CE QUE L'ANGLETERRE DOIT AUX STUARTS
A c6 ndid de Stnart , l'Idée d'une longae tragédie vient à rest>rit. On se deitiande si Shakespeare n'atiroit pas dû naître à leur époqne : non , Shakespeare , enteioppé dans le motivenient ré- YolQtionnalre, n'efit pas en assez de loisir ponr développer les diverses parties de son génie : pent-étre même , devenu homme politique , n'eût- II Tieiï produit ; les faits aurolent dévoré sa vie.
La Grande-Bretagne doit à la race des Stuarts deux choses Inappi^ables pour une nation : la force et la llherté. Jacc(Ues 1^, en apportant la couronne d'Ecosse à l'Angleterre, réunit les peuples de rtle en un seul corps , et fitdlsparoltre du sol la guerre étrangère. L'Ecosse avolt des alliah* ces oontlnentales ; presque toutes les fols que des hostilités éelatoièot entre lâFranoeet l'Angleterre, l'Ecosse faisoit une puissante diversion en faveur de la première. 81 l'Ecosse n'eût pas été réunie eo 1 709 à l'Angleterre, celle-d n'aurolt pu sou* tenir la longue guerre de la révolution^
Quant à la liberté angloise, les Stuarts la fixé* reot en la combattant : Charles 1^ la paya de sa tète , Jacques II, de sa race.
JACQUES V, RASILICON DOROIf .
A l'époque où Ton existe , on tient compte des médiocrités, par la raison que les médiocrités sont hargneuses , Intrigantes , envieuses , et que du commun des choses et des hommes se compose le train du monde ; mais , lorsqu'il s'agit du passé, rien n'oblige à ressusciter le troupeau vulgaire qui, désabujié sur lui-même par la bonne fol de la mort , ieroit stupéfait de revivre , et incapable de se tenir debout. Quelques personnages demeurent sur la vieille toile du temps , quand le reste du tablcttU est effacé; c'est d'eux qu'il se faut uniquement occuper : il suffit de nommer les individus secondaires en ne s*arrétaiit qu'aux grandes figures qui, à de grands intervalles, succèdent aux grandes figures. Cependant il est essentiel de noter chemin faisant, les révolutions survenues
dans le fond ou dans la forme de la pensée bu* malne. Je dis essentiel, pour parler comme les importants et les doctes, car hofs la religion et ses vertus , qui seules peuvent produire la liberté, est-il quelque chose d'essentiel dans ce monde?
Le premier des quatre Stuarts qui monta sur le trône d'Angleterre a laissé des ouvrages plus estimés que sa mémoire ; Je le nomme : 11 faut mentionner les rois qui peuvent écrire sur VApa* calypse, la vraie loi des monarchies libres, et le èon royal, Basilicon Doron. Si Jacques I" ne se fût pas donné tant de peine afin d'établir le droit divin et conquérir le tire de Mqfesté sacrée, on n'aurolt peut-être pas eu l'occasion de faire passer son malheureux fils pour l'auteur de ïlcon Basiliké,
Toutefois le Don royal, Basilicon Doron, mérite un examen particulier : il contient défi choses historiques intéressantes , et fait vohr Jacques 1*' sous un nouveau Jour.
Le Don ou le Présent royal est dédié à Henri , fils atné de Jacques. Le roi , dans une épttre au Jeune prince, lui dit d'abord ( Je me sers d'une vieille traduction françoîse, fidèle et naïve) : « Et « afin que celte instruction soulage votre mémoire, « Je l'ai divisée en trois parties. La première voua « dira votre devoûr envers Dieu comme chrétien ; « la seconde, votre devoir vers votre peuple « comme roi ; et la dernière vous enseignera corn- « ment vous avez à vous porter es choses com- « munes et ordinaires de notre vie, lesquelles de « soi ne sont ni bonnes ni mauvaises sinon en tant « que l'on en use bien ou mal , et qui serviront « toutefois à augmenter votre réputation et au- « torlté , si vous en Usez bien. >
Le roi s'adresse ensuite au lecteur :
* Or, parmi mes plus secrètes actions, lesquel- «c les, outremon attente, sont venùesàlaConnoîs-
0 sance du public , il en est ainsi arrivé à mon écrit « auquel Je donnai le titre de Don Royal, parce « que Je Tadressois à mon fils athé, destiné de « Dieu, commeje crois, pour seolrunjoursurmon « trênc après moi.
