L*ABBÉ DE LA MENNAIS
La révolution françoise a produit aussi des écrivains qui ont vu la liberté dans la religion; mais ici notre supériorité est manifeste. C'est dans les champs de la Croix que l'abbé de la Mennais a recueilli cet intérêt si tendre pour la nature humaine, pour les classes laborieuses, pauvres et souffrantes de la société ; c'est en errant avec le Christ sur les chemins, en voyant les petits rassemblés aux pieds du Sauveur du monde, qu'il a retrouvé la poésie de rÉvangile. Ne diroit-on pas que ce tableau est une parabole détachée du sermon de la Montagne?
« C'étoit une nuit d*hlver. Le vent souffloit « dehors, et la neige blanchissoit les toits.
«Sous un de ces toits, dans une chambre «étroite, étoient assises, travaillant de leurs « mains, une femme à cheveux blancs et une « Jeune fille.
« Et de temps ea temps la vieille femme ré- « chaifffoit h un petit brasier ses mains pâles. « Une lampe d'argile éclairoit cette pauvre de- « meure, et un rayon de la lampe venoit expirer « sur une image de la Vierge , suspendue au mur.
« Et la Jeune fille levant les yeux regarda en silence, pendant quelques moments, la femme à cheveux blancs; puis elle lui dit : Ma mère, vous n'avez pas été toujours dans jce dénûment.
« Et il y avoit dans sa voix une douceur et une tendresse inexprimables.
« Et la femme à cheveux blancs répondit : Ma fille, Dieu est le maître: ce qu'il feiit est bien fait
« Ayantditcesmots, ellesetut unpeu de temps : ensuite elle reprit :
« Quand Je perdis votre père, ce fut une douleur que Je crus sans consolations : oefieDdant vous me restiez ; mais Je ne sentois qu'une chose alors.
« Depuis , J'ai pensé que s'il vivoit et qu^il nous vit en cette détresse , son âme se briseroit ; et j'ai reconnu que Dieu avoit été bon envers lui.
tt La jeune fille ne répondit rien, mais elle baissa la tète, et quelques larmes, qu'elle s'efforçoit de cacher, tombèrentsur la toile qu'elle tenoit entre ses mains.
« La mère ajouta : Dieu qui a été bon envers lui a été bon aussi envers nous. De quoi avonsnous manqué, tandis que tant d'autres manquent de tout?
« Il est vrai qu'il a fallu nous habituer à peu , et, ce peu, le gagner par notre travail; mais ce peu ne suffit-il pas? et tous n'ont-ils pas été dès le commencement condamnés à vivre de leur travail?
« Dieu , dans sa bonté , nous a donné le pain de chaquf Jour; et combien ne l'ont pas 1 un abri; et combien ne savent où se retirer !
« Il vous a , ma fille , donnée à moi : de quoi me plaindrois-Je?
< A ces dernières paroles, la Jeune fille tout émue tomba aux genoux de sa mère, prit ses mains, les baisa, et se pencha sur son sein eo pleurant.
« Et la mère, faisant un effort pour élever la voix : Ma fille , dit-elle, le bonheur n'est pas de posséder beaucoup , mais d'espérer et d'aimer beaucoup.
« Notre espérance n'est pas ici-bas ni notre amour non plus, ou , s'il y est, ce n'est qu'en passant.
« Après Dieu, vous m'êtes tout en ce monde; nuiis ce monde s'évanouit comme un songe, et c'est pourquoi mon amour s'élève avec nous vers un autre monde.j
SUR LA UTTÉRATDBE ANGLOISE
«Lorsque Je Toas portois dans moa sein, nn
• joor fa) prié avec plus d'ardeur la Vierge Marie,
• et die in*appanit pendant mon sommeil , et il
• nesembioit qu'avec un sourire céleste elle me « présentoit un petit enfent
« Et je pris Tenfant qu'elle me présentoit, et
• knqw je le tins dans mes brais , la Vierge-Mère
• fosisw sa tète une couronne de roses blanches.
• Pni de mois après vous naquîtes , et la douce
• vsm étoit toujours devant mes yeux.
• Ce disant , la fenome aux cheveux blancs tres-
• fiiOît, et serra sur son cœur la jeune fille.
■ A quelque temps de là une éme sainte vit
• doK formes lumineuses monter vers le ciel , et «Que troupe d*anges les accompagnoit, et l'air
• retentissoit de leurs chants d'allégresse. »
>'oQs vivons, comme au siècle de Crorowell, <iaasan siècle de réforme : si l'on remarque au ^ de Gromwell plus de morale et plus de eonvictioD dans les émes, on remarque en notre temps plus de mansuétude et de douceur dans les opriU. Le sentiment du puritain est loin de cette k^DODie et de cette paix que la philosophie ret^inse de M. Ballanche introduit dans le christimisoie.
QiJSC RO MURDER. LOCKE. HOBBES. DERHAM.
fliUDIGTON. HARVET. SIEYES. MIRABEAU. BEN- JUm CONSTANT. CARREL.
