NOUVEAUX ROMANS
De Clarisse et de Tome Jones sont sorties les deux principales branches de la famille des romans modernes anglois, les romans à tableaux de fiimille et drames domestiques ; les romans à aventures et à peintures de la société générale. Après Richardson les mœurs de Vouest de la ville firent une irruption dans le domaine des fictioQs : les romans se remplirent de châteaux, de lords et de ladies , de scènes aux eaux, daventures aux courses de chevaux, au bal, à rOpéra, au Ranelagh, avec un chit-chat, un caquetage , qui ne finissoit plus. La scène ne tarda pas à se transporter en Italie; les amants traversèrent les Alpes avec des périls effroyables etdes douleurs d'âmeà attendrir les lions : le lion répandu des pleurs/ Un jargon de bonne compagnie fut adopté : or, les modes de mots, les affectations d'un certain langage, d'une certaine prononciation, changeant dans la haute société angloise presque à chaque session parlementaire; un honnête lecteur est tout ébahi de ne plus savoir l'anglois qu'il croyoit savoir sLi mois auparavant. £n 1822 , lors de mon ambassade à Londres , \efashionable devoit ofifrlr, an
SDR LA LITTÉRATURE ANGLOISE
premier eoop d*œi1, m homme malheureux et malade; il devoit avoir quelque chose de négligé daos sa personne, lus ongles longs, la barbe non pas entière, non pas rasée, mais grandie un moment par surprise , par oubli , pendant les préoccupations du désespoir : mèche de cheveux n vent, regard profond, sublime, égaré et fa- . til; lèvres contractées en dédain de la nature biaine, cœur ennuyé, byronnien , noyé dans k dégoût et le mystère de Fétre.
Aujourd'hui le dandy doit avoir un air conquérant, léger, insolent; il doit soigner sa toilette, porter des moustaches ou une barbe taillée en rond comme la fraise de la reine Elisabeth , ou comme le disqne radieux du soleil; il décèle la ûereiodépeDdance de son caractère en gardant toQ chapeau sar sa tète , en se roulant sur des sofe, en allongeant ses bottes au nez des ladies isises en admiration sur des chaises devant lui. U monte à cheval avec une canne, quHl porte comme un dei^, indifférent au cheval qui est eatreses jambes , par hasard. Il faut que sa santé ioit parfaite, et son âme toujours au comble de âaqoQ six félicités. Quelques dandies radicaux bpios avancés vers l'avenir ont une pipe. Mais BQsdoQte tout cela est changé, dans le temps Berne qoe je mets à le décrire.
Le roman est obligé , sons peine de mort , de ^m le mouvement de l'oif^^Me Londres. Vingt jnoes femmes, travaillant jour et nuit, n'écriât pas assez vite pour rester dans la vérité des ■mors d*an bout du roman à l'autre : si malicieusement lear ouvrage a trois petits volutts, nombre exigé par les libraires, le premier ^tre est déjà vieilli , lorsqu'elles arrivent au
Ite œs milliers de romans, qui ont inondé I Angleterre depuis un demi-siècle, deux ont arfé leur place , Caleb William et le Moine. ^ tons li^ autres , beaucoup de talent et d'espnt est disséminé , comme on éparpille des dons pneieax , des qualités rares , dans des feuilletons ^ des articles de Journaux . Les ouvrages d'Anne Mdiffe font une espèce à part. Ceux de mis- ^ Barbauld, de miss Edgeworth, de miss ^^inutt, etc. , ont , dit^on , beaucoup de chances ^Tine. •
' U y devrait , dit Montaigne , avoir coertion '^loix, contre les escrivains ineptes et inutiles, comme il y a contre les vagabonds et fai- ' néants. On banniroit des mains de notre peu-
« pie, et moy et cent autres. Vescrivaillerie « semble estre quelque symptosme d'un siècle « desbordé. Quand escrivismes-nous tant, que « depuis que nous sommes en trouble? Quand «> les Romains , tant que lors de leur ruine? »
Je n'ai presque point parlé âes>femmes angloises qui ont brillé Jadis, ou qui brillent maintenant dans les lettres , parce que j'aurois été entraîné, en suivant mon plan, à des parallèles que je ne veux point faire. Madame de Staël domine son époque, et ses ouvrages sont restés. Quelques Françoises se distinguent aujourd'hui par un rare mérite d'écrivain : une d'entre elles a ouvert une route où elle sera peu suivie, mais par laquelle elle arrivera certainement à l'avenir. Les femmes , quand elles ont du génie, y mêlent des secrets qui font une partie du charme de leur . talent et qu'on n'en peut séparer : or personne ^ n'a le droit d'entrer dans ces mystères de la femme et de la muse. Enfin le talent change souvent d'objet et de nature ; il faut savoir attendre pour l'admirer dans ses modes divers. Plusieurs ont été séduites et comme enlevées par leurs jeunes années : ramenées au foyer matern^el par le désenchantement, elles ont ajouté à leur lyre la corde grave ou plaintive sur laquelle s'exprime la religion ou le malheur.