‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 269 sur 333 · SCÈNE IV. 4oi · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. 4oi

ANGÉLIQUE, riMil.

Pënëtrë de douleur ! C'en est trop ;^il ne faut point être si affligé, Dorante. Vos expressions sont trop fortes ; vous parlez de cela comme du plus grand des malheurs t

DORANTS.

C'en est un très-^grand pour moi , madame , ^e de TOUS avoir dëplu. Vous ne connaissez ni mon attache* ment ni mon respecté

ANGÉLIQUE

Encore ? Je vous déclare , moi , que vous me désespérez , si vous ne vous consolez pas. Consolez-vous donc par politesse , et changeons de matière. Auronsnous le plaisir de vous avoir encore ici quelque temps ? Comptez-vous y faire un peu de séjour ?

DORANTfe*

Je sends trop heureux de pouvoir y demeurer toute ma vie, madame

ANGÉLIQUE

Tout de bon ! Et moi , trop enchantée de vous y voir pendant toute la mienne* Continuez»

DORANTE

Je n'ose plus vous répondre , madame»

ANGÉLIQUE

Pourquoi ? Je parle votre langage ; je réponds à vos exagérations par les miennes. On dirait que votre soi>* verain bonheur consiste à ne me pas perdre de vue , et j*en serais fâchée. Vous avez une douleur profonde pour avoir pensé à un mariage dont je me contente de rire -, vous montrez une tristesse mortelle , parce a. 26

4oi LE PRÉJUGÉ VAINCn^

que je vous empêche de répéter ce qae Lisette m'a déjà dit. Eh mais ! voiis succomberez sous tant de chagrins; il n'y va pas moins que de votre vie, s'il faut vous en croire;

Souffrirez-vous que je parle , madame ? Il n'y a tien de moins iiK:royable que le plaisir infini que j'aurais à vous voir toujours, rien de plus croyable que Textréme confusion que j'ai de vous avoir indisposée contre moi, rien de plus naturel que d'être touché autant que je le suis de ne pouvoir du moins me justifier auprès de vous.

ANGÉLIQUE

Je les sais vos justifications \ vous les mettriez en plusieurs articles, et je vais les réduire en un seul; c'est que celui que vous me proposez est extrêmement riche. N'^t-ce pas là tout ?

DORANTE

Ajoutez-y, madame , que c'est un honnête homme.

ANGÉLIQUE

Eh ! sans doute. Je vous dis qu'il est riche; c'est la même chose.

D(rRANTE.

Ah ! madame , ne fût-ce qu'en ma faveur, ne confondons pas la probité avec les richesses* Daignez yoqs ressouvenir que je suis riche aussi , et que je mérite qu'on les distingue.

ANGÉLIQUE

Gela ne vous regarde pas. Dorante , et je vous excepte ; mais que vous me disiez qu'il est honnête

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