« Pour tenir cet écrit plus caché , J'avois pris « Serment du libraire de n'en Imprimer que sept • Copies pour les distribuer et faire garder secrè- « tement par sept de mes plus confidents servi- « teurs , afin que si par le temps , qui perd et con- « sume toutes choses, les unes étoient perdues, il
1 en rtetâtencore quelqu'une après ma mort, pour
SUR lA LITTÉRATURE ANGLOISE.
• sertir de gage h motifllsâela sineérttédeoioD > afTectkm envers hii , même du soin qtie J*ai en « de soD édaeatioD.
« Mais paisqae , contre mon dessein , eet éertt
• ert pabHé partent et ensnite snjet à la eensare « de tons (car chaenn en Jugera selon son Immeor
• et sa passion),' Je snis maintenant contraint d'en
• permettre l'impression. >
La première partie de l'ouvrage , Devoirs étun roi chrétien envers Dieu, renferme des elioses l)0Dnes, mais communes; on n'y trouve guère de remarquable que ce passage :
« J'ai nommé la conscience gardienne de la te* ^ ligion. C'eftt un œil que Dieu a mis dans Tliomme
• toujours veillant sur tontes les actions de sa vie,
• pour lui donner Joie et contentement du bien t qu'il a ftiit , et un vif ressentiment au eontralrs
• quand il a mai fait. Car comme la conscience
• sert aux méeliants de torture et de lidurreau , « aussi est-elle pour consolation aux gens deliien. « N'est-ce pas un avantage grand d'avoir chez « nous el avec nous, pendant notre vie, le regis- « tre de tous les pécliés , desquels nous sommes
• aecuséson à l'Iieure de la mort , ou bien au Jour «du jugement?
« Gardez donc votre conscience nette, même
• de deux taches et imperfections auxquelles les «hommes sont sujets pour laphipart : ou de stu- « pidilé qui engendre Tathéisme, ou desupersti- « tion 5 mète des hérésies* Par la première j'en- « tends une âme infectée de lèpre , uneconsdeoce « cautérisée, devenue sanssentiment de son mal , « et endormie dans son péché. Par la superstition
• j'eotendseeux qui se lient eux-mêmes à uneau-
• tre règle et forme de servir Dieu que celle qui
• est ordonnée en sa parole. »
La seeonde partie du Présent royal : Devoirs d'un roi en sa chargé , s'ouvrepar ce bel exorde :
« Gomme vous portez ces deux qualités de « ehrétien et de roi , aussi ftiut«il que vous met- « ticsi peine A tous en bien acquitter , ailn que
• vous soyez et bon chrétien et bon roi tout en* « semble , gardant justice et équité en votK ftd- « miniitmtion , ce qui se fera par deux moyens :
• l'un à établir de bonnes lois, et les ftiire bien « observer; ear run sans rautre ne sert de rien,
• puisque l'observation de la loi est la vie de la loi; «rautre, que par vos momrs et votre vie vous
• soyez en bon exemple A vos sujets , car naturel* « lement le peuple forme ses mœurs au moule de < son prince : même les lois n'ont fant de pou-
« toir et d'effet sur les hommes, que la vie et
« l'exemple de ceux qui leur commandent. » Jacques semble être un prophète de famille,
quand il écrit ces paragraphes sur la mort d'un
bon roi et sur celle d'un tyran i « Pour le premier, considérez la différence qu'il y a entre le roi légitime et le tyran ; et par ce moyen, vous entendrez beaucoup mieux quel est votre devoir, car les contrahres mis à Top* poslte l'on de l'autre se font mieux voir et discerner. L'un sait qu'il estordonné pour son peuple,et que Dieu lui en a oommisia charge et le gouvernement, duquel il est comptable : l'autre erolt que le peuple est fait pour lui , afin de s'en servir pour ses passions et ses appétits déréglés ; en un mot , que son peuple est sa proie ; saty* rannie ^ le fruit de sa domination.
