‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 5)Chapitre 96 sur 283 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

de eet aitee pour étendre sa vue an loin ; tant il est vrai qoe nul ne connoît» Dieu seul excepté, la josle valeur du bien présent ; mais on pervertit les meilleures choses par le plus léebe fkkis , ou pir le plus vil usage.

AihdesBous de lui , avec une nouvdle surprise , àmsun étroit espace, il voit renfermée pour les délices des sens de lIiODune , toute la richesse de hnature, ou plutôt il voit un ciel sur la terre ; or ce bienheureux paradis étoit le Jardin de Dieu, pir lui-même planté à l'orient d'Éden. Éden s'éteodoit à l'est depuis Auran jusqu'aux tours royales de la Grande-Séleude , bâtie par les rois grecs , OQ jusqu'au lieu oùlesflls d*£den habitèrent longtempsauparavant, en Telassar. Sur ce sol agréable, Dieu traça son plus charmant jardin ;. il fit wtjr de la terre fécondeles arbres de la plus noble espèce pour la vue , l'odorat et le goût Au milieu d'eu étoit l'arbre de vie , haut , élevé , épanoui»- CDtson fruit d'ambroisie d'or végétal. Tout près delà vie, notre mort, l'arbre de la science, croissoit; sdenoe du bien acheté cher par la connoislancedanul.

Anmidi, à traversÉden passoit un large fleuYe ; il De changeoit point de cours , mais sous la montagne raboteuse il se perdoit engouffré : Dieu avoit jeté cette mmitagne comme le sol de son jaidia élevé sur le rapide courant. L'onde, à

Oi tbat lifie-g{nDg plant , but only us'd

For prospect, wbat well us'd had l>een tbe pledge

Ofiinmortality. So liitie kiiows

Ajij,bal Godaloue , to value right

Tbe good before him ; but perverts best tbings

To wontabmet or lo tlieir meanest use.

Beneath hioi with new wonder now he viewa , To «a deiiglit of human ceoae eipoa'd , la Bvrow room , nalare'a wbole wealtb , yea more , A HetTcn (m eartb : for bliaafal Paradise OfGod tbe garden was, by him in th' eaat 0( Eden plaoled ; Eden stretcli'd ber line Fnm Auran eastward to tbe royal towera OTgreat Sdenda,bullt by Grecian Idnga ; Or wbere tbe sona of Eden long before Dwdt ia Telassar. In tbis pleasant soi! His fitf more pleasant garden God ordaln'd : Ont ofthe fertile ground be caua'd to grow Ail tues or noblest Und for aight , smell , taste ; ADd aU amid ttieoi stood tbe tree of Life , High enÙDeat , blooming ambrosial fniit 0rTe8eUblegdld;andnextto]ife, Ov desUi , tiie tree of Knowledge , grew fast by , Kaowledge of good, bougbt dear by knowing UL

SouUiward Uiroo^ Eden went a river large , Kor cbaag^d bis course , but throogh the sbaggy bUl Ite'd ondemealb ingnird ; for God bad tttfown

travers les vehies de la terre poreuse qui l'attiroit en haut par une douce soif, Jaillissoit fraîche fontaine, et arrosoit le jardin d'une multitude de ruisseaux. De là, ces ruisseaux réunis tom'* boient d'une clairière escarpée et renoontroient au-dessous le fleuve qui ressortoit de son obscur passage : alors divisé en quatre branches principales, il prenoit des routes diverses, errant par des pays et des royaumes fameux, dont il est inutile ici de parler.

Disons p1ut6t , si l'art le peut dire , comment de cette fontaine de saphir les ruisseaux tortueux roulent sur des perles orientales et des sables d'or ; comment , en sinueuses erreurs sous les ombrages abaissés, ils épandent le nectar, risitent chaque plante , et nourrissent des fleurs dignes du paradis. Un art raffiné n'a point arrangé ces fleurs en couches , ou en bouquet curieux ; mais la nature libérale les a versées avec profusion sur la colline , dans le vallon , dans la plaine , là où le soleil du matin échauffe d'abord la campagne ouverte , et là ou le feuillage impénétrable rembrunit à midi les bosquets.

Tel étoit ce lieu ; asile heureux et champêtre d'un aspect varié, bosquets dont les arbres riches pleurent des larmes de baumes et de gommes parfumées; bocages dont le fruit, d'une écorce d'or poli , se suspend aimable et d'un goût déli*

Tbat mountain aa bis garden-mould, bigh rais'd Upon the rapid current, wbich through yeina Of poroos earth with kindiy thirat up drawn , Rose a fresh fountaiu , and with many a rili Water'd the garden ; th'ence united fell Down the steep glade , and noet tbe nelber flood , Wbich from hia darksonie passage now appeara, And now , divided into four main streama, Ruos diverse , wandering many a &moua realm And country , whereof hère needs no aocount ; But rather to teU how, if art oonld tell , How from that sapphire fount tbe cri^ted brooks , RoUiog on orient pearl and sands of gold , With mazy eironr under pendent shadea Ran nectar, visiting each plant, and fed Flowers wortby of Paradise ; whicli not nice art In beds and corious knots, but nature boon Pour*d forth profose on liill , and dale , and plain ; Both wbere Ihe moming sun first warmly sn:ote Tbe open field , and were tbe unpierc'd sbade Imbrown'd tbe noontide bowers.

Thuswaathis place A happy rural seat of varions view :

GroTes whoae rieh trees wept odorous guma and balm ; Others , whoae fruit , bunish'd witb golden rind| Hong amiable , Hesperian fables true , If true , bere only, and of dellcious taate.

