‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 116 sur 283 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

• I^isToîsniasecte maintenant : apprends trop •tard qne quelques-uns peuvent savoir, qij^ind

< des milliers se trompent —

t Le grand ennemi le regardant de travers

«d^uaceil de dédain :

• ^ A la maie heure pour toi , n^ais à l'heure I désirée de ma vengeance , toi que Je cherchois « le premier, tu reviens de ta fuite , ange sédittieui, pour recevoir ta récompense méritée, i pour faire le premier essai de ma droite provot qoée, puisque ta langue inspirée de la contra-

• dietlon osa la première s'opposer à la troisième

• partie des dieux réunis en synode pour assurer > leurs divinités. Ceux qui sentent en eux une vi-

• gueur divine, ne peuvent accorder Tomnipotenceà personne. Mais tu te portes en avant de

•tes compagnons , ambitieux que tu es de m*en-

• lever quelques plumes, pour que ton succès poisse annoncer la destruction du reste : je

< m'arrête un moment, de peur que tu ne te van- « tesqu on n*ait pu te répondre ; je veuxt'appren- 'àn ceci : je crus d'abord que liberté et ciel ne ' faisoient qu'un 3)our les âmes célestes ; mais je « >ois à présent qjxe plusieurs, par bassesse, préfèrent servir ; esprits domestiques traînés dans

■ tes fêtes et les chansons ! Tels sont ceux que tu ■as armés, les ménétriers du ciel, l'esclavage ' poQr combattre la liberté : ce que sont leurs ac- *lioDs comparées, ce jour le prouvera. — «Le sévère Abdiel répond brièvement :

« m for thee, bat in wlsh*d hour OfoiyreTeng^y first sought for, thou return'st FnMn Oight, sedttioas angel ! to receive î^y roerited reward , tlie flrst assay Of this right haod protok'd , since Grst tliat tongae » Ifi&pir'd with cootradicUon , dursl oppose A third part of the goda , in synod met Tlieirdeities to assort; who, while they feel Vi^or dif ioe within tbem , can aUow Oonûpoteiice lo noue. Bot weU tboa com'at Hrethy feilows, ambitiously to win From me wa» plume , that Uiy success may show I>^nirtion to the reat : this pause between, (ruDswer'â lest thou boast) to let thee know, At fir&t I thought ttiat liberly and Heaven To beavenly soûls had been aU one ; but now 1 ^ Ihat most through sloth had rather serve , Mi&islMng spirits , tram*d np in Teast and song! Such hast thou arm'd , the nûiistrelsy of Heaven , ^vility niUi freedom to contend, A£ both their deeda eompar'd Ihis day ahaU prove. » " To wliom in brieT tiius Abdiel stem replied : « AposUle, itill thou err'st, nor end wilt Cnd Orening,'(rota Uie palh of trulh remote : tujustiy thou deprav'at il with tiie name

« — Apostat , tu te trompes encore : éloigné de * la voie de la vérité , tu ne cesseras plus d*errer. . « Injustement tu flétris du nom de servitude To- « béissaneeque Dieu ou la nature ordonne. Dieu « et la nature commandent la même chose , lors- « que celui qui gouverne est le plus digne, et qu*il « excelle «ur ceux qu*il gouverne. La servitude « est de servir Tinsensé on celui qui s'est révolté « contre un pifls digne que lui, comme les tiens « te servent à présent, toi non libre, mais esclave « de toi-même. £t tu oses effrontément insulter à « notre devoir I Règne dans l'enfer, ton royaume ; « laisse-mol servir dans le ciel Dieu à jamais béa ni, obéir à son divin commandement qui mérite « le plus d'être obéi ; toutefois attends dans Ten- « fer, non des royaumes, mais des chaînes. Ge- « pendant revenu de ma fuite , comme tu le dl- « sois tout à l'heure , reçois ce salut sur ta eréte « impie. —

« A ces mots, il lève un noble coup qui ne « resta pas suspendu, mais tomba comme la « ten\péte sur la crête orgueilleuse de Satan : ni « la vue y ni le mouvement de la rapide pensée , « moins encore le bouclier, ne purent prévenir « la ruine. Dix pas énormes il recule ; au dixième, « sur son genou fléchi il est soutenu par sa lance «massive, comme si, sur la terre, des vents « sous le sol ou des eaux forçant leur passage « eussent poussé obliquement hors de sa place « une montagne , à moitié abîmée avec tous ses <

Of servitude , to serve whom God ordainSy Or nature : God and nature bid Ihe same, When he who raies is worUiiest, and eicela Them whom he govema. This is servitude, To serve th' unwise , or bim whom bafth rebeU*d Against his worthier, as Uiine now serve Uiee, Thyself not free , but to thy self eoUu-aird , Yet lewdly dar*st our ministVingupbraid.

