‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 100 sur 283 · livre; IV · texte numérisé non relu

livre; IV

tomes et songes ; ou bien en soufflant son venin , il tâcboit â*infecter les esprits vitaux qui s éièvtnt du pur sang, comme de douces haleines s'éièveot d*une rivière pure : de là du moins poQrroient nattre ces pensées déréglées et mécontentes, ces vaines espérances, ces projets vains, ces désirs désordonnés, enflés d*opinions hautaines qui engendrent l'orgueil.

Tandis qu'il étoit ainsi appliqué , Ithuriel le toache légèrement de sa lance , car aucune imposture ne peut endurer le contact d'une trempe céleste , et elle retourne de force à sa forme naturelle. Découvert et surpris, Satan tressaille : cumme quand une étincelle tombe sur un amas de poudre nitreuse préparée pour le tonneau , afin d'approvisionner un magasin sur un bruit de guerre ; le grain noir, dispersé par une soudaine explosion, embrase l'air : de même éclata dans 0 propre forme, l'ennemi. Les deux beaux angn recalèrent d'un pas à demi étonnés de voir si subitement le terrible monarque. Cependant Don émus de frayeur, ils l'accostent bientôt :

> Lequel es-tu de ces esprits rebelles adjugés « à renfer? Viens-tu échappé de ta prison? Et

• pourquoi transformé, te tiens-tu comme un

• ennemi en embuscade, veillant ici au chevet

« de ceux qui dorment? »

• Vous ne me connoissez donc pas, reprit Satan

• plein de dédain; vous ne me connoissez pas, «moi? vous m'avez pourtant connu autrefois.

Or if, îDspiring venom , be might taint Tb' animal spiriU , that from pare blood arise Llke geotle bieatbs from rivera pure » thence raiae At leist dutemper'd , diacoatented tboogbts , y ha hopea, vain aima , ioordioatc desires , Cl(mn up wîUi higli coneeits ingendering pride.

UiiD tlius ioteot Ithuriel ^iUi bis spcar ToucbM UgliUy ; for do falsebood can endure Toodiof cdestial temper, but rekirna or force to its owb likeness : up be starts DfeMTer'd and surpris'd. As when a spark Li^bU on a heap ornitrous powder, laid rit Tof Ihe ton y some magazine to store Apinst a rumour*d war ; the smutty grain , ^^ itb sudden blaze difliis*d , inflames tbe air ; So slarted up in bis own sbape tbe flend. VacV gtepp*d lliose two lair angels, balf amaz*d So soddeo to bebold tbe grisly king ; Ye( Uius, nnmov'd witb fear, accost bim soon :

" Which of those rebel spirits adjudg'd to HeU Com'st Ibou , escap'd tby prison? and, transform'd, Why safët thoo lîK^ an enemy in wait , liere watching at tbe bead of thèse that sleep ? *

« Know ye nol tben , said Satan , fiird with scom , Know ye not me ? ye knew me once no mate

ClATEACBRIiND. — TOME V.

« non votre camarade , mais assis où vous n'osiez a prendre l'essor. Ne pas me connoltre , c'est vous n avouer vous-mêmes inconnus , et les plus infi* « mes de votre bande. Ou si vous me connoissez , « pourquoi m'interroger et commencer d'une « manière superflue votre mission , qui finira « d'une manière aussi vaine? »

Zéphon lui rendant mépris pour mépris :

« Ne crois pas , esprit révolté , que ta forme « restée la même , ou que ta splendeur non dimi- « nuée, doivent être connues, comme lorsque tu « te tenois dans le ciel droit et pur. Cette gloire « quand tu cessas d'être bon , se sépara de toi. R Tu ressembles à présent à ton péché, et à la <c demeure obscure et souillée de ta condamnation. « Mais viens ; car il faudra, sois -en sûr, que tu « rendes compte à celui qui nous envoie , et dont « la charge est de conserver ce lieu inviolable , « et de préserver ceux-ci de tout mal. »

Ainsi parla le chérubin : sa graf e réprimande , sévère dans une beauté pleine de jeunesse , lui donnoit une grâce invincible. Le démon resta confus ; il sentoit combien la droiture est imposante , et il voyoit combien dans sa forme , la vertu est aimable ; il le voyoit , et gémissoit de l'avoir perdue , mais surtout de trouver qu'on s'étoit aperçu de Taltération sensible de son éclat. Toutefois il paroissoit encore intrépide.

« Si je dois combattre, dit -il, que ce soit le « chef contre lé chef, contre celui qui envoie,

For you, tbere sitting wbere ye durst not soar : Not to know me argues youi-seKes unknown , The lowest of your tbrong ; or, if ye know, Why ask ye , and superfluous l)e^ Your message , like to end as mucb in vain ? » To whom tbus Zepbon , answering scorn with soom : R Tbink not , revolted spirit , tby sbape tbe same , « Or undiminisb*d brightness , to be known , As when thou stood'st in Heaven npright and pure ; That glory tlien , when thou no more wast good » Departed from tbee : and thou resemblest now Tby sin and place of doom obscure and foui. But oome , for thou , he sure , shalt give accoimt To him who sent us » wbose charge is to keep This place inviolable , and thèse from harm. » So spakc Uie cherub ; and bis grave rebuke, Severe in youtliful beauty , added grâce Invincible : abash*d tbe devil stood , And felt how awful goodness Is, and saw Virluc in her sbape how lovely ; saw , and pin*d His loss : but chiefly to And bere observ'd His lustre visibly ibipair'd ; yet seem'd Undaunted.

