‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 278 sur 283 · PENSÉES · texte numérisé non relu

PENSÉES

rez quelque chose de cette Innocence ; vous vous sentirez tout apaisé.

Deux amis qui souffrent sont quelqoefiris du heures entières sans se parler. Quelle conversation vaudrolt ce commerce de la pensée dans la langue muette du malheur?

Les autres nous semblent toujours plus benrtiix que nous; et pourtant ce qu'il y a d*étraDge,c*est que l'homme qui changeroit volontiers sa position ne consentiroit presque Jamais à changer sa personne. Il voudroit bien peut-être se njeanir un peu , pas trop encore , et marcher droit s'il étoit boiteux ; mais il se conserveroit tout rensemble de sa personne, dans laquelle 11 trouve mille agréments et un je ne sais quoi qui le charme. Quant à son esprit , il n'en altéreroit pas la moindre parcelle : nous nous habituons à nous-mêmes, et nous tenons à notre vieille société.

Revoyez au jour de Tinfortune le lieu que vous habitiez au temps du bonheur : il s'en exhale quelque chose de triste , formé du souT^ nir des joies passées et du sentiment des mau présents. N'est-œ pas là qu'à telle époque toa aviez été si heureux? et maintenant! Ces lieux sont pourtant les mêmes : qu'y a-t-il dasc de changé? l'homme.

Ceux qui ont jamais eu quelque chose d'important à communiquer à un ami savent la peiœ qu^on éprouve lorsqu'en arrivant le cœur émo, on ne trouve point cet ami; que persomM oe peut vous dire où il est. Si c'est la mort qui l'a emmené?

Il faut des secrets pour réparer la beauté h corps : il n'en faut point pour maintenir celle de l'âme.

Chaque homme a un lieu particulier dans le monde , où il peut dire qu'il a joui de la plus grande somme de bonheur : le calcul est bientôt fait.

Une pasÉiou dominftnte éteint les autres dans notre âme, comme le soleil fait disparodre les astres dans l'éclat de ses rayons.

Tels hommes vogragent ensemble, et sepirtart peu ou p6int sur la route. Quoiquedu nénspavi) ils ne s'entendent point et ne sont pointde la mène nature : les uns sont nés blancs , et les autres noirs.

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