SCENE VIII
LUCIDOR.
Quand vous êtes revenue , je suis content.
ANGÉLIQUE
Et moi , je ne suis pas mélancolique.
Il est vrai , je vois avec joie que voire amitié répond à la mienne.
ANGÉLIQUE
Oui; mais malheureusement vous n'êtes pas de notre viUage, et vous retournerez peut-être bientôt à votre Paris , que je n'aime guère. Si j'étais à votre place, il me viendrait plutôt chercher que je n'irais le voir*
LUCIDOm*
Eh ! qu'importe que j'y retourne ou non , puisqu'il ne tiendra qu'à vous que nous y soyons tous deux !
ANGÉLIQUE
Tous deux , monsieur Lucidor ! Eh I mais, contezmoi donc comme quoi.
LUCIDOR.
Cest que je vous destine un mari qui y demeure.
ANGÉLIQUE
Est - il possible ? Ah çà , ne me trompez pas , au moins; tout le cœur me bat : loge-t-il avec vous?
LUCIDOR.
Oui , Angélique ; nous sommes dans la même maison.
ANGÉLIQUE
Ce n'est pas assez ; je n ose encore être bien aise en toute confiance. Quel homme est-ce ?
LUCiDOR.
Un homme très-riche.
ANGÉLIQUE
Ce n'est pas là le principal. Après ?
LUCIDOR.
Il est de mon âge et de ma taille.
▲ ICGÉLIQUE.
Bon : c'est ce que je voulais savoir.
LUCIDOR.
Nos caractères se ressemblent-, il pense comme moi.
ANGÉLIQUE
Toujours de mieux en mieux. Que je l'aimerai !
LUCIDOR.
C'est un homme tout aussi uni , tout aussi sans façon que je le suis.
ANGÉLIQUE
Je n'en veux point d'autre.
LtJGIDOR.
Qui n'a ni ambition , ni gloire ^ et qui n'exigera de celle qu'il épousera que son cœur.
ANGÉLIQUE, riant.
Il l'aura, monsieur Lucidor, il l'aura ^ il l'a dëjà ; je l'aime autant que vous , ni plus ni moins.