SI
LE PABAbiS PERDU.
ton mérite. Celui qui nous interdit ton usage ne nous a pas caché non plus ton mérite en te nommant Farbre de la science; science à la fois et du bien et du mal. Il nous a défendu de te goilh ter, mais sa défense te recommande davantage , car elle conclut le bien que tu communiques et le besoin que nous en avons : le bien inconnu assurément on ne Ta point , ou si on Ta , et qu'il reste encore inconnu, c*est comme si on ne i'a- Yoit pas du tout.
« En termes clairs , que nous défend-il lui? de connoître ; il nous défend le bien ; il nous défend d'être sages. De telles prohibitions ne lient pas.... Mais si la mort nous entoure des dernières chaînes , à quoi nous profitera notre liberté intérieure? Le Jour où nous mangerons de ce beau fruit, tel est notre arrêt, nous mourrons.... Le serpent est-il mort? il a mangé et il vit , et il connoit, et il parle, et il raisoime, et il discerne, lui jusqu'alors irraisonnable. La mort n'a-t-elle été inventée que pour nous seuls ? ou cette intellectuelle nourriture, à nous refusée , n*est-elle réservée qu'aux bêtes? qu'aux bêtes ce semble : mais l'unique brute qui la première en a goûté , loin d'en être avare , communique avec Joie le bien qui lui en est échu , conseillère non suspecte, amie de l'homme, éloignée de toute déception et de tout artifice. Que crains-Je donc? ou plutôt sais-je ce que Je dois craindre dans cette
The toQgae not made for speech to speak thy praise i Thy praiae he also, who forbids tby use, CoQceals Dot from us , naming thee the tree Of Knowledge, Knowledge both oT good and eril ; Forbids us then to taste ! but bis foiinddiDg Commends tbee more , wldle it infers tbe good By thee ooromunicated, and our want :
For good nnknown sure is not had ; or, had And yet nnknown , is as not had at ail.
c In plain then , what forbids he but to know» Forbids us good , forbids us to be wise? Such prohibitions bind not. But , if deaUi Bind us witb afler-bands , what profits then Our inward flreedom ? In the day we eat Of this (air fruit, our doom is , we shall die I How dies the serpent? he hath eaten and li?es, And linows, and apealis, and reasons, and dîscemSi Irrational till tlien. For us alone Was death invoited? or to us denied This mtellectoal food , for beasts reserr'd? For beasts it seems : yet that one beast which firtt Halh tasled en?ies not , but brings with joy The good befall'n him , authour unsuspect , Friendly to man , far from deoeit or gaile. What fear I then? rather, what Icnow to fear Und^ tliis ignonmoe of good or eril ,
« Ignorance du bi^ ou du mal, de Dieu ou de la « mort, de la loi ou de la punition? Ici croit le « remède à tout, ce fruit divin, beau à la vue, at- « trayant au goût , et dont la vertu est de rendre « sage. Qui empêche donc de le coeilUr et d'en « nourrir à la fois le corps et l'esprit? »
Elle dit, et sa main téméraire , dans une mauvaise heure , s'étend vers le fruit : elle arrache! elle mange! La terre sentit la blessure; la nature, sur ses fondements, soupirant à travers tous ses ouvrages , par des signes de malheur annonça que tout étoit perdu.
Le serpent coupable s'enfuit dans un hallicT, et il le pouvoit bien, car maintenant Eve , attachée au fruit tout entière , ne regardoit rien autre chose. Il lui sembloit que Jusque-là elle n'avoit Jamais goûté dans un fruit un pareil délice; soit que cela fût vrai, soit qu'elle se l'imagindt dans la haute attente de la science : sa divinité ne sortoit point de sa pensée. Avidement et sans retenue y^lle se gorgea du fruit , et ne savoit pas qu'elle mangeoitla mort. Enfin rassasiée, exaltée comme par le vin , Joyeuse et folâtre , pleine de satisfaction d'elle-même, elle se parle ainsi :
« 0 roi de tous les arbres du paradis, arbre « vertueux, précieux , dont l'opération bénie est « la sagesse! arbre Jusqu'ici ignoré, dégradé, « ton beau fruit demeuroit suspendu comme n'é- « tant créé à aucune fin! Mais dorénavant mon
Of God or death » of law or penalty?
