‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 4 sur 283 · COSTUMES. - FÊTES ET JEUX · texte numérisé non relu

COSTUMES. - FÊTES ET JEUX

La population en mqjivement autour dès édifices, est décrite dans les dironlques et peinte dans les vignettes. Les diverses classes de la société et les habitants des différentes provinces, se distipguoient, les uns par la forme des vêtements, les autres par des modes locales. Les populations n'avoient pas cet aspect uniforme qu'une même manière de se vêtir donne à cette heure aux habitants de nos villes et de nos campagnes. La noblesse, les chevaliers, les magistrats, les évêques, le clergé séculier, les religieux de tous les ordres, les pèlerins, les pénitents gris, noirs et blancs, les ermites, les confréries, les corps de métiers, les bourgeois, les paysans , offroient une variété infinie de costumes : nous voyons encore quelque chose de cela en Italie. Sur ce point, il s'en faut rapporter aux arts : que peut foire le peintre de notre vêtement étriqué, de notre petit chapeau rond et de notre chapeau à trois cornes?

Du douzième au quatorzième siècle, le paysan et l'homme du peuple portèrent la jaquette ou la casaque grise liée aux' flancs par un ceinturon. Le sayon de peau, le/i^^i;oiid'où est venu le surplis, étoit commun à tous les états. La pelisse fourrée et la robe longue orientale enveloppolent le chevalier quand il quittoit son armure : les manches de cette robe couvroient les mains ; elles ressembloient au cafetan turc d'aujourdliui; la toque ornée de plumes , le capuchon ou chaperon , tenoient lieu de turban. De la robe ample on passa à l'habit étroit, puis on revint à la robe, qui fut blasennée. I^es hauts-de-chausses, si courts et si serrés qu'ils en étoient indécents, s'arrêtoient au milieu de la cuisse ; les bas^e-chausses étoient dissemblables; on avoit une jambe d'une couleur, une jambe d'une autre couleur. Il en étoît de même du hoqueton, mi-parti noir et blanc , et du chaperon mi-parti bleu et rouge. • Et si estoient leurs robes si estroites â vestir et à « despouiller qu'il sembloit qu'on les escorchast. Les « autres avoient leurs robes relevées sur les reifts m comme femmes, si avoient leurs chaperons deeou* « pés menoement tout en tour. Et si avoient leurs « chausses d'un drap et Fautre de Tautre. Et leur « venoient leurs cornettes et leurs manches près de c terre, et semMorent mieux estre jongleurs qu'aie « très gens. Et pour ce ne fut pas merveilles si « Dieu voulut corriger les mefoits des François psr « son fléau (la peste). »

Far-dessus la robe, dans les jours de cérémonie, on attachoit un manteau tantôt court, tantôt long. Le manteau de Richard T' étoit fait d'une étoffe à raies, semé de globes et de demi- lunes

INTRODUCTION

d'argent, à rimitationdu système céleste. (Wini- S4UF.) Des colliers pendants servoient également de parure aux hommes et aux femmes.

Les souliers pointus et rembourrés à hpoulaine furent longtemps en vogue. L'ouvrier en découpoit le dessus comme des fenêtres d*égiise; ils étoient longs de deux pieds pour le noble, ornés à Textrémité de cornes, de griffes ou de figures grotesques : ils s'allongèrentencore, de sorte qu'ilî devint impossible de marcher sans en relever la pointe et l'attacher au genou avec une chaîne d*or ou d'arp;ent. Les évéques excommunièrent les souliers à la poulaine et les traitèrent dépêché contre nature. On déclara qu'ils étoient co;t/rc les bonnes mœurs f et inventés en dérision du Créateur. £n Angleterre , un acte du parlement défendit aux cordonniers de fabriquer des souliers ou dea bottines dont la pointe excédât deux pouces. Les larges babouches carrées parle bout remplacèrent la chaussure à bec. Les modes varioient autant que celles de nos jours; on connoissoit le chevalier ou la dame qui, le premier ou la première, avoit imaginé une haUgote (mode) nouvelle : l'inventeur des souliers à la poulaine étoit Je chevalier anglois Robert le Cornu. (W.Malmbsbcby.)!

