‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 53 sur 283 · CLUBS · texte numérisé non relu

CLUBS

Il y eut des factieux et des partisen Angleterre , mais qu'est-ce que les meettinffs des saints , des puritains, des niveleurs, des agitateurs, auprès des clubs de notre révolution? J'ai dit ailleurs ( Génie du Christianisme ) que Milton avoit placé dans son enfer une image des perversités dont II avoit été le témoin : qu'eût-il peint s'il avoit vu ce que je vis à Paris dans l'été de 1 792 , lorsque, revenant d'Amérique, je traversois laFrance pour aller à mes destinées?

« La fuite du roi , du 21 juin 1791 >, fit faire

' ' MIrabeao v Tantolt d'avoir la main très-belle : Je De m'y oppoae pas; mais j'étots fort maigre et il élolt fort gros, et sa main me couvroil toute PépaulCi * 9fe» Mémoiren,

à la rë^olution un pas immense. Ramené à Paris le 25 du même mois, il avoit été détrAné une première fois, puisque l'assemblée nationale déclara que les décrets auroient force de loi, sans qu'il fût besoin de la sanction ou de l'acceptation royale. Une haute cour de justice , devançant le tribimal révolutionnaire , étoit établie à Orléans. Dès cette époque , madame Roland demandoit la tête de la reine, en attendant que la révolution lui demandât la sienne. L'attroupement du Champ de Mars avoit eu lieu contre le décret qui suspendoit le roi de ses fonctions, au lieu de le mettre eu jugement. L'acceptation de la constitution , Itf 1 4 septembre , necalma rien. Ledécret du 29 septembre, pour le règlement des sociétés populaires , ne servit qu'à les rendre plus violente^ : ce fût le dernier acte de l'assemblée constituante ; elle se sépara le lendemain , et laissa à la France ime révolution étemelle.

« L'assemblée législative , installée le l^ octobre 1 791 , roula dans le tourbillon qui alloit balayer les vivants et les morts. Des troubles ensanglantèrent les départements : à Gaen, on se rassasia de massacres et l'on mangea le cœur de M. de Beizunce. Le roi opposa son veto au décret contre les émigrés, et cet acte légal augmenta l'agitation. Péf ion étoit devenu maire de Paris. Les députés décrétèrent d'accusation, le 1 ^Janvier 1 792 , les princes émigrés : le 2 , ils fixèrent à ce 1^^ janvier le commencement de Tan quatrième de la liberté. Vers le 1 8 de février, les bonnets rouges se montrèrent dans les rues de Paris, et la municipalité fit fabriquer des piques. Le manifestedesémigrés parut le 1 ""mars. L'Autriche armoit. Le traité de Pilnitz et la convention entre l'empereur et le roi de Prusse étoient connus. Paris étoit divisé en sections plus ou moins hostiles les unes aux autres. Le 20 mars 1 792 , l'assemblée législative adopta la mécanique sépulcraie sans laquelle les jugements de la Terreur n'auroient pu s'exécuter : on l'essaya d'abord sur des morts, afin qu'elle apprit d'eux son œuvre. On peut parler de cet instrument comnoe d'un bourreau , puisque des personnes touchées de ses bons services, lui faisoient présent de sommes d'argent pour son entretien '.

« Le ministre Roland ( ou plutôt son étonnante femme ) avoit été appelé au conseil du roi. Le 20 avril la guerre fut déclarée au roi de Hongrie et de Bohême. Marat publioit ÏAmi du peuple tûA-

» Moniteur, n* ID8.

SUR LA UTTËRATDRE AISGLOISË.

gré ledccret dont lui, Harat, étoit frappé. Le régûnent royal allemand et le régiment de Berchioi désertèrent. Isoard parloit de la perfidie de la ONir. Gensonné et Brissot dénonçoient le comité autrichien. Une insarrecUon éclata à propos de k garde da roi, qui fût licenciée. Le 28 mai rassemblée se forma en séances permanentes. Le id juin le cbâteau des Tuileries fut forcé par les ; des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Mari; le prétexte étoit le refus de Louis XVI de saoetiooner la proscription des prêtres : le roi eocrot risque de la vie. La patrie étoit décrétée ai danger. On brûloit en effigie M< de Lafayette. Les fédérés de la seconde fédération arrivoient ; les Uaracillois, attirés par Danton, étoient en marche: ils entrèrent dans Paris le 80 juillet, K furent logés par Pétion aux Cordeliers.

« Auprès de la tribune nationale s'étoient éle- Ttcs deux tribunes concurrentes , celle des Jaco- Liiiset celle des Cordeliers, la plus formidable 2bn, parce qu'elle donna des membres à la fameuse commune de Paris, et qu'elle lui fournis- Mit des moyens d'action.