Hère grows the care of ali , this fruit divine»
Fair to the eye , inviting to the taste ,
Of virtoe to nake frise. What hinders then
To reaeh, and feed at once both body and miiid? «
So saying, lier rash hand in eril hoor Forth reaching to the fruit, she pluck'd , sbe eall Earth feit the woond; and nature from her aeat, Sighing through ail her works , gave signa of woe» That ali was lost*
Back to the thidcet alonk The gnilty serpent y«nd well miglit ; for Evo^ Intent now wholly on her laste, nought else Regarded ; such delight till Ihen , as. seem'd , In fruit she never tasted , whether tme Or fancied so , throogh eipeolation high Of Imowledge : nor was godhead from her tiioagbt Greedily she ingoiig*d without reslraint. And knew not eating death. Satiateat iength» And lieighten*d as witb wine , jocund aod faoQB, Tbus to herself she pleasingly began :
n o sovran , Tirtuous , predous of ail trees In Paradise ! of opération blest To sapienoe , hitherto obacur*d , infom'd , And thy fiiir fruit let hang ; as to no end Created; bot benoeforth my early carei
UVRE IX
soin matbuil sera pour toi , non sans le chant et la louange qui te sont dus à chaque aurore ; Je soulagerai tes branches du poids fertile offert libéralement à tous , jusqu'à ce que , nourrie par toi , je parvienne à la maturité de la science comme les dieux qui savent toutes choses , quoiqu'ils envient aux autres ce qu'ils ne peuvent leur donner. Si le don eût été un des leurs, il n'aardtpascrûici.
« Expérience , que ne te dois-je pas , 6 le meilieur des guides! En ne te suivant pas, je serois restée dans rignorauce ; tu ouvres le chemin de la sagesse, et tu donnes accès auprès d'elle, malgré le secret où elle se retire.
< Et moi peut-être aussi suis-je cachée? Le ciel est haut , haut , trop éloigné pour voir de là distinctement chaque chose sur la terre : d'autres soins peut-être peuvent avoir distrait d'une continuelle vigilance notre grand prohibiteur, en sûreté avec tous ses espions autour de lui.... Mais de quelle manière parottrai-je devant Adam? lui ferai-je connoltre à présent mon cliangement? lui donnerai-Je en partage ma pleine félicité, ou plutôt non? Garderai-je les avantages de la science en mon pouvoir, sans copartner, afin d'ajouter à la femme ce qui lui manque,. pour attirer d'autant plus l'amour d'Adam , pour me rendre plus égale à lui , et peut-être (chose désirable) quelquefois supé-
No( witinat song , each moroing , and due pralseï Sliall teod tbee , and tlie fertile borden ease Ofthy foU braïK^es ofTer'd tree to ail ; TO, dietod by thee , l grow mature iflbiowledge, as tbe gods, who ail things know; Tboogh oUiers enry what they cannot give : Fv,hadUie gifl been theirs» it had not hère TÏMBgrown.
« Expérience, next y to thee I owe, ilnlgiride : not following thee , I had remain*d io îçKnnee ; Ihoa open*&t wisdom's way, ^ Si^st aocess , though secret sbe retire.
