‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 109 sur 283 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

change, Adam, quoique non intimidé, toutefois avecan abord soumis etunedouceurrespectueuse, s inclinant profondément comme devant une nature supérieure , lui dit :

« Natif du ciel (car aucun autre lieu que le ciel I ne peut renfermer une si glorieuse forme ) puis- ' que eu descendant des trônes d'en haut tu as

• consenti à te priver un moment de ces demeures

• fortunées, et à honorer celles-ci , daigne avec i DOQS, qui ne sommes ici que deux, et qui ce- « pendant , par un don souverain , possédons cette

• terre spacieuse, daigne te reposer sous Tombrage

• de ce berceau : viens t*asseoir pour goûter ce que > ce jardin offre de plus choisi , jusqu'à ce que la « chaleur du midi soit passée , et que le soleil plus « refroidi décline. »

L'angéllque vertu lui répondit avec douceur :

'Adam, c*est pour cela même que je viens

«iej : tu es créé tel, ou tu as ici un tel séjour

«ponr demeure, que cela peut souvent inviter

• les esprits mêmes du ciel à te visiter. Gonduis- « moi donc où ton berceau surombrage ; car de «ceslieures du milieu du jour jusqu'à ce que le

• soir se lève, je puis disposer. »

Ils arrivèrent à la demeure silvaine qui , sem- Uûble à la retraite de Poraone , sourioit parée de fleurs et de sentears charmantes. Mais Eve , non I»rée excepté d^elle-méme (plus aimablement belle qu'une nynaphe des bois, ou que la plus

A» to a soperioar nature bowing low , Tbossakl:

« NatÎTe of Heaven ^ for olher place Nom can than Heafen such glorious shape contain ; SïDce» by descending from the tlironea above , Tbiseliappy places tbou hast deiga*d awliile Topant, iDd honour thèse ; vouchsafe with us îwoonly , who yel by sovran gifl possess Thi» spacioas ground , in yonder sliady bower To rest ; and wliat the garden choicest bears To Mt aod taste , ttll this meridian heal ^ over, and the son more cool décline. » Wboo) tbus the angelic Virtue answer^d mild : " Adam , I therefore came ; nor art thou such Crealed, or snch place hast hère to dwell , Af nuy not od inTÎte , though spirits of Hearen , î*) ml ihee : lead on then where thy bower O'mhades ; for thèse mid-hours till evening rise, IluTealwiU. »

So to the syhan loïlge ^y came , Uiat Uke Pomona*s arbour smil'd , NVith Ao^erets deck*d , and fragrant smells ; but Ere f tD<lerk'd saye with berself , more lovely fair Tboonfood-nymph , or the fairest goddess feign*d oniirpe Uiat in motint Ida nakcd stroTe, Stood to entertain her gueat from Heaven ; no rell

belle des trois déesses fabuleuses qui luttèrent nues sur le mont Ida) , Eve se tetioit debout pour . servir son hôte du ciel : couverte de sa vertu, elle n*avoit pas besoin de voile; aucune pensée infirme n^altéroit sa joue. L'ange lui donna le salut, la sainte salutation employée longtemps après pour bénir Marie, seconde Eve.

n Salut , mère des hommes , dont les entrailles « fécondes rempliront le monde de tes fils, plus « nombreux que ces fruits variés dont les arbres « de Dieu ont chargé cette table I »

Leur table étoit un gazon élevé et touffu , entouré de sièges de mousse. Sur son ample surface carrée , d*un bout à l'autre , tout Tautomme étoit entassé, quoique alors le printemps et Tautonne dansassent ici main en main. Adam et l'ange discoururent quelque temps (ils ne craignent pas que les mets refroidissent). Notre père commença de la sorte :

n Céleste étranger, qu'il te plaise goûter ces « bontés que notre nourricier, de qui tout bien « parfait descend sans mesure, a ordonné à la « terre de nous céder pour aliment et pour délice ; « nourriture peut-être insipide pour des natures « spirituelles. Je sais seulement ceci : un Père ce- « leste donne à tous. »

L'Ange répondit :

« Ainsi ce qu'il donne (sa louange soit à jamais « chantée, à i*homme en partie spirituel, peut^

She needed , virtae-proof ; no thoughl infirm Alter^d her cheek. On whom the angel Hail Bestow'd ; the holy salutation us'd Long after to blest Mary , second Eve :

« Hail , mother of mankind , whose fmitful womb Shalf fil! the world more numerous with thy sons, Than wilh thèse Tarions fruits the treesof God Hâve heap'd this table ! »

Rais'd of grassy tnrf Theîr table was » and mossy seats liad roond , And on her ample square from side to side Ail autumn pird ; though spring and autumn bere Danc'd hand in hand. A whUe disoourse Ihey hold ; No fcar lest dinner cool ; when thus began Our authour :

« Heavenly stranger, please to taste Thèse bonnties , which our Nourisher, from whom AU perfect good , unmeasured ont , descends » To IIS for food and for delight hath caas'd The earth to yield; unsavoury food , perhaps^ To spiritual natures : only this I know, Tliat one celestial Father gives to ail. »

To whom the angel :

« Therefore what he gives (Whose pratse be ever sung) to man in part Spiritual , may of purest spirits be found

LE PARADIS PERDU

« n'être pas trouvé une ingrate nourriture par les « plus purs esprits. Les substances inteilectuelies « demandent ia nourriture comme vos substances « rationnelles; les unes et les autres ont en elles « la faculté inférieure des sens au moyen des- « quels elles écoutent, voient, sentent, touchent « et goûtent : le goût raffine , digère , assimile , et « transforme le corporel en incorporel.

