‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 60 sur 283 · GEORGES III · texte numérisé non relu

GEORGES III

« Séparés du continent par une longue guerre '| les Anglois conser voient, à la fin du dernier sièclej leurs mœurs et leur caractère national. Tout n'q toit pas encore machine dans les classes indusi trielles , folie dans les hautes classes. Sur ee| mêmes trottoirs où l'on voit maintenant se pro mener des figures sales et des hommes en redin; gote , passoient de petites filles en mantelet blanc chapeau de paille noué sous le menton avec o^

< Extrait de mes Mémoires.

SUR LA LITTÉRÀTUBE ANGLOISE

fûM , eorbdlle an bras , daos laqaelte étoient des M 00 on livre ; toutes tenant les yeux baissés , tout» roogissant lorsqu'on les regardoit. Les rediqgotessans habit étoient si peu d'usage à Lonàe, en 1793, qu*ane femme, qui pleuroit à éudes larmes la mort de Louis XVI, m^ disoit : « M, cher monsieur, est-il vrai que te pauvre roi • ttnit vêtu d'une redingote quand on lui coupa •fatéte?»

*]m §enikmm*fanner$ n'avoient point eo* arcTodaleiir patrimoinepoiur haWter Londres ; ikâmolait «neore dans la ebambre des oomnaaoette fraetîoii indépendante qoi , se portapt kïofioâ\km an ministère , maintanoit les idées d'ordR et de propriété. Ils ebassoient la renard « k ftisaa en automne , maagMent Toie grasse i$Kl,erioieDt Vivaimkfoaftbet/, saplaignolant èpéseat, vantoîent lapasse, maudissoient Pitt et ia guerre, laquelle angmentoit le prix du vin dt Pmo, et se eoucboient ivres pour reeommen* or le lendemain la niéme vie. Ils se tenoient asnôqoe la gloire de la Grande-Bretagne ne pénoit point tant qn'on dianteroit God save the î's^, pe les bourgs-pourris seroient maintenus , 4x les kMs sar la diaase resteroient en vigneur, ^ ^ Ton vendroît furtivement au marché les limnet les perdrix, sons le nom de lions ou

' Uelergé angHean étolt savant , hospitalier et sérérrax; il avoit reen la clergé françois avec ose fharité toute ehrétienna. L'université d*Ox- M fit imprimer à ses frais , et distribuer gratis m mrés , un Non veaa Testament , selon la leçon "ttine, avec ces mots : A rnsage du ekrgé ^Miqve exilé pour la reHgian.

' Quant à la haute société angloise, chétif exilé , f D>n apereevois que les dehors. Lors des récep- ^àlt esar, ou chez la prineessa de Galles, F^s^ointdesladiesasstes de eôtédans des chaises ^P^'rteQr; leurs grands paniers sortoient par la pcftf de la chaise , comme des devants d'autel ; v^W resscmbloient elles-mêmes, sur ces antels ^letir ceinture, à des madones onà des pagodes. ''^beiles dames étoient les filles dont le doc de ^^ et le due de Lauzun avolent adoré les li't^^ et ces filles étoient, en ia32, les mères ^ Ç^Qd*mères des petites fil les qui dansolent diea ^^ enrobe courte, an son du galoubet de Col- ^ 11 y décela onze années : onze années atta* ^ an bas d'une robe doivent avoir rendu les ^ o»«tt légers. Et Aaeuna die ces petites filles

a peut-être à présent onze petites filles , les plus vieilles âgées de onze ans et prêtes à se marier bientôt sur la célèbre bruyère; rapides générations de fleurs.

9 Georges III survécut à M. Pitt ; mais il avoit perdu la raison et la vue. Chaque session, à Pouverture du parlement , les ministres lisoient, aux chambres silencieuses et attendries , le bulletin de la santé du roi. On rencontroit le monarque aveugle , errant comme le roi Léar dans ses palais, tâtonnant avec ses mains les murs des salles du château de Windsor, ou assis devant un piano, jouant , en cheveux blancs , une sonate de Heddel , ou Tair favori de Shakespeare : c'est une belle fin de la vieille Angleterre , « old england '. »

TOT AGES. LE CAPfrAmE ROSS. lACQtTEftrOHT.

LAMAaTlIIE.