« Et ores qu'il y en ait que la déloyauté des sujets fiiit mourir avant le temps (ce qui arrive rarement), si est-ce que leur réputation vit après eux; et la déloyauté de ces traîtres est toujours suivie de sa punition en leurs corps , biens et renommée ; car l'inliimie en reste même à leur postérité. Mais quant au tyran ^ sa méchante vie arme et anime enfin ses si^ets à de* venir ses bourreaux. Et , bien que la révolte ne soit jamais loisible de leur part, si est-on si las et rebuté de ses déportements, que sa chute n'est guère regrettée par la plupart de son peuple, moins par ses voisins. Et, outre la mémoire honteuse qu'il laisse au monde après soi , et les peines étemelles qui l'attendent en l'autre, U arrive souvent que les auteurs de cet assassinat demeurent impunis, et le fait ratifié par les lois , approuvé par la postérité. Il vous est donc fort facile , mon fils , de choisir de ces deux façons de vivre la meilleure ; et élisant plut6t le chemin de la vertu , assurer votre vie et votre État : et ores qu'il vous arrive quelque infortune , vous soyez pour le moins regretté des gens de bien , votre vie approuvée ^ et votre nom en lionne odeur à tout le monde. • En parkmt des excès qu'il firot réprimer, iac^
ques dit à son héritier :
« Puisque vous avez l'autorité du magistrat lé- < gitime et souverain, ne souffrez point que ceux « desquels vous avez l'honneur d'être issu , et qui « auront eu puissance et autorité sur vous , soient « diffomés par qui que ce soit : mêmement, puis- « que le fût vous touche aussi en' particulier, • pour ne laisser à ceux qui viendront après vous
ESSAI
« 90^ de TOUS traiter à la ménie mesure qae « Yoas aurez mesuré les autres.
« Ayant donc Thonneur de tirer votre origine « d'aussi illustres aïeux qu*autre prince de la « chrétienté , réprimez l'insolence des médisants « qui, sous titre de taxer un vice dans la per- «sonne, essayent malicieusement de tacher la « race et la fomille entière pour la rendre odieuse « à la postérité. Car quel amour pouvez-vous es- « pérer de ceux qui veulent mal à ceux desquels « vous êtes né? £t pour quelle raison détr ait-on « tant qu'on peut les louveteaux et les renar* « deaux sous la mère, sinon parce qu'on n'en « peut aimer la race malfaisante? Et d'ailleurs • pourquoi sera le poulain d'un coursier de Na- « pies de plus grand prix en un marché que « celui d'une haridelle , sinon pour l'estime qu'on « fiiit de la race dont il est? Aussi est-ce une « chose monstrueuse de voir une personne haïr « le père et aimer les enfants , et à la vérité le plus « court chemin pour rendre le fils méprisé est « de diffomer le père et l'exposer en haine. En « un mot , j'en parle conune savant par mon ex- « périence propre. Car outre les Jugements de « Dieu que J'ai vus à l'œil , et remarqués sur les « principaux chefis des conspirations faites oon- « tre mes pères et aïeux , Je puis dire avec vérité « n'en avoir point trouvé de plus fidèle et affec- « tionnés à mon service, même au plus fort de « mes affaires et afflictions , que ceux qui les ont a fidèlement servis Jusqu'à la fin, et particuliè- « rement la reine, ma mère. J'entends de ceux m qui lors étoient en ége de discrétion. Ainsi, « mon fils, Je vous décharge mon cœur et ma « conscience, en vous ouvrant la vérité, et ne « me soucie de ce qu'en diront ou penseront les « traîtres, leurs fauteurs et complices. »
Ces énergiques paroles font voir que Jacques a été calomnié lorsqu'on a prétendu qu'il avoit été indifférent à la catastrophe de sa mère. Ces paroles ont d'autant plus de mérite qu'il n'étoit pas roi d* Angleterre lorsqu'il les écrivoit. En Ecosse, les ennemis de Marie Stuart l'environnoient, et Elisabeth, dont il attendoit le trône, vivoit encore.
