» shington n'y étoit pas. Je fus obligé de l'atteadie une quinzaine de jours; il revint. Je le vispifler dans une voiture qu'emportoient avec n^idHé quatre chevaux fringants, conduits à granda guides. WashingUm , d'après mes Idées d'alon, étoit nécessairement Gindnnatos; Cindimaln en carrosse dérangeoit un peu ma république de l'an de Home 296. Le dictateur Washiogt» pouvoit-il être autre chose qu'un rustre piquant ses bœufe de raiguillmi et tenant le mandie de sa charrue? Maitf quand j'allai porter ma lettre de recommandation à ce grand homme, je retrouvai la simplicité du vieux Romain.
Une petite maison dans le genre anglols, rei* semblant aux malsons vc^lnes, étoit le palais di président des États-Unis : point de garde, p0 même de valets. Je frappai; une Jeune servaate ouvrit. Je" lui demandai si le générai étoit en lui ; elle me répcmdit qu'il y étdt Je répliqitti que j'avols une lettre à lui remettre. La servaota me denumda mon nom , difficile à prononcer es aoglois, et qu'elle ne put retmir . Elle me dit aloff doucement: Walh in, sir^ « Entres, menflievr;> et elle marcha devant moi dans un de oes étroitt corridors qui servent de vestibule aux roaisetf angloises : elle m'introdui^t dans un parloir, aa elle me pria d'attendre le général.
Je n'étols pas ému. La grandeur de Viv» ^
celle de la fortune ne m'imposent point : j'admiic
la première sans en être écrasé ; la seconde m'iDi-
pire plusde pitié que de respect. Visage d'hoautf
I ne me troublera Jamais.
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Aq bout de quelque minutes le général entra. C'étoit un homme â*une grande taille, d*un air calme et firoid plutôt que noble : il est ressemblant dans ses gravures. Je lui présentai ma lettre en silence; il l'ouvrit, courut à la signature, qu'il lut tout baut avec exclamation : « Le colonel Armand ! » c'étoit ainsi qu'il appeloit et qu'avwt signé le marquis de la Rouairie.
Nous nous assîmes ; je lui expliquai , tant bien que mal, le motif de mon voyage. Il me répondoit par monosyllabes françois ou anglois, et m'écootoit avec une sorte d'étonnement. Je m'en aperçus, et je lui dis avec un peu de vivacité : « Mais « il est moins difficile de découvrir le passage du • nord-ouest que de créer un peuple comme vous « l'avez fait. » Weli, tvell, young man! s'écria* t-il en me tendant la main. Il m'invita à dtner pour le jour suivant , et nous nous quittâmes.
Je fus exact au rende^vous : nous n'étions que cinq ou six convives. La conversation roula presque entièrement sur la révolution fhmçoise. Le général nous montra une clef de la Bastille : ces cleCi de la Bastille étoient des jouets assez niais qu'on se disUibuoit alors dans les deux mondes. Si W^ashington avoit vu , comme moi , dans les ruisseaux de Paris, les ^mt^flteurs de la BastUiCj il auroit eu moins de foi dans sa relique. Le sérieux et la fcnrce de la révolution n'étoient pas dans ces orgies sanglantes. Lors de la révocation de redit de Nantes , en 1 685 , la même populace du faubooi^ Saint- Antoine démolit le temple protestant à Cbarenton avec autant de zèle qu'elle dévasta Téglise de Saint-Denis en 1 798.
Je quittai mon bote à dix heures du soir, et je ne l'ai jamais revu; il partit le lendemain pour la campagne, et je continuai mon voyage.
Telle fut ma rencontre avec cet homme qui a affranchi tout un monde. Washington est descendu dans la tombe avant qu'un peu de bruit se fût attaché à mes pas ; j'ai passé devant lui comme Tétre le plus inconnu; il étoit dans tout son éclat, et moi dans toute mon obscurité. Mon nom n'est peut-être pas demeuré un jour entier dans sa mé- BBoire. Heureux pourtant que ses regards soient timibés sur moi 1 je m'en suis senti échauffé le reste de ma vie : il y a une vertu dans les regards d'oD grand homme.
J*ai vu depuis Buona^Mirte : ainsi la Providenee m'a montré les deux personnages qu'elle s'étoit plu à mettre à la tète des destinées de leurs siècles.
