PREMIÈRE ET SECONDE ÉPOQUE
DE LA LITTÉRATURE ANGLOISE
eoods pear aeeomplir des vœux , expier des crimes , apaiser des remords : voilà tout le moyen âge.
L'Orient, malgré le mauvais succès des croisades, resta longtemps pour les peuples de TEurope le pays de la religion et de la gloire; Ils tournoient laos cesse les yeux vers ce beau soleil , vers ces patines de ridumée, vers ces plaines de Rama où les Infidèles sa reposoient à Fombre des oliviers planlés par Baudouin, vers ces champs d'Ascalon qui prdoient eneora les traces de Godefrol de Bouillon , de Coucj , de Tanorède > de Philippe-Auguste , de Richard Cœur de Lion, de saint Louis; vers cette Jérusalem un moment délivrée, puis retombée dans ses fers , et qui se montroit à eux , comme à Jérémie, insultée des passants, noyée dans ses pirars, privée de son peuple, assise dans la soli-
Tels furent ces siècles dMmaginatîon et de force qni marcfaoient avec cet attirail au milieu des événeneots les plus variés, au milieu des hérésies, des sehisiDes, des guerres féodales, civiles et étrangèics; ces sdècles doublement favorables an génie ou par la solitude des cloîtres» quand on la recherdioit , ou par le monde le plus étrange et le plus dircn, quand on le préféroit à la solitude. Pas un seul point où il ne se passât quelque fait nouveau > earebaque seigneurie laïque ou ecclésiastique étoit on petit État qui gravitoit dans son orbite, et avoit ses phases; à dix lieues de distance les coutumes ne se ressembloient plus. Cet ordre de choses, extrêmement nuisible à la civilisation générale, imprimoit à l'esprit particulier un mouvement extraordinaire : aussi toutes les grandes découvertes appartiennent-elles à ces siècles. Jamais l'individu û*a tant vécu : le roi révoit l'agrandissement de son empire; le seigneur , la conquête du fief de son voisin; le bourgeois , l'augmentation de ses privilèges; etle marchand, de nouvelles routes à son commerce. On ne eonnoissoit le fond de rien; on n'avoit rien épsisé; on avoit foi à tout; on étoit à rehtrée et comme au bord de toutes les espérances, de même gu*uii voyageur , sur une montagne , attend le lever du jour dont il aperçoit l'aurore. On fouilloit le passé ainsi que Tavenir; on découvroit avec la même joie un vieux manuscrit et un nouveau monde; on marchoit à grands pas vers des destinées ignorées, eommeon a toute sa vie devant soi dans la jeunesse. Lrafance de ces sièdes fut barbare, leur virilité, pleine de passion et d'énergie; et ils ont laissé leur Dcha héritage aux Iges civilisés qu'ils portèrent éaas kur seiA fécond.
LITTÊRATUltE SOUS LE RÈGNE DES ÀNGLO-SAXOlf S , DES DANOIS ET PENDANT LE MOYEN AGE.
MS àRCUMAXOHS A GUILLàOlIt UR OOR^ynbtAHT. — BMEfOIIS. TACITE. — POÉSIES ERSES.
Entrons maintenant dans les diverses époques de la langue et de la littérature angloise. Le lec"» teur placera facilement, sur le tableau que je viens de tracer, les auteurs et leurs ouvrages à mesure que je les ferai passer devant ses yeux. Il s'agit d'abord de l'époque anglo-saxonne; mais, avant de nous en occuper, voyons s'il ne reste aucune trace de la langue des Bretons sous la domination romaine.
César ne nous parle que des mœurs de ces insulaires. Tacite nous a conservé quelques discours des chefs bretons : j'omets la harangue de Garactacus à Claude, et ne citerai, en l'abrégeant ^ que le discours de Galgacus dans les montagnes de la Calédonle.
. . .«Lejour de votre liberté commence. . « « La terre nous manque et le refuge de la mer « nous est interdit par la flotte romaine; il ne « nousreste que lesarmes. Dans le lieu le plus retiré «> de nos déserts, n'apercevant pas même de loin « les rivages assujettis, nos regards n'ont point été <« souillés du contact de la domination étrangère. « Placés aux extrémités de la terre et de la liberté^ « jusqu'à présent la renommée de notre solitude R et de ses replis nous a défendue : à présent les « bornes de la Bretagne apparoissent. Tout ce « qui est inconnu est magnifique ; mais au delà de « la Calédonie, aucune nation à chercher, rien, « hormis les flots et les écueiis , et les Romaina « sont arrivés jusqu'à nous.