Le paragraphe suivant donne une idée de l'état de l'Ecosse à cette époque.
« Ce propos me ramentoit de parler des excès « et ravages qui se font au haut pays d'Ecosse et « aux frontières. De ces gens il y a de deux sor- « tes. Les uns en la terre-ferme, qui sont gros-
< sierspour la plupart, et toutefois non sans quel- « que reste et apparence de civilité. L'autre sorte
< est aux isles, entièrement sauvage et incivile. « Faites valoir étroitement mes ordimnances oon- « tre telles gens, leurs chefii et conducteurs, et « sans doute vous les dompterez. Quant aux au- « très, suivez ma piste et mon dessein à y &ire « des peuplades et colonies de gens civilisés do « dedans de notre isle, afin de ramener ces Bar- « bares à quelque douceur et civilité, ou bien les « transporter ailleurs.
« Mais quant à ia frontière, d'autant que je « sais si vous n'êtes un jour roi de toute l'isle, * selon que le droit de votre succession vous y « appelle, que malaisément viendrez-¥0us à bout « de jouir paisiblement de cette plus rude et sté> a rile partie septentrionale, d'icelle même de bien « assurer la couronne sur votre tête propre ; il me « seroit ensuite superflu de vous en parler davan- « tage. Mais si un jour vous êtes seigneur de « toute l'isle, vous en chevirez aussi &ciiement « que de tout le reste; car cette frontière viendra
« à être le milieu de votre royaume.
« La réformation de la religion fut faite en « Ecosse assez extraordinairement et par œuvre « de Dieu.
« Le changement ne se fit point , ainsi que chez tt nos voisins d'Angleterre , en DanemariL et plu- « sieurs autres lieux de l'Allemagne , avec ordre « et par l'autorité du prince, ou magistrat sou ve- « rain. Aussi quelques esprits brouillons et bouii- « lants , parmi les désordres , empiétèrent telie- « ment l'autorité sur le peuple , qu'ayant après « goûté la douceur dn commandement, commen- « cèrent à se figurer entre eux-mêmes une forme « de gouvernement populaire, et s'y trouvant « amorcés premièrement par le naufrage de ma ft grand'mère , puis par celui de feu ma mère, et « par la licence du long temps de ma minorité, « avancèrent tellement l'œuvre de leur déoHX^- « tie imaginaire , qu'ils ne se nourrissoient plusde « là en avant que de l'espérance de se faire tribuns
« du peuple. >»
Ce que ditici Jacques P*" de la faction puritaine explique la théorie du droit dwtn qu'il fit si malheureusement soutenir dans la suite. N'ayant va que les troubles et les désolations occasionnés par le principe de la souveraineté du peuple j il se réfugia dans le droit divin .* il ne se trouvolt pas assez en sûreté dans le principe de l'hérédité, monarchique.
SUR LA UTTÉBATUBE ANGLOISE
Jaeqoes difleoort de la noblesse ; il en examine ks défauts et les qualités. Le système du roi sur les «jandes charges de l'Etat est d'un esprit judideu. Arégard des classes industrielles , Jacques derana ks idées de son siècle : il veut que Con im€ et que l'on publie ioule liberté de cornwne aux étrangers,
Tnitiot du mariage des princes , Jacques recmnaDde la pureté à son fils : un conseil politi- |K d'une Térité frappante se trouve mêlé à ces iastnictions morales.