" And I perhapA am secret : Heaven is high , ^ i tnd remole to see from thence distinct £ich thiog on earth ; and other care perhaps May bave diverted from continuai watch • Onr great forbtdder , safe with ail his spies AboQthim. But to Adam in what sort ^ I appear? shall I to him make known Al )el my change , and gi?e him to partake Fan happiness wiUi me ; or rather not , m keep the odda ofknowledge in my power WithoQt copartner? so to add what wanls h female acx , the more to draw his love , Aad rcDder me more eqaal ; and perhaps , Attttiigint mideairable, somethne
« rieure? car inférieur, qui est libre? Ceci peut
« bien être Mais quoi? si Dieu a vu? si la mort
« doit s'ensuivre? alors je ne serai plus, et Adam, « marié à une autre Eve , vivra en joie avec elle, « moi éteinte ; le penser, c'est mourir ! conûr- « mée dans ma résolution , je me décide : Adam « partagera avec moi le bonheur ou la misère. Je « l'aime si tendrement qu'avec lui je puis souffrir « toutes les morts : vivre sans lui n'est pas la « vie, »
Ainsi disant, elle détourna ses pas de l'arbre ; mais auparavant elle lui fiiit une révérence profonde amune au pouvoir qui habite cet arbre, et dont la présence a infusé dans la plante une sève savante découléè du nectar, breuvage des dieux.
Pendant oe temps-là Adam, qui attendoit son retour avecimpatienoe , avoit tressé une guirlande des fleurs les plus choisies, pour orner sa ehe* velure etcouronner ses travaux champêtres com* me les moissonneurs ont souvent accoutumé de couronner leur reine des moissons. Il se promettoit une grande joie en pensée et une consolation nouvelle dans un retour si longtemps différé. Tou* tefois devinant quelque chose de malheureux , le cœur loi manqnoit ; il en sentoit les battements inégaux : pour rencontrer Eve , il alla par le che* min qu'elle avoit pris le matin , au moment oii ils se séparèrent.
Snperioar ; for, faiferioDr, who is free? This may be weU : but what if God bave aeen , And death ensue? then I shaU be no morel And Adam , wedded to another Eve , Shall live with her enjoying » I extinct; A death to think ! Confirm'd then I résolve , Adam ahaU ahare with me in blisa or woe : So dear I k>?e him , that with him ail deatha I eould endure, without him live no life. »
So saying , from the tree her step she tnm*d; But first k>w révérence donc , as to the power That dwelt within , whose présence had infus'd Into the plant sdential sap , deriv*d From nectar, drink of gods.
Adam the while, Waiting deairous lier retum , had wove Of choicest flowers a garland , to adom Her tresses , and her rural laboura crown ; As reapers oft are wont thefr harvest-queen. Great Joy be promia*d to liia thonghts , and new Solace in her retum , so long delay'd : Yet ofl hia heart , divine of something iO , Misgaye him ; lie the faltering measure feit , And forth to meet her went , the way slie took That mwn when first tliey parted.
By the tree
LE PABADIS PERDU.
Il deTCit passer près de Parbre de selenee; là 11 la rencontra à peine rerenant de l'arbre ; elle tenoit à ta main nn ramean dn pins bean fmit eonvert de dnvet ({ni Sonrioit, nonvellement éneitli , et répanddt Todenr de l'ambroisie. Klle ge bâta vers Adam ; Texense pamt d'abord snr son rlsage comme le prologue de son disconrs, et nue trop prompte apologie ; elle adresse à son éponx des paroles caressantes qu'elle avoit à volonté. « N'as-tu pas été étonné, Adam, de mon retard ? jet'ai regretté ! et j'ai trouvé long letemps privée de ta présence; agonie d'amonrjnsqd'à présent nonsentleetqul ne lésera pasdedx fois; car Jamais Je n'aurai l'Idée d'éprouver (ce qne J'ai ebercbé téméraire et sans expérience) la peine de l'absence , loin de ta vue. Mais la cause en est étrange , et mervellleoie à eoteodre* « Cet arbre n'est pas, eomtne m mm le dtt^ un arbre de danger, quand on y go4te; Il n'ouvre pas la voie à un mal lneoniiu; mais H est d'un effet divin pour ouvrir les yeux, et il ftdt dieux ceux qui y goAtent; 11 a été trouvé tel en y goûtant. Le sage serpent ( non retenu comme nous , ou n'obéissant pas ) , a mangé du fruit: iln'y apas trouvé la mort dont nous sommes menacés ; mais dès ee moment il est doué de la voix bumalne et du sens bumaln ^ raisonnant d'une manière admirable. Et 11 a agi sur moi avec tant de persuasion , que )'ai goAté, et
Of Knowledge he masl pess ; fhere fie ber met ,
Scarce from ttie tree retaralog ; la lier haad
A bough of iairesC fririt , thtt àawnj saàfA ,
New gather'd, and ambrosial amell diffiis'd.
