‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 174 sur 283 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

L'ange finit, et Adam lui répltqaa, pour la dei>

Dièrefois:

« Combien ta prédiction,Abienheiireux voyant, a mesuré y ite ce monde passager, la course du temps Jusqu'au Jour où il s'arrêtera iixél au delà, tout est abîme, éternité, dont l'œil ne peut atteindre la fin! Grandement instruit, je partirai d'ici, grandement en paix de pensée, et Je suis rempli de connoissances autant que ce vase peut en contenir ; aspirer au delà a été ma folie. J'apprends de ceci que le mieux est d'obéir, d'aimer Dieu seul avec crainte , de marcher comme en sa préseace , de reconnottre sans cesse sa providence, de ne dépendre que de lui, miséricordieux pour tous ses ouvrages, surmontant toujours le mal par le bien , par de petites choses accomplissant les grandes , par des moyens réputés foibles' renversant la force du monde, et le sagQ du monde par la simplicité de rhumble :Je8aisdé8ormaisque souffrir pour la cause de la vérité c'est s'élever par la force à la plus haute victoire , et que pour le fidèle la mort est à la porte de la vie ; Je suis instruit de cela par rexerople de celui que Je reconnois à présent pour mon Rédempteur à Jamais béni. »

L'Ange à Adam répliqua aussi pourla dernière

fois:

« Ayant appris ces choses , tu as atteint la

• somme de lasagesse. N'espère riendeplus haut,

Masar'd this transient world , the race of time /

Ttll Urne stand ûx*à 1 Beyond is ail abyss ,

Eternity , whoae end no eyecan reach.

GrcâUy iastracled I shall faence départ ;

GfeaUy îd peace of thooght, and bave my fiU

Of knowledge, what hia Tessél can contain ;

Beyond wliîcb waa my Iblly to aspire.

Heacediirth I toarn , that tonbey ia beat»

And lore wilb fear the OBly God ; to walk

.U in bis présence; erer to ofaserte

Hts providence ; and on him sole dépend ,

Mercifoi orer ail hls works , with good

sua oreroomfaig evil , and by sdiail

Acoomplialling great thinss ; by Ihlngs deem'd weak

SobTertJng worldly strong , and worldly wise

By Bimply iheek : that soflbring for tnith's sake

Is fortitude (o higbest Tictory ;

Aod, to the bithAiI, dcath the gateof lire;

Taoght Ihis by bis example , whom I now

Acknowledge my Redeemer eyer Mest. »

To whom thus also th' angel last replied : « This baving leam'd , thoii hast attaiii*d the som

Of wisdoop: hope no higher, thoogh aii ttie stars

Thoa knew'st by name , and alJ th' etiiereal powers,

CaATE.\OBRlAia>. — ffOVE T.

quand même tu connottrois toutes les étoiles par leur nom , et tous les pouvoirs éthérés , tous les secrets de l'abtme, tous les ouvrages de la nature , ou toutes les œuvres de Dieu dans le ciel ; l'air, la terre ou la mer ; quand tu Jouiroisde toutes les richesses de ce monde, et legouvemerois comme un seul empire. Ajoute seulement à tes connoissances des actions qui y répondent; ajoute la foi, s\}oute la vertu, la patience, la tempérance; igoute l'amour, dans l'avenir nommé charité, âme de tout le reste. Alors tu regretteras moins de quitter ce paradis, puisque tu posséderas en toi-même un paradis bien plus heureux.

« Descendons maintenant de cette cime de spéculation ; car l'heure précise exige notre départ d'ici. Regarde I ces gardes que J'ai campés sur cette colline attendent l'ordre de se mettre en marche : à leur front, une épée flamboyante, en signal du bannissement, ondoie avec violence. Nous ne pouvons rester plus longtemps. Va, éveille Eve: elle aussi Je l'ai calmée par de doux rêves, présages du bien, et J'ai disposé tous ses esprits à une humble soumission. Dans un moment convenable tu lui feras part de ce que tu as entendu , surtout de ce qu'il importe à sa foi de connoltre, la grande délivrance du genre humain, qui doit venir de sa race, de la race de la femme. Puissiez-vous vivre ( vos Jours seront nombreux] dans une foi unanime,

AU sécréta of thedeep, ail natare's works, Or Works ofGod in Heaven , air, earth , or sea. And àU the riches of this world enjoy'dst And ail the raie , one empire : only add Deeds to thy knowledge answerable ; add faîth , Add Tirtœ, patience , tempérance ; add love , By name to corne caU'djeliarity , the souI Of ail the rest : then wût thou not be loth To leave this Paradise , but shalt possesa A paradise within Ihee , happier far.