< II TOUS faut principalement avoir égard aux raisons principales de Finstitution du mariage , et tontes autreschoses vous seront sjoutées , qui BK &it désirer que vous en preniez une qui soit eatiéranentde votre religion , si son rang et ses utres qualités sont sortables à votre état etdi- ^té. Car bien qu*à mon grand regret le nombre des grands princes, faisant profession de Dotiereligion , soit petit , et à cette cause que ce Bùa avis réussira plusdifflcllement, si vous fauta penser à bon escient à ces difficultés : à savoir nxmnent vous et votre femme serez une chair, pov tenir cette union et amitié nécessaire , si 1WS êtes membres de deux Églises opposites : dinnité de religions apporte (juand et soi .di- Teratéde mceurs; et la division de vos pasteurs caoKradivision parmi vossujets, qui prendront exemple sur votre nuiison et famille; outre la eoDsôpience d'une mauvaise éducation de vos obnts. Et ne présumez pas de pouvoir toujours manier et former une femme à vos mœurs. - Salomon s'y trompa et se laissa tromper m femmes , le plus sage toutefois de tous les rais; età la vérité le don de persévérance est de tteo, non pas de nous. »
Si Charles I^ eftt suivi le conseil que Jacques teaoit à Henri , il se fût épargné bien des malkors.
Aa reste, l'horreur avec laquelle le roi d'Ecosse pvle de certaines dépravations me fait croire 9K, sor ce point , il a été encore mal jugé : un m soldatesque de notre Henri lY ne peut pas tae autorité historique; il nefautprendrecemot 9^9mvaïvenire*saint^ris. L'abandonnement *a favoris prouve la foiblesse et ne suppose pas ittasaifement la corruption : quand on est livré ^<ks vices honteux, on les cache; mais on ne ^pasavecun certain accent l'éloge des vertus contraires : le voile des paroles oouvrirolt mal la '^"gnrda front, i
La troisième partie du Basilicùn Doron, des déportements d*un roi, es choses communes et indifférentes y amuse par sa naïveté. Jacques instruit sonfils à être attentif à sa grâce et sa façon à table : Henri ne doit être ni friand, ni gourmand ; son vivre doit être apprêté sans beaucoup de sau- « ces, car ces compositions et meslinges ressenn « blent mieux àmédecinequ'à viande, et l'usage « en étoit anciennement blâmé par les Romains. » Henri doit éviter l'ivrognerie , vice qui croit avec l'âge et ne meurt qu'avec la vie : « En votre manftger, mon fils, ne soyez grossier et incivil « commeuncynique,nimignardetdélicatcomme « une épousée ; mais mangez d'une façon franche * « virile et honnête.
« Soyez pareillement modéré en votre dormir... « ne vous arrêtez point aux songes ni aux présa- « ges.... Votre habillement doit être modeste, n<m
< superflu comme d'un débauché, non chétif et « mécanique comme d'un faquin , non trop en- « rieusement enrichi et façonné comme d'un ga« « lant de cour, ni d*une fiâçon grossière et rus* « tique oonune celui d'un manant, non Mgarré « oonmie d'un gendarme éventé ou d'un mignon « frisé, ni tropgraveetsimpleconmied'unbomme a d'Église.... En temps de guerre, que votre vête- « ment soit plus grave et votre contenance plus « gaillarde et relevée. Toutefois que ce soit sans « porter vos cheveux longs ou laisser croître vos t ongles, qui ne sont qu'excrément de nature. «
Quant aux Jeux et aux exercices , Jacques veut que son fils y mette du choix ; il recommande le courir, le sauter, le tirer des armes , le iiref de rare, le jouer à la paume. « Exercez-vous. « mon fils, à dompter les grands chevaux, et qui « ont le plus de fougue, afin que Je puisse dire de « vous ce que Philippe disoit de son fils Alexan-
< dre : « La Macédoine est trop peu de chose pour
« lui. »
Jacques permet aussi la chasse , mais la chasse aux chiens courants , qu'il trouve plus noble et plus propre à un prince. Au reste, il renvoie sur ce point son fils à Xénophon, « auteur ancien et « renommé , lequel n'aeu dessein j dit-il , de flat- « ter ni vous ni moi.
« Quant au langage, mon fils, soyez franc en « votre parler, naïf, net , court et sentencieux , « évitant ces deux extrémités ,ou de termes gros- « siers et rustiques, ou de mots trop recherchés « qui ressentent l'écritoire.... Si votre esprit vous (I porte à composer en vers ou en prose, c'est
ESSAI
« choses ^e Je ûé irebx bMmef . N'entreprenez « point de trop long ouvrage ; que (3ela ne vous « divertisse de votre charge.