Reign thou in Hell, Iby kuigdom; let ofie serve In Heaven God ever blest , and his divine Behests obey» worthiest to be obey*d :

Yet chaîna in Hell , not realms, expect : meanwhUe From me retum'd , as erst thou aaidst, from flighl, Tliis greeting on thy impious crest receive. » « So saying , a noble stroke he lifled bigh , Which hung not , but so swift with tempest feU On the proud crest of Satan , that no sîght, Nor motion or swift thouglit , lésa could his sbield f Such rain intereept : ten paces huge He back recoU*d ; the tenlh on bended knee His massy spear upataid : aa if on eartb» Winds under ground , or waters forcing way, • Sidelong liad push*d a mountain from his seat, Half aunk with aU his pinea. Amazement seiz'd The rebel Thronea , but greater rage , io aee

LE PARADIS PERDU

«pins. L'étooDement saisit les Trônes rebelles, « mais une rage plus grande encore, quand ils « virent ainsi abattu le plus puissant d'entre eux. • Les nôtres, remplis de joie et de Fardent désir « de combattre , poussèrent un cri, présage de la « victoire. Michel ordonne de sonner l*arcbangé- « lique trompette ; elle retentit dans le vaste du « ciel , et les anges fidèles chantent Hosanna au « Très-Haut. De leur côté, les légions adverses « ne restèrent pas à nous contempler ; non moins «terribles, elles se Joignirent dans Thorrible « choc.

« Alors s^élevèrent une orageuse furie et des « clameurs telles qu'on n'en avoit jamais jusqu'a- « lors entendu dans le ciel. Les armes heurtant « Farmure crient en horrible désaccord ; les roues « furieuses des chariots d'airain rugissent avec « rage : terrible est le bruit de la bataille ! Sur nos « têtes les sifflements aigus des dards embrasés « volent en flamboyantes volées, et en volant « voûtent de feu les deux osts. Sous cette coupole « ardente, se précipitoient au combat les corps « d'armées , dans un assaut funeste et une fureur «inextinguible; tout le ciel retentissoit; si la « terre eût été alors , toute la terre eût tremblé « jusqu'à son centre. Faut-il s'en étonner quand « de Tun et de l'autre côté, fiers adversaires, « coinbattoient des millions d'anges dont le plus « foible pourroit manier les éléments, et s'armer « de la force de toutes leurs régions? Combien

Thas foil'd their mightiest; ours joy'filFd, and shoot,

Présage of victory, and fierce désire

Of batlel : whereat Michael bid sound

Th' arcliangel trumpet; through the vast of Heaven

Il sounded, and , the failhrul armies rung

Hosanna to the Highest : nor stood at gaze

The adverse légions , nor less hideous join'd

The horrid shock.

« Now storming Airy rose, And clamour such as heard in Heaven till now Was never ; arms on armour clashtng bray'd Horrible discord , and the madding wheels Of brazen chariots rag*d : dire was the noise Of conflict ; oyer bead the dismal hiss Of fiery darts in flaming Tollies flew, And flying vaulted either host with fire. So nnder fiery oope together rush'd ]k)th iMitUes main , with ruinons assault And inextinguisliable rage. Ail Heaven Resounded ; and had cartli been then , ail earth Had to her centre shook . W hat wonder ? when Millions oT fierce encouatering angcls fought On eilher side, the least of whom could vt'ied Thèse éléments , and arm him with the force Of ail their régions : how much noore of power

donc deux armées combattant Tune contre l'autre avoient-elles plus de pouvoir pour allumer l'épouvantable combustion de la guerre, pour bouleverser, sinon pour détruire leur fortuné séjour natal , si le Roi tout-puissant et éternel , tenant le ciel d'une main ferme , n'eût dominé et limité leur force ! En nombre , chaque légion ressembloit à une nombreuse armée; en force , chaque main armée valoit une légion. Conduit au combat, chaque soldat paroissoit un chef, chaque chef, un soldat ; ils savoient quand avancer ou s'arrêter, quand détourner le fort de la bataille , quand ouvrir et quand fermer les rangs de la hideuse guerre. Ni pensée de fuite, ni pensée de retraite , ni action malséante qui marquât la peur : chacun comptoit sur soi, comme si de son bras seul dépendoit le moment de la victoire.

« Des faits d'une éternelle renommée furent accomplis, mais sans nombre; car immense et variée se déployoit cette guerre; tantôt combat maintenu sur un terrain solide ; tantôt prenant l'essor sur une aile puissante , et tourmentant tout Tair : alors tout Pair sembloit un feu militant. La bataille en balance égale fut longtemps suspendue , jusqu'à ce que Satan , qui ce jour-là avoit montré une force prodigieuse, et ne rencontrait point d'égal dans les armes ; jusqu'à ce que Satan , courant de rang en rang à travers l'affreuse mêlée des séraphins en dé-

Army against army numberless to raise Dreadful combustion warring; and disturb, Thoogh not destroy , their liappy native seat : Had not Ui' etemal King omnipotent , From bis strong hold of Hea?en , high OYerrord And limited their might; thoogh number'd such. As each divided légion might ha?e seem'd A numerous host; in strength each anned band A légion ; led in fight, yet leader, seem'd £ach warriour smgle as in chief ; expert When to advauce, or stand , or tum the sway Of battel , open when , and when to dose , The ridges of grim war : no thought of flight, None of i-etreat, no unbecoming deed That argued fear ; each on himself relied , As only in bis arm the moment lay Ofvictory.

« Deeds of etemal fiime Were done, but infinité; for wide was sfiread Tliat war and various ; sometimes on ûrm grpund A standing fight ; then , soaring on main wing , Tormented ail tlie air; ail au* seem'd then Conflicling fire. Long tiroe in even sçale The battel hung ; tUI Satan , who that day Prodigious power bad shown , and met in arma

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