‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 181 sur 283 · FONTANES · texte numérisé non relu

FONTANES

> genèse.

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grès de la géographie noiversdle: tvictfvn^ iraOev, in mari passas est \ Ils partagent , avec les Espagnols et les Portugais , la gloire â*aYoir ajouté de nouvelles mers et de nouveaux oontinents au globe, et d'avoir fixé les limites de la terre. ' Les prodiges de la navigation sont peut-être ce qui donne une plus haute idée du génie de l'homme. On frissonne et on admire lorsqu'on voit Colomb s'enfoncant dans les solitudes d'un océan Inconnu, Vasco de Gama doublant le cap ; des Tempêtes, Magellan sortant d'une vaste mer pour entrer dans une mer plus vaste encore , Cook . volant d*un pôle à l'autre , et , resserré de toutes parts par les rivages du globe , ne trouvant plus de men peur ses vaisseaux !

Quel beau sepctacle n'offre point cet illustre mvigateur cherchant de nouvelles terres, non pour en opprimer les habitants, mais pour les secourir et les éclairer ; portant à de pauvres Sauvages les nécessités de la vie , Jurant concorde et andtié , sur leurs rives charmantes , à ces simpies enfants de la nature; semant, parmi les glaces australes , les fruits d'un plus doux climat, - en imitant ainsi la Providence, qui prévoit les naufrages et les besoins des hommes I

La mort n'ayant pas permis au capitaine Cook d'achever ses importantes découvertes , le capitaine Yaucou ver Ait chargé, par le gouvernement anglois , de visiter toute la côte américaine depuis la Californie Jusqu'à la rivière [de Cook, et de lever les doutes qui pouvoient rester encore sur un paftssage au nord-ouest du Nouveau-Monde. Tandis que cet habile marin remplissoit sa mission avec autant d'Intelligence que de courage, « un autre voyageur anglois, parti du Haut-Canada, s'avànçoit à travers les déserts et les forêts Jusqu'à la mer Boréale et l'océan Pacifique.

M. Mackeuzie, dont Je vais faire connoltre les travaux , ne prétend ni à la gloire du savant ni à celle de l'écrivain. Simple trafiquant de pelleteries parmi les Indiens, il ne donne modestement son Voyage que pour le Journal de sa route.

LeiSyle ventsouffloit deVouest : nous fîmes quatre milles au sudy deux milles ausudouest, etc. Ze fleuve étoit rapide : nous eûmes un portage ^ nous vîmes des huttes abandonnées; le pays étoit fertile ou aride; nous traversâmes àes plaines ou des montagnes; il tomba de la neige; mes gens étoient fatigués; ils voulurent

me guitier; je fis une observation asIrmtmU que, ete, etc.

Tel est à peu près le style de H. Mackenzie. QuelquQfois cependant il iilterroinpt sod Journal povr décrire une scène deIanati»e,oule8iiKeQn des Sauvages ; mais il n'a pas toi^oun l'art de foire valoir ces petites circonst^fiçes ti intérosantes dans les récits de nos misstonnaires. On connott à peine les compagnons de ses fatigua; point de transports en découvitint la mer, bot si désiré de rentreprise; point de scènes attendrissantes lors du retour. En un mot , le lecteorn'est point embarqué dans le canot d'écorce avec le voyageur, et ne partage point avec lui ses craintes, ses espérances et ses périls.

Un plus grand défout encore se bit sentir dans l'ouvrage ; il est malheureux qu'un simple joarnal de voyage manque de méthode et de clarté. M. Mackenzie expose confusément son sqjet. Il n'apprend point au lecteur quel est ce fort Ckipiouyan d'où il part ; où en étoient les découvertes lorsqu'il a commencé les siennes; si l'endroit où il s'arrête à l'entrée de la mer Glaciale étoit u» baie, ou simplement nne expanston duffcoTe, comme on est tenté de le soupçonner; comme&t le voyageur est certain que cette grande rivière de l'ouest, qu'il appelle ,Tacouiché'Tessé^esMxi rivière de Gt>/omfrta, puisqu'une l'apasdesoendoe Jttsqu'àson embouchure; comment ilsefaitqnela partie du cours de ce fleuve qu'il n'a pas visitée soit cependant marquée, sur sa carte, etc. etc.

Malgré ces nombreux défou|s, le mérite do Journal de M. Mackenzie est fort grand ; mais il a besoin de commentaires, soit pour donner une idée des déserts que le voyageur traverse, et colorer un peu la maigreur et la sécheresse de sod récit, soit pour éclairdr quelques points de géographie. Je vais essayer de remplir cette tâche auprès du lecteur,

L'Espagne , l'Angleterre et la France doivent leurs possessions américaines à trois Itoliais : Colomb, Gabot et Verasani, Le génie de Tltaiie, enseveli sous des ruines , comme les géants sons les monts qu'ils avoient entassés, seroMe se ré^ veiller quelquefois pour étonner le monde. Gcfut vers l'an 1523 que François I". donna ordre à Jean Verazani d'aller découvrir de nouvelles terres. Ce navigateur reconnut j^us de six cents lieues de côtes le long de l'Amérique s^tentrionale , mais il ne fonda pomt de ookNiie.