• Le dub des cordeliers étoit établi dans ce DMHiastère, dont une amende en réparation d'un Bcortre avoit servi à bâtir l'église sous saint Luuîs, en 1359 ' ; elle devint en 1500 le repaire des plus fameux ligueurs. £n 1 792 , les tableaux , les images sculptées ou peintes, les voiles, les rideaux do couvent des cordeliers , avoient été arrachés : la basilique écorchée ne pr6$entoit aux veux qne ses ossements et ses arêtes. Au chevet de révise , où le vent et la pluie entroient par les nhaees sans Yitreaux , des établis de menuisier aervcHent de bureau au président , qUand la séance se teoolt dans l'église. Sur ces établis étoient déposés des bonnets rouges dont chaque orateur se ooidoît avant de monter à la tribune. La tribune eoQsistoît en quatre poutrelles arc-boutées et traversées d'une planche, dans leurx, comme un écfaa&nd. Derrière le président , avec une statue de la Liberté, on voyoit de prétendus instruments desnpplicede l'ancienne justice ;instrumeQt8 remplacés par un seul , la machine a sang , comme les i^caniques compliquées sont remplacées par le hthgf hydraolique. Le club des Jacobins épurés emprunta quelques-unes de ces dispositions des corddiers.

• Les orateurs, unis pour détruire, ne s'enteodoient ni sur les cheb à choisir, ni sur les

en ibSO.

moyens à employer : ils se tréltoient de gueiix, de gitons , de filous , de voleurs , de massacreurs , à la cacophonie des sifflets et des hurlements de leurs différents groupes de diables. Les métaphores étoient prises du matériel des meurtres, empruntées des objets les plus sales , de tous les genres de voirie et de fumier, ou tirées des lieux consacrés aux prostitutions des hommes et des femmes. Les gestes rendoient les imagessensibles ; tout étoit appelé par son nom avec le cynisme des chiens , dans une pompe obscène et impie de Jurements et de blasphèmes : détruire et produhre , mort et génération , on ne déméloit que cela à travers l'argot sauvage dont les oreilles étoient assourdies. Les harangueurs , à fai voix grêle ou tonnante, avoieot d'autres interrupteurs que leurs opposants : les petites chouettes noires du cloître sans moines et du clocher sans cloches s'éjouissoient aux fenêtres brisées, en espoir du butin; elles Interrompoient les discours. On les rappeloit d'abord à l'ordre par le thitamarre de l'impuissante sonnette ; mais , ne cessant point leur criaillement , on leur tiroit des coups de fusil pour leur fedrefake silence : elles tombolent palpitantes, blessées et fatidiques, au milieu du Pandœmonium. Des charpentesabattues, des bancs boiteux, des stalles démantibulées , des tronçons de saûoits roulés et poussés contre les murs, servoient de gradins aux spectateurs crottés, poudreux, soûls, suants, en carmagnole percée, la pique sur l'é* paule, ou les bras nus croisés. »

OAIITON.

« Les scènes des cordeliers étoient dominées et souvent présidées par Danton, Hun à taille de Goth , à nez camus , à narines au vent , à méplats couturés. On parviendrolt à peine à former cet homme dans la révolution angloise, en pétrissant ensemble Bradshaw, président de la commission qui Jugea Charles I^ ; Ireton , le fameux geodre de Cromwel; Axtell, grand exterminateur en Irlande; Scott, qui vooloit qu'on gravât sur sa tombe : Ci-gti Thomas Scoti, qui condamna le feu rot à mort; Harrison , qui dit à ses Juges : « Plusieurs d'entre vous, mes juges, furent ac- « tifs avec moi dans les choses gui se sontpas' « sées en Angleterre; ce gui a été fait Va été « par Vordre du parlement, alors la suprême

ft loi, »

« Dans la coque de son église, comme dans la carcasse des siècles, Danton organisa l'attaque du 10 août et les massacres de septembre; auteur

lU

BSSAI

de la eiroalalM iê la eommuna» U invita \m bon»* mes libm à répéter daoi lai départemenU ^éDo^ mité perpétrée aox Garmei et à l'Abbaye. Mail Sixte*Quint n'égala-Hi pas, pour la aalut des hommes, le dévouement de Jacques Clément au mystère de rincaroation , de même que Ton eom* para Marat au Sauveur du monde? Charles IX u*écrivit-il pas aux gouverneurs des provinces dlmlter les massacres de hi Saint-Barthélémy, comme Danton manda aux patriotes de copier les massaci^ de septembre? Les jaoobins étoient des plagiaires ; iisJe furent encore en immolant Louis XVI à l'instar de Charles I", Des crimes s'étant trouvés mêlés au mouvement social de la 0n du dernier siècle , quelques esprits se sont figuré mal à propos que ces aimes avoient produit les grandeu rs de la révolution , dont ils n'étoient que d'affreuses inutilités : d'une belle nature souffrante , on n*a admiré que la convulsion.