To him she hasled ; in her fooe exeose
Came prologue, and apology too prompt ;
Which » with bland wordi al wHl , she tbos addresird :
R Hast thon not wender'd, Adam, at my alay ? Tbee I haye raûa'd, and ttiooght it long , de^rîT'd Thy présence ; agony of love tiU now Not felt , nor sbaU be twice ; for noTer mor» Mean I to try, what rasb untried I sougbt , The pain of absence from thy sight. But sirange Hath been the cause , aod wonderf ul to hear.
« Thistreei6notya8weaFetold,atree Of danger tasted, nor to eril onànowa Opening the way ; but of divine effect To open eyes , and make them gods who laste ; And hath been tasted sueh : the serpent wlae, Or not restrainM as we, or not obeying, Hath eaten of the fruit ; and Is become , Not dead, as we are threaten'd, batthencelbffli Endued with hmnan volce and human sensé , Reasoning to admiration; and wifli ne PersaasiTely hath so|ireTaird , Ihat I
« que fal trouvé littssl les efftls répondant à Fat- « tente ! mesyetix,trmibles auparavant, sent plus « ouverts; mon esprit, plus étendu, mon eœar, « plus ample. Je m'élève à la divinité , que j'ai « Cherchée principalement pour toi ; sans toi je « plus la mépriser. Car la fétielté dont ta as ta « part est pour moi la félicité, ennuyeuse et bien* 4 t6t odieuse , avec toi non partagée. Goûte doDC « aussi à ce fruit ; qu'un sort égal nods onisse « dans une égale Joie, comme dans un égal amour, « de peur que s! tu t*abstiens, un dffféi-ent d^ « de condition ne nous sépare , et qne Je ne re- « nonce trop tard pour toi à la divinité, quand le • sort ne le permettra plus. »
Eve ainsi raconta son histoire d'un air animé; mais sur sa joue le désordre monte et rougit. Adam , de son côté , dès qu'il est instruit de la fiitale désobéissance d'Eve, interdit, eonfondo, devient blanc , tandis qu'une froide horrenr court dans ses veines et disjoint tous ses (s. De sa main défaillante la guirlande tressée pour Ère tombe , et répand les roses flétries i il demeure pâle et sans voix , jusqu'à ce qu'enfin d*abord en lui-même il rompt son silence intérieur :
« 0 le plus bel être de la création, le dernier « et le meilleur de tous les ouvrages deDieu,créa- « ture en qui excelloit pour la vue isd la pensée, « ce qui fut jamais formé de saint , de divin , de « bon , d'aimable et de doux I comment es-tu
Haye alào tasted , and bave aiso found Tti* effects to correspond : opener mine eyes , Dim erst , dUated spirîts , ampler heart , And growing up to godhead ; which for Uice , Chiefly I songht , without tbee ean despise. For bliss , as tbou hast part , to me is Miss ; Tedioas , unsbarM with thee , and odious soon, Thoo therefore also tasle , tbat equal lot May foin us , equal joy , as eqoal love ; Lest , thou not tasting , différent degree Disjoin us , and I then (oo laie renounce Detty for tliee , when fate wiO not pennil. »
Thus Eve With coontenance blithe her st<Mry lold; But in her dieek distemper flushbg gTow'd. On Ih* other side, Adam , soon as he heard Tlie fatal trespass done by Eve , amaz'd, Astonied stood and blank» while horroor chill Ran throogh bis vefns » and aU bis joints relax'd; From bis slack band Uie garland wreatb'd for Eve Down dropt, aad aU the faded roses sbed : Speechless he stood and pale ; tiU thns at leagth First io himself be bivi^ard sHence broke :
« O fairest of création, last and best Of ail God's Works î creatofe in whom excell'd
IWhatever can to sisfht or thought be form*d , Holy , divinci good, amiable , or iweetf
LlVftE IX.