Jacques Cartier, son successeur, visils tout

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le pays appelé JCMfia/a par les Sauirages , e'està-din amas de cabanes*. Il remonta le grand fleove qui reçat de lui le nom de Saint-Laurent^ ets*avança Ja9C[a*à Tile de Montréal ^ qa*on nommoit alors Hochelaga,

M. deRobervalobÛnt, en 1 5 40, la vice royauté do Canada. 11 y transporta plusieurs familles avec «m frère, que François V avoit surnommé le gendarme éTAnnibal, à cause de sa bravoure; mais ayant fait naufrage en 1 5 40 , « avec eux tom- « bèrent , dit Gharlevoix , toutes les espérances I qa'on avoit o(mçues de faireun établissement en «Amérique, personne n^osant se flatter d*étre i plos habile ou plus heureux que ces deux braves • hommes. »

Les troubles qui peu de temps après éclatèreut en France, et qui durèrent cinquante années, empêchèrent le gouvernement de porter ses regards au dehors. Le génie de Henri IV ayant étoQfTé les discordes civiles , on reprit avec ardeur ie projet d*un établissement au Canada. Le marquis de la Roche s*embarqua en 1 598 , pour tenter de nouveau la fortune; mais son expédition eut ane fin désastreuse. M. Chauvhi succéda à ses projets et à ses malheurs. Enfin , le commandeur de Chatte s'élant chargé, vers Tan 1603, de la même entreprise, en donna la direction à Samuel de Champelain , dont le nom rappelle lefoudateur de Québec, et le père des colonies francoises dans TÂmérique septentrionale.

Depuis ce moment les Jésuites furent chargés du soin de continuer les découvertes dans Tlutériear des forêts canadiennes. Alors commencèrent ees fameuses missions qui étendirent Tempire fraoçois des bords de TAtlantique et des glaces de la baie d'Hadson aux rivages du golfe Mexi- C3ia. Le père Biarl et le père Enemond-Masse pstrcoarurent toute TAcadie ; le père Joseph s'a- ^aoça Jusqu'au lac Nipisslng, dans le nord du Caaada; les pères de Brébeuf et Daniel visitènot les magnifiques déserts des Hurons , entre k lac de ce nom , le lac Michigan et le lac Érié ; ^ père de Lamberville fit connoltre le lac Ontario ^ les cinq cantons iroquois. Attirés par Tespoir do martyre et par le récit des souffrances qu'enduroient leurs compagnons, d'autres ouvriers ^vangéliques arrivèrent de toutes parts , et se ré- P^dlrent dans toutes les solitudes. « On les en-

y* Bipagiiûis avoient eertiitMiiieDt déooaTert te Canada f^ntlaeqnes CarUer et Verazant , et qoelques auteurs pré- ^^1 ^^ ^ nom Cahaha ?knt dc9 dcu moU espagnols

« voyoit, dit rUstorien de la Nauvdle-France , « et ils alloient avec joie... ; ils aocomplissoient « la promesse du Sauveur du monde , de faire an- « nonoerscm Évangile par toute la terre. »

La découverte de VOhio et du Meschaofibé à l'occident , du lac Supérieur et du lac des Bois au nord*ouest, du fleuve Bourbon et de la côte intérieure de la baie de James au nord , ibt le résultat de ces courses apostoliques. Les missionnaires eurent même cônnoissance de ces m&n^ tagnes Rocheuses < , que M. Mackenzie a franchies pour se rendre à Tocéan Pacifique, et du grand fleuve qui devoit couler à Touest : c*est le fleuve Golombia. Il suffit de Jeter les yeux sur tes anciennes cartes des jésuites, pour se convaincre que je n'avance ici que la vérité.

Toutes les grandes découvertes étoient d<Nic faites ou indiquées dans Tintérieur de l'Amérique septentrionale lorsque les Anglois sont devenus les maîtres du Canada. En imposant de nouveaux noms aux lacs, aux montagnes , aux fleuves et aux rivières , ou en corrompant les anciens noms françois , ils n'ont fait que jeter du désordre dans la géographie. Il n'est pas même bien prouvé que les latitudes et les longitudes qu*ils oot données à certains lieux soient plus exactes que les latitudes et les longitudes fixées par nos savants missionnaires \ Pour se faire une idée nette du point de départ et des voyages de M. Mackenzie , voici donc peut-être ce qu'il est essentiel d'observer.

Les missionnaires françois et les coureurs canadiens avoient poussé les déeesvertes jusqu'au lac Ouinipie ou Omnipigon^, à l'ouest, et jusqu'au lac des Assiniboislon Cristinaux, au nord. Le premier semble être le lac de r Esclave de M. Mackenzie.

La société anglo-canadienne , qui fait le oomroereedes pelleteries, a établi une factorerie au Ghipiouyan^, sur un lac appelé le lacdes Mwta' gnesy et qui communique au lac de l'Esclave par une rivière.

Du lac de l'Esclave sort un fleuve qui coule au nord , et que M. Mackenzie a nommé de son nom.

> ns les appellent les montagnes des Pierres brillantes.

* H. Arrowsroith esl à pfcsent te gtogrqihe te plus oétebre en Angleterre : si Ton prend sa grande carte des États-Unis , et qu'on ia compare aiu dernières cartès'd*Initey , on y trouvera une prodlgteuse différence, surtout dans la partie qui s'étend entre les lacs du Canada et TOhlo; les cartes des missioiinalaes, au contraire, se rapprochent beaucoup des cartes dlmley.

3 Les cartes françolses le placent au Uf degré de teUtode nord , et les cartes angloiaes au 5S*.

4 6S*4O'latirad0iiord,e(i(fSO'k>D8llndBoaert,iiiéridteB de GiceQwich.