« PdVit écrire dignement , Il fitat étire nn snjet n digne de vtrOs , plein de vertu et non de vanité , « voos rendant toujours clair et Intelligible le plus « ({ne vous pourrez. Et si ce sont vers , souvenez- « vous que ce n*est la partie principale de la poé- « Sie dé bien rlnler et couler doucement avec mots ft bien propres et bien éfaolslS) mais plutôt , lors* « qu^elle sera tournée en |»rose , d'y faire voir une « riche invention des fleurs poétiques et des eooh « paraisons belles et Judicieuses, afin que la prose « même retienne le luatre et la grâce du poâme. « Je vous avise aussi d'écrire en votre langue « propre ; ear U ne nous reste quasi rien à dire « en grec et en latin , et prou de petits écoliers é VOUS surpas^ront en ces deux langues. Joint « quil est plut séant à im roi d'orner et enrlehir « sà hiflgue propre ^ en laquelle H peut et doit « Aefftdeer tous ses sujets ^ eonmie pareillement « en toutes autres eboses honnèles et reeomman- « dables. *
Geè derniers coMells sont eurleux : ce roi auteur qtil s'exprlmolt avM» tant d'emphase devant* ses pariements , montre iei du goût et de la mesure. Son ouvrage flult par une grande vue : Jacques erott que tM ou tard la réunion de l'Éeosse et de TAngl^ierre produira un puissant empire.
Je me suis étendu sur le traité du Don royal, presque! Ignoré aujourd'hui ; on ne le eoonolt guère que par un de ces Jugements composés à Tnsage de ceux qui ne Usent rien , par ceUl qui n^ont point lu. Voltaire feuilletolt tout , sans se doùner le temps d'étudier ; il a Jeté dans le monde une fbule de Ces opinions de prime-abord, qu'adoptent l^ignorance et la paresse ; si quelquefois l'auteurderfs^at^tir/^jT mœurs rencontrejuste, c'est qu'il devine. Ainsi de siècle en siècle , des choses d'une ftiusseté évidente sont crues et répétées comme articles de foi ; elles acquièrent par te temps une sorte de vérité et d'authenticité de mensonge que rien ne sauroit détruire.
Benrl, ce nom me fait mal à écrire; Henri, à qui le Basilicon Doron est adressé , mourut à l'âge dé dU-huit ans. S'il eftt vécu , Charles V n'ètt pas régné ; les rétolutions de 1649 et de 1688 n'auroient pas eu lieu; notre révolutlou n'auroit pas eu les mêmes conséquences : sans l'antécédent du Jugement de Charles I*', l'Idée ne seroit Venue à personne en France, de con-
duire Louis Xlfl à féchafaud ; fe tnoàde éti cbangé.
Ces réflexions , qui se présentent à roccasî de tontes les catastrophes historiques , sont v^ nés : H y a toujours un moment dans( les annal des peuples où , si telle chose n'étoif pas advenu si tel homme n'étoitpas mort on étoit mort, telle mesure avoit été prise, si telle foute n'aT( été faite , rien de ce qui est arrivé ne seroit arriii Mais Dieu Veut que les hommes naissent avec caractère propre à l'événement qu'ils doivel amener : Louis XVI a cent fois pti se sauver; ne s'est pas sauvé, tout simplement parce qu' étoit Louis XVI. Il est donc puéril de se lamei ter sur des accidents qui produisent ce qu'ils soi destinés à produire : à chaque pas dans la vie mille lointains divers , mille futurltlons s'ouvrei devant nous ; cependant vous n'atteignez qu'a horizon, vous ne courez qu'à un avenir.
Jacques P' tua le fameux Walier Raleigh VHistoire universelle est encore lue à cause à sir Walter lui-même : s^ll y a des livres qui fon vivre le nom de leurs auteurs , il y a des autear dont le nom fait vivre leurs livres.
