‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 244 sur 283 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MADAB, ARZANE.

ABZAIVB.

l^^espérant plus i Nadab, votre prochain retour, J'aTois quitté ces lieux avec la fln du jour : Vainement sur vos pas j*ai fait voler Nébée. Dans mes pensers amers tristement absorbée, J*ai mouillé quelque temps ma couche de mes pleurs : La nuit, en accroissant mes nouvelles douleurs , A redoublé ma crainte, et je suis revenue Aux bords, où je le vois, vous m'avez jittendue.

NADÀB.

Arzane , de nos jours le sort est éclairci : Avec moi , dans Tinstant, Moïse étoit ici.

ABZANB.

Ici ! quelle fureur sera bientôt la sienne !

IfADAB.

Il menace déjà votre vie et la mienne.

ABZATTB.

Eh bien ! que ferez-vous ?

NADAB

Ce que j'avois promis.

Devenez mon épouse, et mes nombreux amis , Annonçant aux soldats la fertile Idumée , Rangeront à vos pieds le conseil et Tarmée. Je ferai plus : il faut à la fille d*Édom Un époux revêtu des pompes de Sidon.

Demain , pour égaler Phonneur de ma conquête , L^huile sainte des rois coulera sur ma tête. Donnez par votre amour une âme à mes projets , Et j'abaisse Moïse au rang de mes sujets.

ABZANB.

(A part) (Haut.)

Gel! Le dessein est grand! je le pense moi-même; Il n*est pour nous, Nadab, d*abri qu*au rang suprême. Mais mesurez la cime avant que d*y monter; Dans Farène glissante où vous voulez lutter, En songeant au succès prévoyez la défiiite. Pourrez-vous étouffer la voix d'un vieux prophète Pariant au nom des cieux à des hommes tremblants,

ni , SCÈNE IV. 525

Dans rimposant éclat de ses longs cheveux blancs ?

NADAB

Si vous m'aimez , alors tout me sera facile.

ABZANB.

Voulez- vous, d'un esprit aussi ferme qu'habile , D'un pouvoir souverain créer les éléments? De la foi d'Israël changez les fondements. Si le peuple , poussé vers des dieux qu'il appelle , Est plus que vous encore à Moïse rebelle , Les Juifs craignant ce chef implacable et jaloux , Pour se sauver de lui se donneront à vous. Tout indique à vos yeux la route qu'il faut suivre : Onze de vos tribus aujourd'hui veulent vivre Sous le dieu d'Amalec : secondez leurs efforts; Dans cette arche nouvelle enfermez des ressorts ; A des miracles feints opposez des miracles ; Comme Moïse, ayez des prêtres , des oracles, Et bientôt le soleil vous verra dans ces lieux Le pontife et le roi d'un peuple glorieux.

NADAB

Nadab , lâche apostat !.Arzane en vain Tespère! Vous-même chérissez les dieux de votre père : Si je vous proposois aussi de les quitter?

ABZANB.

Quand auprès d'Astartéje voudroîs m'acquitter Des tendres et doux vœux que son culte réclame , La foiblesse me sied : et que suis-je ? une femme ! Mais un homme au-dessus des vulgaires mortels Prend conseil de sa gloire , et choisit ses autels. Votre Dieu vous menace et sa loi vous condamne; Vous ne pouvez régner que par le dieu d'Arzane. Régnez sur elle ; allez au premier feu du jour Chercher votre couronne au temple de l'Amour; Et, tandis qu'Amalec frappera la victime, Vous offrirez des fleurs : ce n'est pas un grand crime.

O magique serpent ! décevante beauté , Par quels secrets tiens-tu tout mon cœur enchanté? Es-tu fille d'enfer ou des esprits célestes ? Réponds-moi !

ABZANB.

Du malheur je suis les tristes restes.

Suppliante à vos pieds, sans trône et sans époux , Je n'ai d'autre soutien ni d'autre espoir que vous.

NADAB

Cen est fait : il le faut ! A toi je m'abandonne I Qu'importe le poison , quand ta main me le donne ? Mais en goûtant au fruit, présent de ton hymen , Du moins entre avec moi sous les berceaux d'Êden , Eve trop séduisante ! au jardin des délices Que nos félicités précèdent nos supplices ! Tu ne m'as point encore révélé tes secrets , Et même en ce moment tes regards sont muets. Un mot peut tout fixer dans mon âme incertaine. Dis : ai-je mérité ton amour ou ta hame ? Si tu l'aimes, Nadab est prêt à s'immoler.

Que faire ? •

HiDAB.

EipHque-toii

AftSAltV;

Je ne eanireis parieri

tlADAB.

M'aimëfl-ta? m'aimeê-tu, ditine Amalécite?

ABCAfIB.

Ma Toix s'éteinté..

IfADAB;

Prometi à ee ceeor qui palpite Que demain à l*autel.i.

ABkAUB.

A faute! dé meè dieux?...

HASAB.

0 douleur!

AHÉAilË , à pari.

En formant un hvihen odieux « Du moins perdons Jaébiy.

Dans ta juste eblèrfe^ Ne te souviens, Seigneur, qued'Abraham mon père.

(A Anaoe.)

Achevons.

ABZATVB.

Vousm*àime2?

NADAli.

Ah ! cent Fûîs pluk que thoi !

Pulsqu^aux feuk éternels je me livre pour \o! !

Vous dites que demain , au lever de Taurore , A l'autel de mes dieux...

ilADAÈ.

le n'ai rien dit encore.

aUzAnb.

Je mourrai donc?

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