« Let us descend now tberefore from this top Of spéculation ; for the hour précise Exacts our parting benœ ; and see ! the guards, By me encamp*d on yonder hill , expect Their motion ; at whose front a flaming sword , In signal of remove, waves fiercely round. We may no longer stay : go , waken Eve ; Her also I with gentle dreams bave ca]m*d , Portendtng good , and ail her spirits compos*d To meek subraisaion : thon , at season fit , Let her with thee partake what thou hast heard ; Chiefly , what may concern her faiUi to know, The great deliverance by her seed la conie ( For by the woman's seed ) on ail mankînd ;

LE PARADIS PERDU

« quoique tristes , à cause des maux passés , ce- « pendant encore beaucoup plus consolés par la a méditation d'upe heureuse fin. »

Il finit y et tous deux descendent la colline. Arrivé au bas, Adam courut en avant au berceau où Eve s'étoit endormie,; mais il la trouva éveillée; elle le reçut ainsi avec ces paroles qui n^étoient plus tristes :

« D'où tu reviens et où tu étois allé, je le sais, « car Dieu est aussi dans le sommeil et instruit les « songes : il me les a envoyés propices, présageant a un grand bien , depuis que fatiguée de chagrin ■ et de détresse de cœur, je tombai endormie; « mais à présent, guide-moi ; en moi , plus dere- « tardement : aller avec toi, c'est rester ici ; res- « ter sans toi ici , c'est sortir d'ici involontaire- « ment. Tu es pour moi toutes choses sous le ciel, « tu es tous les lieux pour moi , toi qui pour mon n crime volontaire es banni d'ici. Cependant j'em- « porte d'ici cette dernière consolation qui me « rassure : bien que par moi tout ait été perdu , « malgré mon indignité, une faveur m'est accor- R dée : par moi la Race promise réparera tout. »

Ainsi parla Eve notre mère, et Adam l'entendit charmé, mais ne répondit point ; l'archange étoit trop près , et de l'autre colline à leur poste

Tfaat ye may Uve , which wiU be maoy days ^ Botli io one faith unaniinoas , thoogh sad , WiUi cause , for evils past; y et mucb aaore cheei'*d >Vith méditation on the liappy end. »

He ended , and they both descend the hill. Descended , Adam to the bower, where Eve Lay sleeping , ran before ; but Cound ber wak'd ; And Ihus with words uot sad sbe liiiu reoeiv'd :

« Whence thou return'st , and wlùther weDl^st, I luiow ; For God is also in sleep ; and dreams ad vise, Which he hath sent propitious , some great good ^ Presaging, since with sorrow and beart's difttresB Wearied 1 fell asleep : but oow lead on; In me is no delay ; with Ihee to go, Js lo stay hère ; witbout tbee hère to stay , ]9 to go hence unwilli^g : thou U> me Art ail thingft under Heaven , ail places thou , W'ho for my wilful crime art banish'd beoce. This furlher consolation yet secure 1 carry hence ; thoogh ail by me is lost , Such favour I unworthy am voucb^taTd, By me the promise Seed shall ail restore. »

So spake our mother Eve , and Adam heard Well pleas'd , but answer*d not : for now, too nigh

assigné, tous dans un ordre brillant, les chérubins descendoient : ils glissolent météores sur la terre , amsi qu'un brouillard du soir élevé d'un fleuve glisse sur un marais, et envahit rapidement le sol sur le^ talons du labou reur qui retourne à sa chaumière. De front ils s'avançoient ; devant eux le glaive brandissant du Seigneur flamboyoit furieux , comme une comète : la chaleur torride de ce glaive , et sa vapeur telle que l'air brûlé de la. Libye, commençoient à dessécher le climat tempéré du paradis ; quand l'Ange tiâtant dos languissants parents, les prit par la main, les conduisit droit à la porte orientale ; de là aussi vite jusqu'au bas du rocher, dans la plaine inférieure , et disparut.

Ils regardèrent derrière eux, et virent toute la partie orientale du paradis , naguère leur heureux séjour, ondulée par le braoêon flambant : la porte étoit obstruée de figures redoutables et d'armes ardentes.

Adam et Eve laissèrent tomber quelques naturelles larmes qu'ils- essuyèrent vite. Le monde entier étoit devant eux , pour y choisir le lieu de leur repos, et la Providence étoit leur guide. Main en main, à pas incertains et leats, ils prirent à travers Ëden leur chemin solitaire.