Voyage I grand mot ! il me rappelle ma vie entière. Les Américains veulent bien me regarder comme le chantre de leurs anciennes forêts, et TArabe Abou-Gosh se souvient encore de ma course dans les montagnes de la Judée. J'ai ou vei*t la porte de rOrlent à lord Byron et aux voyageurs qui depuis moi ont visité le Géphise, le Jourdain et le ^jl ; postérité nombreuse que j'ai envoyée en Egypte , comme Jacob y envoya ses fi Is. Mes vieux et jeunes amis ont élargi le petit sentier qu'avoit laissé mon passage : M. Michaud , dernier pèlerin de ses croisades , s*est présenté au saint-sépulcre j M. LcQormant a visité les tombeaux de Thèbes pour nous conserver la langue de Champollion ; il a vu renaître parmi les ruines de la Grèce la liberté que j'y avois vue expirer sous le turban ivre de fanatisme , d'opium et de femmes. Mes traces en tous paj's ont été effacées par d'autres traces; elles ne sont restées solitaires que dans la poussière de Carthage , comme les vestiges d'un h6te du désert sur les neiges canadiennes. Dans les savanes mêmes d'Atala, les herbes sont remplacées par des moissons^ trois grands chemins mènent aux Natchez , et si Ghactas vivoil encore , il pourroit être député au congrès de Washington. Enfin j'ai reçu une brochure des Chéroquois : ces Sauvages me complimentent en anglois, comme un " éminent écrivain et le conducteur de la presse <• publique.» [Eminent ivriter and eonductor of the public press,)

Les voyages doivent être compris dans la littérature angloise. Il s'est opéré bien des change-

I |iesfl^txatlia«B Jft^«i0fffri«uitbteroiopiisiot

ESSAI

ments dans la manière de les écrire depuis Shaw , Chandler, Raleph, Hudson, Bafflne, Anson, etc., jusqu*aax derniers explorateurs de terre et de mer. Il faudroit faire un volume sur les capitaines Cook et Van Couver, sur les mille et une courses à travers l'Inde , sur les découvertes de Claperston et de Laing, de Mungo-Park et des frères Lander ; sur celles des capitaines Francklin , Parry et Ross. Si je me laissois entraîner à mon goût pour les voyages, il me seroit impossible de sortir de Tombouetou, des bords du Niger ou des vallées de THimalaya. Cependant, et afin de ne pas omettre cette grande branche de la littérature angloise. Je citerai quelques passages extraits du Journal du capitaine Ross : Je m'intéresse particulièrement à ce monde arctique dont je rêvai la découverte dans ma jeunesse.

Le capitaine Ross , parti d'Angleterre en 1 829 , à la recherche du passage du nord-ouest , pénétra dans le détroit de Lancaster et finlet du Prince- Régent ; arrêté par les glaces dans le golfe auquel il a donné le nom de Boothia, il demeura quatre ans enfermé sur la côte occidentale de ce golfe. Obligé d'abandonner son navire, la Victoire, il revint, sur la surface d'un océan gelé, chercher labaiedeBaffln, oùileut le bonheur de rencontrer le vaisseau baleinier V Isabelle qui le reçut à son bord : par un concours de circonstances extraordinaires, V Isabelle étoit le vaisseau même que montoit le capitaine Ross lors de son premier voyage en 1 828.

Pendant les quatre années de sa détention dans les glaces, le capitaine découvrit le pôle magn)6tlqae et la mer polaire de l'ouest, séparée seulement de la mer de Test par un Isthme fort étroit. Voyons maintenant les souffirancesdes voyageurs, et l'espèce de poésie désolée de ces régions. Le capitaine peint de cette manière la nature hyperboréenne : Je me sers de la traduction de M. Defauconpret.

« La neige détruit l'effet de tout le paysage et « en fait disparoitre l'ensemble en confondant les « distances , les proportions , et surtout l'harmo- « nie du coloris; en nous donnant une misérable « mosaïque de noir et de blanc , au lieu de ces « douces dégradations de teintes et de ces com- « binaisons de couleurs que produit la nature « dans sa pamre d'été, au milieu des paysages les « moins attrayants et les plus agrestes.

