‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 166 sur 283 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

« frayante; tous sont funestes. Cependant cette « caverne est plus terrible pour les sens à Ten-

• trée, qu'elle ne l'est au dedans. Quelques-uns,

< comme tu l'as vu, mourront d'un coup violent ;

• quelques autres par le feu, l'eau, la famine; « un bien plus grand nombre par l'intempérance

• da boire et du manger, qui produira sur la terre

< de cruelles maladies dont une troupe mons- «Irueuse va paroltre devant toi, afin que tu « puisses connoitre quelles misères l'inabstineuce t d'Eve apportera aux hommes. »

Aussitôt parut devant ses yeux un lieu triste , iofect , obscur, qui ressembloit à un lazaret. Dans ee lieu étoicnt des multitudes de malades , toutes Ifs maladies qui causent d'horribles spasmes, de decliirantes tortures, des défaillances de cœur, soafTrant l'agonie, les fièvres de toute espèce , les convulsions , les épilepsies, les cruels catar- Hies, la pierre intestine, et l'ulcère, la colique ai^uë, la frénésie démoniaque, la mélancolie songeresse et la lunatique démence , la languissante atrophie, le marasme, la peste qui moissonne largement , les hydropisies , les asthmes et les rhumatismes qui brisent les Joints. Cruelles étoientles secousses, profonds, les gémissements. Le Désespoir, empressé délit en lit, visitoit les malades , et sur eux la Mort triomphante brandissoit son dard ; mais elle différoit de frapper, quoique souvent invoquée par leurs vœux comme leur premier bien et leur dernière espérance.

Quel cœur de rocher auroit pu voir longtemps

lo méats and drinks , wluch on the earUi sball bring t)is(ases dire , of wbich a moostruus crew Cefim Uiee §baU appear ; Uiat Uiou ma^'st know Wbat misei7 tli' inabsUnenoe ofEve ShaU bring oo men. »

Immediately a place Cefore bis eyes appear'd , sad , noisome , darlt ; A bzar-bouae il seem*d ; wberein were laid Numbers of aU diâeas'd ; ail maladies Of ghasUy spasm , or racking torlure, qoalms orbeart-sick agony, ail feTorous kinds, CoDTDlsioos , épilepsies , fierce catarrbs , lotestine stone and ulcer, colic pangs , Dcmoniac pbrensy, moping nielancholy, AdcI moon-struck madness, pining atrophy, Marasmos , and wide-wasting pestilence , Dropsies, and asthmasi and joint-racking rlieums. Dire was the tossing , deep the groans ; Despair Teoded Uie sick, busiest from couch to ooocli ; And OYer tbem triumpbant Deatb bis dart SliQok , bat delay'd to strike , Uiougb of t invok'd Wilb Tows , as tbeir cliiergood , and final liope. Sigbt so deform wbat lieart of rock conid long Dry-ey'd behold ? Adam could not , but wept ,

d'un œil sec un spectacle si horrible? Adam ne le put , et il pleura , quoiqu'il ne f &t pas né de la femme : la compassion vainquit ce qu'il y a de. meilleur dans Thomme, et pendant quelques moments le livra aux pleurs ; jusqu'à ce que de plus fermes pensées en modérèrent enfin l'excès. Recouvrant à peine la parole, il renouvela ses plaintes :

« 0 malheureuse espèce humauie , à quel abais- « sèment descendue ! à quel misérable état réser- « vée? Mieux vaudroit n'être pas nél Pourquoi « la vie nous a-t-elle été donnée , si elle nous doit « être ainsi arrachée? plutôt , pourquoi nous a-t- «elle été ainsi imposée? Qui, si nous connois* « sionsce que nous recevons, ou voudroit accep- « ter la vie offerte, ou aussitôt ne demanderoit « à la déposer, content d'être renvoyé en paix? « L'image de Dieu , créée d'abord dans l'homme « si belle et si droite, quoique depuis fautive, « peut-elleêtre ravalée àdes souffrances hideuses « à voir, a des tortures inhumaines ! Pourquoi , « l'homme retenant encore une partie de la res- « semblance divine, ne seroit-il pas affranchi de «t ces difformités? pourquoi n'en seroit-il pas « exempté, par égard pour l'image de son Créa* « teur? »

« L'image de leur Créateur, répondit Michel, « s'est retirée d'eux , quand ils se sont avilis eux- « mêmes pour satisfaire des appétits déréglés; « ils prirent alors l'image de celui qu'ils ser* « voient, du vice brutal qui principalement in-

Tbougli not of woman bom ; compassion quéU'd His best of man , and gave him up to tears A space , tlll ûrmer thoughts restrain'd eicess ; And , scarce recovering words , bis plaint renew*d :

« O misérable mankind , to wbat Càll Degraded , to wbat wretched state reserr'd l Bel ter end bere unbom. Wby is life gÎTea To be tlius wrested from us? ratber, wby Obtnided on us tbus? who, if we knew Wbat we receive , would eitber not accept Life oiïer'd , or soon beg to lay it down ; Glad to be so dismiss'd in peace. Can tbus Tir image of God in man , created once So goodly and erect , tbough faulty since, To sucb unsigbtly sufTeriogs be debas*d Under inhuman pains ? Wby sbould not man ,. Retaining still divine similitude In part, from sucb defonnities be free , And , for bis Maker*s Image sake , exempt? •

« Tbeir Maker's image, answer'd Micbael , tben Forsook tbem , wben tbemselves tbey vilified To serve ungoTem*d appctite ; and took His image wbom Uiey serv'd , a bruUsb vice^ Inductive mainly to tiie sin of Eve.

