‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 164 sur 283 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

« Être céleste, soit que tu sièges parmi les Trô-

« nés ou qu'on te nomme le plus grand d'entre « eux , car une telle forme peut paroitre celle d'un « prince au-dessus des princes, tu as redit dou- « cernent ton message, par lequel autrement tu « aurois pu en l'annonçant nous blesser et en « Taccomplissant nous tuer. Ce qu'en outre de «chagrin, d'abattement, de désespoir, notre « foiblesse peut soutenir, tes nouvelles l'appor* « tent, le partir de cet heureux séjour, notre tran* « quille retraite , seule consolation laissée fami- « Hère à nos yeux I Toutes les autres demeures « nous paroissent inhospitalières et désolées, in* « connus d'elles, de nous inconnues.

« Si par l'incessante prière je pouvois espé- « rer changer la volonté de celui qui peut toutes « choses. Je ne cesserois de le fatiguer de mes « cris assidus ; mais contre son décret absolu la « prière n'a pas plus de force que notre haleine « contre le vent, refoulée suffocante en arrière « sur celui qui l'exhale au dehors.

« Je me soumets donc à son grand comman* « dément. Ce qui m'afflige le plus, c'est qu'en « m'éloignant d'ici Je serai caché de sa face , « privé de sa protection sacrée. Ici J'aurois pu « fréquenter en adoration , de place en place , les « lieux où la divine présence daigna se montrer ; « J'aurois dit à mes fils : — Sur cette montagne « il m'apparut ; sous cet arbre il se rendit visi- « ble ; parmi ces pins J'entendis sa voix ; ici au

To Micbael thus bis humble words address*d :

« Celestial , wbetber among tbe Tbrones , or nam'd Of them tbe bighest ; for such of sbape may seem Prince above' princes ! gently hast thou told Thy message , wbicb might else in telling wound> And in performmg end us ; wliat besides Of sorrow, and déjection , and despair, Our lïailty cati sustain , tby tidings bring ; Departure from this liappy place , our sweet RecesSy and ouly consolation lefl Familiar to our eyes : ail places else Inbospitable appcar, and desolate ; Nor knowing us, nor known :

« And,ifby prayer Incessant I could hope to change tbe will Of hhn wbo ail things can , I would not cease To weary bim with my assiduous cries : But prayer agamst bis absolute decree No more avails tlian breath i^nst tbe wind , Blown stifiing back on bim that breathes it fortb : Therefore to bis great bidding I submit. This most afflicts me ; tliat , departing lience , As from bis face I sball be bid , depriv*d His blessed counlcnance : bere I could firequent With worsbip place by place where be Touchsafd

Présence Divine; and to my sons reiate : On this mount lie appear*d; under lliis tree Stood visible; among thèse pines liis voice I beard ; hère with him at Uns fountain ta|k'd : So many grateful altars I would rear Of grassy turf, and pile up every stone Of lustre from tlie brook , \n roemory Or monunnent to âges ; and thcreon Ofler sweet-smeliing gums , and fruits, and flowers : In yonder nether world wbere sh^ll I seek His bright appearances , or foot-step trace ? For Uiough I fled him angry , yet , recalFd To life prolong'd and promis*d race , I now Gladly beliold tliougb but his utmost skirts Of glory ; and far oif his steps adore. » To whom thus Michacl with regard benign : « Adam , thou know'st Heaven his, and ail th^ earth; Not this rock only ; his omniprésence fills Land , sea , and air, and every kind thaï lives, Fomented by his virtual power and wannM : Ail th* earth he gave thee to posscss and rule, No'despicable gift; surmisc not then His présence to thèse narrow bounds confin'd Of Paradise, or Eden : this had been Perbaps tliy capital seat , ftom whence had spread Ail générations ; and had hither corne

^^7i LE PAflÀmS

« boi*4 de cette fontaine Je m^entretins avee lui.

