SUR
Oi l'art de robseryation , si un dialogue spiritael et fin , si le développement progressif d'un sentiment tendre et passionné 9 que l'imprudence de deux jeunes amans les force de se dissimuler Tun à l'autre , pendant qu'il se trahit à chaque scène par sa propre violence , su£Bsaient pour constituer une comédie , peu d'ouvrages seraient plus dignes decenomqueZi^^iSeiTiien^iniie^rivl^.Maisles chefsd'œuvre de l'art nous ont rendusplusexigeans; aux qualités qui distinguent Marivaux, nous voulons que l'auteur comique joigne une peinture vivante des mœurs du temps ; nous nous attendons à des situations fortement contrastées y à des caractères variés qui se fissent mutuellement valoir par leur opposition ; nous lai demandons de créer de véritables obstacles qui excitent vivement l'intérêt et la curiosité , et à travers lesquels l'intrigue se fraie vers le dénouement une route dont les difficultés, en retardant l'arrivée an but , redoublent le plaisir que nous éprouvons à le voir heureusement atteint; et quand tout cela est obtenu, nous ne sommes encore qu'impartûtement satisfaits , si l'action n'est animée par des scèneai pleines de mouvement, de chaleur et de galté. Sous ces derniers rapports, la comédie des Sermens
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indiscrets laissera beaucoup à désirer ; c'est un ouvrage extrêmement agréable à la lecture; je doute qu*il le parût autant à la représentation. D'ailleurs^ en l'étendant à la dimension des cinq actes, Marivaux Ta exposé à être jugé avec plus de sévérité; il a amené l'idée de comparaisons redoutables qu'il eât été plus sage d'éloigner. Une comédie en trois actes tire beaucoup moins à conséquence; ce n'est pas dans les pièces de ce dernier genre que Molière a déployé les forces de^son admirable génie. Il n'y a que du courage à lutter contre l'auteur de Georges Dan~ din, de Scapin, du Médecin malgré lui, de Pourceau^ gnac, d! Amphitryon même ; mais il faut des armes bien fortement trempées pour se commettre dans l'arène avec un rival qui pr^nte pour ses seconds Alceste , Tartufe , Harpagon , M. Jourdain , rAmotplie de ^ École des Fem^ mes, le Clitandre des Femmes savantes. Sans parler de Regnard ni de Destoucbes , beaucoup d'auteurs, dont plusieurs vivent encore , ont composé des comédies en cinq actes; quelques-uns ont réussi; d'autres ont échoué; mais tous , et les derniers comme les autres , ont obtenu ou cberché le succ^ par des moyens analogues à ceux que Molière a employés dans Ions ses grands ouvrages ; tous ont essayé de proportionner la force de l'action , celle des caractères et du style, à l'étendue de leur comédie.
Dans les Sermens indiscrets, deux jeunes amans tont promis l'un à l'autre par leurs parens. Lucile et Damis ne se sont jamais rencontrés ; le jour fixé pour leur première entrevue est celui qu'ils ont choisi pour une résolution fort bizarre, celle de renoncer, chacun de leur côté, au mariage. Il est fecile d'entrevoir que le véritable motif de cette détermination est pour tous les deux la crainte d'avoir été mal servis par le hasard et par la volonté paternelle. Mais il (aut un prétexte : Lucile le trouve dans l'idée qu'elle
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se for^ de rincônslance naturelle des hommes; Damis, dans son amour pour la liberté , dans reffiroî que semble loi inspirer un engagement étemel. Ils sont dans cette disposition lorsqu'ils se voient pour la première fois ; et , mal» gré Timpression &yorable qu'ils reçoivent l'un de l'autre , l'amour-piopre etl'instiga tion d'un valet et d'une soubrette, qui trouvent leur compte au célibat de leurs maîtres, les engage non-seulement à persévérer dans leur projet , mais encore à s'assurer mutuellement contre la possibilité du retour par un échange de sermens.