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Le fleuve Mackenzie se Jette dans la mer du pAle par le 60"* 1 4' de latitude septentrionale , et les 1 35** de longitude ouest, méridien de Greenwich.

La découverte de ce fleuve et sa navigation Jusqu'à Tocéan Boréal sont l'objet du premier voyage de M. Mackenzie. Parti du fort Chipiouy an le 3 de Juin 1789 , il est de retour à ce fort le 12 de septembre de la même année.

Le 10 d'octobre 1792, il part une seconde fois du fort Chipiouyan pour faire un nouveau voyage. Dirigeant sa course à l'ouest , il traverse le lac des Montagnes, et remonte une rivière appelée Oungigah , ou la rivière de la Paix. Cette rivière prend sa source dans les montagnes Rocheuses. Un grand fleuve, descendant du revers de ces montagnes , coule à l'ouest , et va se perdre dans l'océan Pacifique. Ce fleuve s'appelle Tacoutché'Tessé y ou la rivière de Golombia.

La connoissance du passage de la rivière de la Paix dans celle de Colombia, la facilité de la navigation de cette dernière , du moins Jusqu'à l'endroit où M. MackoDzie abandonna son canot pour se rendre par terre à l'océan Pacifique : telles sont les découvertes qui résultent de la seconde expédition du voyageur. Après une absence de onze mois , il revint au lieu de son départ.

Il faut observer que la rivière de la Paix , sortant des montagnes Rocheuses pour se jeter dans un bras du lac des Montagnes; que le lac des Montagnes communiquant au lac de l'Esclave par une rivière qui porte ce dernier nom ; que le lac de l'Esclave, à son tour, versant ses eaux dans l'océan Boréal par le fleuve Mackenzie, Il en résulte que la rivière de la Paix , la rivière de l'Esclave, et le fleuve Mackenzie, ne sont réellement qu'un seul fleuve qui sort des montagnes Rocheuses à l'ouest, et se précipite au nord dans la mer du pôle. Partons maihtenant avec le voyageur, et descendons avec lui le fleuve Mackenzie Jusqu'à cette mer hyperborée.

« Le mercredi 3 juin 1769, à neuf heures du matin, je partis du fort Chipiouyan , situé sur la cùte méridionde du lac des Montagnes. J'étois embarqué dans un canot d'écorce de bouleau , et j'avois pour conducteur un Allemand et quatre Canadiens, dont deux étoient acoompagnés de leurs femmes.

« Un Indien , qui portoit le titre de chef anglois , me sul- Toit dans un petit canot , avec ses deux femmes ; et deux autres jeunes Indiens, ses compagnons, étoient dans un autre petit canot. Les Sauvages s'étoient engagés à me servir d'interprètes et de chasseurs. Le premier avoit autrefois accompagné le chef qui o(»idaiiit M. Heame à la rivière des Mines de cuivre. »

M. Mackenzie traverse le lac des Montagnes, entre dans la rivière de l'Esclave , qui le conduit au lac du même nom , côtoie le rivage septentrional de ce lac, et découvre enfin le fleuve Mackenzie.

« Le cours du fleuve prend une direcUon à l'ouest, et

dans un espace de vingt-quatre nulles ; son Ut se rétrédi

gradoeUement, et finit par n'avoir qo'un demi-mUe de

laige.

^ Depuis le lac jusque-là , les terres du o6té du oord sont

basses et couvertes d'aibres ; le côté du sud est plus

élevé, mais 11 y a aussi beaucoup de bois ]!((ms j

vîmes beaucoup d'arbres renversés et noircis par le fi», au milieu desquels s'élevoient de jeunes peupliers qd avoient poussé depuis l'incendie. Une chose trènligu de remarque, c'est que lorsque le feu dévore une forêt de sapins et de bouleaux , il y croit des peupliers , qaaique auparavant il n'y eftt 4lan8 le même endroit aow arbre de cette espèce. »

Les naturalistes pourront contester l'exactitude de cette observation à M. Mackenzie, car en Europe tout ce qui dérange nos systèmes est traité d'ignorance ou de rêve de l'imagipatioa; mais ce que les savants ne peuvent nier, et ce que tout l'art ne sauroit peindre, c'est la beauté du cours des eaux dans les solitudes du Nou^^o- Monde. Qu'on se représente un fleuve immense, coulant au travers des p]us épaisses forêts ; qo'oa se figure tout les accidents des arbres qui accompagnent ses rives : des chénes-saules, tombés de vieillesse , baignent dans les flots leur tête cheDoe; des planes d'occident se mirent dans l'onde avec les écureuils noirs, et les hermines blancha^qui grimpent sur leurs troncs, ou sejouent dans leurs lianes; des sycomores du Canada se réunisseot en groupe; des peupliers de la Virginie croissent solitaires, ou s'allongent en mobile avenue. Tantôt une rivière , accourant du fond du désert , vient former avec le fleuve , au carrefour d'une pompeuse futaie , un confluent magnifique ; tantôt une cataracte bruyante tapisse le flanc des monts de ses voiles d'azur. Les rivages ftdent, serpentent , s'élargissent, se resserrent : ici ce sont des rochers qui surplombent ; là de Jeunes ombrages dont la cime est nivelée, comme la plaine qui les nourrit. De toutes parts régnent des murmures indéfinissables : il y a des grenouilles qui mugissent comme des taureaux * ; il y en a d'autres qui vivent dans le tronc des vieux saules', c^ dont le cri répété ressemble tour à tour au tint^ ment de la sonnette d'une brebis et à l'aboiement

' BuU-Frog.

