‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 74 sur 283 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

toaune le lac bràle d*iin liquide feo. Telles apporoissent dans leur couleur (lorsque la violence duo tourbillon souterrain a transporté une colliw arrachée du Peiore ou des flancs déchirés du toQoiDt£tna)y telles apparoissent les entrailles combostibles et inflammables qui là concevant k feu , sont lancées au ciel par l'énergie minérale iFaide des vents , et laissent un fond brûlé , tout fiieioppé d*lnfeclion et de ftimée : pareil fut le s! de repos que toucha Satan de la plante de ses pKds maudits. Béelzébuth, son compagnon le P'gs proche, le suit, tous deux se glorifiant d*étre (cbppés aux eaux stygiennes comme des dieux [âr leurs propres forces recouvrées , non par la k'Iéfance du suprême pouvoir.

'£sf-ee ici la région, le sol, le climat, dit ' alors rarchange perdu ; est-ce ici le séjour que

* M115 devons changer contre leclel , cette morne «obscurité etmtre cette lumière céleste? SoHI «pQisilQe celui qui maintenant est souverain,

* pint disposer et décider de ce qui sera Justice. •Leplosloin de lui est le mieux , de lui qui,

* égaiéfnraison,s^estélevéau-dessusde8es égaux 'par la force. Adieu, champs fortunés où la •joie habite pour toujours 1 salut , horreurs ! sa-

* lot inonde infernal I Et toi, profond enfer, re- «cois ton nouveau possesseur. Il t*apporte un es- 'pntqoene changeront ni le temps ni le lieu. •LVsprit est à soi-même sa propre demeure, il

B^ ligMs; if il were land , ttiat cver bura'd

^ith solid, 18 Uie Uke with liquid fire ;

AsdcBdi appear'd io hue» as whoi the force

^ubtemnean wiod transports a hill

^^frt» PekNiu , or Ihe shatler'd nde

UtlBuderiog iElna » whoae combastible

^i rœTd eotrails Uience conceiTing fine ,

^^^^td with nÛDcral fory , aid Ihe winds ,

^ Ia>e a sioged botlom ail iuvol?'d

^BisteMh and unoke : Hiich resUng foond Ihe sole

^ obbt feeL Him followM his next mate ;

N> glorjtng to liave 'scaped the Stygian flood,

^Nt, aod by Ihdr own reoover'd alrength ,

•^«i b; the sotferance of supcrnal power.

* b ihis the région , ttiis Uie soi! , tlie dinie, ^ Un ttie kwt archange! , this the scat ^ we mii$l change for Heaven? thia moumful gloom ^v Uol edesUal lîght ? Be il 80 , auice be , ^V) now 18 aoTRin , can dispose and bid ^tuisliaU be right : iarthest nom him is best , ^ <«m reasoo halh equall'd , force hath made suprême AtioTe bis eqoals. Farewell , happy fields , ^^ joy (or ever dweUs I Haii , horrours; liail , Wm «orld! and lliou , profoundest Uell, ^^e thy new possesseur; one who briogs A BtiDd Dût to be changeai by place or time.

CB\TE4CnU!ID. — TOMB V.

et

fC

peut faire en soi un ciel de Tenfer, un enfer du ciel. Qu'importe où je serai , si je suis toujours le même et ce que je dois être, tout, quoique moindre que celui que le tonnerre a fait plus grand Ilcidumoinsnousserons libres. Le Tout- Puissant n*a pas bâti ce Heu pour nous l'envier ; il ne voudra pas nous en chasser. Ici nous pourrons régner en sûreté ; et , à mon avis , régner est digne d'ambition, même en enfer; mieux vaut régner en enfer que servir dans le ciel. « Mais laisserons-nous donc nos amis fidèles , les associés, les copartageants de notre ruine, étendus, étonnés sur le lac d'oubli? Ne les appellerons-nous pas à prendre avec nous la part de ce manoir malheureux , ou , avec nos armes ralliées , à tenter une fois de plus s'il est encore quelque chose à regagner au ciel , ou à perdre dans l'enfer? »

Ainsi parla Satan , et Béelzébuth lui répondit : < Chef de ces brillantes armées , qui par nul autre que le Tout-Puissant n auroient été vaincues, si une fois elles entendent cette voix , le gage le plus vif de leur espérance au milieu des craintes et des dangers; cette voix si souvent retentissante dans les pires extrémités , au bord périlleux de la i)ataille quand elle rugissoit; cette voix, signal le plus rassurant dans tous les assauts, soudain elles vont reprendre un nouveau courage et revivre , quoiqu'elles languis-

The miad is ils own place and in itself Can make a Heaven of Hell , a HeU of Heaven. What malter where , if 1 be stiU the same , And what I sliould be , ail , but less than he Whom thunder hath made greater! Hère at leasC We sliall be free ; Uie Almighty liaUi not buill Hère for his envy ; wUl not drive us hence : Hère we may reign secure; and in my choice To reign is worth ambition , Ihoagh in HeU : Betler to reign in HeU » than serve in Heaven.

