‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 3)Chapitre 311 sur 333 · ÉRASTE, MERLIN · texte numérisé non relu

ÉRASTE, MERLIN

HËKLin.

Ouït monsieur, tout sera prêt; vom nayez qu'à faire mettre la salle en état. A trois heures après midi , je vous garantis que je vous donnerai la comédie.

ÉRÀSTE.

Tu feras grand plaisir à madame Amelin, qui l'attend avec impatience *, et, de mon côté, je suis ravi de lui procurer ce petit divertissement. Je lui dois bien des attentions. Tu vois ce qu'elle fait pour moi ^ je ne suis que son neveu, et elle me donne tout son bien pour me marier avec Angélique que j'aime. Pourrait-elle me traiter mieux , quand je serais son fils?

MERLIN

Allons, il en faut convenir, c'est la meilleure tante du monde , et vous avez raison ; il n'y aurait pas plus de profit à lavoir pour mère.

ÉRASTE

Mais , dis-moi , cette comédie dont tu nous régales ,

est-elle divertissante ? Tu as de Tesprit ; mais en tu assez pour avoir fait quelque chose de passable ?

MERLIN

Du passable , monsieur ? Non , il n*est pas de mon ressort. Les génies commie le mien ne connaissent pas le médiocre *, tout ce qu'ils font est charmant on détestable \ j'excelle ou je tombe , il n'y a jamais de milieu.

ÉRISTE.

Ton génie me fait trembler.

Vous craignez que je ne tombe ? mais rassurezvous. Avez-vous jamais acheté le recueil des chansons du pont Neuf? Tout ce que vous y trooverez de beau est de moi. Il y en a surtout une demi-doozaioe d'anacréontiques , qui sont d'un goût!....

ÉRASTE

D'anacréontiques ! Oh ! puisque tu connais ce motlà, tu es habile , et je ne me méfie "plus de toi. Mais prends garde que madame Ârgante ne sache notre projet; madame Amelin veut la surprendre.

MERLIN

Lisette, qui est des nôtres, a sans doute gardé le secret. Mademoiselle Angélique, votre future, n ann rien dit. De votre côté , vous vous êtes tû. J'ai été discret. Mes acteurs sont payés pour se taire; etnoos surprendrons, monsieur, nous surprendrons.

ÉRASTE

Et qui sont tes acteurs ?

SCÈKE L 485

MERLII^.

Moi, d'abord^ je me nomme le premier, pour vous inspirer de la confiance-, ensuite Lisette, femme de chambre de mademoiselle Angélique, et suivante originale ^ Biaise , fils du fermier de madame Ârgante ; Colette 9 amante dudit fils du fermier, et fille du jardinier.

Gela promet de quoi rire.

MBRLIIV*.

Et cela tiendra parole ; j'y ai mis bon ordre. SI vous saviez le coup d'arjt qu'il y a dans ma pièce * !

. , iBASTB,

. Dis-moi oe que c'est..

MERLIN

Nous jouerons à l'impromptu, monsieur, à l'impromptu*

£râST£.

Que veux-tu dire, à l'impromptu?

MERLIN

Oui. Je n'ai fourni que ce que nous autres beaux^ esprits appelons le canevas-, la simple nature fournira les dialogues, et cette nature-là sera boufToone.

' Si vous^sat^iez le coup à'art qh'Ujr a dans ma pièce ! Par le coup d'art f Merlin entend quelque chose de singulier, d'extraordinaire. Il aurait pu s'exprimer ayec pl4js de justesse. Un canevas fourni à des acteun qui le remplissent ensuite à Tolonti^de tout ce qui leur passe par la. tête, loin d'ôti*e un coup heureux de /'art dramatique, n'en est au contraire qu'une grossière ëhauche. Au reste, l'iovention n'ëtait pas .nouvelle : les farces italiennes en avaient amené depuis long-tempê la mode.

ÉRàSTB.

La plaisante espèce de comédie! Elle pourra pourtant nous amuser.

MEHLIM.

Vous verrez, tous verrez. J'oublie encore k yen dire une finesse de ma pièce ; c'est qae Colette dut faire mon amoorense , et moi je dois faire son amanL Mous sommes convenus tons deux de voir nn peu la mine que feront Lisette et Biaise à tontes les tendresses naïves que nons prétendons nous dire ; et le tout , pour éprouver s'ils n'en seront pas un pea alarmés et jaloux^ car vous savez que Biaise doit ^xNiser Colette , et que l'amour nous destine Lisette et moi l'un à l'autre. Mais Lisette, Biaise et Colette vmit venir ici pour essayer leurs scènes \ ce sont les principaux acteurs. J'ai voulu voir commetit ils s*jr prendront; laissez -moi les écouter et les instroire, et retirez-vous. Les voilà qui entrent.

ÉRASTE

Adieu; fais -nous rire, on ne t^en demande pas davantage.

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