« A répoque où les enfiints avoient pour Jouets de petites guillotines à oiseaux, où un homme à boQpet rouge conduisoit les iports au cimetière ' ; à répoque où l'on crioit vive l'enfer ! vive la mortl où on célébroit les Joyeuses orgies du sang , de l'ader et de la rage, où Ton trinquoit au néant , il tellolt , en fin de compte , arriver au dernier banquet , à la dernière fisusétie de la dou-

leur.

« Danton fût pris au traquenard qu'il avoit tendu : amené devant le tribunal, son ouvrage, il ne lui servit de rien de lancer des boulettes de pain au nez de ses Juges , de répondre avec courage et noblesse, de faire hésiter la cour révolutionnaire , de mettre en péril et en frayeur la Convention, de raisonner logiquement sur des forfaits par qui la puissance même de ses ennemis avoit été créée.

« Il ne lui resta qu'à se montrer aussi impitoyable à sa propre mort qu'il l'avoit été à celle des autres, qu'à dresser son front plus haut que le coutelas suspendu. Du théâtre de la Terreur où ses pieds se collo\ent dans le sang épaissi de la veille , après avoir promené un regard de mépris sur la fpule , il dit au bourreau : « Tu montreras ma « tète au peuple; elle en vaut la peine. » Le chef de Danton demeura aux mains de l'exécuteur, tandis que l'ombre acéphale alla se mâler aux omhresdécapitées de ses victimes : c'étoit encore de l'égalité. »

• Anébt diioonnil génénl de la oommono, S7 bmm. 83.

P£UPI£ DES mVX If ÀTIOW A L*ÉMQIIB KÈfùunwtmÂmM.

PAYSANS aOTAUSTES ANGLOIS.

Le peuple anglols , rangé derrière les Hampden et les Ireton , n'avoit rien de la fbree du peuple qui marchoit ïlvec les Mirabeau et les Danton ; de ce peuple qui fit magnifiquement son devoir à la frontière ; qui rejeta les nations étrangères dans leurs propres foyers : elles les éteignirent de leur sang, au moment où elles se flattoieotde s'asseoir à notre feu , et d'y boire le vin de dos treilles. Pris collectivement , le peuple est nn poète : auteur et acteur ardent de la pièce qu'il Joue ou qu'on lui fait Jouer, ses excès mêmes ne sont pas tant l'instinct d'une cruauté native, (pie le délire d'une foule enivrée de spectacles, surtout quand ils sont tragiques; chose si vraie, que dans les horreurs populaires, il y a toujours quelque chose de superflu donné au tableau et à l'émotion.

li y eut des guerres civiles en Angleterre : ressemblèrent-elles à celles de nos provinces de rOoestî Là même où notre peuple se déchiroit de ses propres mains, il étoit encore prodigieux, Hais^oyons d'abord le paysan anglois.

La cause de Charles P' et de son fils produisit de courageux défenseurs parmi les populations rustiques. Le fermier Pendrell , ou plutôt Pcndrill , et ses quatre firères , se sont noblement placés dans lliistoire. Il existe un petit livre intitulé Boseobely ou abrégé de ce qui s*est passé dans la retraite mémorable deS.M.( Charles H ) après la bataille de Woreester : là se trouve consignée la fidélité des Pendrill. Charles II, parti de Woreester le S septembre 1651 , à six heures du soir, après la perte de la bataille, arriva à quatre heures du matin à Boscobel avec le comte de Derby. ^ Ils firappèrent dans l'obs- « curité, dit la relation, à la porte d'un certain « Pendrill , paysan catholique , et concierge de la « ferme appelée Whlte-Ladles ( les Dames Blan- « chcs), laquelle avoit été une abbaye de filles « bernardines ou de Tordre de Ctteaux , éloignée « d'un Jet de pierre dans le bols. »

Le paysan reçut son Jeune roi au péril de sa vie. « Aussitôt, continue la relation, on coupa « les cheveux du roi , on lui noircit les mains; * on mit ses hablU dans la terre ; il en prit on « de paysan en échange. On mena le roi dans

SUR LA LITTÉHATDRE ANGLOISE

« le bois; il se troava seul dans on lieu inconnu, « irae serpe à la main. Ce joor-là Charles ne vit

■ personne , parœ qae le temps fut humide, si ce « D*e9t la belle-soBur de Pendrill , qni lui porta

• quelque diose dans le taillis pour se coavrir et

• auBi poar manges» Quand le roi ne pouvoit

• sortir do la ferme , à eause de quelque danger , « QQ Tenfermoit dans une cache qui servoit aux 4 prêtres catholiques pour y dire en secret leur