« Telles sont mes objections contre une vue « de neige. L'expérience d'un Jour suffit pour les

« suggérer. A plus forte raison devoient-elles se « présenter à nous dans une misérable région où , « pendant plus de la moitié de l'année , on n*a « au-dessus de la tête que de la neige ; où l'oura- « gan a des ailes de neige ; où le brouillard est de « la neige , où le soleil ne se montre que pour bril- « 1er sur la terre que cou^Te la neige, quoiqu'il « n'en tombe pas; où l'haleine qui sort de la boo- « che se change en neige^ où la neige 8*attache « aux cheveux , aux cils et à tous les TèleiDents; « où elle remplit nos chambres, nos plats et nos « lits, si nous ouvrons une porte pour donner • accès à l'air extérieur; où le cristal liquide qui « doit étancher notre soif sort d'une bouilloire « remplie de neige et suspendue sur une lampe; « où nous avons des sofas, des lits, des maisoDs «de neige; où la neige couvre le pont et le U^ de « notre navire , et forme nos observatoires et nos « garde-manger ; enfin où la neige , quand elle ne «pourrait plus nous être d'aucun antre usage, « serviroit à former nos cercueils et nos tombes. > Le conunandant Ross , neveu du capitaine , étoit allé faire une course chez une hoide d'Esquimaux:

« Nos guides étoient complètement en défaut, car la neige qui tomboit étoit si épaisse , qu'ib ne pouvoient voir à dix tdses devant eux. Noos fûmes donc forcés de renoncer à toute tentative ultérieure , et de consentir à ce qu'ils construisissent une hutte de neige.

« Elle fut terminée en une demi-heurs, et jamais nousn'eùmes lieu d'être plus satisfaits de | ce genre d'architecture, qui, en si peu de temps, nous procura un abri contre le vent et la neige aussi bien qu'auroit pu faire la meilleare maison | construite en pierre.

« Nos vêtements avaient été tellement pénétrés par la neige qui s'y étoit ensuite gelée, que nous j ne pûmes les 6ter que lorsque la chaleur de nos corpsleseut rendus plussoupies. Nous souffrions beaucoup de lasoif , et tandis que les Esquimaux oonstruisoient la hutte , nous fimes fondre de la neige à l'aide d'une lampe à l'esprit^de-vin. Nous en eûmes bientût une quantité suffisante pour nous quatre , et nos guides en furent aussi enchantés que surpris , car la même opératioD qu'ils font dans un vase de pierre suspendu sur leur lampe , est pour eux l'ouvrage de trois à quatre heures.

« Notre habitation n'étolt pourtant pas sans « inconvénient. Son extrême petitesse en étoit

SDR LA LITTERATURE ANGLOISE

I déjà DO ; mais le plus grand étoit que les murs « « fondoient, et que l'eau tombant sur nos habits,

• b Dooilloit à un tel point que nous fûmes obli-

• gode les Uer^ et de nous glisser dans les sacs •defoonrore dont nous étions munis. Par ce

• mam nous écartâmes l'ennemi et nous pûmes tdonnir ••«••••••••••

I ?foas eûmes un ouragan venant du nord , et ' il dnn toute la journée avec tant de force que

• DOQS ne pûmes sortir de la hutte.... Le vent •horloit autour de nos murs de neige, et celle ' qall ehassoit battoit contre eux avec un siffle- 'DeDtqoeJ'étois charmé de pouvoir oublier en

• M KTiaDt à une conversation qui m'empéchoit > d'y Ikire attention. »

1/ moment où le commandant Ross découvre lOceu de l'ouest est remarquable :

iMesoompagQons, que j'a vols quittés un moiMfit, vf<àeaX annoncé leur arHvée sur les bords de rOeéan occidental par trois acclamations. Cétoit en effet pour eux , et encore plus pour Boi, leur chef, un spectacle palpitant d*intérA,etqm méritoit bien le salut ordinaire du oiriB. Cétoit cet Océan que nous avions cherché; l'objet de notre ambition et de nos efforts ; Topice d'eau libre qui « comme nous l'avions opéré, devoit nous porter autour du continent de rAmérique et nous procurer le triomphe si deâré par nos prédécesseurs, etque nous-mêmes iMMis aTioDS si longtemps et si inutilement tra- Tiillé a obtenir. Notre but eût été atteint si la ulare n'y eût miA obstacle ; si notre chaîne de baeàt ëé un bras de mer ; si cette vallée eût Mvert mie communication libre entre les deux ners. Du moins , nous en avions reconnu l'impwibilité. Cet Océan tant désiré étoit à nos Ns; nous allions bientôt voyager sur sa sur- ^) et au milieu de notre désappointement Doo avions du moins la consolation d'avoir écarté tons les doutes , banni toute Incertitude , ^ de sentir que , lorsque Dieu a dit non, il ne 1^ à l'homme autre chose à faire qu'à se soumettre et À lui rendre grâces de ce qu'il a ac- ^Hdé. Cétoit an moment solennel , un moment ine Jamais oublier; les acclamations des manu ne produisirent Jamais une impression plus profonde qu'en ce moment où elles interrom- ^^i le silence de la nuit , au milieu d'un dé' >Qrtde glaoe et de neige , où il n'y avoit pas un «ni objet qui pût rappeler qu'il existoit des

OlinuOmiND. — TOME V.