« If I must contend , said he , Cest with tbe best , tbe sender, not tbe sent ,

LE PARADIS PERDU

« non contre celui qui est envoyé , ou contre « tous à la fois : plus de gloire sera gagnée , ou « moins perdue. »

1 Ta frayeur, dit le hardi Zéphon , nous épar- • gnera i^épreuve de ce que le moindre d'entre « nous peut faire seul contre toi , méchant , et

« par conséquent foible. »

L'ennemi ne répliqua point , étouffant de rage ; mais, comme un orgueilleux coursier dans ses freins , il marche la tête haute , rongeant son mors de fer : combattre ou fuir lui parut inutile ; une crainte d'en haut avoit dompté son cœur, non autrement étonné. Maintenant ils approchoient du point occidental où les gardes de demi-ronde s'étoient tout juste rencontrés , et réunis ils formoient un escadron attendant le prochain ordre. Gabriel , leur chef, placé sur le front , leur crie :

« Amis, j'entends le bruit d'un pied agile qui « se hâte par ce chemin , et à une lueur je discerne « maintenant Ithuriel et Zéphon à travers l'om- « bre. Avec eux s'avance un troisième personnage « d'un port de roi, mais d'une splendeur pâle et n fanée : à sa démarche, et à sa farouche conte- « nance , il paroit être le prince de l'enfer, qui « probablement ne partira pas d'ici sans conteste : d demeurez fermes , car son regard se couvre et « nous déile. »

A peine a-t-il fini de parler, qu'Ithuriel et Zéphon le joignent , lui racontent brièvement qui ils amènent, où ils l'ont trouvé, conmient

Or ail at once; more glory wiU be won» Or less be lost. »

« Thy fear, said Zepbon bold^ Will save us trial what ttie least can do Single against thee , wicked , and thence weal(. »

The fiend replied nol , overconie with rage ; Bol, like a proud sieed rein*d » went haogbty on » Champing his iron curb : to strive or fly Ile held ïi ifain ; awe from aboTe bad queird Ilis heart, not elae disoiay'd. Now drew Uiey nigh The western point , where those half-rounding guards Jiist met, and clofting slood in aquadron join'd , Awailing next command. To whom their chier, Gabriel , from the front thus caird aloud :

« O friends ! I hear the tread of nimble feet Hasting this way, and now by glimpse discem Ithuriel and Zéphon through the ihade ; And with them cornes a third of régal port » But iaded splendour wan ; who by his gait And ûerce demeanour seems the prince of Hell , Not likely to part hence witbout contest : Stand firm ; for in his look défiance lours. »

He scarce bad ended , when those two approach'd , And brief related whom they brought , wbere found , How busied , in what fonn and poâtore oouch'd.

occupé , sous quelle forme et dans quelle posture il étoit couché. Gabriel parla de la sorte avec on regard sévère :

« Pourquoi, Satan, as-tu franchi les limites n prescrites à tes révoltes? Pourquoi viens-tu «I troubler dans leur emploi ceux qui ne veulent t pas se révolter à ton exemple? Mais ils ont le « pouvoir et le droit de te questionner sur ton « entrée audacieuse dans ce lieu , où tu focco- « pois , à ce qu'il semble , à violer le sommeil et « à inquiéter ceux dont Dieu a placé la demeure < ici dans la félicité. »

Satan répondit avec un sourcil méprisant : « Gabriel , tu avois dans le ciel la réputation t d'être sage, et je te tenoîs pour tel; mais la n question que tu me fais me met en doute. Qu'il « vive en enfer celui qui aime son supplice! Qm K ne voudroit , s'il en trouvoit le moyeo , s*échap- * per de l'enfer, quoiqu'il y soit condamné? Toi- « même tu le voudrois sans doute; tu t'aventure- « rois hardiment vers le lieu, quel qu'il fût, le « plus éloigné de la douleur, où tu pusses espérer •< changer la peine en plaisir, et remplacer le plus « tôt possible la souffrance par la Joie : c'est ce « que J'ai cherché dans ce lieu. Ce ne sera pas là « une raison pour toi , qui ne connois que le (t bien, et n'as pas essayé du mal. M'objecteras- « tu la volonté de celui qui nous enchaîna? Qu'il « barricade plus sûrement ses portes de fer, s'il «t prétend nous retenir dans cette sombre géhenne!

To whom with stern regard thas Galiriel spake : « Why hast thou , Satan , broke the bounds prescrib'd To thy transgressions ? and distorfo'd the charge Ofothers , who approTe not to transgress By thy cxample , but liave power and right To question thy l)oUl entrance on this place ; £mp!oy*d , it geems> to Tiolate sleep , and those Whose dwelling God hath planted hère in bliss? • To whom thus Satan , with contemptuons brow : R Gabriel , thou hadst in HeaTen th* esteem ofwise, And such f hcld thee ; but this question ask*d Puts me in doubt. Ll¥es there who loTes bis pain ! Who would not , fmding way, break loose from Hell, Though thilher doom'd? thou wouldst thyself, oodoobt, And boldly Tenture to whatever place Farthest from pain , whcre tbou mightst hope to change Torment with ease , and soonest recompense Dole with delight ; which in tlûs place I sought To thee no reason , who know*st oiily good , But cTil hast not tried : and wilt object His will who bounds us? Let him surer bar His iron gales , if he intends our stay In that darli duranœ : thus much wliat was askU The rest is true , they found me where they say ; But that implîes not Tîolenoe or haniL »

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