Ce sont ces «ermeiu, si justementappelés indiscrets, qui donnent le titre à la comédie. Prêtés à la l^re , démentis §ar le cœur, au moment où la bouche le» prononce, on voit bien qu'ils finiront par être violés. C'est là l'unique nœud de la pièce; l'amour mutuel de Damis et de Lucile perce trop évidemment dans toutes les scènes où ils sont ensemble, pour que le spectateur é^uve une inquiétude bien sérieuse sur le résultat de leur imprudence. Cependant leur position est amusante; on rit non pas des eflbrts qu'ils Sont pour s'épargner un parjure, mais de l'obligsitîon où ils se croient de paraître en Caire ; si leur embarras n'était pas trop prolongé, il n'en faudrait paa davantage pour rendre f ouvrage aussi bon qu'aucun de ceux que l'on applaudit si souvent au théâtre ; il ne s'agirait donc ( et l'opération ne serait pas' bien difficile ) que de le. réduire de deux actes.
Il y a près de Lucile une sœur oadette , Phénice , dont le caractère est charmant , qui sert 4 renforcer Tîntrigae et à jeter de. la variété sur les- situations, ou plut&t sur la situation unique et périlleuse dans laquelle se sont placés volontairementles principaux personnages* Le père, M. Orgon , convaincu facilement que Lucile et Damis n'ont aucune inclination l'un pour Fautre, et craignantde manquer
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À rengagement qu'il a contracte envers le père de Damis , propose de remplacer Fainée par sa cadette, et d'acquitter ainsi la parole donnée. Pliénice , aussi bonne que spirituelle , plus éclairée que son père sur les véritables sentimens de Lucile , a l'air de se prêter à la proposition ; et Damis , pour ne se montrer ni trop malhonnête ni trop inconséquent, est bien obligé de prendre auprès d'elle un rôle d^amoureux transi ; de là le dépit de Lucile contre son père, contre sa sœur, contre Damis. Cet ingénieux épisode alonge heureusement l'action dont il rompt en même temps la monotonie. On pressent le dénouement. Phénice se moque de la bouderie et des reproches de Lucile ; elle lui avoue qu'elle a mis un peu de malice à ta tourmenter , et elle lui rend avec générosité les offres de service que Damis , quoiqu'à contre-coeur, avait été forcé de lui adresser. Le reste , comme elle le dit elle-même trè»*plaisamment, regarde Lucile et Damis ; des sermens plus doux , plus sacrés, plus inviolables, effacent jusqu'au souvenir des sermens indiscreis du premier acte.
La pièce fut jouée pour la première fois en i^Ss. On a vu dans Y AverdssewicnM de l'auteur le sort de la première représentation et la destinéeun peu plus heureuse des représentations suivantes. La pièce en eut treize ; cependant elle n'est point restée au répertoire; on en a vu les raisons. Avec des coupures on parviendrait facilement à l'y rétablir. Le rôle de Damis serait très-£ivorable à un jeune acteur qui aurait besoin de se &ire une réputation ; ce n'est qu'en recréant à l'improviste le rôle de Moncade , dans FÉcok des Bourgeois, que Fleury jeta les fondemens de la sienne. La soubrette est piquante ; Lucile , malgré un certain air de parenté avec l'Araminte des Fausses Confidences, en diffère cependant de toutes les nuances qui séparent le langage d'une jeune fille de celui d'une jeune veuve , et Marivaux
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ne pouvait manquer de les saisir. Le personnage le plus original est celui de Phénice , et il n'est point d*actrice au Théâtre - Français qui ne dût être jalouse de s'en env^ parer, qui ne dût être fière d'y réussir.
PERSONNAGES
M. ORGON, père de Lucile et de Phénice.
M. ERGASTE , père de Damis.
LUCILE , fille de M. Orgon.
PHÉNICE, sœur de Lucile.
DAMIS, fils de M. Ergaste, amant de Lucile.
LISETTE, suivante de Lucile.
FRONTIN, valet de Damis.