‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 2)Chapitre 288 sur 314 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

que j'ai pour tous, à condition qu'avant tout, vous m'instruirez de l'état de votre cœur.

ANGÉLIQUE

Hëlas ! le compte en sera bientôt fait. Je ne vous en dirai rien de nouveau ; ôtez notre amitié que vous savez bien , il n'y a rien dans mon cœur, que je sache 'j je n'y vois qu'elle.

Vos façons de. parler me font tant de plaisir, que j'en oublie presque ce que j'ai à vous dire.

ANGÉLIQUE

Comment faire ? Vous oublierez donc toujours , à moins que je ne me taise ^ je ne connais point d'autre • secret.

LUCIDOn.

Je n'aime point ce secret-là ^ mais poursuivons. Il n'y a encore environ que sept semaines que je suis

ANGÉLIQUE

Y a - 1 - il tant que cela ? Que le temps passe vite ! Après ?

LUCIDOR.

Et je vois quelquefois bien des jeunes gens du pays qui vous font la cour. Lequel de tous distinguez-vous parmi eux? Confiez -moi ce qui en est, comme au meilleur ami que vous ayez.

ANGÉLIQUE

Je ne sais pas , monsieur, pourquoi vous pensez que

j'en distingue. Des jeunes gens qui me font la cour ! Est - ce que je les remarque ? est-ce que je les vois ? Us perdent donc bien leur temps.

LUCIDOR.

Je vous crois , Angélique.

▲ KGÉI.IQUE.

Je ne me souciais d'aucun , quand vous êtes venu icii et je ne m'en soucie pas davantage depuis que vous y êtes , assurément.

LUCIDOR.

Êtes-vous aussi indiflTérente pour maître Biaise , ce

jeune fermier qui veut vous demander en mariage , à

ce qu'il m'a dit ?

▲ hgélique.

U me demandera en ce qu'il lui plaira \ mais , en un mot , tous ces gens-là me déplaisent depuis le pre* mier jusqu'au dernier^ principalement lui, qui me reprochait l'autre jour que nous nous parlions trop souvent tous deux, comme s'il n'était pas bien naturel de se plaire plus en votre compagnie qu'en la sienne. Que cela est sot !

LUGIDOR.

Si vous ne haïssez pas de me parler, je vous le rends bien , ma chère Angélique \ quand je ne vous vois pas , vous me manquez , et je vous cherche.

ANGÉLIQUE

Vous ne cherchez pas long- temps ^ car je reviens bien vite , et ne sors guère.

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