» Tree-Frog.

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raa chien ' ; le voyageur, agréablement trompé ians œs lieux sauvages , croit approcher de la chaumière d'un lalMureur, et entendre les murnnres et la marche d'un troupeau. Enfin de vastes uirmonies élevées tout à coup par les vents , rempttsseut la profondeur des bois, comme le chœur oniversel des Hamadryades; mais bientôt ces concerts s'affoiblissent et meurent graduellement dans la dme de tous les cèdres et de tous les roseaux , de sorte que vous ne sauriez dire le moment même où les bruits se perdeot dans le siieoee, s*ils durent encore, ou s'ils ne sont plus que dans votre imagination.

M. Mackenzie, continuant à descendre le fleure, rencontre bientôt des Sauvages de la tribu des Indiens -Esclaves. Ceux-ci lui apprennent qu'il trouvera plus bas , sur le cours des eaux , d'autres Indiens appelés Indiens-Lièvres ; et enfio plus bas encore, en approchant de la mer, la nation des Esquimaux.

« Pendant le peu de temps que nous restAmes avec cette

< petite peuplade, les naturels cherchèrent à nous amuser I en dansant au son de leurs toIx. ... Ils santoient, etpre-

• noient direrses postures. . . . Les femmes laissoient pen-

• dre leurs bras» comme si elles n'aroient pas eu la fprce

< de les remuer. »

Les diants et les danses des Sauvages ont toujoursquelque chose de mélancolique ou de voluptueux. « Les uns jouent de la flûte, dit le père t du Tertre, les autres chantent, et forment une « espèce de musique qui a bien de la douceur, à « leur goât. » Selon Lucrèce , ou cherchoit à rendre avec la voix le gazouillement des oiseaux , longtemps avant que de doux vers, accompagnés de la lyre, charmassent l'oreille des hommes,

Alque liquidas a?ium voces imitatore Ante fuit muito quam lœvia carmina cantu Conœlebrare homines pussent» auresque juTare.

Quelquefois vous voyez une pauvre Indienne dont le corps est tout courbé par l'excès du travail et de la fatigue , et un chasseur qui ne respire que la gaieté. S'ils viennent à danser ensemble , vous êtes frappé d*un contraste étonnant : la première se redresse et se balance avec une mollesse inattendue; le second fait entendre les chants les plus tristes. La Jeune femme semble jrouloir imiter les ondulations gracieuses des

■ « Elles foot leurs petits dans les souches d^arbres à moi- « Ué pourris... èUfs ne coassent pas comme celles d'Europe, • mais pendant la nuit elles ahpient comme des chiens. » (Le père DO TsaiBi , tiitt. natureUt dei JntHleê , tom. ui. )

bouleaux de son désert , et le Jeune homme , les murmures plaintifs qui s'échappent de leurs cimes.

Lorsque les danses sont exécutées au bord d*un^euve, dans la profondeur des liois; que des échos inconnus répètent pour la première fois les soupirs d'une voix humaine ; que l'ours des déserts regarde du haut de son rocher ces jeux de l'homme sauvage , on ne peut s'empêcher de trouver quelque chose de grand dans la rudesse même du tableau, de s'attendrir sur la destinée de cet enfant de la nature , qui naft in- . connu du monde , danse un moment dans des vallées où il ne repassera Jamais, et bientôt cache sa tombe sous la mousse de ces déserts, qui n'a pas même gardé l'empreinte de ses pas : FuiS" sem quasi non essem ' I

En passant sous des montagnes stériles, le voyageur al)orde au rivage, et gravit des roches escarpées avec un de ses chasseurs indiens.

« Mais, dit-il» nous n'étions pas à moitié chemin du som« « met , que nous fûmes assailUs par une si grande quanUlé « de niaringouinSy que nous ne pûmes pas aller plus loin. « Je remarquai que la chaîne des monts se terminoiten cet « endroit. »

Quatre chaînes de montagnes forment les quatre grandes divisions de l'Amérique septentrionale.

La première, partant du Mexique, et n'étant que le prolongement de la chaîne des Andes, qui traverse l'isthme de Panama, s'étend du midi au nord, le long de la grande mer du Sud, en s'abaissant toujours Jusqu*à la rivière de Cook : M. Mackenzie l'a franchie, sous le nom de montagnes Rocheuses ^ entre la source de la rivière de la Paix et de la rivière Colombia, en se rendant à l'océan Pacifique.

La seconde chaîne commence aux Apalaches, sur le bord oriental du Meschacebé , se prolonge au nord-est, sous les divers noms à'Alleganys^ de montagnes Bleues, de montagnes des Lauriers, derrière les Florides, la Virginie, la Nouvelle-Angleterre, et va par Tintérieur de l'Acadie aboutir au golfe Saint-Laurent. Elle divise les eaux qui tombent dans l'Atlantique de celles qui grossissent le Meschacebé , FOhio et les lacs du Canada inférieur.

Il est à croire que cette chaîne bordoit autrefois l'Atlantique, et lui servoit de barrière, comme

« Jon.

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la première chaîne borde encore l'océan Indien. Vi*al8eoiblablement l'ancien continent de l* Amérique ne commençoit que derrière ces montagnes. Du moins les trois différents nivaux de terrain, marqués si régulièrement depuis les plaines de la Pensylvanie Jusqu'aux savanes des Florides, semblent indiquer que ce sol fut à différentes époques couvert et puis abandmné par les eaux.