« Sache que tout ce qui a été créé a besoin d*ètre « soutenu et nourri : parmi les éléments , le plus « grossier alimente le plus pur : la terre nourrit « la mer, la terre et la mer nourrissent Tair, l'air

• nourrit ces feux éthérés, et d*abord la lune, « comme le plus abaissé : de là sur sa face ronde « ces taches, vapeurs non purifiées qui ne sont « point encore converties en sa substance. La « lune, de son continent humide, exhale aussi « Taliment aux orbes supérieurs. Le soleil , qui « dispense la lumière à tous, reçoit de tous en « humides exhalaisons ses récompenses alimen- « taires , et le soir il fait son repas avec TOcéan. « Quoique dans le ciel les arbres de vie portent « un fruitage d'ambroisie et que les vignes don- « nent le nectar ; quoique chaque matin nous en- « levions sur les rameaux des rosées de miel , que « nous trouvions le sol couvert d'un grain perlé; «cependant ici Dieu a varié sa l)onté avec tant de

• nouvelles déliced, qu'on peut comparer ce jar-

No iograteful food : and food alilte tliose pure

Intelligential sabstances require ,

As doth yuur rational ; and botb contain

Witlûn Uïem every lowcr facolty

Of sensé , whereby they liear, see , smell , tonch , taste ;

Tasting oodcocI , digest, assimilate ,

And corporeal to incorporeal turn.

« For Itnow , whatever waa created needa To be sustain*d and fed : of elementa Tlie groaser fieeda Uie purer ; earlh tbe sea ; Eartb and Uie sea feed air ; tbe air tbose fires Etliereal ; and as low^ firat tbe moon ; Wbence in her visage round tbose spots , unpurg'd Yapoars not yet into ber aobstanœ tum'd. Nor dolb tbe moon no noarisbment exhale From ber moist continent to bigher orbs. Tbe Sun , tbat ligbl imparis to ail , receifea From ail bis alimentai recompense In humid exhalations, and at e?en Sups with Ihe Océan. Tbongb in HeaTen tbe trees Of life , ambrosial fruitage bear , and vines Yield nectar ; tliough from offthe bougbs each mom We brusb mellifluous dews ; and find tbe ground Ck>ver*d witb pearly grain : yet God bath bere Yarled bis bounty so wiUi new deligbts , As may compare wiUi Heaten ; and to taste Tbink not I sball be nioe. »

« din au ciel ; et pour ne pas goûter à ces dons^ « ne pense pas que je sois assez diffldle. »

Ainsi l'Ange et Adam s'assirent et tombèrent sur leurs mets. L'Ange mangea non pas eo apparence, en fumée , le dire commun des théologiens , mais avec la vive hâte d'une faim réelle et la clialeur digestive pour transsubstantier : ce qui 8uratx)nde transpire facilement à travers les esprits. II ne faut pas s'en étonner, si , par le feu du noir charbon , l'empirique alchimiste peut transmuer, ou croit qu'il est possible de transmuer les métaux les plus grossiers en or aussi parfait que celui de la mine.

Cependant à table Eve servoit nue , et coaronnoit d'agréable liqueur leurs coupes à mesure qu'elles se vidoient. Oh ! innocence digne du paradis I Si jamais les fils de Dieu eussent pu avoir une excuse pour aimer, c'eût été alors, c'eût été à cette vue! Mais dans ces cœurs, l'amour pudique régnoit , et ils ignoroieut ia jalousie, l'eufer de l'amant outragé. '

Quand ils furent rassasiés de mets et de breuvages , sans surcharger la nature , soudain il vint à la pensée d'Adam de ne pas laisser passer l'occasion que lui donnoit ce grand entretien, de s'instruire des choses au-dessus de sa sphère, de s'enquérir des êtres qui habitent dans le ciel , dont il voyoit l'excellence l'emporter de si loin sur k

So down they sat , And to their viands fell ; nor seemingly The angel , nor in mist , tbe common gioss ortheologians ; tuit witb kceo dispatch Of real huoger, and concoctive beat To transubstantiate : what redourjds, transpires Through spirits with ease ; nor wonder ; if by fîre Of sooty coal tb* empiric alchemist Can turn , or holds it possible to tum , Metals of drossiest ore to perfect gold , As from tbe mine.

Meanwbile al table E?e MInister'd nalted , and their flowing cupa Witb pleasant liquoars crown*d. O innooenee Deserring Paradise f if ever, then , Tlien had tbe sons of God excuse to bave beea Enamour'd at tliat sight ; but in tbose bearts Love unliltidinous rdgn'd , nor jealousy Was understood, tbe injur'd lover's Heil.

Thus when with méats and drinics they bad soffic'd, Not burden'd nature , sudden mind arose In Adam , not to lét tb* occasion pass , Gi?en bim by tbis great conférence , to know Of Ihings abo?e bis world , and of Ibeir bdng Wbo dwell in Heaven , wbose eicellence be saw Transcend liis own so far; wbose radiant fonns» Divine eflùligeDce, wfaoïe Ugb power, 80 Dur

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