SCÈNE I. 44i
geoise de campagne^ mais originairement elle me vaut bien, et je n'ai pas rentétement des grandes alliances. Elle est d'ailleurs si aimable, et je démêle, à travers son innocence, tant d'honneur et tant de vertu en elle^ elle a naturellement un caractère si distingué, que, si elle m'aime, commç je le crois, je ne serai jamais qu'à elle.
FKONTIM.
Comment! si elle vous aime? Est-ce que cela n'est pas décidé ?
LVCIDOR.
Non \ il n'a pas encore été question du mot d'amour entre elle et moi : je ne lui ai jnmais dit que je l'aime, mais toutes mes façons n'ont signifié que cela ; toutes les siennes n'ont été que des expressions du penchant le plus tendre et le plus ingénu. Je tombai malade trois jours après mon arrivée , j'ai été même en quelque danger^ je l'ai vu inquiété,' alarmée, plus changée que moi ; j'ai vu des larmes couler de ses yeux, sans que sa mère s'en aperçût. Et, depuis que la santé m'est revenue, nous continuons de même; je l'aime toujours, sans le lui dire ; elle m'aime aussi, sans m'en parler, et sans vouloir cependant m'en faire un secret : son cœur simple, honnête et vrai n'en sait pas davantage.
FRONTI2I.
Mais vous, qui en savez plus qu'elle, que ne mettez-vous un petit mot d'amour en avant? il ne gâterait rien.
444 L'EPREOVE,
je vians tout justement vous prier de m*€n gratifier d'une.
LUGIDOR.
Voyons.
X* BLÀISE.
Vous savez bian , monsieur , que je fréquente chez madame Argante^ et sa fille Angélique allç e^t gentille , au moins.
LUCIDOR.
Assurément.
M* BLÀISS, riuL
Eh ! eh ! eh ! C'est , ne vous déplaise , que je vourais avoir sa gentillesse en mariage.
LUCIDOR.
Vous aimez donc Angélique ?
M* BLAISE
Ah ! cette criaturé-là m'aflfolle ; j*en pars si peu d'esprit que j'ai. Quand il fait jour , je pense à elle; quand il fait nuit, j'en rêve. Il faut du remède à ça, et je vians envars vous à celle fin , par voûte moyen , pour l'honneur et le respect qu'en vous porte ici , sauf voûte grâce , et si ça ne vous torne pas à importunité , de me favoriser de queuques bonnes paroles auprès de sa mère, dont j'ai itou besoin de la faveur.
Je vous entends ) vous souhaitée que j'ei^age in»dame'Argante à vous donner sa fille. Et Angélique vous aime-l-elle ? »