Si Ton compare Washington et Buonaparte homme à homme , le génie du premier semble d'un vol moins élevé que celui du second. Washington n'appartient pas, comme Buonaparte, à cette race des Alexandre et des César, qui dépasse la stature de l'espèce humaine. Rien d'étonnant ne s'attache à sa personne ; il n*est point placé sur un vaste théâtre; il n'est point aux prises avec les capitaines les plus habiles et les plus puissants monarques du temps ; il ne traverse point les mers; il ne court point de Memphis à Vienne et de Cadix à Moscou : il se défend avec une poignée de citoyens sur une terre suis souvenirs et sans célébrité, dans le cercle étroit des foyers domestiques. Il ne livre point de ces combats qui renouvellent les triomphes sanglants d'Arbelles et de Pharsale ; il ne renverse point les trônes pour en recomposer -d'autres avec leurs débris; tV ne mei point le pied sur le cou des rois; il ne leur fait point dire , sous les vestibules de son palais,
Quib M foDt trop attoidre, et qu*AtUU s*enniile.
Quelque chose de silencieux enveloppe les actions de Washington ; il agit avec lenteur : on diroit qu'il se sent le mandataire de la liberté de Tavenir, et qu'il craint de la compromettre. Ce ne sont pas ses destinées que porte ce héros d'une nouvelle espèce , ce sont celles de son pays ; il ne se permet pas de jouer ce qui ne lui appartient pas. Mais de cette profonde obscurité quelle lumière va jaillir! Cherchez les bois inconnus où brilla l'épée de Washington, qu'y trou verez-vous ? des tombeaux? non, un monde 1 Washington a laissé les États-Unis pour trophée sur son champ de bataille.
Buonaparte n'a aucun trait de ce grave Américain : il comlmt sur une vieille terre, environné d'éclat et de bruit ; il ne veut créer que sa renommée; il ne se charge que de son propre sort. Il semble savoir que sa mission sera courte , que letorrentquldescenddesihauts'écrottlera promptement : il se hâte de jouir et d'abuser de sa gloire comme d'une jeunessefiigitive. A l'instar des dieux d'Homère il veut arriver en quatre pas au bout du monde ; il pardt sur tous les rivages, il inscrit précipitamment son nom dans les fttstes de tous les peuples , et jette en courant des couronnes à sa famille et à ses soldats ; il se dépêche dans ses monuments , dans ses lois, dans ses victoires. Penché sur le monde, d'une main il terrasse les rds, de l'autre il abat le géant révolutionnaire; mais
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en écrasant l'anarchie il étouffe la liberté, et finit par perdre la sienne sur son dernier champ de bataille.
Chacun est récompensé selon ses œuvres : Washington élève une nation à l'indépendance : magistrat retiré il s'endort paisiblement sous son toit paternel , au milieu des regrets de ses compatriotes et de la vénération de tous les peuples.
Buonaparte ravit à une nation sou indépendance:empereurdéchu,iiestprécipitédansrexil, où la frayeur de la terre ne le croit pas encore assez emprisonné sous la garde de l'Océan. Tant qu'il se débat contre la mort, foible et enchaîné sur un rocher, l'Europe n'ose déposer les armes. Il expire : cette nouvelle, publiée à la porte du palais devant laquelle le conquérant avoit fait proclamer tant de funérailles, n'arrête ni n*étonne le passant : qu'avoient à pleurer les citoyens?
La république de Washington subsiste, l'empire de Buonaparte est détruit : il s'est écoulé entre le premier et le second voyage d'un François qui a trouvé une nation reconnoissante là où il avoit combattu pour quelques colons opprimés.
Washington et Buonaparte sortirent du sein d'une république : nés tous deux de la liberté, le premier lui a été fidèle, le second l'a trahie. Leur sort, diaprés leur choix, sera différent dans l'avenir.
Le nom de Washington se répandra avec la liberté d'âge en âge ; il marquera le commencement d'une nouvelle ère pour le genre humain.
Le nom de Buonaparte sera redit aussi par les générations futures ; mais il ne se rattachera à aucune béuédiction, et servira souvent d'autorité aux oppresseurs, grands ou petits.