« Ma reconnoissancc aurait élevé plusieurs ^ autels de gazon , et J'aurais entassé les pierre^ f lustrées du ruisseau, en souvenir ou monument 4 pqur les fig^ : sur ces autels j'fturols offert les % suavem odeurs des gommes douceifient parf^- ^ mées , d^ fruits pt d^ fleurs. P^ns le paonde « icirbas, i(q-de^ous, o\i cl^ercl^çT^i-je s^ briU <( lant^ apparitions et les vesilige^ de §es pieds? « Car liien que je fuie sa çolèrn ) cepe^daqt rapr « pelé 4 la yie prolongée et une postérité m'étant « promise , h présent Je pçkpteiqple avee joie l'ex^ « trémité des lx>|tds desa gloire , et J'adope de loin « ses pas.

Mipliel, avec des regards pleit^s de béuignité :

% Adam, tu le sai^ , le ciel et tout^ la terre siout K à Dieu, et non pas ce roc seulement: son omni- « présence remplit la t^rre, la mer, l'air et toutes « les choses qui vivent fomentées et d^ufféen <c par son pouvoir virtuel. Il t*a donné tqute la % terrQ pour la posséder et la gouverner \ présent <( npp méprisable! N'imagiMe donc pas que ^ « présence soit confinée dans les bornes étrpite^ «( de ce paradis ou d'Éden. Éden aurpit peut-rêtre « été toq siège principal , d*où toutes les générait tions se seraient répandues, et où ^llefi seraient « revenues de toutes les extrémités dç la terre, « pour te célébrer et te révérer, toi leur gri^d au-

PERDU

tenr. Mais cette prééminenee tu l*as per^aoi descendu que tu es pour habiter maintenant la même terre que tes fils.

« Cependant pe dopto pas que lUea ne soit dans la plaine et dans la vallée oomne il est ici , qu'il ne s> trouve également pfésent : les signes de sa prasenoe le soivranl eoeow; tu seras encnre enviranné de sa bonté, de son paternel amour, de son image ezprasse et de la trace divine de ses pas. Afin que tu pnisges le eratre et t^en assurer avant ton départ d'iei, saehe que Je suis envoyé pour te roontier ee qui , dan^ les jours futurs , doit arriver à toi et à ta raoe. Fffépare-toi à entendre le bien et le mal , à voir la grâoe suraatupelle lutter avec la mécbaneeté des hommes 3 de ceci tu apprendras la vraie patience, et à tempérer la Joio par la crainte et par une sainle tristesse , aceontumé par la modération àsupporterégalemeot Tune et Tautre fortune , prospère on adverse. Ainsi tu conduiras le plus sùmment ta vie, et tu s^as mieux préparé, à endurer tan passage de la mort, qqand il arrivera. Monte sur e^e colline; laisse ton épouse (car J*ai éteint ses yeux) dormir iei en bas, tandis que tu veUIsFas pour la provision de l'avenir, comme tu âorois autrefois quand Eve fut formée pour la vie. > Adam plein de reconnoissanee lui répondit : » If PQte ] Je t0 suie , guide «Ar dans le sentier

From ail the ends of th' earth , to celebrate And reyerence ibpe , U^eir great prog^pilof. But this pre-^minenc^ thou hast lost , hrpc^ht dpwn To dwell on even groupd ppw witli Iby sons.

« Yet doubt not bu( ip valley and in pl^^ God is, as hère; and ^ill be found f^ljl^e Présent; and of his présence many a sign Slill foliowing thpe , StUI compassjn^ tltee ivuod With goqdness and paternal love , bis face Express, and ofhis steps Ihe track ilivine. Which thaï thou ip^y'st believe, and be confinq'd £re thou from bençe départ; kpoiv, I <mq sent To show thee ^iliit sb^l cpme in future d{|ys To thee and tq tjiy offspring : gûod with bad Expect to hear, supernal grâce coatending With sinfulness of men ; thereby to leam True patience , and to temper joy ytïih fear And pious sorrow ; equally inMr'd By modération eitber state to bear, Prospérons or adverse : sp shalt tbou lead Safest thy life, and best pi'epiir'4 endura Thy mortal passage when |t çomes. Aspend This hill ; let Eve ( for I li^ve 4rench*d ber eyes ) Hère sleep below, wbile thou \o foreslf^ht wak'st; As once thou sleep'st| Tivhile sbe to life was fonB'4* »

To wliom |bu3 Adam g|-atefuily replied :

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