Vis-à-vis le rivage du golfe Saint-Laurent (où , comme je Tai dit, cette seconde chaîne vient se terminer), s'èleve, sur la côte du Labrador, une troisième chaîne presque aussi longue que les deux premières^ Elle court d'abcNrd au sud-ouest Jusqu'à rOutaonas , en formant la double source des fleuves qui se précipitent dans la baie d'Hud- 8on, et de ceux qui portent le tribut de leurs ondes au golfe Saint-Laurent. De là, tournant au Bord-ouest, et longeant la côte septeiitrionale du lac Supérieur, elle arrive au lac Saint- Anne, où elle forme une fourche sud-ouest et nord-ouest.

Son bras méridional passe au sud du grand lac Oulnipic , entre les marais qui fournissent la rivière d'Albaine, à la baie de James , et les fontaines d'où sort le Meschacebé, pour se rendre au golfe Mexicain.

Son bras septentrional rasant le lac du Cygne , la factorerie d'Onasburgk, et traversant la rivière de Se vem , atteint le fleuve du port Nelson en passant au nord du lac Oainipic, et vient se nouer enfln à la quatrième chaîne des montagnes.

Celle-ci , moins étendue que toutes les autres, prend naissance vers les bords de la rivière Susfçatchiouayne , se [déploie au nord -est entre la rivière de l'Élan et la rivière Churchill, s'allonge au nord Jusque vers le 57* degré de latitude, se partage en deux branches, dont l'une, continuant à remonter au septentrion, atteint les côtes de la mer Glaciale, tandis que l'autre, courant à l'ouest , rencontre le fleuve Mackenzle. Les neiges éternelles dont ces montagnes sont couronnées, nourrissent d'un côté les rivières qui descendent dans le nord de la baie d'Hudson, et de l'autre celtes qui s'engloutissent dans l'océan Boréal.

Ce fut une des cimes de cette dernière chaîne 4ue M. Mackenzle voulut gravir avec son chasseur. Ceux qui n'ont vu que les Alpes et les Pyrénées ne peuvent se former une idée de l'aspect de ces solitudes hyperboréennes, de ces régions désolées, où l'on voit, commo après le déluge,

« de rares aninuiux errer iur des mtmhçnu « incontmes : »

Rara per ignotos errant animalia moQtei.

Des nuages, ou plutôt des brouillards homldes , fument sans cesse autour des sommets de ces monts déserts. Quelques rochers battos par des pluies étemelles percent de leurs iaoo noircis ces vapeurs blanchâtres, et ressembleot par leurs formes et leur Immobilité à des fuit6- -mes qui se regardent dans un affreux silence.

Entre les gorges de ces montagnes on aperçoit de profondes vallées de granit, revêtuesde mousse où coule quelque torrent. Des pins rachitiqncs, de l'espèce appelée spruce par les Anglois, et de petits étangs d'eau saumAtre, loin de varier b monotonie du tableau , en augmentent runilbr* mité et la tristesse. Ces lieux ne reteatisseotipie du cri extraordinaire de l'oiseau des term boréales. De beaux cygnes qui nagent sar ces eau sauvages, des bouquets de fhimboisîen qô croissent à l'abri d'un roc, sont là comme poor consoler le voyageur, et l'empêcher d'oublier cette Providence qui sait répandre des gréées et des parfums Jusque sur ces affreuses contréei

Mais la scène ne se montre dans toote son ho^ reur qu'au bord même de l'Océan. D'un côté s'étendent de vastes champs de glaces contre les-j quels se brise une mer décolorée, où jamais n'apparut une voilé ; de l'autre s'élève noe teire bordée de mornes stériles. Le long des grèves on ne volt qu'une triste succession de baies dévastées et de promontoires orageux. Le soir, le voyageur se réfugie dans quelque trou de rocher, doot il chasse l'aigle marin, qui s'envoleavecdegrands cris. Toute la nuit il écoute avec effroi le brait des vents que répètent les échos de sa eavemef et les gémlssectients des glaces qui s^ fendent sor la rive.

M. Mackenzie arriva au bord de l'océan Boréal le 12 juHlet 17S9, ou plutAt dans nne baie glacée, où il aperçut des baleines, et où le flux et le reflux se faisoient sentir. Il débarqua sor une lie , dont il détermina la latitude an 69* 14' nord; ce fut le terme de son premier ydyag^ Les glaces, le manque de vivres, et ledéoon^lg^ ment de ses gens , ne lui permirent pas de des* cendre Jusqu'à la mer, dont 11 étoit sans doote peu éloigné. Depuis longtemps le soleil ne se couchoit plus pour le voyageur, et il voyoitcel astre pâle et élargi tourner tristement autourd'oa

del glacé.