Th* archaDgél stood ; and from tbe other faill

To tbeir fix'd station , aU in brigtit array

The cberubim deseended ; osa tbe ground

Gliding meteorous , as eveniog-mist

Risen ftt)m a river o'er the marish glides,

And gathers ground fast at the labourer's beel

Homeward returnlng. Higb in froot ad vanc'd ,

The brandish'd sword of God betbre tbem blaz'd ,

Fierce as a cornet; which with lorrid beat.

And vapour as the libyan air «dust »

Began to parch that temperate vUme : wberaat

In either hand tbe hartenmgmgel camgbt

Our iingering parents» and to tli* eastern g»U»

Led them direct , aod down the cUff as M

To the subjected plain ; tbea disappear'd.

They , looking back , ail tb* easteni éd» bebeld

Of Paradise , so laie tbeir bappy seal ,

Wav*d over by that flaning braod; Ibegata

With dreadful faces thnoii«*d , and fiery anoBS. Sonoe lUdurW tears Ibey drofiC, iMU wip'd iMnMûo :

Tlie world was ail befoK tbem , wbereto cbooae Their place 4)fre&t« nad PrtfVltaicel^r goide. They , hand in hand , with wanderîng ileps and slow» Throogh Eden look tbeir solikaiy way.

MÉLANGES LITTÉRAIRES

PRÉFACE

Lorsqoe je rentrai en France , en 1 800 , après une émignlioB pénible, mon ami, M. de Fontanea, rédigeoit le Mercure de France; U nlnvita à écrire avec lui dans ce jouroal , pour le rétablissement des saines doctrines religieuses et monarchiques.

J'acceptai cette invitation : je donnai quelques articles VI Mercure, avant même d'avoir publié Atalaf avant i'étreconno, car mon Jrm^Ai^ioriçttfétoii resté enseveli ea Angleterre. Ces combats n'étoicnt pas sans quelques périls : 00 ne pouvoit alors arriver à la politique que par U littérature ; la police de Buonaparte entendoit à demi-mot ; le doDjon de Vincennes, les déserts de la Guiaue et la plaine deGrcodIe attendoient encore., si besoin étoit, les écri- Tâios royalistes, lion premier article sur le Voyage en ES' \>Gqne de M. de Laborde feiliit de me coûter cher : Bucnaparte menaça de me /a ire sabrer sur les marches de m palais, ce furent ses expressions. Il ordonna la suppression do Mercure ^ et sa réunion à la Décade. Le Jour* *al des Débats, qui avoit osé répéter l'article^ fut bientôt après ravi à ses propriétaires.

Aa retour du roi , je réclamai auprès du gouvernement h propriété du Mercure, que j'avois acheté de M. de FontajKs pour une somme de 20,000 francs. Je m*étois ima- Siaé qoe la cause <iui avoit fait supprimer cet ouvrage feroit uo peu valoir mon bon droit : je me Ifompai. C'est ûibi qu'ayant eu à répéter une part de mes appointements ^ Qiinistre Je n*ai pu l'obtenir, par la raison qu'ayant fait leToyage de Gand » je ne m'étois pas rendu à mon poste & Stuckliolm ; c'est ainsi qu'en sortant du ministère, non-seul^iueutoQ ne m'a pas alloué le traitement de retraite accoutumé; niais encore on m'a supprimé ma pension de ministre d'État. Je rappelai ceci , non pour me plaindre , mais *fiD qu'on ne fasse pas h l'avenir porter sur d'autres que DM>i ces misérables vengeances et ces ignobles économies , u peu d*accord avec la générosité naturelle de nos monar- ^m et la dignité de la couronne.

yn choix des articles du Mercure a été fait par moi : ces articles, réunis à quelques autres articles littéraires tirés ^Conservateur eiénJàurnaldes Débats, forment la c^^lioo renfermée ici sous le tîlre de Mélanges lUlérai- ^fj- Les lettres n'ont jamais été si honorables que lorsque, "*ûs le silence du monde subjugué, elles proclamoieut des 'frites courageuses , et fatsoient entendre les accents de la liberté an miliea des cris de la victoire.

^»qne le nom de M. de Fontanes est v^u se placer ^tarellement sous ma plume, qn'il me soit permis de P»yerici un nouveau tribut de regrets et de douleur à la ^^irc de l'eicellent homme que la France littéraire w^era longtemps. Si la Providence me laisse encore quel- ^ jour» sur la terre, j'écrirai la vie de mon iUustre et

généreux ami. Il annonça au monde ce que, selon lui , Je de vois devenir; moi, je dirai ce qu'il a été : ses droits au< près de la postérité seront plus sûrs qu# les miens.

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