ACTE IV, SCÈNE VII
PHÉNIGE.
De quel homme parlez-vous?
LUQILE.
Eh! de Damis; est-ce que vous en avez deux? Je ne vous connais que celui-là ; encore vaudrait-il mieux que vous ne Toussiez point.
PHÉKIGE.
Pourquoi donc? J'allais pourtant vous apprendre que nous serons maries ce soir.
LUCILE
Et vous veniez exprès pour cela ! La nouvelle est fort touchante pour une sœur qui vous aime !
PHÉNICB.
En vérité , vous m*ëtonnez 5 car je croyais que vous vous en réjouiriez avec moi , parce que je vous en débarrasse. Me voilà bien trompée!
LUCILE
Oh ! trompée au-delà de ce qu'on peut dire , assurément. Jamais sujet de réjouissance ne le fut moins pour moi , et vous ne savez ce que vous faites , sans comptef qu'il ne sied pas tant à une fille de se réjouir de ce qu'elle se marie.
PHÉIflGE.
Voulez-vous qu'on soit fâchée d'épouser ce que l'bn aime? Je vous parle franchement.
LUCILE
C'est qu'il ne faut point aimer, mademoiselle ' ; c'est
* Oeët qu'il ne faut point aimer, mademoiselle. Toute cette tirade est d'uo goût et d'une finesse exquise. Lucile donne à sa soeur des
io8 LES SERMENS INDISCRETS,
que cela ne convient point non plus ; c'est qu*il y va de tout le repos de votre vie; c'est que je vous persécuterai jusqu'à ce que vous ayez quitté cet amour-là; c'est que je ne veux point que vous le gardiez , et vous ne le garderez point ; c'est moi qui vous le dis , qui vous en empêcherai bien. Aimer Damîs ! épouser Damis! Ah! je suis votre sœur, et il n'en sera rien. Vous avez a(Ëdre à une amitié qui vous désolera plutôt que de vous laisser tomber dans ce malheur-là.
PHÉNIGS.
Est-ce que ce n'est pas un honnête homme ?
LUCILB,
Eh! qu'en sait -on? Cet honnête homme ne vous aime pas, cependant il vous épouse. {Ist-ce là de l'honneur , à votre avis ? Peut-on traiter plus cavalièrement le mariage ?
PHÉNIGE.
Quoi ! Damis qui se jette à mes genoux , que vous avez trouvé tout prêt à s'y jeter encore !
Voilà une petite narration de bon goût que vous me faites là; je ne vous conseille pas de la faire à d'autres qu'à moi. Elle est encore plus l'histoire de vos faiblesses quedesamauvaisefoi, le fourbe qu'il est!
oonseik qui peayent se rëdoire à ce pea de mots : « Je ne yoos dec fends tont cela qae poar aroir le droit de me le permettre a moi- « même. » La tête de Lucileest ^garëe et son cœur est bien malade. On commence à la plaindre , et on la plaindrait bien darantage , si Ton ne rojrait pas trop clairement que le sujet de ses tourmens n^est qu^une plaisanterie et une malice de son excellenle sœur.