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Misérable they Ifho , he eoUi^Sled io the gftUi'ring ioe rake iheir last look of the desceDding sim! lî\'bile, fullordeath» and fierce with lenfold Trost» riie long, long night , in cumbent o'er their bead, PaDft horrible '•

« Malhearenx celai qui , embarrassé dans les glaces croissantes, soit de ses derniers regards le soleil qui s'enfonce sous Thorizon J tandis [{ue , pleine de frimas et pleine de mort , la longue, longue nuit , qui pendoit sur sa tète, descend horrible I »

En quittant la baie pour remonter le fleuve et tourner au fort Chipiouyan , M. Madienzie dense quatre établissements indiens , qui semioient av<^ été récemment habités.

i 5ow abordAoïeSy dit le voyageur, une petite Ile ronde» tiift-rappiochée de la rive orientale » et qui, sans doute , •iToit quelque chose de sacré pour les Indiens» puisque Fendrait le plus élevé oonlenoit un grand nombre de

> lombeM». Mous y vîmes un petit canot» des gamelles,

> des baquets , et d'autres ustensiles qui avoient appartenu liceu qui ne pouv<^ent plus s'en servir; car dans ces ■ cnlrées, ce sont les oflrandes accoutumées que reçoi- I Tttl les morts. »

V. Mackenzie parle souvent de la religion de efs peuples , et de leur vénération pour les tombeaux. Donc un malheureux Sauvage bénit Dieu sor les glaces du pôle , et tire de sa propre misère (b espérances d'une autre vie, tandis que rhooune civilisé renie son ftme et son Créateur soQs un ciel clément, et au milieu de tous les dons de la Providence.

Ainsi, nous avons vu les habitants de ces contrées danser à la source du fleuve dont le voyageur nous a tracé le cours , et nous trouvons maintenant leurs tombeaux près de la mer, à TemboQchure de ce même fleuve, emblème frappant du eoQrs de nos années , depuis ces fontaines de Joie ou se plonge notre enfance , Jusqu'à cet océan de l'éternité qui nous engloutit. Ces cimetières indiens , répandus dans les forêts américaines, sont des espèces de clairières, ou de petits enclos déponOlés de leurs bois. Le sol en est tout hérissé de BMHiticulesde forme conique ; et des carcasses de bnfiles et d'orignaux , ensevelies sous l'herbe , i) mêlent çà et là à des squelettes humains. J'ai i|Qek[uefois vu dans ces lieux un pélican solitaire perché sur un ossement blanchi et à moitié rongé de mousse , semblable , par son silence tt son attitude pensive, à un vieux Sauvage pieu-

rant et méditant sur ces débris. Les coureurs de bois , qui font le commerce de pelleteries, profitent de ces terrains à demi déffichés pir la ' mort , pour y semer en passant différentes sortes de graines. Le voyageur rencontre tout à coup ces colonies de végétaux européens , avec leur port, leur costume étranger, leurs mœurs dômes* tiques , au milieu des plantes natives et sauvages de ce climat lointain. Elles émigrent souvent le long des collines, et se répandent à travers les bois, selon les habitudes et les amours qu'elles ont apportées de leur sol natal ; c'est ainsi que des fiunilles exilées choisissent de préférence dans le désert les sites qui leur rappellent la patrie.

Le 12 de septembre 1789 , après une absence de cent deux Jours , M. Mackenzie se trouve enfin au fort Chipiouyan. Je vais maintenant rendre compte de son voyage à l'océan Pacifique, montrer ce que les sciences et le commerce oilt gagnéaux découvertes de ce courageux voyageur, et ce qui reste à faire pour compléter la géographie de l'Amérique septentrionale.

rai déjà fiedt observer que la rivière de la Paix, la rivière de l'Esclave et le fleuve Mackenzie ne sont qu'un seul et même fleuve qui prend sa source dans les montagnes Rocheuses , à l'ouest, et se Jette , au nord , dans les mers du pôle. Cest en descendant ce fleuve que M. Mackenzie a découvert l'océan Boréal, et c'est en le remontant qu'il est arrivé à l'océan Pacifique.

Le 1 0 d'octobre 1792, trois ans après son premier voyage , M. Mackenzie part une seconde fois du fort Chipiouyan, traverse le lac des Montagnes, et gagne la rivière de la Paix. Il en refoule les eaux pendant vingt Journées , et arrive le 1^ de novembre dans un endroit où il se propose de bâtir une maison , et de passer l'hiver. Il emploie toute la saison des glaces à faire le commerce avec les Indiens , et à prendre des renseignements sur son voyage.

« Parmi lesSanvages qui vimeolme visUeri < Indiens des montagnes Rocheuses Ils prétendirent qu'ils étoient les vrais et seuls indigènes du pays qu'ils habiloient, ajoutant que celui qui s'étendoit de là jusqu'aux montagnes oOroïi partout , ainsi que le haut de la rivière de la Paix , le même aspect que les environs de ma résidence; que le pays étolt rempli d'animaux » mais que la navigation de la rivière étoit interrompue près des montagnes et dans les montagnes même, par des écueils multipliés et de grandes cascades, ft Ces Indiens m'apprirent aussi qu'on trouvoR du eAté du midi une autre grande rivière qui oouroit vers le sud, et sur les bords de laquelle on pouToit se rendre en pe« de temps, ea traversant les montagnes.

MÉLANGES LITTÉaAIRES.

« Le 20 aTril (1793) , la rivière étoit encore couverte de « glaces. Sur l'autre rive, on voyoit des plaines cbarman- R tes ; les ariures bourgeooiioient , et plusieurs plantes corn- « mençoient à Oeorir. »

Ce qu'on appelle le grand dégel, dans TAinérique septentrionale, offre aux yeux d'un Européen un spectacle non moins pompeux qu'extraordinaire.... Dans les premiers quinze Jours du mois d*avril, les nuages, qui jusque-là venoient rapidement du nord-ouest, s'arrêtent peu à peu dans les cieux, et flottent quelque temps incertains de leur course. Le colon sort de sa cabane et va sur ses défrichements examiner le désert. Bientôt on entend un cri : Voilà la brise du sud-est/ A l'instant un vent tiède tombe sur vos mains et sur votre visage , et les nuages commencent à refluer lentement vers le septentrion. Alors tout change dans les bois et daus les vallées. Les angles moussus des rochers se montrent les premiers'*sur Tuniforme blancheur des frimas ; les flèches rougeâtres des sapins apparoissent ensuite , et de précoces arbrisseaux remplacent, par des festons de fleurs , les cristaux glacés qui pendent à leur cime.