Washington a été tout entier le représentant des besoins , des idées , des lumières , des opinions, de son époque; il a secondé, au lieu de contrarier, le mouvement des esprits; il a voulu ce qu'il devoit vouloir, la chose même à laquelle il étoit appelé : de là la cohérence et la perpétuité de son ouvrage. Cet homme , qui frappe peu , parce qu'il est naturel et dans des proportions justes , a confondu son existence avec celle de son pays; sa gloire est le patrimoine commun de la civilisation croissante ; sa renommée s*éiè ve comme un de ces sanctuaires où coule une source intarissable pour le peuple.
Buonaparte pouvoit enrichir également le domaine public : il agissoit sur la nation la plus civilisée, la plus Intelligente, la plus brave, la plus
brillante de la terre. Quel seroit aujoard'hai leor rang occupé par lui dans l'univers , s'il eût joint la magnanimité à ce qu'il avoit d*héroiqae, si, Washington et Buonaparteà la fois ,lleùtDoiiuné la liberté héritière de sa gloire !
Mais ce géant démesuré ne lioit point complètement ses destinées à celles de ses contemporains: son génie appartenoit à l'âge moderne, son ambition étoitdes vieux Jours; il ne s'aperçut pasqoe les miracles de sa vie dépassoient de beaucoup la valeur d'un diadème , et que cet ornement gothique lui siéroit mal. Tantôt il faisoit un paj am le siècle, tantôt il reculoit vers le passé; et, soit qu'il remontât ou suivit le cours du temps, par sa force prodigieuse il entralnoit ou repoussoitks flots. Les hommes ne furent à ses yeox qu'on moyen de puissance; aucune sympathie ne s'établit entre leur bonheur et le sien. Il avoit promis de les délivrer, et il les enchaîna ; il s'Isola d*eoi) ils s'éloignèrent de luiw Lesrotsd'ÉgypteplaçoieDt leurspyramidesfunèbresnon parmi les campagnes florissantes, mais au milieu des sables stériles; ces grands tombeaux s'élèvent comme réteraité dans la solitude : Buonaparte a l>âtl , à leur image, le monument de sa renommée.
Ceux qui , ainsi que moi , ont vu le conquénot de l'Europe et le législateur de l'Amérique, détournent aujourd'hui les yeux de la scène du monde : quelques histrions, qui font pleurer oi rire, ne valent pas la peine d'être regardés.
Un stage , semblable à celui qui m'avoit amené de Baltimore à Philadelphie , me conduisit de Philadelphie à New- York, ville gaie, peapiéeet commerçante, qui pourtant étoit bien loin d'être ce qu'elle est aujourd'hui. J'allai en pèlerioageà Boston pour saluer le premier champ de bataille de la liberté américaine. « J'ai vu les champs de « Lexington, je m'y suis arrêté en silence, comme « le voyageur aux Thermopyles , à contempler la « tombé'de ces guerriers des deux mondes, (|ni « moururent les premiers pour obéir aux lois de « la patrie. En foulant cette terre philosophivioe A qui me disoit , dans sa muette éloquence, com- « ment les empires se perdent et s'élèvent, f^ « confessé mon néant devant les voies de la Vto- « vidence,etbaissémonfrontdanslapou8Sière'.«
Revenu à New-York, je m'embarquai sur le paquebot qui faisoit voile pour Albany, en remontant la rivière d'Hudson, autrement appelée la rivière du Nord,
< Ktêai hutorique f !■* part. , chap. xxxui.
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Dans une noieà&VEssai historiqucy j*ai décrit une partie de ma navigation sur cette rivière, au tiord de laquelle disparof t aujourd'hui , parmi les républicains de Washington , un des rois de Buonaparte*, et quelque chose de plus, un de ses frères. Dans cette même note , j*ai parlé du major André , de cet infortuné Jeune homme sur le sort duquel un ami, dont je ne cesse de déplorer la perte, a laissé tomber de touchantes et courageuses paroles'lorsque Buonaparte étoit près de monter au trône où s'étoit assise Marie-Antoinette ».
Arrivé à Albany, j'allai chercher un M. Swift pour lequel on m'avoit donné une lettre à Philadelphie* Cet américain faisoit la traite des pelleteries avec les tribus indiennes enclavées dans le territoire cédé par T Angleterre aux États-Unis; car les puissances civilisées se partagent sans façon , en Amérique , des terres qui ne leur appartiennent pas. Après m*avoir entendu, M. Swift me fit des objections très-raisonnables : il me dit que je ne pou vois pas entreprendre de prime abord, seul , sans secours, sans appui, sans recommandation pour les postes anglois, américains , espagnols , où Je serois forcé de passer, un voyage de cette importance ; que , quand J*aurois le bonheur de traverser sans accident tant de solitudes, j*arriverois à des régions glacées où je périrois de froid ou de faim. Il me conseilla de commenceràm'accllmaterenfaisantunepremière course dans l'intérieur de l'Amérique, d'apprendre le sioux, l'iroquois et l'esquimau , de vivre quelque temps parmi les coureurs de bois canadiens et les agents de la compagnie de la baie d*Hudson. Ces expériences préliminaires faites, je pourrois alors, avec l'assistance du gouvernement françois, poursuivre ma hasardeuse entreprise.
