‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 110 sur 283 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

sjeone, et dont les fonnes radieuses (splendeur divme;i dont la haute puissance, surpassoient de û loin les formes et la puissance humaines. Il adresse ainsi ce discours circonspect au ministre de fempyrée :

«Toi qui habites avec Dieu, Je connois bien

• à présent ta bonté dans cet honneur fait à «rhomme, sous Thumble toit duquel tu as dai- «çné entrer et goûter ces fruits de la terre qui ,

• D'étant pas nourriture d'anges , sont néanmoins •acceptés par toi , de sorte que tu semblés ne pas «avoir été nourri aux grands festins du ciel : ce- ■ pendant quelle comparaison I »

Le hiérarque ailé répliqua :

< 0 Adam , il est un seul Tout-Puissant , de

• qui toutes choses procèdent et à qui elles re- « tournent , si leur bonté n'a pas été dépravée :

• toQtes ont été créées semblables en perfection ; •toutes formées d'ane seule matière première, « doQées de diverses formes , de différents degrés

• de substance, et de vie dans les choses qui vi- ' Tent. Mais ces substances sont plus raffinées , •plus spiritoalisées et plus pures, à mesure •qa'ella sont plus rapprochées de Dieu, ou

• qu'elies tendent às'en rapprocher plus , chacune •dans leurs diverses sphères actives assignées,

• jusqu'à ee que le corps s*élève à l'esprit dans t les bornes proportionnées à chaque espèce.

« Ainsi de la racine s'élance plus légère la «Tertetige; de celle-ci sortent les feuilles plus

E^reeded homao ; aod bis wary speech Tbiis lo th' empyreal mlDister he fram'd :

- liilMbitaot wiUi God, now know I weU ^} broor, io iliis konour done to man ; t»*Jer wbose lowly roof Ihou hast ToacbsaTd Tofnter, and Uiese earthly fruits to taste , M Dot oraogels , yel accepted so; A-'Uialmore wiUingly tbou coitldst not seem At Heaven's high feasts to lia?e fed ; yet wbat compare ? »

To whom tiie winged hierarch replied :

* 0 Adam, ooe Almishty 18 , from whom Ai) ihiDgs prooeed , aad ap to him retura , If Dot deprav'd from good, created ail ^(bloperfectkm, one first matter ail, ^(iooi with Tarious forma, various degrees Wsobstancc^ im4 Inl^ngj ihat iive, of Ufe; i"*»! iDore refin'd , more apiriluous aod pure, A^Marer to him plac*d , or nearer tendiog ^^^ in thdr aérerai actire sphères assiso'd , Wtody op to apirit work , in bounds "^•P^iûQ'dtoeadiiind.

So from tfae root SpiiDg» ligi^er tike green atalk » from theoce tbe leavea "OK aery , laU tiie tirtahl cooaonHiiate floiver

« aériennes, enfin la fleur parfaite exhale ses esn prits odorants. Les fleurs et leur fruit , nourri • « turc de l'homme , volatilisés dans une' échelle « graduelle , aspirent aux esprite vitaux , ani- « maux , intellectuels ; ils donnent à la fois la vie « et le sentiment , l'imagination et l'entendement, « d où l'âme reçoit la raison.

« La raison discursive ou intuitive est l'essence « de l'âme : la raison discursive vous appartient « Je plus souvent, l'intuitive appartient surtout à

• nous ; ne différant qu'en degrés , en espèce elles « sont les mêmes. Ne vous étonnez donc pas que « ce que Dieu a vu bon pour vous , je ne le refuse « pas , mais que je le convertisse , comme vous, en « ma propre substance. Un temps peut venir où les

* hommes participeront à la nature des anges , « où ils ne trouveront ni diète incommode , ni « nourriture trop légère. Peut-être nourris de ces «aliments corporels, vos corps pourront à la « longue devenir tout esprit , perfectionnés par le « laps du temps , et sur des ailes s'envoler comme « nous dans Féther ; ou bien ils pourront habiter, « à leur choix, ici ou dans le paradis céleste, si « vous êtes trouvés obéissants , si vous gardez « inaltérable un amour entier et constant à celui « dont vous êtes la progéniture. En attendant , «jouissez de toute la félicité que cet heureux état « comporte , incapal)le qu'il est d'une plusgrande. »

Le patriarche du genre humain répliqua : « 0 esprit favorable, hôte propice, tu nous as

Spirits odorous breathes : flowers and their fruit, Maii's Dourishment , by graduai scale sublim'd , To Tilal spirits aspire , to animal , To intellectual ; give both life and sensé, Fancy and understanding : wbence the soûl Reason receires ; and reason is lier beiog , Discursive or intuitive : discourse Is ortest yours, the latter most is ours, DifTeriDg but in degree , of Idnd the same. Wonder not Iben, wbat God for y ou saw good ir I refuse not , but convert , as yoo , To preper substance. Time may come , whcn men Witb angels may participate , and fmd No inconvénient diet, nor too light fare : And from thèse corporal nutrimoits perliaps Your bodies may al last turn ali to spirit, Improv'd by tract of lime , and , wing'd, ascend Elhereal , as we ; or may , at clioice , Hère or in heavenly Paradise dwell ; ir ye be found obedient , and relain Unalterably firm liis love eolire, Whose progeny y ou are. Meanwhile enjoy Your fîli wliat bappiness Ibis happy state Can comprehend , incapable of more. »