tl7
pcrdnc? comment dondaifl perdue, défigurée^ flétrieet malnteiiaiit déTOltte à la mort ? ou plum comment as-tu (Hédé à la tentation de transgresser la stricte défense ^ de Violer le taeré frait défendu? Què1<iiie tnandlt artifice d'un enoerai t'a déçue , d'un ennemis qtie tn ne con« Doissoispas; etmoltf^eetol^ ilm'a perdu; car certaioeroent ma résolutidn est de monrir a^ee toi. Comment ponrrois-Je viyre sans loi? eommeot quitter ton donx entretien et notre amour si tendrement uni , pour survivre aiMmdonné dans ces bois saurages? Dieu créét-il une antre Eté, et moi foomiroi»je une autre c^^ ta perte eDCore ne sortirolt jamais de mon eœur. Non, «NI ! Je me sens attiré par le lien de la nature: tu es la chair de ma chair, l'os de mes os; de ton sort le mien ne sera Jamais séparé j bonheur OQ misère!»
Ayant dit ainsi, comme un homme retenu d'oDf triste épouvante , et après des pensées agK ttes se soumettant à ce qui semble irrémédiable, il se tourne vers Eve, et lui adresse ces paroles d'un ton calme :
« Une action hardie tu as tentée , Eve aventu-
> reosel un grand péril tu as provoqué, toi qui ■ oon-seolement as oaé convoiter des yeux ce
• fniit sacré , objet d'une sainte abstinence , mais
• qoi, bien plus hardie encore, y as goûté , mal-
> gré la défense d'y toucherl Hais qui peutrap-
How art thoa lost 1 bow od a sudden lost , Deiac'd, deflower*d» and now to death derotel Ritber, how liast thoo yielâed lo IraBQgress The strict forblddanoe? how lo violate Tbesacred fruit forliIdd'B? Somecorsed fraud Of eoemy hath tMgaird tliee» yet onkiiown ; Aad me with tliee tiath nûn'd : for with Uiee Certain my resolation is to die :
How can I live withoot thee? Iiow forego Tbf sweet eoBverse , and love ao dearly )oin'd , To lire again in tliese wild woods forhNn? Shoild God ereale snother Eve , and I Another rib afford , yel loss ef tiiee Woold never rrom my heart : no, noi I fed Tbe link of nature draw oie : flesh of aeali , BoDe of my boM tiMNi art , and Ironi tliy stale Mine aever sball be parled , bSu or woe. »
So haTing said y as one firooi sad diamay Recomforted, and aller OioDgbta diatarb'd SubmittiDg to wliat 8eem*d remedUees, Tlioftin calm mood his words lo Eté he tara'd :
« Bold deed thoa luMl presoin'd , adveotaroos Evê 9 Aad perU greil provolL'd , who thoa liast dar^d , iiad it been ooly éoveting to eye Tbat tacred (mit , ncred to abstineBee , Mocb more to iaste it , uoder ban to tooeh.