Cowley, dans l'ordre des poètes, arrive loi médlatement après Shakespeare, bien qu^il fû né plus tard que Milton : royaliste d'opinion, i travailla pour le théâtre , et composa des poemeS des satires et des élégies. Il al)oodeen traits d'eâ prit ; sa versification manque , dit-on , d'harmd nie ; son style , souvent recherché , est cependaui plus naturel et plus correct que celui de ses pré décesseurs.
Cov^rley nous attaque : depuis Surrey Jusqa'i lord Byron , il n'y a eu peut-être pas un écrivaii anglois qui n'insulte le nom, le caractère et l< génie françois. Pïous, avec une impartialité é une abnégation admirables , nous acceptons l'ou trage : confessant humblement notre Inférioiltét nous célébrons à son de trompe l'excellence di tous les auteurs d'outre-mer néà ou à naître, p^ tits ou grands, mâles ou femelles*
Dans son poème de la guerre civile , GawlQ s'écrie :
Jt was DOl 80, when Edward prov'd bis caaee» By a sword stronger than the salique lawft ,
; when tlie Freodi dld fight,
WiUi women'a bwrU, against Uie wornen'a riglit*
« Il n'en étoit pas ainsi quand Edouard so»
SUR LA LITTÉMTURE ANGLOISE
. tRnH « éiti» pAr tHie épée phis forte ^ue la « loi satiqQe , âfors que les Pf ançalt èombàttoient
I arec àts easM de fefnîhes eontre le droit des
«fefflUKS. *
Le roi Jean, Chamy , Ri'beaaniont , Beaoïfiam, les trente Bretons , Dngaesetln , Clisson , dootimUe autres , aYoiemt des cœurs de fem-
nes.
De iMttles hommes qui otit illttstré la Grande- JMagne, cehii qtil m'attire p pitis est lord Filklaod : j'ai souhaité cent fols avoir été ce ndèle aecortipli de lumières, de générosité, rndépeodance; de n'avoir Jamais paiti snr la trrredans ma propre foriâe et sons mon noOf. Doué da triple génie des lettres , des armes et de Itpotiliqne; fidèle mx Mnses sous la tente, à
II lilKrté dsos les palais ; dévcMé à un monarque iafortmé , sans méconnoltre les fautes de ce mo^ urque : Falkland a laissé un souvenir tnélé de néiancolie etd'admifatiOn. Left vers qde GoWley hi idresse au retoui* d'une expédllidfl militaire mt Dobles et vrais : le poète commence par mérer les Tertos et les tàletits de se( héros ; 91b il ajoute s
Soefa à tbe mao fhom we require tlie sarne We knt the north ; uniouch'd , as is liis famé. HeiitoQgMid for war, àoa oti|^l to be Aite fraoi daogeri as from fear lie's free.
Hmm meo akuie
Wbott TikMir is the oaiy af t tliey kinm » Wm Iv sad war aad bioody baUles born ; Let tem tlie atate défend , and be adora.
•V(élà rhomiiie que nous demandons aux •KeoMois^ tel qde nous le leur avodÉ prêté, ' exempt de blessures comme sa gloii<e. Trop bon ' pour la guerre , il doit être tenu aussi loih du ' daoger qu'il est de la crainte. Les guerriers ' daot la taleor est le seul art... sont nés pour la
* Me guerre et les batailles àanglantes : qu'ils «Mnâeut l'État et que Falkland l'embellisse. »
Inutiles vœux ! la vie au milieu des malheurs ^ son pajs devint à charge à Tami des Muses. St tristefle Et laissoit refnarquer Jusqtie dans la ^igence de ses vêtements. Le matin de la precivre bataille de Naseby , on devina fton dessein ^ AoBrir au changement de ses hal)its ; il se Tn cennne ^our uft Jour de i8te; il demanda ^iioge blanc : « Je ne veux pas , dit-^l eu sou- 'fte, que mon eorps sdt trouvé dans du
* Hogeiale i Je préirolsde grandsmalheurs, mais
* [^ Krai d^K>rs avatit la fin de ta Journée. » U le oit au j^^raiier rang du régiment de lord
Byroii : une ballér de M Rberté qu'il ftimoit Taf^' francliit des serments de l'honneur dont il étoit l'esclave.