La nature, aux approches du soleil, en tr'ouvre par degrés son voile de neige. Les poètes américains pourront un Jour la comparer à une épouse nouvelle , qui dépouille timidement et comme à regret sa robe virginale, décelant en partie et essayant encore de cacher ses charmes à son époux.

C'est alors que les Sauvages dont M. Mackenzie alloit visiter les déserts sortent avec Joie de leurs cavernes. Comme les oiseaux de leurs climats , l'hiver les rassemble en troupe , et le printemps les disperse : chaque couple retourne à son bois solitaire, pour bâtir son nouveau nid et chanter ses nouvelles amours.

Cette saison , qui met tout en mouvement dans les forêts américaines , donne le signal du départ à notre voyageur. Le jeudi 9 mai 1793 , M. Mackenzie s'embarque dans un canot d'éoorce avec -sept Canadiens et deux chasseurs sauvages. Si des bords de la rivière de la Paix il avoit pu voir alors ce qui se passoit en Europe chez une grande nation civilisée, la hutte de l'Esquimau lui eût semblé préférable au palais des rois, et la solitude au commerce des hommes.

Le traducteur du voyage de M. Mackenzie observe que les oompaguons du marchand anglois, un seul excepté , étoient tous d'origine françoise.

Les François s'habituent facilement à la vie sauvage, et sont fort aimés des Indiens.

Lorsqu'en 1729 le Canada tomba entre les mains des Anglois , les naturels s'aperçurent bientôt du changement de leurs hôtes.

« Les Anglois» dit le père Charlevoix , dans le peu de temps qu'ils furent maîtres du pays , ne surent pas gagner raffeetion des Sauvages : les Hnrons ne parareot point à Québec ; les autres, plus voisins de cette capitale, et dont plusieurs, pour des mécontentements particuliers, s'étoient ouvertement déclarés contre nous à rapprocUe de Tescadre angloise, s'y montrèrent même assa rarement. Tous s'étoient trouvés un peudécoDcerlës, lorsque ayant voulu prendre avec ces nouveaux venus les mêmes libertés que les François ne Ciisoient aocoue difficulté de leur permettre, ils s'aperçurent qiM ces onaiè-' res ne leur plaisoient pas.

« Ce fut bien pis encore au bout de quelque temps, te» qu'ils se virent chassés à coups de bâton des matao», où jusque-là ils étoient entrés aussi librement que &» leurs cabanes. Us prirent donc le parti de s'élo^ner; ei rien ne les a , dans la suite , attadiés plus fortemeat a nos intérêts que cette différence de manières et de caractère des deux peuples qu'ils ont vus s'établir dans leur voisinage. Les missionnaires , qui furent bientôt instniits de l'impression qu'elle avoit déjà faite sor eux, soreat bien en profiter pour les gagner à Jésus-CSuisI, et poor les affectionner à la nation françoise. »

Les François ne cherchent point à civiliser les Sauvages, cela coûte trop de soins; ils aiment mieux se faire Sauvages eux-mêmes. Le forêts n'ont point de chasseurs plus adroits , de guerriers plus intrépides. On les a vus supporter les tourments du bûcher avec une constaace qui étonnoit Jusqu'aux Iroquois, et roalheorensement devenir quelquefois aussi barbares qoe leurs bourreaux. Seroit-ce que les extrémités da i:ercle se rapprochent, et que le dernier degré de la civilisation , comme la perfection de l'art, tooche de près la nature? ou plutôt est-ce une sorte de talent universel ou de mobilité de mœurs qui rend le François propre à tous les climats et à tous les genres de vie ? Quoi qu*il en soit , le François et le Sauvage ont la même bravoure, la même indifférence pour la vie, la même imprévoyance du lendemain, la même haine du travail, ia même facilité à se dégoûter des biens qu'ils p<»sèdent; la même constance en amitié, la même légèreté en amour, le même goût pour la danse et pour la guerre , pour les fatigues de la chasse et les loisirs du festin. Ces rapports d'humeur entre le François et le Sauvage leur donnent nfl grand penchant l'un pour Tautre , et font aisément de l'habitant de Paris un coureur de bois canadien.

M. Mackenzie remonte la rivière de la Paix

MÉLANGES UTTÉRAIBES.

avec œs François-Sauvages , et décrit la beauté de la nature autour de lui :

• De PendroU d*où nous étions partis le matin, jusque-

■ là, te riYe occidentale présente le plus beau paysage que t j'aie vu. Le terrain s'élèye par gradins à une hauteur

• coosidérabie, et s'étend à une très-grande distance. A cha-

• que gradin on voit de petits espaces doucement inclinés , > et ces espaces sont entrecoupés de rochers perpendicuiai-

• res qui sVlèvent jusqu'au dernier sommet, ou du moins c aussi loin que l'œil peut le distinguer. Ce spectacle ma-

• gaifique est décoré de toutes les espèces d'arbres, est

■ peuplé de tous les genres d'animaux que puisse produire

• le pays. Des bouquets de peupliers varient la scène, et

< dans les intervalles paissent de nombreux troupeaux de

• baflles et d'élans. Ces derniers cherchent toujours les « Ittuteurs et les sites escarpés, tandis que les autres préfè-

• rent les plaines.

