‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 6 sur 283 · MŒURS · texte numérisé non relu

MŒURS

On rencontroit sur les chemins des basternes ou litières , des mules, des palefrois et des voitures à bœufs : les roues des charrettes étoient à l'antique* Les cliemins se distitiguoient en chemins péageaux et en sentiers ; des lois en régloient la largeur : le chemin péageau devoit avoir quatorze pieds; les sentiers pou voient être ombragés, mais il falloit élaguer les arbres le long des voies royales, excepté les arbres d* abris. Le service des fiefs creusa cette multitude infinie de chemins de traverse dont nos campagnes sont sillonnées.

Cétoit le temps du merveilleux en toute chose : l'aumônier, le moine, le pèlerin, le chevalier, le troubadour, avoient toujours à dire ou à chanter des aventures. Le soir autour du foyer à bancs, on écoutoit ou le roman du roi Arthur, d'Ogier le Danois, de Lancelot du Lac, ou Thistoire du gobelin Orthon , grand nouvelliste qui venoit dans le vent et qui fut tué dans une grosse truie noire. (Fbois-

SABO.)

• Avec ces contes on écoutoit encore le slrvente du jongleur contre un chevalier félon , ou le récit de la vie d'un pieux personnage. Ces vies de sain:s, recueillies par les Bollandistes, n'étoient pas d'une imagination moins brillante que les relations profanes : Incantations de sorciers, tours de lutins et de farfadets, courses de loups-gac(»us, esclaves rachetés, attaques de brigands, voyageurs sauvés, et qui, à cause de leur beauté, épousent les filles de leurs hôtes (Saint Maxime); lumières qui pendant la nuit révèlent au milieu des buissons le tombeau de quelque vierge; châteaux qui paroisseut soudainement illuminés. (Saint f'ieentiust Maure et Brista,) Saint Déicole s*étoit égaré; il rencontre un berger et le prie de lui enseigner un gîte : « Je n>o-

UlltOI>LCTIO.N.

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• plifU le pto«.-Déeole Acte loabatM CD terre, et qtuod le fêtn nviot, aprà avoir coadah la Hint. il troure too troupeau eooehé paisiUemcnt autoar da UUw iHnc«leia,Weiiiart, urtiUe eU- MaÎD, iBenaMdebireBiiitilerDéiailei ma» Berthihta, fctnmedeWaianrt.a UM^nuidaTénéntMM pour le prftre de Dico. Déieole cotre daa* U fortertMc^leaieriiemprcwéaleveuteQtdcbarrasMrda ■oa maotaaa ; il Ici rcnwrae, et Hupeod ce maotean i wi rajoa te soleîl ^ poMOit k inven la lucarne d'une toor. (Boll., t«MD. ii, pag. )03.)

GiraMe, natif du para de Galles, raconte, dani ■a Topographie de l'Irlande, que ukit Keaen priant Dieu, les dem mains étendues, tue hirondelle entra par ta feoétre de sa cellule et déposa un ceur dans Tune de ses mains. Le saint n'abaissa point aa main ; il ne la ferma que quand l'hirondelle eut déposé tous tes aats et acbevé de les courer. Es BOuveoir de cette bonté et de cette palience, la statue du solitaire en Irlande porte une hirondelle

L'abbé Turhctolt avoit en possession le pouce de

saint Bartbélemjr ; il s'en tervoit pour se signer dans

les roomenU de dai^er, de tempête et de tooiierre.

Les Barbares aimoient les aiueborètes:c'étoieut

des BoldaU dedirférentes milices, paiement éprou-

lun k etiz-mémes. donnant sur la

I rocher, se plaisant aux péterina-

a vastité des déserta et des forêts.

ts condui soient -ils les batailles :

M les dmctJ ères, ils y composoient

la foule armée le Diet irx et le

s A nglo-Saxons ne Tirent pas moins

Doze reines abandonner ie monde

les cloîtres. Cependant il ne &u-

r tromper par les mots : ces reines

ts de pirates du nord arrivéesdaos

des barques, célébrant Isare noces sur des chariots,

comme JesOllesde Clodion le Clfaevelu, de belles e^

blanches Honrégienoes passées desdieuide l'Edda

au Diau de l'Évangile, et dea walkirîes aux anges.

SUITE DES HCEimS.

Chercher à dérouler avec méthode la tableau des mœurs de ce temps , seroit à la fois tenter Timposstble et mentir k la coiifu:iion de ces mœurs. Il faut Jeter ptle-méle toutes ces scènes tdies qu'elles se

M^e, M s'eocfaertttoient daoi même moment :

il n'y avoit d'unité que dans le saouTanmt général qui entralnoit la société vers son perfectionnement, par h loi naturelle de roistenee bnmaine.

D'un cdté b dieralene, de Tantre le aoulèrement des masses rustiques; tous tes déréglemenU de la TÎe dam le dergé et toute Fardeur de la foi. Dm KJTOfagua ou moÎBex errants dieaiiaant à pied , ou cfaerandtant sur une petite nule, préchoieat contre tous les scandales; ils se faisoicat briller vtb par les papca auxquels ils reprodmient leurs désordres, et noyer par les princes doat ils attaquoirnt la tyrannie. Des gwiHiilminmii» l'embusquoieot sur les chemins et déTaiisment les passants, tandis que d'autres gcntilshomibes derenoinit , en Espagne, ea Grèce, en Dalmatie, seigneurs des immortelles dtés dont ils ignoioieot l'histoire. Cours d'amour où fon raisonnoit d'après toutes les règles du scottisme , et dont des chanoines étoient membres; troubadours et ménestrels raguant de diiteaux en châteaux, déchirant les hommes dans its satires, louant les dames dans des ballades^ bourgeois divisés en corps de métiers, célébrant des solenniiés palrooalcs oii les saints du paradis étoient mêlés aiu divinités de la Fable i représentations théâtrales, miraclet et myiUret dans les églises; Jite* dM^MM ou dea coraanb; messes sacrilèges; soupesgrasscsmangéessurrautel;r//emMfa eU répondu par trois braiements d'âne; barons et clievaliers s'engageant, dans des repas mystérieux, à porter la guerre chez des peuples, faisant vœu sur tu paon ou sur un héron d'accomplir des faits d'armes potir leurs mies; JulEs massacrés et se massacrant entre eiu , conspirant avec les lépreux pour empoisonner les puits et Ies fontaines ; tribunaux de toutes les sortes condamnant, en vertu de toutes les espèces de lois, à toutes les sortes de supplices; accusés de toutes les catégories , depuis rhérésiarque écorché et brillé vif, jusqu'aux adultères attachés nus l'un à l'autre et promenés au milieu de la foule: le juge prévaricateur substituant à l'homicide riche condamné un prisonnier innocent; pour dernière confusion, pour derniers contrastes, la vieille société civilisée à la manière des anciens, se perpétuant dans les abbayes; les étudiants des universités faisant renaître les disputes philosdthiquet de la Grèce; le tumulte des écoles d'Athènes et d'Alexandrie se mêlant au bruit des tournois, des carrousels et des pas d'armes : placez ecOi), au-dessus et en dehors de cette so> ciété si agitée, un autre principe de mouvement , un tombeau, objet de toutes tes tendresses, de tous les regrets, de toutes les espérances , qui attiroit sans cesse au delà des mers les rois et les sujets , les vaillants et les coupables; les premiers pour chercher de> ennemis, des royaumes , des aventures ; les se-

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