peler lé passé et défiftire ce qui est fait? Ni lé Dieu tout-puissant, ni le destifi ne le pourr oient. Cependant^ peut-être ne roourras-tu point; peut-être l'action n'est-elle pas si détestable, à [Présent que le fruit a été goAté et profané par le serpent , qu'il en a Mit un fruit eomlnuh, privé de sainteté, avatif que nbuâ y ayons louehé. Le sèi^pent n'a pas trouvé qu'il lût mortel; le serpent vit encore ; Il vit, ainsi que tu le dis, et 11 a gagné de vivre comme l'honnne, d'un plus haut degré de vie ; pulÉsmite indnetion peur nous d'atteindre pareillement, en goûtant ce fniit , une élévation proportionnée qui né peut être qite de devenir dieux ^an< ges ou demi-dieux«
t Je ne puis penser que Dieu , sage créateur, quoique menaçant, veuille sérieusement ainsi nous détruire, nous ses premières eréahires, élevées si haut eu digtilté et (flacéte dd-dessus de tous ses ouvrages ; lesquels, créés pmi nous, doivent tomber nécessairement avec nous dans notre chute, puisqu'ils sont Mts dépendants de nous. Ainsi Dieu décréerolt ^ serdit frustré , feroit et déferoit , et perdrott son travail : cela ne se coneevroit pas bien de Dieu , qui , quoi* que son pouYOir pftt répéter la création , ce« pendant répugneroit à nous détruire ^ de peur que l'adversaire ne triomphât et ne dit : — Inconstant est l'état de ceux que Dieu favorise
Bot past wtio can recall , or done undo? Net God omnipotent, nor ftte : yet ao Perfaapa thoa ahalt not die , perhaps tbe hdk Is not 80 beinouB now , ioretoateâ Croit , Profan'd first by the serpent, by him first Made oommon , and unhidlowM , ère oor tasto; Nor yet on him 9amà deadly ; heyet livea; Lives, as thou saidat , and gains to Kyo, as um, Hîglier degree of Hfe : indoœmenl strong To us, as likely taatiog to attain Proportiona] ascent; whieh cannot be But to be gods , or angeis, demi^goda.
« Nor can I think tbat God Creittor wisoy Thougb threatening , wiU in eameat ao deslro^
Us his prime creetnres , dignified ao hight
Setover ail bis worln; wUeb In oor bil ,
For us creiled, needs «nh os maal faU f
Dépendent made ; ao God aiian mcreate,
Be frnalrate, do, ando, and Mmot ioaè ;
Not well conceiv'd of God, who , thodgfa bis power
Création ooold repett , yet ifoold be toth
Us to abolish, lest tbe adversary
Triomph, aad say , — Ficàle (lieir atato , wbom God
Most fayours ; who can ptease him long? Me first
He ruin'd, now raaniilnd; wlfom wiU he aeit? ~
Mattor of scom , not to be pven the fbe.
LE PARADIS PERDU
« le plus 1 qui peut loi plaire longtemps? il m'a « rainé le premier. Maintenant c'est l'espèce hu- « malne. Qai ensuite? — SiJijet de raillerie qui « ne doit pas être donné à un ennemi. Quoi qu'il « en soit, j'ai lié mon sort au tien, résolu à subir « le même arrêt Si la mort m'associe avec toi, « la mort est pour mol comme la vie : tant dans « mon cœur Je sens le lien de la nature m'atti- « rer puissamment à mon propre bien, à mon « propre bien en toi; car ce que tu es m'appar- « tient , notre état ne peut être séparé; nous ne « faisons qu'un, une même chair: te perdre, c'est « me perdre moi-même. »
Ainsi parla Adam ; ainsi Eve lui répliqua : tt 0 glorieuse épreuve d'un excessif amour, il- « lustre témoignage, noble exemple qui m'én- « gage à l'imiter! Mais n'approchant pas de ta « perfection, comment l'atteindrai-Je, ô Adam! « moi qui me vanté d'être issue de ton côté, et « qui t'entends parler avec joie de notre union , « d'un cœur et d'une âme entre nous deux ? Ce « jour fournit une lx>nne preuve de cette union , « puisque tu déclares que, plutôt que la mort, ou « quelque chose de plus terrible que la mort, c nous sépare ( nous liés d'un si tendre amour ) , « tu es résolu à commettre avec moi la faute, « le crime ( s'il y a crime ) de goûter ce beau fruit « dont la vertu ( car le bien toi^ours procède du « bien , directement ou indirectement ) a offert « cette heureuse épreuve à ton amour qui sans
However I with thee bave fix'd my lot , Certain to undergo like doom : if death^ Gonfiort with thee , deatli is to me as life ; So fbrcible wiUiin my heart 1 feel The bond of nature draw me to my own ; My own in thee , for what thou art is mine ; Our State cannot be seyer'd , we are one , One flesh ; to lose thee were to lose myself . w
So Adam, and thus E?e to him replied :
« O glorions trial of exceeding loye , Illustrious évidence , example high !