To whom tUc patriarch of mankind reptied :

LE PARADIS PERDU

« bien enseigné le chemin qui peut diriger notre « savoir, et i'éclielle de nature qui va du centre « à la circonférence; de là en contemplation des « choses créées nous pouvons monter par degrés « jusqu'à Dieu. Mais dis-moi ce que signifie cet « avertissement ajouté : Si vous êtes trouvés obéis- « sants? Pouvons-nous donc lui manquer d'obéis* «sance, ou nous seroit-il possible de déserter « Tamour de celui qui nous forma de la poussière , « et nous plaça ici , comblés au delà de toute « mesure d'un bonheur au delà de celui que les «désirs humains peuvent chercher ou conce- « voir? »

L'Ange:

« Fils du ciel et de la terre, écoute! Que tu « sois heureux , tu le dois à Dieu ; que tu conti- « nues de l'être, tu le devras à toi-même, c'est- « à-dire à ton obéissance : reste dans cette obéis- « sance. C'est là l'avertissement que Je t*ai donné : « retiens-le. Dieu t'a faitparfait, non immuable; «il t'a fait bon , mais il t'a laissé maître de persé- « vérer ;il a ordonné que ta volonté fût libre par « nature, qu'elle ne fût pas réglée par le destin « inévitable, ou par l'inflexible nécessité. Il de- « mande notre service volontaire , non pas notre n service forcé : un tel service n'est et ne peut « être accepté par lui : car comment s'assurer « que des cœurs non libres agissent volontaire- « ment ou non , eux qui ne veulent que ce que la

« 0 favoarable spirit , propilioos guest , Well hast thou taught Ibe way tliat might direct Our knowledge , aod Ibe scale of nature set From centre to circumference ; whereon , In contemplation ofcreated things, By steps we niay ascend to God. But say , Wliat meant tbat caution join'd , If ye be fonnd Obedient f Can we want obédience then To him , or possibly bis lo?e désert, Who fornid us from tbe dust, and plac'd us bere Full to Ibe utmost mea&ure of wtiat bliss Human desires can seek or apprebend? »

To wbom tbe angel :

n Son ofReaven and earth , Attend : Tliat thou art bappy , owe to God ; Tbat tbou continuest sucb , owe to tbyself, Tbat is to tby obédience ; tberein stand. Tbis was tbat caution givcn tbee ; be advis'd. God inadc^tbee perfect, not immutablc; And good be made tbee , but to persévère He lefl il in Uiy power ; ordainM tby wiU By naturfe free, not over-niVd by fate Inextricable , or strict necessity :

Our volunlar^service lie requires, Not our necessitated ; sucb wilb bim Finds no acceptance , nor can find ; for bow

« destinée les force de vouloir, et qui ne penveot « faire un autre choix? Moi-même et toute lar- « mée des anges qui restons debout en présence « du trône de Dieu , notre heureux état ne dure , « comme vous le vôtre , qu'autant que dure « notre obéissance : nous n'avons point d'autre « sûreté. Librement nous servons parce que doqs « aimons librement , selon qu'il est dans notre vo- « lonté d'aimer ou de ne pas aimer; par ceci dous « nous maintenons ou nous tombons. Quelques- « uns sont toml)és , parce qu'ils sont tombés dans « la désobéissance ; et ainsi du haut du ciel ils oot « été précipités dans le plus profond enfer : ô « chute ! de quel haut état de béatitude dans quel « malheur I »

Notre grand ancêtre :

« Attentif à tes paroles, divin instructeur, je <« les ai écoutées d'une oreille plus ravie que do « chant des chérubins , quand la nuit , des coteaux « voisins, ils envoient une musique aérienne. Je < n'ignorois pas avoir été créé libre de volonté et « d'action ; nous n'oublierons jamais d'aimer no- « tre Créateur; d'obéir à celui dont l'unique corn- " mandement est toutefois si juste : mes constantes « pensées m'en ont toujours assuré, et m'en as- « sureront toujours. Cependant ce que tu dis de « ce qui s'est passé dans le ciel , fait naître en moi « quelque doute, mais un plus vif désir encore, « si tu y consens, d'en entendre le récit entier;

Can bearts, not free , be tried wbether they serre Willingor no, wlio wiU but what tbey must By destiny , and can no olber cboose?

Myself , and aU tb' angelic bost, tbat stand In sigbt of God , entbron*d , onr bappy state Hold, as you yours , wbile our obédience holds; On otiier surety none : freely we serve, Because we freely love , as in our will To love or not ; in Ibis we stand or faU : And some are falFn , to disobedience falFn , And so from Heaven to deepest HeU ; O fall From what bigb state of bliss , into what woe! » To wbom our great progenitor :

« Thywords Attentive, and wilb more deligbted ear, Divine instructor, I bave beard , tban when Cberubic songs by night from neiglibouring bills Aerial music send : nor knew l not To be botb will and deed created free; Yet tbat we never sball forget to love Our Maker, and obey him wbose command Single is yet so just , my constant thougbts Assur'd me, and still assure : though wbat thou tdl'st Hath pass'd in Heaven , some doiibt wilbin nie more , But more désire to liear, if tbou consent, Tbe fuU relation , wbich must needs be stiange,

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