• messe. Cette cache se trouvoit dans une espèce « de masure qui portoit le nom d'Hobbal et qu*har « bitoit Richard Pendrill , un des quatre frères

• de Guillaume. »

Oiarles II voulut se rendre àLondres , Richard Pendrill lui servit de guide ; ils furent obligés de revenir, tous les passages étant gardés. « Le

• gravier qui étoit entré dans les souliers du roi

• avoît ensanglanté ses pieds, et la nuit étoit si t Doire 9 qu'à deux pas de Richard il ne pouvoit

• raperœvoir : il le suivoit, conduit par le bruit i de soQ bant-de-chausses , qui étoit de cuir. Ils

• forent de retour à Roscobel avant le jour. Ri-

• diard , ayant caché le roi dans les broussailles, ^ alla Toir s*il n*y auroit pas quelques soldatf

• dans sa maison : il n'y trouva qu'un seul «bomoie, le colonel Carless, «

kt je change d'historien : un homme fut mon smi et l'ami de H* de Fontanes : je ne sais si au fond de sa tombe il me saura gré de révéler la DoUe et pure ezistenoe qu'il a cachée. Quelques articles, qu'il ne signoit pas , ont seulement para dans diverses feuilles publiques : parmi ces titicles se trouve un examen du BoscobeL Qu'il tait permis à l'amitié de citer de courts fragments ée cet examen ; ils feront naître des regrets diez tes hommes sensibles au mérite véritable : c'est le seul vestige des pas qu'un talent solitaire et ignoré a laissé sur le rivage en traversant la vie.

« Carless, dit M. Joobert, étoit un des plus « illustres chefs de l'armée du roi : il avoit com-

• battu jusqu'à l'extrémité à la journée de Wor* « eester. Quand il avoit vu tout perdu , il s'étoit

• intré^Utoient placé, avec le comte de Clives > tSL Jacques Bamilton , à l'une des portes de la

• ville eonquke, pour arrêter le vainqueur, et « pour s*opposer à la poursuite des vaincus. Il

• fgvda ee poste, qu'il s'étoit lui-même assigné,

■ jmqu'à ce qu'il pût croire que le temps avoit

• permis à son maître de s'éloigner et de se met-

• Ue hors de danger. Alors seulement il se reti- « rs : il alloit diercher un asile dans ses propres

« foyers , ignorant ce qu'étoît devenu Charles , (I et s'il pourroit jamais le revoir , quand le sort « l'offrit a sa vue.

« Qu'on juge de leur joie à cette rencontre ines* « pérée. C'est alors qu'ils habitèrent ce ftimeux « chêne , qui fut depuis regardé avec tant d'ad* K miration , et dont on disoit en le montrant au « voyageur : Ce fut là le palais du roi. Ce chêne « étoit si gros et si touffu de branches, que vingt « hommes auroient pu tenir sur sa tête. Charles, « accablé de fatigue , avoit besoin de repos ; il n'o» « soit s'y livrer sur cet arbre , et quitter cet arbre « étoit risquer d'être reconnu. Suspendu comme « sur un abtme, et caché parmi les rameaux, « un instant de sommeil l'en eût précipité. Car- « less étoit robuste , il se chargea de veiller. Le • roi se plaça dans ses bras, s'appuya contre son « sein , et , soutenu par ses mains vaillantes , s'en- « dormit dans les airs.

« Quel spectacle touchant! Ce prince, dans « la fleur et dans la force de la jeunesse, réduit « parle sommeil à la foiblesse de l'enfance , plongé tt dans l'assoupissement avec l'abandon de cet «âge, tranquillement endormi, au milieu de « tant de périls ,- entre les bras d'un homme aus- « tère, d'un guerrier attentif et veillant sur son « roi , âgé de vingt et un ans , avec toutes les. « inquiétudes d'une mèrel Ainsi les lieux, les <« arbres , les forêts, ont leur destin comme les « hommes.

« Charles quitta bientêt Boscobel. Un jour, « étant dans la salle d'une hêtellerie, comme il « levoit son chapeau à la dame du logis qui pas- « soit par ce lieu, le sommeiller l'ayant attenti- « vement regardé, le reconnut. Cet homme le « pritàl'écart , lepria de descendre avec lui daus t la cave , et là , tenant une coupe , la remplît de < vin , et bot à la prospérité du roi. Je sais ce « que vous êtes , lui dît-il ensuite en mettant un « genou en terre, et vous serai fidèle jusqu'à ma «« mort. ■

Ainsi a fait revivre ces scènes oubliées , l'ami que j'ai perdu : il est allé rejoindre ces hommes d'autrefois.