« . • . . Dans la famille desesclaves» le der- « nier venu est le Jouet de ses compagnons : nous ^ « les plus nouveaux et conséquemment ka plus « méprisés dans cet univers de la vieille servi- « tude, nous ne pourrlona attendre que la mort , « car nous n'avons ni guérets, ni mtaies^ ni porta « où Ton puisse user nos braa. Courage donc, « vous qui chériaaea la vie ou la gloire ! Les épou- « ses des Romains ne les ont point suivis; leurs
ESSAI
ff pères ne sont pas là pour leur faire honte de ff la fuite : ils regardent en tremblant ce ciel, « cette mer, ces forêts qu'ils n*ont Jamais vus. « Enfermés et déjà vaincus, nos dieux les livrent
« entre nos mains * Ici votre chef,
« ici votre armée; là le tribut, les travaux, les « souffrances de Fesclavage : des maux étemels « ou la vengeance sont pour vous dans ce champ « de bataille. Marchez au combat! pensez à vos «c ancêtres et à votre postérité. »
Après Tacite, qui a paraphrasé quelques mots de Galgacus conservés par tradition dans les camps romains, un abtme se creuse : on traverse (Quinze siècles avant d'entendre parler de nouveau du génie des Bretons, et encore comment ! Macpherson transportant en Ecosse le barde irlan* dois Ossian , défigurant la véritable histoire de Fingal, cousant trois ou quatre lambeaux de vieilles ballades à un mensonge, nous représente un poète de la Calédonie tout aussi réellement que Tacite nous en a représenté un guerrier. Puisque après tout nous n'avons qu 'Ossian ; puisque les fragments qu*on pourroit donner comme tenant des bardes, appartiennent plutôt aux ûïverses espèces de chanteurs que Je rappellerai fout à l'heure, il faut bien faire usage du travail de Macpherson. Mais comme les poèmes que John Smith ajouta a ceux qu'avoit publiés le premier éditeur du barde écossois , sont moins connus. J'en extrairai de préférence quelques passages.
« Filles des champs aériens de Trenmor, pré- <r parez la robe de vapeur transparente et colo- «rée. Dargo, pourquoi m'avois-tu fait oublier » Armor? Pourquoi Faimois-Je tant? Pourquoi « étois-Je tant aimée ? Nous étions deux fleurs <r qui croissoient ensemble dans les fentes du « rocher; nos têtes humides de rosée soudoient « aux rayons du soleil. Ces fleurs avoient pris ^ racine dans le roc aride. Les vierges de Mor- « ven disoient : Elles sont solitnires , mais elles « sont charmantes. Le daim, dans sa course, «- s'élançoit par-dessus ces fleurs, et le chevreuil « épargnoit leurs tiges délicates.
« Le soleil de Morven est couché pour moi. Il r brilla pour moi, ce soleil, dans la nuit de mes « premiers malheurs , au défaut du soleil de ma (T patrie ; mais il vient de disparaître à son tour ; 4 il me laisse dans une ombre éternelle. » « Dargo, pourquoi t'es-tu retiré si vite?... a. . . . Partout sur les mers, au sommet des
• collines, dans les profondes vallées. J'ai suivi « ta course. En vain mon père espéra mon re- « tour : en vain ma mère pleura mon absence; « leurs yeux mesurèrent souvent l'étendue des « flots; souvent les rochers répétèrent leurs cris. « Parents, amis, Je fus sourde à votre voix! « Toutes mes pensées étoient pour Dargo , Je l'ai- « mois de toute la force de mes souvenirs pour « Armor. Dargo, l'autre nuit J'ai goûté le som- « mell à tes c6tés sur la bruyère. N'est-il pas de « place cette nuit dans ta nouvelle couche? Ta « Crimoina veut reposer auprès de toi , dormir « pour toujours à tes côtés.
« Le chant de Crimoina alloiten s'affolblissant
* à mesure qu'il approchoit de sa fin : par de- « grés s'éteignoit la voix de l'étrangère : l'instru- « meut échappa aux bras d'albâtre de la fille de « Lochlin ; Dargo se lève : il étoit trop tard î l'âme « de Crimoina avoit fui sur les sons de la harpe. »
On croira ce que l'on pourra des traductions calédoniennes de Tacite et de John Smith« Les historiens mentent un peu plus que les poètes, sans en excepter Tacite , qui toutefois répandoit sa parole brûlante sur les tyrans, comme on Jette de la chaux vive sur des cadavres pour les consumer.