‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 52 sur 283 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

LlTTfiRATOM

sous LES DEUX DSRMUSR8 STUARTS.

Dms rr choses de ia révolution angloisê

ET DE U KKyOLimON fRAnçOlSE COMPARES.

Ea quittant Milton , si nous passions sans tiran* sûnau écrivainsioiis les.deuz derniers Stuarta, MU trébuebeiioDa de plus haut que les anges ^Parodis perdu f qui tombèrent du ciel dans iibisM. Hais il nous reste à Jeter un regard sur h réf ohition d'où sortit le poète, et à ia comparer i notre révolution : en nous entretenant encore h tiède de MiltoOi nous parviendrons à descndft ainsi d'un mouvement insensible Jusqu'au il^eaa des règnes de Charles et de Jacques. On t^li peine à se détacher de ces temps de 1649 ; ili eurent de curieuses làffinités avec les nôtres : Ml allons voir, par le parallèle des choses et ^iKMBiiies, que nos jours révolutionnaires con* ■fveot nr les Jours révolutionnaires de la repu- Nv «t do protectorat anglois, une incontesta- Uii aais souvent malheureuse supériorité.

I^ révolution finmfoise a été vaincue dans les ^'^ par la révotation anglolae : la république , Inpire , la restauration 5 n'ont rien à opposer * cliantre do Paradis p$rdu : sous les autres 'apports, exeepté sous le rapport moral et reli'* ^i notre révolution a laissé loin derrière elle h révolstioa de nos voisins.

Qouid ia révolution de 1649 s'aecompUt, les ^"iittnniaitions entre les peuples n'étoient point «liTcei an point où elles le sont aujourd'hui ; Ik idées et les événements d'une nation n'étoient P^ rnidns conununs à toute la terre par la mul-

tiplicité des chemins, ta rapidité des courriers, l'extension du commerce et de l'industrie , les publications de la presse périodique. La révolution de la Grande-Bretagûe ne mît point l'Europe en feu : renfermée dans une lie, elle ne porta point ses armes et ses principes aux extrémités de l'Europe ; elle ne prêcha point la liberté et les droits de Thorome , le cimeterre à la main , comme Mahomet prêcha le Coran et le despotisme; elle ne fat ni obligée de repousser au dehors une invasion , ni de se défendre au dedans contre un système de terreur : l'état religieux et social n*étolt pas tel qu'aujourd'hui.

Aussi les personnages de cette révolution n*attelgnirent point la hauteur des personnages de la révolution françolse, mesurée sur une bien plus grande échelle , et menée par une nation bien plus liée au destin général du monde. Est-ce Hampden ou Ludlow que Ton pourroit comparer à Mirabeau ? Supérieurs en morale , ils lut étolent fort inférieurs en génie *.

il Mêlé par les désordres et les hasards de sa vie aux plttô grands événements et k Texistence des repris de Justice, des ravisseurs et des aventuriers, Mirabeau, tribun de l'aristocratie, député de la démocratie , avolt du Graechus et du Don Juan, du Catilina et du Gusman d'Alfarache, du cardinal de Richelieu et du cardinal de Ret2 , du roué de la régence et du Sauvage de la révolution ; il avoit de plus du Mirabeau, famille florentine exilée, qui gardoit quelque chose de ces palais armés et de ces grands factieux célébrés par Dante ; famille naturalisée françoise , oA l'esprit républicain du moyen âge de rttalle et l'esprit féodal de notre moyen flge, se trou voient réunis dans une succession d'hommes extraordinaires.

« La laideur de Mirabeau , appliquée sur le fond de beauté particulière à sa race, produisoit une sorte de puissante figure du Jugement dernier de Michel-Ange, compatriote des Arrighetti, Les sillons creusés par la petite vérole sur le visage de l'orateur, avoient plutôt l'air d^escarres laissées par la flaiHme. La nature sembloit avoir moulé sa tête pour l'empire ou pour le gibet , taillé ses bras pour étrelndre une nation du pour enlever une femme. Quand il secouoit sa crinière en regardant le peuple, il l'arrêtoit; quand it ievoit sa patte et montroit ses ongles, la plèbe

* loiqiMS et y eomprlt le parallèle de Buonaparte et de Cro-

mwell, tout ce qui suit est extrait, mais fort en abrégé, de mes Mémoiru: Le oommenoement de chaque paragraphe est soUlemeté.

ESSAI

conroit ftarieuse. An milieu de l'effroyable désoi^ dre d'une séance , je I*ai vu à la tribune , sombre , laid et immobile ; il rappeloit le chaos de Milton, impassible et sans forme au centre de sa confusion.

« Deux fois J'ai rencontré Mirabeau à un banquet : une fois chez la nièce de Voltaire , madame la marquise de Villette ; une autre fois au Palais- Royal, avec des députés de Fopposition que Chapelier m'avoit fait oonnoitre. Chapelier est allé à réchafauddansie mémetombereauquemon frère et M. de Malesherbes.

En sortant de notre dîner on discutoit des ennemis de Mirabeau : Jeune homme timide et inconnu , Je me trouvois à côté de lui et n'avois pas prononcé un mot. Il me regarda en face avec ses yeux de vice et de génie, et m'appliquant sa main épatée sur l'épaule, il me dit : « Ils ne me « pardonneront jamais ma supériorité! » Je sens encore l'impression de cette main, conmie si Satan m'eût touché de sa griffe de feu '•

« Trop tôt pour lui , trop tard pour elle , Mirabeau se vendit à la cour, et la cour Tacheta. Il risqua l'enjeu de sa renommée devant une pension et une ambassade : Cromv^ell fut au moment de troquer son avenir contre un titre et l'ordre de la Jarretière. Malgré sa superbe, 11 ne s'évaluoit pas assez haut : depuis, l'abondance du numéraire et des places a élevé le prix des consciences.

« La tombe délia Mirabeau de ses promesses et le mit à l'abri des périls que vraisemblablement il n'auroit pu vaincre : sa vie eût montré sa foiblesse dans le bien ; sa mort l'a laissé en puissance de sa force dans le mal. •

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