N'a-t-on pas cru lire un épisode de nos guerres de l'Ouest pendant la révolution? La fidélité semble être une des vertus de l'ancienne religion chrétienne : les Pendrill gardolent le culte de leurs aïeux; Ils avoient une cachette où le prêtre disoit la messe ; leur roi protestant y trouvoit un asile inviolable au pied du vieil autel catholi-

lio

ESSAI

que. Poar achever la ressemblance, la comtesse de Derby , qui défendît si vaillamment Ttle de Man , et qui fut la dernière personne des trois royaumes à se soumettre à la république , étoit de la famille de la TremoiUe : le prince de Talmont fut une des dernières victimes des gaerres vendéennes.

PORTRAIT D'UK VENDÉEN.

Q(k(A qu'il en soit des bûcherons de Bosoobel , près du chêne royal maintenant tombé , les Pendrill sont-ils des paysans vendéens?

« Un jour ' , en 1 798, à Londres, Je rencontrai chez le chargé d'affaires des princes françoisune foule de vendeurs de contre -révolutions. Dans un coin de cette foule étoit un homme de trente à trente-quatre ans, qu*on ne regardoit pdnt, et qui lui-même ne fiiiisoit attention qu'à une gravure de la mort du général Wolf. Frappé de son air, je m'enquis de sa personne. Un de mes voisins me répondit : n. Ce n*est rien ; c'est un pay- « san vendéen porteur d'une lettre de ses che6. »

« Cet homme , qui n'étoit rien, avoit vu mourir Cathelineau, premier général de la Vendée et paysan comme lui ; Boncbamp, en qui revlvoit Bavard ; Lescure, armé d*un cilice non à l'épreuve de la balle; d*Elbée, fusillé dans un fauteuil, ses blessures ne lui permettant pas d'embrasser la mort debout ; la Rochejaquelin dont les patriotes ordonnèrent de vérifier le cadavre, afin de rassurer la Convention au milieu de ses victoires sur l'Europe. Cet homme, qui n'étoit rien, avoit assisté aux deux cents prises et reprises de villes , villages et redoutes, aux sept cents actions particulières et aux dix-sept batailles rangées; il avoit combattu trois cent mille hommes de troupes réglées, six à sept cent mille réquisitionuaires et gardes nationaux; il avoit aidé à enlever cinq cents pièces de canon et cent cinquante mille fusils; il avoit traversé les colonnes infernales, compagnies d'incendiaires commandées par des conventionnels; il s'étoit trouvé au milieu de l'océan defeu qui à trois reprises roula ses vagues sur les bois de la Vendée; enfin il avoit vu périr trois cent mille Hercules de charrue, compagnons de ses travaux, et se changer en un désert de cendres cent lieues carrées d'un pays fertile.

« Les deux Frances se rencontrèrent sur ce sol nivelé par elles. Tout ce qui restoit de sang et de souvenir dans la France des croisades lutta

* Mes Mémoire$.

contre ce qu'il y avoit de nouveau sang et d'es* pérances dans la France de la révolution. Le vainqueur sentit la grandeur du vaincu : Tharot, général des républicains, déclaroit que « ies a Vendéens seroient placés dans l'histoire ao prc- « mier rang de peuples soIdRs. > Un autre général écrivoit à Merlin de Thionville : « Des trou- « pes qui ont battu de tels François peuvent bien « se flatter de vaincre tous les autres peuples. <• Les légions *de Probus , dans leur chanson , en disoient autant de nos pères. Buonaparte appela lescombatsde la Vendée» des combatsde géants. >

« Dans la cohue du parloir, j'étois le seal à considérer avec admiration et respect le représentant de ces anciens Jacques qui , tout en brisant le joug de leurs seigneurs, repoussoient, sous Charles V, l'invasion étrangère : il me sembloit voir un enfant de ces communes du temps de Charles VII , lesquelles , avec la petite noblesse de province, reconquirent pied à pied, de sillon en sillon, le sol de la France. Il avoit l'air indifférent du Sauvage ; son regard étoit grisâtre et inflexible comme une verge de fer; sa lèvre inférieure tremblolt sur ses dents serrées: ses cheveux descendoient de sa tète en serpents engourdis , mais prêts à se dresser ; ses bras, pendant à ses o6tés, donnoient une secousse nerveuse à d'énormes poignets tailladés de coups de sabre; on l'auroit pris pour un scieur de long. Sa physionomie exprimoit une nature populaire rustique , mise, par la puissance des mœurs, ao service d'intérêts et d'idées contraires à cette nature; la fidélité naïve du vassal , la simple foi du chrétien, s'y mêloient à la rade indépendance plébéienne accoutumée à s'estimer et à se faire justice. Le sentiment de sa liberté paroissoit n'être en lui que la conscience de la force de sa main et de rintrépidité de son cœur. Il ne parloit pas plus qu'un lion; il se grattoit comme un lion, bâilloit comme un lion , se mettoit sur le flanc comme un lion ennuyé, et revoit apparemment de sang et de forêts : son intelligence étoit du genre de celle de la mort. Quels hommes dans tous les partis que les François d'alors , et quelle race aujourd'hui nous sommes! Mais les républicains avolent leur principe en eux, au milieu d'eux, tandis que le principe des royalistes étdt hors de France. Les Vendéens députoient vers les exilés; les géants envoyoient demander des chefs aux pygmées. L'agreste messager que je contemplois avoit saisi la révolution à la goi^; i^