Ces conseils, dont Je ne pouvois m*empécher de reconnoitre la Justesse , me contrarioient ; si je m'en étois cru , Je serois parti pour aller tout droit au pôle, comme on va de Paris à Saint- Cloud. Je cachai cependant à M. Swift mon déplaisir. Je le priai de me procurer un guide et des chevaux , afin que Je me rendisse k la cataracte de Niagara , et de là à Pittsbourg , d'où Je pourrois descendre i'Ohio. J'avois toujours dans la tête le premier plan de route que Je m'étois tracé.
M. Svdft engagea à mon service un Hollandois qui parloit plusieurs dialectes indiens. J'achetai
« M. mFoiiTAm», Éloge de f$^a$hington.
deux chevaux, et Je me hâtai de quitter Albany.
Tout le pays qui s'étend aujourd'hui entre le territoire de cette ville et celui de Niagara est habité , cultivé , et traversé par le fameux canal de New- York ; mais alors une grande partie de ce pays étoit déserte.
Lorsque après avoir passé le Mohawk , Je me trouvai dans des bois qui n'avoient jamais été abattus, je tombai dans une sorte d'jvresse que J'ai encore rappelée dans V Essai historiqxte : « J'allois « d'arbre en arbre , à droite et à gauche indiffé- « remmcnt , me disant en moi-même : Ici plus de « chemin à suivre, plus de villes, plus d'étroites « maisons , plus de présidents , de républiques, de
«rois Et, pour essayer si J*étois enfin
« rétabli dans mes droits originels, je me livrais <t à mille actes de volonté qui faisoient enrager le « grand Hollandois qui me servolt de guide , et qui « dans son âme me croyoit fou '. »
Nous entrions dans les anciens cantons des six nations iroquoises. Le premier Sauvage que nous rencontrâmes étoit un Jeune homme qui marchoit devant un cheval sur lequel étoit assise une Indienne parée à la manière de sa tribu. Mon guide leur souhaita le. bonjour en passant.
On sait déjà que j'eus le bonheur d'être reçu par un de mes compatriotes sur la frontière de la solitude , pa^ce M. Violet, maître de danse chez les Sauvages. On lui payoit ses leçons en peaux de castor et en jambons d'ours. « Au milieu d'une « forêt, on voyoit une espèce de grange; Je trou- 1 val dans cette grange une vingtaine de Sauva- « ges, hommes et femmes, barbouillés comme <t des sorciers, le corps demi-nu, les oreilles dé- « coupées, des plumes de corbeau sur la tête , et « des anneaux passés dans les narines. Un petit « François , poudré et frisé comme autrefois , habit « vert-pomme, veste de droguet, jabot et man- « chettes de mousseline, racloit un violon de « poche, et faisoit danser Madelon Friquet à ces A Iroquois. M. Violet , en me parlant des Indiens * «t me disoit toujours : Ces messieurs Sauvages et « ces dames Sauvagesses, Il se louoit beaucoup « de la légèreté de ses écoliers : en effet, je n'ai « Jamais vu faire de telles gambades. M. Violet, « tenant son petit violon entre son menton et sa « poitrine, accordoit l'instrument fatal; il crioit « en iroquois : A vos places! et toute la troupe <i sautolt comme une bande de démons*. »
I Essai historique , ii* part. , chap. LTil. ' Itinéraire*
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G*étoit tue chose asm étrange pour un diseiple de BooflscaQ , que cette introduction à la vie sauvage par un bai que donnoit à des Iroqoois un ancien marmiton du général Rochambeau. Noos oontinoâmes notre route. Je laisse maintenant parler le manuscrit : je le donne tel que je le trouve , tantôt sous la fiNrme d'un réeii, tantôt sous celle à'unjoumai, quelquefois en kttns ou en simplet