Il reste quelques discours et qucAques vers de Falkland : secrétaire d'État de Charles P% 11 rédigeoit avec Clarendon les proelamations royales. Il aida Chillitfg Worth dansson HUUnte du Protestantisme.
La Bible , traduite en pwtie sous Henri VIII , fut retradtlitesous Jaeqbesll par les qtiandite-sept savants : cette dertilère traduction est tin éhefd'dsuvre. Les auteurs de eet immense ouvrage firent pour la langue angioise ce que Luther fit pour la langue allemande^ ce qae les éorivalns, sous Louis XIII 5 firent pour là langue françoise : ils la fixèrent.
ÉCarrs politiques sous cflàHLÉS i«
£T CROM WELL.
Chercher leslettresdanslestempsd'Mlgef e*6st demander un abri à ees vallées palsiMee que les poêles placent ao bord de la mer; mais si l'on tt'est tftèné par quelque génie heuredx dans ees retraites , d'autres esprits vous poussent au milieu de la tempHe et des fiots. La politique monte sur le trépied et se transforme en sibylle, les pampbletSf les libelk») les vers satiriques abondent, s'imprègnent de haines et sont écrits avec le sang des factions. Les guerres civiles d'Angleterre firent puthilef d^ productions déplorables.
tJn d0 ces fanatiques, que Butler a livrés au ridicule , s'écrie :
<< An alarm to ail flesh , etc.
« Howle, bowle, shriek, bawl and roar, ye lust- * fnll, cursiog, swearing, drunken, lewd, soft perstitions, devillsh, sensual, earthly inhabi- « tants of the whole earth ; bow, bow you most « suriy trees and lofty oaks; ye tall cedars and ft lovr shrobs, cry (mt alond; hear, hear ye,proud « Waves, and boistroud seas; aiso llsten, ye on- « cireumcised, stiff-neckéd, and mad-raging ^ bubbles, who eveo hâte to be reformed. »
« Alarme A totite chair, etc.
ri Hurlez, hurlez, criez, beuglez, rugissez, 6 K Vous, lilridineux, maudits, jUfeurs, ivrognes, « itnpurs , superstitiea)t , diaboliques , sciisuels , « habitants terrestres de la terre. Courbez-VoUs , « courbez-voud, ô vous arbres trèâ-dédaigueux; « et Vous, chênes élevés , vous, hauts cèdres et k petits buissons, criez de toOtes vos forces; ft écoutez , écoutez , vagues orgueilleuses , et vous « mers Indomptables, écoutez aussi, vous, incir-
ESSAI
coDcis , écQine roide , nue et enragée , qui haïssez « la réforme. »
Les poètes égaloient les orateurs.
Dear firiend J. C, witti true wnlMsiWHl lovê Itbetsalate
dear friend; a member joyntly knit
To ail ta Christ , in beaveuly places ait ;
And there, to friends no stranger would I be ,
For tmly , friend , I dearly love and own AU traTelling soûls, who troly sigh and groan For tlie adoption which sets free from sin , etc.
^ Cher ami Jésus-Christ Je te salue avee un
« amour sans réserve
• Cher ami, moi membre oonjointement uni à tous
« en Christ, qui est assis aux lieux célestes. Là , « Je ne serois pointétranger parmi les amis ; J'aime « tendrement, et Je l'avoae, les émes voyageuses « qui soupirent et gémissent véritablement pour « l'adoption qui rachète les pédiés. »
Cromwell ne s*élevoit guère au-dessus de cette éloquence ; on peut en Juger par ses discours obscurs et ses lettres diffuses. Sa poésie étoit dans les fiiits et dans son épée : il fut poète quand il regarda Charles P' dans son cercueil. Sa muse étoit cette femme qui, à son dire, lui étoit apparue dans son enfonce et lui avoit annoncé la royauté.