êtres vivants , et où il semblolt qu'aucun son

n'eût Jamais été entendu

«t On peut s'imaginer combien il me répugnoit de retourner au vaisseau du point où nous étions parvenus, à l'instant où nous touchions presque à l'objet principal de notre expédition ; mais il faudroit être dans la situation où nous nous trouvions pour concevoir toute l'étendue de nos regrets et de notre désappointement. Notre distance du cap Tumagain n'étoit pas alors plus grande que l'espace que nous avions déjà parcouru, et quelques jours de plus à notre disposition nous auraient permis d'achever tout ce qui restoit à faire , de retourner triomphants à ia Victoire, et de reporter en Angleterre un fruit véritablement digne de nos longs et pénibles travaux. Mais ce peu de Jours n'étoit pas en notre pouvoir

« Nous déployâmes donc notre drapeau pour accomplir le cérémonial d'usage , et nous primes possession de tout le pays que nous apercevions Jusqu'à cette pointe éloignée. Nous donnâmes à celle sur laquelle nous étions le nom de Pointe de la Victoire; c'étoit le nec plus ultra de nos travaux

« Nous élevâmes sur la pointe de la Victoire un monticule de pierres de six pieds de hauteur, et dans l'intérieur nous plaçâmes une caisse d'étain contenant une courte relation de ce que nous avions fait depuis notre départ d'Angleterre. Telleest la coutume, et nous devions nous y conformer, quoiqu'il n'y eût pas la moindre apparence que notre petite liistoire tombât Jamais sous lesyeuxd'un Européen. Nous aurions pour* tant travaillé à cet ouvrage avec une sorte d'espoir, si nous avions su alors qu'on nous regardoit comme des hommes perdus , sinon morts ; etquenotre ancien ami Back, notre ami éprouvé, étoit sur le point de partir pour nous chercher et nous rendre à la société et à notre patrie. S'il arrive que le cours des recherches qu'il continue en ce moment le conduise au cap Turnagain, en cet endroit,et qu'il y trouve lapreuve de la visite que nous y avons faite , nous savons ce que c'est pour le voyageur errant dans ces solitudes, de trouver des traces qui lui rappellent sa patrie et ses amis , et nous pourrions presque lui envier ce bonheur imaginaire. »

Le sentiment de patrie exprimé au milieu de

to

MG

ESSAI

ces souffrances îDouIes et de ces affreux climats ; ces noms confiés à un monument de neige, et qui ne seront pas retrouvés ; cette gloire inconnue reposant sur quelques pierres , s'ad ressaut du fond d'une solitude éternelle à une postérité qui n'existera jamais ; ces paroles écrites qui ne parleront point dans ces régions muettes , ou qui s*ëteindront sous le bruit des glaces brisées par une tempête qu'aucune oreille n'entendra : tout cet ensemble de choses étonne. Mais la première émotion passée, on trouve, en dernier résultat, que la mort est au bout de tout : la vie et la mémoire de- rhomme se perdent sur tous les rivages , dans le silence et les glaces de la tombe.

Voyez rinfortuné Jacquemont mourir loin de la France, environné de toutes les populations de rindostan : sa voix est-elle moins poignante que celle de ces marins se souvenant de leur pays dans les solitudes hyperboréennes? Couché sur le dos, par(ie qu*ll n'avoit plus la force de se tenir assis , il traçoit au crayon , le l"" décembre 1 832 , ce billet à son frère :

« Ma An, sic*est elle qui s'approche, est douce « et tranquille. Si tu étois la assis sur le bord de « mon lit, avec notre père et Frédéric, J'aurois « l'âme brisée et ne verrois pas venir la mort « avec cette résignation et cette sérénité. Gonsole- « toi ; console notre père ; consolez- vous mutuel- « lement , mes amis.

