‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 10 sur 283 · MIRACLES. MYSTÈRES. SATIRES · texte numérisé non relu

MIRACLES. MYSTÈRES. SATIRES

Les miracles et les mystères firent une partie essentielle de la littérature de tous les pays chrétiens, depuis le dixième Jusqu'au seizème siècle. Geoffroy, abbé de Saint-Alban, composa en langue d'Oil le miracle de Sainte Catherine .* c'est le premier drame écrit en françois, dont Jusqu'ici on ait connoissance. L'auteur le fit Jouer dans une église en lUO , etemprunta, pour en revêtir les acteurs, les diapes de l'abbaye de Saint-Alban.

Le clergé encourageolt ces spectacles, comme un enseignement public de l'histoire du christianisme : le théâtre grec eut la même origine religieuse. Les miracles et les mystères se donnoient en plein Jour dans les églises, dans les cours des palais de Justice , aux carrefours des villes, dans les cimetières : ib étoient annoncés en chaire par le prédicateur ; souvent un abbé ou un é vêque y présidoit la crosse à la main. Le tout flnissoit quelquefois par des combats d'animaux, des Joutes, des luttes, des danses et des courses. Clément VI accorda mille ans d'indulgences aux persomiespieusesquisuivroientle cours des pièces sahitesàChester.

Ces spectacles étdent pour les plébéiens ce qu'étoient les tournois pour les nobies. Le moyen âge coroptoit beaucoup plus de solennités que les siècles modernes : les véritables Joies naissent par* tout des croyances nationales. La révolution n'a pas eu le pouvoir de créer une seule fête durable, et s'il est encore des Jours fériés populaires , en dépit de l'incrédulité, ils appartiennent tous aa vieux christianisme : on ne prend bien qu'aux plaisirs qui sont en même temps des souvenirs et des espérances. La philosophie attriste les hommes ; on peuple athée n'a qu'une fête, ceiie de la mort.

Les représentations théâtrales passèrent de la clergie aux laïques. Des marchands drapiers donnèrent à Londres la Création. Adam et Eve paroissolent tout nus. Des teinturiers Jouèrent le

SUR LA LITTÉRATURE ANGLOISE

Dihife. La flBnuMde Noé reftnoft d^entrer dans rarelîe , el aooffletoit son mari.

Le cours qoe M. Magnin fait av^Jourd'hni , aret Mrtant de savoir que de talent , complétera le cercle des oonnolssances snr les mystères et sur l'époque qiri les a précédés , 8i:^et plein d'Intérêt et iahmnt mx entrailles de notre histoire.

Les satires ooenpolent une grande place dans Ici poésies de l' Anglelerre normande. Les dames , ftspiecées des dievallers , Tétoient fort peu de9 joogteors ; ceax-ei lenr r^roehoient Pamonr de la parare et des petits chiens, • Si vous voulez faire

• vne visite à ime dame, enveloppes-vons bien ,

< anpnmles même la chape de Saint-Pierre de «RiMne^car en entrant vons seres assailli des

• ctiiens de toute espèce : vous en trouverez de

• petits sautant comme grifBllon , et d'énormes - lévriers rampant comme des lions. «(L'abbb bb

u RUB.)

On maltraite encore les dames dans les Noees iesfitks du diable, dmis VAj^riikm de saint Pierre, stances contre le marfaige. Le pape , les évéqnes , les moines , les nobles , les riches , les médecins, les divers états de la vie, ont leur lot dans le Roman des romans, dans le Bezant de Dieu , dans le Pater noster des gourmands, dans les litanies des Vilains, le Credo du Juif, YÉpitre et V Évangile des femmes y^vaxXovX dans ces satires générales qui portoient le nom de Bible :

An otber abbai îs ther bi For soth a gret nuttierie, ele.

• Auprès d'une abbaye se trouve un couvent « de Bonnes, au bord d'une rivfèredouce comme « in lait keoL Jours d'été les Jeunes nonnes re- " Bieatent eeCte rivière en bateaux ; et quand elles

• sont Mn de Pabbaye , le di«d>le se met tout nu ,

■ se coudie sor le rivage , et se prépare à nager.

• A^ie,tteBlèTe les Jeunes OK^neset revientcfaer-

• cher les wmnes. Il enseigne à celles-ci une oral-

• sou : le moine, bien disposé , aura douze fem-

■ mes à Pannée, et il deviendra bientôt te père

■ abbé. » Je supprime de grossières obscénités. Le Credù de Pieite le Laboureur ( PIter Plovr-

men) esloM satire amère contre les moines mendiants:

I fond in a fretore a frère on a benclie» etc.

« Tai rencontré, assis sur un banc, un frère

< affreux; il étoit gros comme un tonneau ; son

• visage étoit si plein qu'il avoit Tair d'une vessie

• remplie de vent , ou d'un sac suspendu à ses

« deux Joues et à son menton. C'étoit une vérita- « ble oie grasse qui faisoit repiuer sa chair comme « une boue tremblante '. »

Les châtelains et les diâtelaines chantoîent , aimoient, se gaudissoient, et par mcmients ne croyoient pas trop en Dieu. Le vicomte de Beaucaire menace son fils Aucassin de l'enfer, s'il ne se sépare de Nicolette, sa mie. Le damoiseau répond qu'il se soucie fort peu du paradis , rem« pli de moines £Ednéants demi-nus , de vieux prêtres crasseux et d'ermites en haillons ; il veut aller en enfer, où les grands rois, les paladins, les barons , tiennent leur cour plénière ; il y trouvera de belles femmes qui ont aimé des ménestriers et des Jongleurs, amis du vin et de la Jde. Un troubadour dit son Pater pour que Dieu accorde à tous ceux qui aiment le plaisir qu'il eut une nuit avec Ogine.

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