ACTE r, SCÈNE VIIL loi
Ttt rêves encore , avec tes pardons y tu me prends pour ta mère.
ANGELIQUE
H est assez permis de s*y tromper ; mais c'est du moins pour la plus digne de Fétre , pour la plus tendre et la plus chérie de sa fiUe qu'il y ait au monde.
H"** ÀBGÀirTE.
Ces sentimens - là sont dignes de toi , et je les lui dirai; mais il ne s'agit pas d'elle, elle est absente; revenons. Qu'est-ce qui te chagrine?
ANGÉLIQUE
Vous m'avez demande si on avait attaqué mon cœur ? Que trop, puisque j'aime '!
m"^ ÀRGAZÏTE, d^an air annaux..
Vous aimez ?. . .
▲ ifGéLIQUE, rUoL
Eh bien! ne voilà- 1- il pas cette mère qui est absente ? C'est pourtant elle qui me répond; mais rassurez-vous, car je badine.
* Que trop, puisque j'aime ! Que cetaTeu a de la peine à Tenir! Cela devait être ainsi dans une première confidence. Madame Argante devait, de son cdt^ , reprendre aussitôt le rMe de mère, par un premier mouyement dUnadvertance^et dire» comme elle le fait, d'un ton sérieux et.pcesque lâche' : f^ous aimez ? Cétait une conséquence nécessaire qu'Angélique , recourant alors â la dissimulation , s'empressâi d'ajouter : Mais rassurez^vous, car je badine» Tonte ceUe scène est d'un naturel parfût.
102 LA MÈRE CONFlbENTE,
NoQ y tA ne badines point ; tu me dis la vérité ; et il n'y a rien là qai me surprenne. De mon côté, je n'ai répondu sérieusement que parce que tu me parlais de même. Ainsi point d'inquiétude. Tu me confies donc que tu aimes.
Je suis presque tentée dé m'en dédire.
m"* argakte.
Ah ! ma chère Angélique , tu ne me rends pas tendresse pour tendresse.
AlfGÉLIQUE.
Vous m'excuserez 5 c'est l'air que vous avez pris qui m'a alarmée ; mais je n^'ai plus peur. Qui , j'aime ; c est un penchant qui m'a surpris.
m"** àrgànte.
Tu n'es pas la première ; cela peut arriver à tout le monde. Et quel homme est-ce? Est-il à Paris ?
ANGÉLIQUE
Non, je ne le connais que d'ici.
D'ici , ma chère ? Conte-moi donc cette histoire-là ^ je la trouve plus plaisante que sérieuse. Ce ne peut être qu'une aventure de campagne, une rencontre?
ANGÉLIQUE
Justement.
ACTlB I, 8GÈNE VIII. iq3
m"** ÀBGAIVTS.
Quelque jeune homme galant , qui t*a saluée , et qui a su adroitement engager ui)e conversation ?
Cest cela même.
m"^ àrgaiite.
Sa hardiesse m'étonne ; car tu es d'une figure qui devait lui en imposer. Ne trouves • tu pas qu'il a un peu manqué de respect ?
ÀBroÉLIQtJB.
Non ', le hasard a tout fait , et c'est Lisette qui en est cause , quoique fort innocemment ^ elle tenait un livre, elle le laissa tomber; il le ralnassa, et on se parla ; cela est tout naturel.
m"^ AHOA.lfTE, riant.
Ta , ma chère en£aint , tu es fdle de t'imaginer que tu aimes cet homme ^ là. C'est Liâette qui le le fait accroire. Tu es si fort au«-des5us de pareille chose! tu en riras toi-même au premier jour.
ANGÉLIQUE
Non , je n'en erois rien-, je ne m'y attends pas, en vérité.
M*"* AUGAITTS.
Bagatelle, te dis- je. C'est qu'il y a là •* dedans un air de roman qui te gagne.
A|fOÉJ(.IQUE.
Moi, je n'en lis jamais*, et puis notre aventure est toute des plus simples.
ie4 l'A MÈRE CONFIDENTE,
M^ ▲EGAfïTE.
Ta verras , te dis - je ; tu es raisonnable , et c'est assez : mais Tas-tu vu souvent ?
ÀlfGÉLXQUE.
Dix ou douze fois.
m"* akgàiite.
Le verras^tu encore ?
ANGÉLIQUE
Franchement y j'aurais bien de la peine à m^en en»pécher.
m"**" à B GANTE.
Je t'offre, si tu le veux, de reprendre ma qualité de mère pour te le défendre.
ANGÉLIQUE
Non vraiment ^ ne reprenez rien , je vous prie. Ceci doit être un secret pour vous en cette qualité -là , et je compte que vous ne savez rien^ au moins vous me
l'avez promis.
Oh [ je te tiendrai parole ; mais puisque cela est si sérieux, peu s'en faut que je ne verse des larmes sur le danger où je te vois de perdre l'estime qu'on a pour toi dans le monde.
ANGÉLIQUE
Comment donc ? l'estime qu'on a pour moi ! Vous me faites trembler. Est-ce que vous me. croyez capa-* ble de manquer de sagesse ?