« But wherefore let we Ihcn our faithful friends, The associâtes andcefiartoers ofoor loss, Lie thus astonish'd on the oblivious pool; And call them not to share with us their part In this unhappy mansion; or once more With rallied anns to try what may be yet Regaio'd in Heaven , or what more losl m HeU? ^

So Satan spake , and him Beelzebub Thus answer*d : « Leader of those armies bright, Whioh but the Omnipotent none could bave foird. If once they hear tbat voice, theIr liveliest pledge Of hope in fears and dangers, heard so oit Io worsl eitremes , and on the perilous edge Of baille whcn il raged , in ail assauUs Their surest signal , they will soon résume New courage , and revive , though now they lie

IS

LE PARADIS PERDU

« sent à présent , gémissantes et prosternées sur < le lac de feu , comme nous tout à Theure assour- « dis et stupéfaits : qui s*cn étonneroit , tombées « d'une si pernicieuse hauteur 1 »

Béelzélxith avoit à peine cessé de parler, et déjà le grand ennemi s'avançoit vers le rivage : son pesant l>oucUer, de trempe éthérée, massif, large et rond , étoit rejeté derrière lui ; la large circonférence pendoit à ses épaules, comme la lune dont l'orbe , à travers un verre optique , est observé le soir par l'astronome toscan , du sommet de Fiesole ou dans le Valdarno , pour découvrir de nouvelles terres , des rivières et des montagnes sur son globe tacheté. La lance de Satan (près de laquelle le plus haut pin scié sur les .collines de Norwége pour être le mât de quelque grand vaisseau amiral, ne seroit qu'un roseau) lui sert à soutenir ses pas mal assurés sur la marne brûlante; bien différents de ces pas sur l'azur du ciel ! Le climat torride voûté de feu , le frappe encore d'autres plaies : néanmoins il endure tout , Jusqu*à ce qu'il arrive au bord de la mer enflammée. Là , il s*arréte.

Il appelle ses légions , formes d'anges fanées, qui gisent aussi épaisses que les feuilles d'automne Jonchant les ruisseaux de Yallombreuse , où les ombrages Étruriens décrivent Tarche élevée d'un berceau ; ainsi surnagent des varechs dispersés, quand Orion, armé des vents impé-

GroTelUng and prosbvte oo yoD lake offlre, As we erewhUe ; astoanded and amaied : Pîo wonder, fallen jraeh a peroieioas heighth. »

He scarce liad ceased , when the saperiour flend Was moving toward the shore; his ponderous shield, Ethereal temper, massy , large , and ronnd , Behind him cast; llie broad cireumfi^rence HuDg 00 hts shoulders, like the moon , wliose orb Through optic gtaw the Tnseao artist Tiews At evening , from the top of Fesnié , Or In Valdarno , to descry new laods , Rivers or mountaina in her spotty globe. Hi8 apear, to equal which the taNest pine, Ilewn on Norwegian hills to be the mast Of soroe great admirai, were but a wand, He walk'd wîth to support uneasy steps Over the buruing marie; not like those steps On HeaTen*8 azuré : and the torrid infime Smole on hIm aore besidea, vaulted with fire : riathless be so endiired, tiH on the beach or Ihat inflamed ses he atood , and calfd His légions , angel fomis , who lay faitranoed , Thick as autannal ieaves thaï strow the brooks In Valtombrosa, wbere Ihe Etrarian sbades High over-arch'd imbower; or acatter'd sedge Afloat, when with fieree winds Orion ann'd

taeux,.a battu les côtes de la mer Bouge; ner dont les vagues renversèrent Busiris et la cavalerie de Memphis, tandis quUls poursui voient d'une haine perfide les étrangers de Gessen, qui virent du sûr rivage les carcasses flottantes, les roues des chariots brisés : ainsi semées, abjectes, perdues, les légions gisoient, couvrant le lac, dans la stupéfaction de leur changement hideux. Satan élève une si grande voix, que tout le creux de Tenfer en retentit.

« Princes , potentats , guerriers, fleurs du ciel « Jadis à vous, mainteaaat perdu! uue stupeur « telle que celle-ci peut-elle saisir des esprits éter- < nels , ou avez-vous choisi ce lieu après les fa- « tigues de la bataille , pour reposer votre valeur « lassée , pour la douceur que vous trouvez à dor- « mirici, comme dans les vallées du ciel? ou « bien, dans cette abjecte posture, avez-vous juré <« d*adorer le vainqueur? Il contemple à présent « chérubins et séraphins , roulant dans le gouffre , « armes et enseignes brisées , jusqu'à ce que bien- « tôt ses rapides ministres , découvrant des por- « tes du ciel leur avantage, et descendant nous « foulent aux pieds ainsi languissants, ou nous « attachent à coups de foudre au fond de cet R abîme. Éveillez- vous I levez- vous! ou soyez à « Jamais tombés ! »

Ils l'entendirent et fiirent honteux et se levèrent sur l'aile, comme quand des senthielles ac«

Hath vex'd the Red-sea ooast, whose waves o*erthrew Busiris and his Memphian chivalry , While wilh perfidioas hatred they porsned The sojoumers of Goahen , who b^eld From the safe shore their floating carcases And brolcen chariot-wheels : ao thick bestrowni Abject and lost , lay thèse , covering the flood , Under amazeincnt of their hideons change. He caU'd so loud , that ail the hollow deep orHell resoonded : « Princes , potentates , Warriors, the flower of Heaven , once jours , now losti If such astenishment as Ihis can seize Eiei-nal spirita : or hâve ye chosen this place Afler the toil of battle to repose Yoar wearied virtue , for the ease you fiod To slnmber hcre, as in the vales of Heaven? Or in ttiis abject postare bave ye sworn To adore the Conqaerour? who now bebolds Cherub and fieraph rolling in the flood , >Yith scatter'd anns and ensigns, till anon His swift pur^ners from Heaven gâtes discem The advantage , and desoending tread us down Tliiis drooping, or with linKed thunderbolts Transflx us to the bottom of this gulf. JiWBke, arise, or be for ercr fallen! » They Iieard, and were abash'd, and op tbey sproog

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