• Lorsque je traversai ce canton, les femelles des buffles

■ étoicnt suivies par leurs petits, qui bondissoient autour ■d'elles, et les femelles d'élans ne dévoient pas tarder ;à

• »oir des flu>ns. Toute la campagne se paroit de la plus

• riche verdure ; les arbres qui fleurissent étoient prêts à « s'épanouir, et le velouté de leurs branches , réfléchissant

• le MÎT et le matin les rayons obliques de l'astre du jour

• ajoQtoit à ce spectacle une magnificence que nos exprès-

< sioos ne peuvent rendre. »

Ces paysages enamphlthéAtre sont assez commuas ea Amérique. Aux environs d'Apalachucla, dans les Florides , le terrain, à partir du fleuve Chata-Uche , s'élève graduellement , et monte dans les airs en se retirant à l'horizon; mais ce n'est pas par une inclinaison ordinaire, comme celle d'une vallée ; c'est par des terrasses posées régnllèrement les unes au-dessus des autres, comme les jardins artificiels de quelque puissant potentat. Ces terrasses sont plantées d'arbres divers et arrosées d'une multitude de fontaines, doDt les eaux , exposées au soleil levant , brillent parmi les gazons, ou ruissellent en filets d'or le long des roches moussues. Des blocs de granit surmontent cette vaste structure, et sont euxmêmes dominés par de grands sapins. Lorsque du bord de la rivière vous découvrez cette superbe rebelle et la cime des rochers qui la couronnent au-dessus des nuages , vous croiriez voir le sommet des colonnes du temple de la nature , et le "^iûque perron qui y conduit.

Le voyageur arrive au pied des montagnes Rocheuses, et s'engage dans leurs détours. Les obstacles et les périls se multiplient; là on est obligé de porter les bagages par terre , pour éviter des cataractes et des rapides ^ ici on refoule impétuosité du courant , en halant péniblement k canot avec une cordelle.

Il faut entendre M. Mackenzie lui-même :

« qui n'avoient pas besoin d'y rester, nons suivîmes le bord

« de la rivière J'étois si élevé au-dessus de l'eau, que

« les hommes qui conduisolent le canot et doubloient une « pointe ne purent pas m'entendre lorsque Je leur criai de « toute ma force de ipettre à terre une partie de la cargai- « son , pour aUéger le canot.

« Je ne pus alors m'empécher d'éprouver beaucoup « d*aniiété en voyant combien mon entreprise étoit hasar- « deuse. La rupture de la cordelle , ou un faux pas de ceux « qui la tiroient, aoroit fait perdre le canot et tout ce qui « étoit dedans. 11 franchit Técueil sans accident ; mais il fut t bientôt exposé à de nouveaux périls. Des pierres , les « unes grosses , les autres petites , rouloient sans cesse du « haut des rochers , de sorte que ceux qui haloient le canot « au-dessous couroient le plus grand risque d'être écrasés; « en outre , la pente du terrain les exposoit k tomber dans «l'eau à chaque pas. En les voyant, je tremblois; et quand « je les perdoisde vue, mon inquiétude ne me quittoitpas. »

Tout le passage de M. Mackenzie à travers les montagnes Rocheuses est d'un grand intérêt. Tantôt , pour se frayer un chemin , il est forcé d'abattre des forêts , et de tailler des marches dans les hautes fiilaises; tantôt il saute de rochers en rochers au péril de ses jours , et reçoit l'un après l'autre ses compagnons sur ses épaules. La cordelle se rompt , le canot heurte des écneils ; les Canadiens se découragent , et refusent d'aller plus loin. En vain M. Mackenzie s'égare dans le désert pour découvrir le passage au fleuve de l'ouest; quelques coups de fusil, qu'il entend avec effroi retentir dans ces lieux solitaires , lui font supposer l'approche des Sauvages ennemis. Il monte sur un grand arbre ; mais il n'aperçoit que des monts couronnés de neige , au milieu de laquelle on distingue quelques bouleaux flétris , et au-dessous des bois qui se prolongent sans fin.

Rien n'est triste comme l'aspect de ces bois , vus du sommet des montagnes, dans le Nouveau- Monde. Les vallées que vous avez traverséas , et que vous dominez de toutes parts, apparoissent au-dessous de vous régulièrement ondées, comme les houles de la mer après une tempête. Elles semblent diminuer de largeur à mesure qu'elles s'éloignent. Les plus voisines de votre œil sont d'un vert rougeâtre ; celles qui suivent prennent une légère teinte d'azur ; et les dernières forment des zones parallèles d'un bleu céleste.

M. Mackenzie descend de son arbre , et cherche à rejoindre ses compagnons. Il ne voit point ie canot au bord de la rivière : il tire des coups de fusil , mais on ne répond point à son signal. Il va, revient, monte et descend le tong du fleuve» U retrouve enfin ses amis ; mais ce n'est qu'a* près vingt-quatre heures d'angoisses et de mor« telles inquiétudes. Il ne tarde pas à rencontrer

• Quand le canot fut rechargéymoietoeQx de mes «eas ' quelques Sauvages. Interrogés par levoyageor^

lutéi

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