SUR LA LITTÉRATURE ANGLOISE

iToit crié : « Entrez ; passez derrière moi ; elle • w TODS fera aucun mal , die ne bougera pas ; .je la tiens. * Personne ne voulut passer : alors Jacques Bonhomme relâcha la réTolution, et Qgnette brisa son épée. »

CROMWEL. BUONAPAETE.

Dé&vrée des mains rustiques, la révolution teiiAdaDS des mains guerrières ; Buonaparte se jeasor elle, et Fenebatua.

Jaidéjà mesuré la taille de cet homme extraodinaire à celte de Washington; il reste à dire si Napoléon trouva son pendant en Angleterre , (iaiis le Protecteur.

Cromwdl eut du prêtre, du tyran et du grand boaune : son génie remplaça pour son pays la liberté. Il a volt trop d'éneipe pour parvenir à créer toe antre puissance que la sienne; il ruina les iastitutioQS qu*ii rencontra ou qu'il voulut don- Gff, comme Michel-Ange brisoit le marbre sous SûD ciseau. %

Tnosporté sur le théâtre de Napoléon, le vainqieardeslrlandois et des Écossois auroit-il été kTamqoeor des Autrichiens, des Prussiens et des Rosses? Cromwell n*a pas créé des institututtoomme Buonaparte ; il n*a pas laissé un code et ne administration par qui la France et une partie de l'Ëarope sont encore régies. Napoléon Ra§it avec une force outrée, mais il avoit pour eieose la nécessité de tuer le désordre : son bras rigoureux enfonça trop avant son épée, et il \m la liberté qui se trouvoit derrière Fanarchie.

■ Les peuples vaincus ont appelé Napoléon un lâo' : les fléaux de Dieu conservent quelque citte de Tétemité et de la grandeur du courroux âoQt ils émanent : Ossa arida,.. dabo vobis spi» ^«n, et vivetis; » Ossements arides, je vous ' doBoerai mon souffle et vous vivrez. > Ce souffle wcetteforces'est manifesté dans Buonaparte tant (p'ilavécu. Nédansune ile pour aller mourir Rouelle aux limites de trois continents; Jeté sumiieu des mers où Camoëns sembla le propiiétiser en y plaçant le génie des tempêtes, Buo- ^tvte ne se pouvoit remuer sur son rocher que UNIS n*en fassions avertis par une secousse ; un IM dtt nouvel Adamastor à l'autre pôle se faisait «ntir À celui-ci. Si Napoléon , échappé aux >^ de ses geôliers , se fût retiré aux États- ) Ks regards, attachés sur l'Océan , auroient

Jfd

suffi pour troubler les peuples de Tancien monde. Sa seule présence sur le rivage américain de l'Atlantique eut forcé l'Europe à camper sur le rivage opposé.

« Quand Napoléon quitta la France une seconde fois , on prétendit qu'il aurait dû s'ensevelir sous les ruines de sa dernière bataille. Lord Byron, dans son ode satirique contre Napoléon , disoit :

To die a prince — or lîTe a slave Tby clioice is most Ignobly brave.

« Mourir prince ou vivre esclave, ton choix est « ignoblement brave. »

« C'étoit mal juger la force de l'espérance dans une âme accoutumée à la domination et brûlante d'avenir. Lord Byron crut que le dictateur des rois avoit abdiqué sa renommée avec son glaive, qu'il alloit s'éteindre oublié : lord Byron auroit dû savoir que la destinée de Napoléon étoit une muse, comme toutes les grandes destinées ; cette muse sut changer un dénoûment avorté dans une péripétie qui renouveloit et rajeunlssoit son héros. La solitude de l'exil et de la tombe de Napoléon a répandu sur une mémoire éclatante une autre sorte de prestige. Alexandre ne mourut point sous les yeux de la Grèce; il disparut dans les lointains pompeux de Babylone. Buonaparte n'est point mort sous les yeux de la France ; il s'est perdu dans les fastueux horizons des zones torrldes. L'homme d*une réalité si puissante s'est évaporé à la manière d'un songe ; sa vie , qui appartenolt à l'histoire , s'est exhalée dans la poésie de sa mort. Il dort à Jamais, comme un ermite ou comme un paria, sous un saule, dans un étroit vallon entouré de rochers escarpés, au bout d'un sentier désert. La grandeur du silence qui ie presse égale l'immensité du bruit qui l'environna. Les nations sont absentes; leur foule s'est retli*ée« L'oiseau des tropiques, attelé j dit magnifiquement Buffon, au char du soleil ^ se précipite de l'astre de la lumière, et se repose seul un moment sur des cendres dont le poids a fait pencher le globe.

