‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 5 sur 283 · REPAS · texte numérisé non relu

REPAS

Quant au repas, on l'annonçoit au son du cor chez les nobles : cela s*appeloit corner feauj parce qu'on se lavoit les mains avant de se mettre à table. On dfnoit à neuf heures du matin , et l'on soupoit à cinq heures du soir. On étoit assis sur des tianques ou bancs, tantôt élevés, tantôt assez bas, et la table montoit et descendoit en proportion. Du banc est venu \emoX banquet. Il y avoft des tables d'or et d'argent ciselées; les tables de bois étoient couvertes

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et mppês doobte appdées doubliers; oncles plissoit oomme une rivière ondoyaniequ^vn petit vent /rais /ait éoMcement soulever. Les serviettes sont plus landenies. Les fourchettes, que ne connoisniflit point les Romains, furent aussi inconnues àe$ Ffbdçcms jusqu^à la fin du quatorzième siècle-, •a ne les trouve que sous Charles V.

Od mangeoit à peu près tout ce que nous man* seoos, et ménM avee des raffinements que nous ignorons aojourdliui ; la civilisation romaine n'avoit point péri dans la cuisine. Parmi les mets recherdiéSt je trouve le d^/^^rot», le maupiçyrum, le karmmpie. Qu'étoît-ce ? On servoit des pâtisseries 4c formes obscènes, qu'on appeloit de leurs pro« près noms; les ecclésiastiques, les femmes et les jeunes filles , rendoient ces grossièretés innocentes par ooe pudique ingénuité. La langue étoit alors toute Due; les traductions de la Bible de ces temps sont aussi crues et plus indécentes que le texte. Vinsiructian du chevalier Geoffroy la Tour Landry, gentilhomme angevin, à sesfilks donne la flKsure de la liberté des enseignements et des mots.

Oo nsoit en abondance de bière, de cidre et de via de toutes les sortes : il est fiaiit mention du cidre sous la'seeonde race. Le clairet étoit du vin claliié mêlé à des épiceries ; Thyprocras, du vin adouci arec du miel. Un festin donné en Angleterre par aa abbé , en 1310, réunit six mille convives devant trois mille plats. Au repas de noce du comte de ComooaiUes, en 1343, trente mille plats furent servis, et, eo 1251 , soiicante boeufs gras furent fournis par le seul archevêque d'york pour le mariage de Margœrite d'Angleterre avec Alexandre III, roi d^Écosse. Les repas royaux etoient mêlés d*internèdes : on y entendoit toutes menestrandies ; les dercs ehaatoient chansons, rondeaux et virelais. « Qaaod le roi ( Henri II d'Angleterre } sort dans bnntjttée, dit Pierre de Blois , vous voyez une nritiuide de gens courant çà et là, comme s*ils floieot privés de la raison ; des chevaux se précipitent ks uns sur les autres ; des voitures renversent des voitures; des comédiens, des filles publiques , des joueurs , des cuisiniers, des confiseurs, des baladins , des danseurs , des barbiers , des compagnons de débaocfaes, des parasites, font un bruit horrible; en un mot, la confusion des fantassins et des cavaliers est si Insupportable, que vous diriez que Tabbie s'est ouvert et que Tenfer h vomi tous ses diaUes. »

Lorsque Thomas Becket ( saint Thomas de Cantorbéry) alloit en voyage, il étoit suivi d'environ deux cents cavaliers, écuyers, pages, clercs et of(ieiers desa maison. Avec lui cheminoient huit chariots tirés chacun par cinq forts chevaux; deux de CCS chariots contenoient la bière , un autre portoit les aeuUes de sa chapelle, un autre ceux de sa $1 un autre eeux de sa cuisine; les trois der-

niers étoient remplis de provisions , de vêtements et de divers objets. Il avoit en outre douze che-* vaux de bât, chargés de coffres qui contenoient son argent, sa vaisselle d*or, ses livres, ses habillements, ses ornements d'autel. Chaque chariot étoit gardé par un énorme mâtin surmonté d'un singe.

(S4LISB).

On avoit été obligé de frapper la table par des lois somptuaires : ces lois n'accordoient aux riches que deux services et deux sortes de viandes, à Pex* ception des prélats et des barons qui mangeoient de tout en toute liberté; elles ne permettoient la viande aux négociants et aux artisans qu'à un seul repas; pour les autres repas, ils se dévoient con* tenter de lait, de beurre, de légumes»

MOYEN AGE

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