Les gentiljames usoient sur la peau d'un linge très-fin; elles étoient vêtues de tuniques montantes enveloppant la gorge, armoriées à droite de Técu de leur mari, à gauclie, de celui de leur famille. Tantôt elles portoient leurs cheveux ras, lissés sur le front et recouverts d'un petit bonnet entrelacé de rubans; tantôt elles les dérouloient épars sur leurs épaules; tantôt elles les bâtissoient en pyramide haute de trois pteds; elles y suspendoient ou des barbettes, ou de longs voiles, ou des banderolles de soie tombant jusqu'à terre, et voltigeant au gré du vent : au temps de la reine Isabeau, on fut obligé d'élever et d'élargir les portes pour donner passage aux coiffures des châtelaines. Ces coiffures étoient soutenues par deux cornes recourbées, cba^ pente de l'édifice : du haut de la corne, du côté droit, descendoit un tissu léger que la jeune femme laissoit flotter, ou qu'elle ramenoit sur son sein comme une guimpe, en l'entortillant à son bras gauche. Une fenmie en plein esbattemeni étaloît des colliers , des bracelets et des bagues. A sa ceinture, enrichie d'or, de perles et de pierres précieuses, s'attachoit une escarcelle brodée : elle galopoit sur un palefroi , portoit un oiseau sur le poing, ou une canne à la main. «Quoi de plus ridicule, dit « Pétrarque dans une lettre adressée au pape, en • 1366, que de voir les hommes le ventre sanglé! « En bas, de longs souliers pointus; en haut, des « toques chargées de plumes : cheveux tressés allant « deci delà par derrière comme la queue d'un ani- « mal, retapés sur le front avec des épingles à tête

« d'ivoire. » Pierre de Blois ajoute qu'il étoit du bel usage de parler avec affectation. £t quelle langue parloit-on ainsi? la langue de Robert Wace ou du Roman du Rou ,de Ville-Hardouin , de Joinville et de Froîssard!

Le luxe des habits et des fêtes passoit toute croyance; nous sommes de mesquins personna* ges auprès de ces Barbares des treizième et quatorzième siècles. On vit dans un tournoi mille chevaliers vêtus d'une robe uniforme de soie, nommée cointise, et le lendemain ils parurent avec un ac* coutrement nouveau aussi magnifique. ( Matthieu Pabis.) Un des habits de Richard II, roi d'Angleterre, lui coûta trente mille marcs d'argent. (Knyghton.) Jean Arundel avdt cinquante-deux habits complets d'étoffe d'or. {HoUingshed chron.)

Une autre fois, dans un autre tournoi, défilé* rent d'abord un à un soixante superbes chevaux richement caparaçonnés, conduits chacun par un écuyer d'honneur et précédés de trompettes et de ménestiiers; vinrent ensuite soixante jeunes dames montées sur des palefrois, superbement vêtues, chacune menant en laisse, avec une chaîne d'ar* gent , un chevalier armé de toutes pièces. La danse et la musique fiiisolent partie de ces bandors (réjouissanoes). Le roi, les prélats, les barons, les chevaliers, sautoientau son des vielles, des mu* settes et des chiffoMes.

Aux fêtes de Noël arrivoient de grandes masca* rades. En 1848, en Angleterre , on prépara quatre* vingts tuniques de bougran, quarante-deux mas* ques et un grand nombre^ de vêtements bizarres, pour les mascarades. En 1877, une mascarade, composée 4*environ cent trente personnes déguisées de différentes manières, offirit un divertisse* ment au prince de Galles.

La balle, le mail, le palet, les quilles, les dés, affoloient tous les esprits. Il reste une note d'É* douard II delà somme de cinq scfaellings, laquelle somme il avoit empruntée à son barbier pour jouer à croix ou pile.

MOYEN AGE

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