« Buonaparte traversa l'océan pour se rendre à son dernier exil; il s'embarrassoit peu de ce beau ciel qui ravit Christophe Colomb, Yasco et Camoëns. Couché à la poupe du vaisseau, il ne s'apercevolt pas qu'au-dessus de sa tête étinceloient des constellations inconnues; leurs rayons rencontrolent pour la première fois ses puissants regards. Que lui fiiisolent des astres qu'il ne vit

ESSAI

JamiJs de ses bivouacs , et qui n'avoient pas brillé sur son empire I Et DéaniDoias- aucune étoile n'a manqué à sa destinée : la moitié du firma* ment éclaira son berceau ; Tautre étoit réser* Yée pour illuminer sa tombe. •

LOYELACE.

MA DËTENTIOIf A U PRÊFECTOEE DE POUCE.

Godsave theking.

En revenant à travers ces incidences politiques à la littérature, reprenant celle-ci au commencement de la restauration de Charles II, sous lequel nous avons vu Milton mourir, une observation se présente d'abord.

Dans le combat que se livrèrent la royauté et le peuple , le principe républicain eut Milton pour son poète, le principe monarchique, Lovelacepour son barde : tirez de là la conséquence de l'énergie relative des deux principes.

Enfermé dans GaMIouse à Westminster, sur un mandat des communes, Lovelace composa une élégante et loyale chanson , longtemps redite par les cavaliers,

« Quand, semblable à la linote,Je suis renfermé, « Je chante d'une voix plus perçante la mansué- « tude , la douceur, la majesté et la gloire de mon « roi. Quand Je proclame de toute ma force « combien il est bon, combien il est grand , les «t larges vents qui roulent la mer ne sont pas aussi « libres que moi.

« Des murs de pierre ne font pas une prison , « des barreaux de fer, une cage ; un esprit inno- « cent et tranquille compose de tout cela une so- « litude. Si Je suis libre en mon amour, si dans « mon âme Je suis libre , les anges seuls , qui pren- « nent leur essor dans les deux , Jouissent d'une « liberté semblable à la mienne. »

Nobles et généreux sentiments ! pourtant ils n'ont point fait vivre Lovelace, tandis que l'apologiste du meurtre de Charles P' s'est placé à côté d'Somère. D'abord , Lovelace n'avoit pas le génie de Milton ; ensuite il appartenoit par sa nature à des idées mortes. La fidélité est toujours admirable ; mais les récentes générations conçoivent à peine ce dévouement à un individu , cette vertu resserrée dans les limites d'un système ou d'un attachement particulier; elles sont peu tou-

chées de l'honneur, soit qu'elles manquent de cet honneur même nécessaire pour le oompr^dre, soit qu'elles n'aient de sympathie qu'avec rboma* nité prise dans le sens général , ce qui , du reste , Justifie toutes les lâchetés. Montrose n'étoit point un personnage de PI utarque , comme l'a dit le cardinal de Retz ; c'étoit un de ces hommes restés d'an siècle qui finit dans un sièele qui commence; leurs anciennes vertus sont aussi belles qae les vertus nouvelles, mais eiles sont stériles : plan* tées dçns un sol épuisé , les mœurs nationales ne les fécondent plus.

Le colonel Richard Lovelace , rempli de mille séductions, et dont peut-être RIchardson emprunta le nom en souvenir de ses grâces , mourut abandonné dans rol>scurité et ia misère.

Sans être Jeune et beau comme le colonel lovelace , J'ai été comme lui enfermé. Les gouvernements qui depuis 1800 Jusqu'à 1S30 ont dominé la France avoient usé de quelque ménagement envers le serviteur des Muses : BuoDaparte, que J'avois violemment attaqué dans le Mercure, eut envie de me tuer ; il leva l'épée , et ne frappa pas.

Une généreuse et libérale administration toute lettrée , toute composée de poètes , d'écrivains, de rédacteurs de feuilles publiques , n'a pas M tant de feçons avec un vieux camarade.