Engaging me to emulate ; but short Of thy perfection , how sliall I attain » Adam ? from whose dear side I boast me sprong , And gladly of our union hear thee spealc » One heart , one soûl in both ; wbereof good proof This day affords*, dedaring thee resolv'd , Bather than deaUi, or aught than death more dread, Sball aeparate us , linli'd m loye so dear, To undergo with me one guilt , one crime , If any be , of tasting this fair fruit ; Whose yirtoe ( for of good stiU good proceeds , Direct , or by occasion , ) hath presented This happy trial of thy loye , which else So eminently never bad been known.
« cela n'eût Jamais été si exedlemment coonn. « Si Je pouYois croire que la mort annoncée dût suivre ce que J'ai tenté , Je supporterois seule le pire destin, et nedierdieroispesàte persuader : plutôt mourir abandonnée que de t'obliger à une action pernicieuse pour ton repos , depuis surtout que Je suis assurée d^uoe manière remarquable de ton amour si vrai , si fidèle et sans égal. Mais Je sens bien autrement révénement : non la mort , mais la vie augmea* tée , des yeux ouverts , de nouvelles espérances, des Joies nouvelles , un goût si divin que , quel* que douceur qui ait auparavant flatté mes sens, elle me semble , auprès de celles , âpre on iih sipide. Vaprès mon expérience , Adam , goûte franchement, et livre aux vents la crainte de la mort. »
Elle dit, Tembrasseet pleure de Joie tendrement ; c'étoit avoir beaucoup gagné qu'Adam eàt ennobli son amour au point d'encourir pour elle le déplaisir divin ou la mort. En récompense ( car une complaisance si criminelle méritoit cette hhute récompense) , d'une main lil>érale elle lui donne le fruit de la branche attrayant et beu. Adam ne fit aucun scrupule d'en manger malgré ce qu'il savoit ; il ne fut pas trompé ; il M follement vaincu par le charme d'une femme.
La terre trembla Jusque dans ses entrailles, comme de nouveau dans les douleurs, et la natare poussa un second gémissement. Le del se coo-
« Were it I tbought death menac'd wooM ensoe This my attempt, I would sustain aknae The worst , and not persuade thee ; rather die Deserted» than oblige thee with a Ud Pemidoua to thy peace : chiefly, aasor'd Remarkably so late of thy so tnie , So fiiUthfal , love unequaH'd : but 1 feel Far otherwise th' e?ent ; not death » bat lifo Augmented » open'd eyes , new hopes» new joys, Taste 80 divine , that what of sweet before Hath toucli'd my sensé, flat seems to tlils, and banh. On my expérience, Adam , freely taste , And fear of death deliver to the winds. »
So sayiog, sheembracM him, aod for joy Tenderly wept ; much won , that be bis love Had so ennobled , as of cboice t' incur Divine displeasnre for hersake, or death. In recompense , (for soch compUance bad Soch recompense beat mérita ) finom the boo^ She gave him of that Mt enUcîng fruit With Ubend hand : be scrupled not toeat, Against his better knowledge ; not deceiv'd , But fondly overoome with female chaim.
Ëarth trembled from her entrails, as again In pangs; and nature gavea second groan;