‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 250 sur 283 · BON · texte numérisé non relu

BON

Approche , infortuné ; dans le sein de ton père Viens confesser ta faute et cacher ta misère.

NADAB

Ciel , qui savez mes maux , fDrtifiez mon coeur !

(A Aaron.)

Vous me désirez voir ?

AÀBON.

Ferois-tu mon malheur.

Toi dont j'ai soutenu la paisible jeunesse? Instruisant ton berceau , protégeant ta folblesse , Cest moi qui le premier t*appris le divin nom Du Dieu que tu trahis pour la fille d*Édom. Non, mon fils bien-aimé n*est point inexorable; Il m'entendra.

Aaron , votre bonté m'accable.

Craignez mon désespoir ; ne me condamnez pas De conduire aujourd'hui mon Arzane au trépas.

AABON.

Tu peux aimer encor cette femme étrangère?

NADAB

Comme en ses jeunes ans vous aimâtes ma mère. Me condamnerez-vous ?

AARON

Je te plains seulement ; Je te viens consoler dans ton égarement. Quel mortel ne fut point éprouvé dans sa vie ?

CHATEAQBRIAND. — TOVB V.

Chaque jour à nos cœurs une joie est ravie : J'ai vu mourir ta mère , et, plein de mes regrets , Du Seigneur en pleurant j'adore les décrets. Sache donc, s'il le faut, pour t'épargner un crime. Souffrir que le i iel rompe un noeud illégitime.

NADAB

Ma parole est liée.

AABON.

Aurois-tu donc promis D'abandonner ton Dieu , Moïse et tes amis ?

NADAB

J'ai promis de sauver celle qu'on a proscrite.

AABON.

Ainsi ton cœur se tait quand je le sollicite.

Ne cherchez plus le fils soni de votre sang. Un noir feu me consume et s'attache à mon flanc ; J'offre de tous les maux l'assemblage bizarre; Je pleure , je souris , et ma raison s*égare ; Je touche 4;alement aux vertus , aux forfaits ; Des sépulcres , la nuit , je viole la paix ; Altéré de combats , quelquefois jV.n frissonne...» J'irois du Roi des rois attaquer la couronne ! Puis, reprenant soudain des sentiments plus doux. Je songe à votre peine, et je gémis sur vous. Longtemps dans ce chaos je tourne , je me lasse. Enfin , quand mon délire et 8*apaise et s'efface. Dans mon cœur, éclairé d*un tendre et nouveau jouri Je ne retrouve plus que mon funeste amour.

AABON.

Formidable peinture 1 étrange frénésie I

Serois-tu donc , N9dab , la victime choisie ?

Reviens, prodigue enfant, à tes champs nourriciers.

Si le ciel te frappoit , parjure à tes foyers ,

Sur ma tête plutAt que ton péché retombe 1

Moi , marqué pour la mort , je creuserois la tombe

De cet enfant chéri dont les saintes douleurs

A mon dernier linceul réservoîent quelques pleurs ;

Jeune guerrier, ma main desséchée et débile

Viendroit t'ensevelir dans ce sable stérile!

Mes os , à ce penser, ont tressailli d'effroi.

Dieu d'Abraham, Dieu fort, Dieu bon, épargne-moi !

Ne me demande pas, souveraine Justice ,

Même pour m'éprouver, un cruel sacrifice;

Je me dîrois toujours , tremblant et peu soumis ,

« Si l'ange va tarder, que deviendra mon fils? »

Je n'ai point , j'en conviens, la fermeté d'un père ;

rai plutôt la foiblesse et le cœur d'une mère.

Rachel pleura ses fils au tombeau descendus;

Rien ne la consola , parce qu'ils n'étoient plus.

NADAB

Père compatissant!

AABON.

Enfant de ma tendresse, N'es-tu pas le soleil qui charme ma vieillesse, La lumière du jour, le doux rayon des deux

ilO

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