‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 259 sur 333 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

TOUS n^est pas mon pareil , à ce que m'a toujours dit ma maîtresse.

LÉPIIVE.

Ah ! ah ! me conseilles-tu d'ôter mon chapeau ?

LISETTE

Le chapeau et la familiarité itou.

LÉPINE

Voilà pourtant un itou qui n'est pas de trop bonne maison > ; mais une princesse peut avoir été mal ëlevëe.

LISETTE

Bonne maison ! la nôtte était la meilleure de tout le village , et que trop bonne ; c'est ce qui nous a ruinés. En un mot comme en cent , je suis la fille d'un homme qui était, en son vivant, procureur fiscal du lieu , et qui mourut Tan passé *, ce qui a fait que notre jeune dame , faute de fille de chambre , m'a prise depuis trois mois chez elle , en guise de compagnie.

LÉPINE

Avec votre permission et la sienne , je remets mon chapeau.

LISETTE

A cause de quoi ?

LâPINE.

Je sais bien ce que je fais, fiez- vous à moi. Je ne

■ yoUh pourtant un itoa qui n'ett poM dû trop bonne maison, La Yanitë foodëe tar la nainance ne paratt jamais plas ridicule que quand le d<^fant d'éducation en fait ressortir le vide. Comme c^est ce prëjugë qui est le sujet de la pièce , ManTaux commence par le fronder dans la personne de la fille de monsieur le procureur fiscal j et Ton derine , À Forgu^il de cette serrante bourgeoise , quel doit être celui de sa maltresM, fille d'un marquis.

manqae de respect ni au père ni aux enfans. Procureur fiscal , dites-vous ?

LISETTE

Oui ; qui jugeait le monde , qui était honoré d'un chacun, qui avait un grand renom.

Bagatelle! Ce renom-là n'est pas comparable au bruit que mon père a fait dans sa vie* Je sois le fils d'un timbalier des armées du roi.

LISETTE

Diantre !

LÉPISE.

Oui , ma fille ; neveu d'un trompette , et frère amë d'un tambour ; il y a même du haut bois dans ma famille. Tout cela^ sans vanité, est assez éclatant "•

LISETTE

Sans doute, et je me reprends; je trouve ça bian. Stapendant vous ne sarvez qu'un bourgeois.

LÉPIIfE.

Oui ; mais il est riche.

LISETTE

En lien que moi , je suis à la fille d*un marquis.

LÉPINE

D'accord -y mais elle est pauvre.

■ Tout eeîa^ sans vanité, est assez éclatant. Toutes ces plaisanteries de Lf^pîne sur le bruit des difi<$rentes professions eieroées dsns sa famille seraient d'assez maavais goût, si elles n'avaient pas pour objet de repousser les ridicules prétentions de Lisette.

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