» dQislt Eve âtl i^éché. C^Cst pour cela que leur t chétfment est si abject; ils ne défigurent pa» la t resisemblance de Dieu , mais la leur ; ou si cette fc ressemblance est par eux-mêmes effacée lors- « quUts pervertissent les règles saines de la pure it nature en maladie dégoûtante , ils sont punis « eonvenablement , puisqu'ils n'ont pas respecté ■ en eux-mêmes l'image de Dieu. »

i Je récoUnois que cela est Juste , dit Adam, « et Je m'y soumets ; mais n'est-il 'd'autre voie « que ces pénibles sentiers pour arriver à là tnort 'à et nous mêler à notre poussière consubstan- « tielle? »

« Il en est une , dit Michel , si tu observes la n règle i Rien de trop; rè^le enseignée pèir la '« tempék^nce dans ce que tu manges et bois; vi cherchant une nourriture nécessaire et non de > gourmandes délices : jusqu'à ce que les années it i^vlennent nombreuses sur ta tête , puîssesi tu vivre ainsi , jusqu'à ce que , comme un fruit « ihâr, tu toml)es dans te sein de ta liière, ou « que tu sois cueilli avec facilité; non arraché % avec rudesse, étant mûr pour la mort : ceci est ^ te vidl fige. Mais alors tu survivras à ta Jeué nesse, à ta force, à ta beauté devenue fanée, « foible et grise. Alors tes sens éraoussés perdront ^ tout goût de plaisir pour ce que tu as. Au lieu « de ce souffle de jeunesse, de gaieté et d'espéit rance, circulera dans ton sang une vapeur mé- « lancolique, ft'oide et stérile pour appesantir

LE PAfiADIS PERDU.

* tes esprits et consumer enfin le baume de là «vie.»

fichtre grand ancêtre :

k DéSdnnais je ne fUis point la mort, ni né « voudroiB prolonger beaucoup ma vie , iadiné « plutôt à m'enquérir comment Je peis le plus « doucement et le plus aisément quitter cet Inoom- « mode fàtdeau quil me faudra porter josqu'ao « jour marqué pouf le rendre, et attendre avee « patience ma dissolution ! »

Michel répliqua :

« N'aime ni ne hais ta vie : mais ce que tu îi- « vras, vis-le bien. Ta vie sera-t-elle longneon « courte? laisse faire au ciel t Prépare-toi main- < tenant à un autre spectacle. «

Adam regarda , et il vit nne plaine spacieuse, couverte de tentes de différentes couleurs; près de quelques-unes palssoient des troupeaux de bétail. De plusieurs autres on entendoit s'élever le son d'instruments qui produisoient les mélodieux accords de la harpe et de Forgue : où voyoit Celui qui iaisoit mouvoir les toueiies et les cordes ; sa main légère , par toutes les propo^ tions , voloit inspirée en 1)88 et en haut , et poursuivoit en travers la fugue sonore.

Dans un autre endroit se tenoit un homme qui, travaillant à la forge, avoit fondu deux massifs blocs de fer et de cuivre ; (soit qu'il ia eât trouvés là où un incendie fortuit avoit consumé les bois sur une montagne ou dans une Tat-

Tlierefore so ahject u their punishment , Disfigaring ttot God's Ukeness , but their own ; Or if his lilteness , by tltemsetres defecM ; Wliile Uiey pervert pare natnre's healthftal mies To loaUisome tleknefls; wortbily, sinee they God's image didDotrevereiioe in themselvefl. »

« I yield it just , sefd Adam , and ftnbmit. Bot is there yel no otiier way , l)esides Thèse pamfui passagefl , how we may corne To death, and mix wfth oiir connatoral dost? »

« There is, sald Michael , irtlioo well observe The rule of Not too mueh : by tempérance taught , In what thou eat'st and drinl(*8t; secl&ing (h)m thcnCe Due nourishment , not glnltonous delight i Till many years over thy head retam , So may*8t thou lire ; tiil , Ifite ripe frait, thon drop Into thy mother*s tap ^ ot be ^ith ease GalhePdi not harshiy pluck*d , For death mature : This is old âge ; but then , thou most oatllve Thy youUi, thy strength, tliy beauty; which wfH changé To wither*d , Weak , and gray ; thy sensés then , Obtase , ail taste of pleasure mnst forego , To what thou hast ; and , for tbe air of yotith , Hopeful and dieerful , in thy blood wf Q reign A melaacholy damp of oold and dry

To weigh tby spirifs down » and last consume The bain ofllfe. »

To whom onr ancestor :

« Henceibrlh 1 fly not death , nor wooM prolong Life mucli ; bent rather, how t may be quit , Fairest and easiest , of this cumbroiié charge; Which I must keep Ull my appointed day Of rendering up, and patientiy attend My dissolution. »

Michael replled :

« Nor love tby life i^nor hâte ; bot wiiat thoo liT*st Li?e weU ; how long , or short , permit to Hearen ! And now prépare thee for anothcr sigbt. •

He look*d , and saw a spaclous plain , wbercoa Were tents of yartoas hue ; by some , were berds Of cattle grazing ; others , wbenee tbe sound Of instruments , that made melodfotis cblme, Was lieard , of harp and organ ; and who moy'd Their stops and chords was scen; hIs volant tourh InsUnct tlirough ail proporUons , low and high , Fled and pursued transrerse tbe résonant lugoe.

In other part stood one who , at tbe forge Labouring, two massy clods oflron and brass Had melted (whether fbund where casual Are Had wasted woods on mountain or tn vale ,

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