Le pimphlet le plus célèbre de cette époque jfut ^KilHngnomurderj «tuer n'est pas assassiner. » L'nitair, le colonel républicain Titus, invite, ^ ooe dédicace ironique , son Aftesse Olivier fJomweU à mourir pour le tx>nheur et la déli- ^nivedes Anglois. Depuis la publication de cet f^joane vit plus le Protecteur sourire; il se KBtoit abandonné de l'esprit de la révolution d'où ^ étoit venue sa grandeur. Cette révolution, qui t'iToit pris pour guide, ne le vouloit pas pour (Biâie. La mission de Gromweli étoit accomplie; sioationetsonsièclen'avoientplusbesoinde lui: ^ temps ne s'arrête pas pour admirer la gloire; il >'a sert et passe outre.
^^ la ( dans Gui Patin peut-être ) un fait eu- ^; il n*a jamais été remarqué, que je crois : ^docteor affirme que KUling no murder fiit ^lèord écrit en françois par nn gentilhomme ^fgBignoa.
^oid Locke conmie poète : il fit de très-mau- ^ais vers en l'honneur de Gromwell ; Waller en »^oil fait de très-beaux.
U buiesae de la flatterie , qui survit à l'objet
de l'adulation, n'est que l'excuse d'une conscience infirme : on exalte un maître qui n'est plus, pour justifier par l'admiration la servilité passée. Gromwell trahit la liberté dont il étoit sorti : si le succès étoit réputé l'innocence; si, débauchant jusqu'à la postérité, le succès la chargeoit de ses chaînes; si, esclave future en-* géndrée d'un passé esclave, cette postérité su* bornée devenoit la complice de quiconque aurolt triomphé , où seroit le droit ? où seroit le prix des sacrifices? Le bien et le mal n'étant plus que relatif, toute moralité s'effaceroit des aetions humaines.
D*un autre côté, qui voudroit défendre la sainte indépendance et la cause du foible contre le fort , si le courage, exposé à la vengeance des abjections du présent, devoit encore subir le blême des lêchetés de l'avenir? L'infortune sans voix perdroit jusqu'à l'organe de la plainte , et ces deux grands avocats de l'opprimé, la probité et le génie.
Hobbes , royaliste par haine des doctrines po* pulaires, se jeta dans une extrémité opposée; il dériva tout de la force et de la nécessité; réduisant la justice à une des fonctions de la puis* saoce, et ne la faisant pas sortir du sens moral, il ne s'aperçut pas que la démocratie a voit autant de droit que tunité à partir de ce même principe. La société , qui alloit selon sa pente naturelle vers l'établissement populaire, ne rétrograda point avec le système de Hobbes , malgré les excès de la révolution angloise ; elle ne fut arrêtée dans sa marche que par Louis XIV, qui lui barra le chemhi avec sa gloire. Hobbes enseignoit le scepticisme , ainsi que nos philosophes du dixhuitième siècle , d'un ton impérieux et de toute la hauteur dogmatique. Il vouloit qu'on crût ferme à ce qu'il ne croyoit pas , et il prêchoit le doute en inquisiteur. Son style a de l'énergie , et son Thucydide ^t trop décrié. Cet esprit fort étoit le plus foible des hommes; il trembloit à la pensée de la tombe : la nature le conduisit jusqu'à l'âge de quatre-vingt-douze ans , pour le livrer évanoui à la mort, comme un patient tombé en défaillance est porté sous le fer fatal.
Sir John Denham vit encore un peu dans son poème descriptif de Gooper's Hill. Il étoit royaliste et agent à Londres de la correspondance de Charles 1" avec la reine ; Cowley l'étoit à Paris : les muses servoient la tendresse coqjugale et le malheur.
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VOceana d'Hajrriiigtoo ei^ une régétHkm i» VUiopie de Tïmxm H9r«- Oà un gi^uyeroAme&t lofait se trouviçriril? )So Viqpie, nuU^ part, coimne te oom te 9îgi)iflef
Harvey é^vit sa découverte de la grande (âr» fniiatioo du ^ng' Au^^n médecin en Europe » ajraia «neîia rage de qu»f9nte ans 9 n^ voulut adopter la d^i^ip^ d'ilarveyi et lui^i^éme perdit; laee pratiques 4 Londres , parce qn^il nvoit trouvai une i)xiporltaiite vérité, Barvey fut euimr^ de Charles T*^ ef; lui demeura fidèle^ Servaty brûlé eu ^j^i'e par les catiiolicpsa ^ et en^^r^onne par Calvin , avoit indiqué la pircular tiou du saog dgtus lepoumm : le siècle ue flt d'un savant de génje qu'un hérétique vulgaire , ie^el un 4Utre hérétique conduisit au bûcher.
Au reste, quant auxpan^phlets auglois de pure politique , lorsqu^ito n<s sont point infectés du Jargon théologique de l'époque , ce qui est rare ^ ils restent fi une immense distance de nps investigations modernes. Si vous en exceptez MiltoUi aucun puhlU^iste de la révolution de 1649 n'approche de Sieyes , de Mirabeau , de M. B^njavm Constant » enicore moins à» 14, Carre) ; ce dernier, serré , ferme, habile et logique écrivain, a dans sa manière quelque chose de l'éloquence positive des faits ; son style creuse et grave ; c'est de l'histoire par Les monuments.
MIJ-TQN,