« Ma sourridère, un peu plus longue que large, étoit haute de 7 à 8 pieds '. La prose et les vers de mes devanciers barbouilloient les cloisons tachées et nues. Un grabat à draps sales remplissoit les trois quarts de ma loge ; une planche supportée par deux tasseaux , placée à deux pieds audessus du lit contre le mur, servoit d'armoire au linge , bottes et souliers des détenus. Une chaise, une table et un petit tonneau, meuble infâme, composoient le reste de Tameublement. Une fenêtre grillée s'ouvroit fort haut; J'étois obligé de monter sur la table pour respirer Tairet Jouir de la lumière. A travers les barreaux de ma cage à voleur, Je n'apercevois qu'une cour sombre, étroite, des bâtiments noirs autour desquels tremblotoient des chauve^sonris. J'entendols le cliquetis des clefè et des chaines , le broit des argents de ville et des espions , le pas des soldats, le mouvement des armes , les cris , les rires , les chansons dévergondées des prisonniers mes voisins, lesburlementsde Beuott, condamné à mort comme meurtrier de sa mère et de son obscène

' Mes Mémoires.

SUR LA LITTÉBATURE AJVGLOISE.

ai. Jedislliigvois et» mota de Benott entre les ftflHPflHMi» conAnes de la pear et du repentir : •Ak! ma mère! ma panure mère I • Je voyolt rcBTers de la société, lei plaies de rhomanité, ie hideuses machines qui font mouvoir ce monde, n beao à regarder en face quand la toile est Ifïée.

•Le génie de mes grandeurs passées et de ma flàre âgée de trente ans ne m*apparut point ; Mm m muse d'autrefois, bien pauvre, bien borée, vint rayonnante m'embrasser par ma fMtre : elle étoit charmée de mon gîte et tout aspirée; elle me retrouvolt comme elle m'avoit vu dans ma misère à Londres , lorsque les pronien songes de René flottoient dans ma tète. Qa'ailioDS-iious ftiire , la solitaire du Pinde et moi? Une chanson à Hostar de Lovelace? Sur ({Qi? Sur on roi ? non ! La voix d*un prisonnier eût été de mauvais augure : c'est du pied des autels qui! ftiQt adresser des hymnes au malheur. Et pw il foudrolt être un grand poète pour être maté en disant :

0 toi , de ma pitié profonde Bcçois rbommage solennel , HimNe oiijet des reguda da moade 9 PriTé do regard paternel !

Foiâoea-ta, né dans la soufflrance, El de ta mère et de la France CoHolar la toogoe doukur M

' Je M chantai donc pas la ootironne tombée ^ bùoX innocent ; je me contentai de dire une autre couronne , blanche aussi, déposée sur le cvcoeO d'une Jeune fille ^

Ti don t paime Élisa , ai légère d'années t Ta ne sens plus du jour le poid« et la chaleur : Tous nn achevé voa fraîches matinées , Jeune fille et jeune fleur.

* Monsieur le préfet de police, des procédés ^tiei je n'ai qa*à me louer, m*oflHt un meil- Inr aâle aussit6t qu*il eut connu le lieu de pUttDce oà les amis de la liberté de la presse ivojeot en la bonté de me loger pour avoir usé de la liberté de la presse. La fenêtre de mon nou- ^ réduit t'oayiolt sur on Joli Jardin. La linote fc Lovelace n*y gazooilloit pas; mais il y aroit ^ moineaux Mngants, lestes, babillards, ef- Mes, quereDem: on les trouve partout, à la «vipagne, à la ville, aux balustrades d'un ehd- ^1 à la gsstière d'une gsMe; ils se perehent ^nssi gaienient sur l'instrament de mort que

' ^- H1190, Otfet €i BuUada,

sur un rosier. A qui peu^ s'envoler, quMmporte les soufflpances de la terre? •

Ma chanson ne vivra pas pins que celle de Lovelace. Les Jaeobites n'ont laissé à l'Angleterre que le motet du God save the king. L'histoire de cet air est singulière : on le croit de Lulli; les Jeunes filles ^es chœurs à^Esiker charmèrent à Saint^Cyr l'oreille et TorgueU du grand roi par les accords du Dominé , salvumfaû regem. Les serviteurs de Jacques emportèrent la majestueuse invocation dans leur patrie; ils l'adressoient au Dieu des armées, en allant au combat pour leur souverain banni. Les Anglois de la faction de Guillaume , fappés de la beauté du bardit des f^ dèles , s'en emparèrent. Il resta à l'usurpation et à la souveraineté du peuple, lesquels ignorent aujourd'hui qu'elles chantent un air étranger, l'hymne des Stuarts, le cantique du droit divin et de la légitimité. Combien de temps l'Angleterre priera-t-elle encore le mettre des hommes de sauver le roi ^-Comptes les révolutions entassées dans une dousabote de notes , survivantes à ces révointiens!

Le Domine saivum du rils eattoilqiie est aussi un chant admirable : on rentonnoit en grec au dixième siècle, lorsque rcmperenr de Gonstaih tinople parolssoit dans l'hippodrome. Do spectacle il passa à l'Église : autre temps fini.

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