« Mais Je suis épuisé par cet effort d'écrire. Il « faut vous dire adieu 1 adieu 1 Oh ! que vous êtes « aimés de votre pauvre Victor I — Adieu pour la « dernière fois. »

Les voyageurs modernes de la France peuvent lutter dans leurs descriptions avec les tableaux présentés par les voyageurs anglois : vous r.e trouveriez dans les peintures de l'Inde rien d'aussi brillant que cette description de M. de Lamartine. Sous les pins, dans le sable foulé des chameaux, au milieu des caravanes, aux rayons du soleil de la Syrie, le lecteur aimera à se réchauffer en sortant de cette terre sans arbres , de ce sable de neige, marqué par les pas des renards et des ours ; de ces huttes de frimas éclairées par ce que le capitaine Ross appelle le crépuscule du midi.

n A une demi-lieue environ de la ville , du c^^té « du levant, Témir Fakardin a planté une forêt « de pins parasols sur un plateau sablonneux , qui « s'étend entre la mer et la plaine de Bagdhad , « beau village arabe au pied du Liban : Témir

« planta, dit-on, cette magnifique forêt pour of

« poser un rempart à l'invasion des immense

a collines de sable rouge qui s'élèvent un peu plu

« loin et qui menaçoient d engloutir Bayruth <

« ses riches plantations. La forêt est devenu

« superbe; les troncs des arbres ont soixante (

« quatre-vingts pieds de haut d*un seuj jet, et i

« étendent de l*un à Tautre leurs larges têtes in

« mobiles qui couvrent d'ombres un espace in

« mense; des sentie» de sable glissent sous i(

« troncs des pins et présentent le sol le plus dou

« aux pieds des chevaux. Le reste du terrain «

« couvert d'un léger duvet de gazon semé d

<( fleura du rouge le plus éclatant ; les oguons d

« jacinthes sauvages sont si gros, qulls nes*^

« crasent pas sous le fer des chevaux. A travet

R les colonnades de ces troncs de sapin, on voi

« d'un côté les dunes blanches et rougeâtres d

« sable qui cachent la mer, de l'autre la plaine d

« Bagdhad et le cours du fleuve dans cette plaine

'• et un coin du golfe , semblable à un petit lac

« tant il est encadré par l'horizon des terres, c

t les douze ou quinze villages arabes jetés sur le

•« dernièn'S pentes du Liban, et enfin les groupe

1 du Liban même, qui font le rideau de cett

« scène. La lumière est si nette et l'air si pur

<« qu'on distingue à plusieurs Ihmes d'élévation le

« formes des cèdres ou descaroubiers sur lesmoi

« tagnes , ou les grands aigles qui nagent sans re

« muer leurs ailes dans l'océan de Télher. Ce bol

« de pins est certainement le plus magnifique d

•« tous les sites que j'ai vus dans ma vie. Le ciel

« les montagnes, les neiges, l'horizon bleu de I

« mer, l'horizon rouge et funèbre du désert de s

» ble; les lignes serpentantes du fleuve; les tétc

« isolées des cyprès ; les grappes des palmiei

« épars dans la campagne ; l'aspect gracieux d(

« chaumières couvertes d'orangers et de vigD(

« retombant sur les toits; l'aspect sévère des haut

1 monastères maronites faisant de larges tacht

« d'ombre ou de larges jets de lumières sur h

<< flancs ciselés du Liban ; les caravanes de clu

« meaux chargés des marchandises de Damai

« qui passent silencieusement entre les trow

« d'arbres ; des bandes de pauvres JuiiiB mont<

« sur des ânes, tenant deux enfants sur chaqi

« bras ; des femmes enveloppées de voiles blanc

« à cheval , marchant au son du fifre et du tan

« bourin, environnées d'une foule d'enfants véti

« d'étoffes rouges bordées d'or, et qui dansent d « vant leurs chevaux; quelques cavaliers arab

SUR LA LITTÉRATURE ANftLOTSE.

• coannt le dgérid autour de nous sur des chetwa dout la crinière balaye littéralement le

• able; qaelfioes groupes de Turcs assis devant . m café béti en feuillage, et fumant la pipe ou

tùsud la prière; un peu plus loin les collines «désertes de sable sans fin, qui se teignent d'or I aax rayons du soleil du soir, et où le vent sou- « levé d» nuages de poussière enflanmiée; enfin ,

• k sourd mugissement de la mer qui se mêle au •M musical du vent dans les têtes des sapins, < et IQ chant de milliers d'oiseaux inconnus : tout

• cela offre à TcBil et à la pensée du promeneur le . méiange le plus sublime , le plus doux , et À la I Cois k plus mélancolique qui ait jamais enivré t noD âme ; c'est le site de mes rêves , J'y re vien* idfQis tous les Jours. »

Lelecteur sera sur ce site de l'avis du poète : Sjreviendra.

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