LE PARADIS PERDU

deax ; fables vraies de rHespérie si elles sont ,¥raie8, c'est seulement tel. Entre ces bosquets sent interposés des clairières, des pelouses rases, des troupeaux paissant Tberbe tendre ; on bien des monticules plantés de palmiers s'élèvent ; le giron fleuri de quelque vallon arrosé déploie ses trésors ; fleurs de toutes couleurs , et la rose sans épines.

.. D'un autre cAté sont des antres et des grottes ombragées qui servent de fratobes retraites; la vigne I les enveloppant de son. manteau, étale ses grappes de pourpre , et rampe élégamment opulente. En même temps des eaux sonores tom* bent de la déclivité des eoliines ; elles se dispersent, ou dans un lae qui étend son miroir de eristal à un rivage dentelé et couronné de myrtes , elles unissent leur cours. Les oiseaux s'appliquent à leur chœur ; des brises , de printanières brises, soufflant les parAims des champs et des bocagss , accordent à l'unisson les feuilles tremblantes, tandis que runîversel Pan, dansant avec les Grâces et les Heures , conduit un printemps éternel. Ni la charmante campagne d'Enna, où Proserpine cueillant des fleurs, elle-môme fleur plus belle, fiit cueillie par le sombre Platon (Cérès, dans sa peine, la chercha par toute la terre) ; ni l'agréable bois de Daphné, près l'Oronte, ni la source inspirée de Castalie, ne peuvent se comparer au paradis d'Ëden ; encore moins Ttle Nisée qu'entoure le fleuve Triton , où le vieux Cham

Betwixt tliem iawns , or level downi , tod Aocki Gnzing tiie Umder htib , were inlerpot'd ; Or pftlmy hilloek , or Ihe Aowary lap Of some îrrigiuMM valley tpread ber store : Flowers qf ail biMt«^ withoat tiiom tbe rose.

AnoOier side , mnbraeaous gro^ &nd eaves Of cool recess » o*er wliich the manUing vine Lays fortli her parple grape , and gentiy ereeps Luxuriant : meanwhile murmuriog waters fiJl Down the alope blUs » dispersd , or in alake, Tbat to the fringed bank witb myrlle crown'd Hercrystal mlrrour bolds, unité tbeir slreams. The birds their quire apply ; airs , vemal airs , Breathingibfr saieU of fleld and groTe , atlune The trembiing Itaves ; while uni? ersal Pan , Knit with tbe Grâces and the Hoars in dance, Led on th' eleraal spring. Nol tbat fiiir field Oi Enna , whare Proserpbie galhering flowers , Uerself a fairer flower, by gtoomy Dis Was gslher'd • wbîob oost Ceres ail tbat pain To seek ber through Ihe world ; nor tbat swoet grave Of Qaplise by Orontes » and iW inspir'd Castalian lenug » miglit witb tbis Paradise Of Eden stri?e ; nor (bat Nyseian isle Girt witb tbe river Triton , wbere Qld Cltam »

(appelé Ammon par lesGentils, et Jupiter Lydfen) gâcha Amalthée et son fils florissant , le Jeune Bacchus, loin des yeux de Rbéa sa marâtre. Le mont Amar où les rois d'Abyssinie gardent leon enfants (quoique supposé par quelque»^iiis le véritable paradis ) ; ce mont, sous la ligne Ethfopique , près de la souroe du Nil, entouré d'un roc brillant que l'on met tout un Jour à monter, eit loin d'approeher du jardin d'Assyrie, où lennemi vit sans plaisir tous les plaisirs , tout» lei créatures vivantes, nouvelles et étranges à I4 vue.

Deux d'entre ellet 9 d'une forme bien plDs no* ble , d'une stature droite et élevée , droite comme celle des dieux, vêtues de leur dignité natiTe dans une mc^esté nue, paroissent les seigneun de tout, et sembloient dignes de l'être. Dans leun regards divins brilloit l'image de leur glorieux auteur, avec la raison, la sagesse, la sainteté sévère et pure ; sévère , mais placée dans cette véritable liberté filiale qui flUt la véritable autorité dans les bommes. Ces deux créatures ne toot pas égales , de même que leurs sexes ne sont pai pareils : Lui formé pour la contemplatim et le courage ; £lle pour la mollesse et la grâce séduisante \ Lui pour Dieu seulement;; Elle pour Dieu en Lui, Le beau et large front de l'bomme et «m œil sublime annoncent la suprême puissance; ses cheveux d'hyacinthe, partagés sur le devant, pendent en grappe d'une manière mâle, mais

Whom Geotiles Ammon call , and Libym JoTOi

Hid Amalthea', and ber Oortd son ,

Yoang Baccbos , lh>m bis stepdame Rhea's eye ;

Nor wbere Abassin kings their issae guai4 ,

MouDt Ainara, tbopgh tbis by some suppos'd

True Paradise , under tbe Etbiop Une

By Nilas bead , encios'd witb sbinbig raek »

A wtiole day's joumey high , but wide rwwle

From tliis Assy rian garden » wbere tiie fiend

Sa w , undeliglited , ail dellght , ail lûad

oriiTing créatures , new to sigbt and strai^

Two of for nobler ibape , erect and lail» Godlike , erect , witb native boaoor elad. In naked m^)esty, seem'd k)rds of ail ; And worUiy seem'd : for In tbeir looks diTiaa The image of tbeir gtorious Maker sboae» Trutb , wisdcm» sanotitude severe and pure; Severe , bol ûi tnio flUal freedom piaeMi Whence true auUiority ia men : thoogh bolb Not equal , as Uieir sex qoI eqoal 1 seem'd; For contempiatiott be aad vakNir tan'd » For softness sbe and sweei attraettYs graos s He for God only » sbe for Godin bim.

His fair large frôlât and oye sobliatt deelar'd Absolute rule i and hyaeinthiae looks

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