‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 4)Chapitre 117 sur 315 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

LISETTE

Monsieur, on a de la peine à se louer soi-même-, mais, malgré toutes les règles de la modestie, il faut pourtant que je vous dise que, si vous ne mettez ordre à ce qui arrive, votre prétendu n'aura plus de cœur à donner à mademoiselle votre fille. Il est tetnps qu'elle se déclare, cela presse^ car un jour plus tard, je n'en réponds plus.

M. OUGON.

Eh! d'où vient qu'il ne voudra plus de ma fille? Quand il la connaîtra, te défies- tu de ses charmes?

LISETTE

J|[on) mais vous ne vous défiez pas assez des miens. Je vous avertis qu'ils vont leur train, et je ne vous conseille pas de les laisser faire.

M. ORGON

Je vous en fais mes complimens , Lisette, (ii rit.) Ah ! ah! ah!

LISETTE

Nous y voilà *, vous plaisantez , monsieur ; vous vous moquez de moi^ j'en suis fâchée, car vous y serez pris.

M. ORGOH.

Ne t'en embarrasse pas, Lisette^ va ton chemin.

LISETTE

Je vous le répète encore, le cœur de Dorante va bien vite. Tenez, actuellement je lui plais beaucoup \

220 LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD

ce soir il m'aimera; il m'adorera demain; je ne le mérite pas, il est de mauvais goût, vous en direz ce qu il vous plaira , mais cela ne laissera pas que d'être. Voyez -vous! demain je me garantis adorée.

M. ORGOM.

Eh bien! que vous importe? S'il vous aime tant, qu^il vous épouse.

LISETTE

Quoi! vous ne l'en empêcheriez pas?

M. ORGON

Non , foi d'homme d'honneur, si tu le mènes jusque-là.

LISETTE

Monsieur, prenez-y garde. Jusqu'ici je n'ai pai^lhié à mes appas , je les ai laissés faire tout seuls, j'ai ménagé sa têle : si je m'en mêle, je la renverse; il n'y aura plus de remède.

M. ORGOPr.

Renverse, ravage, brûle, enfin épouse; je te le permets, si tu le peux.

LISETTE

Sur ce pied -là, je compte ma fortune faite.

M. ORGON

Mais , dis-moi ; ma fille t'a-t-elle parlé ? Que penset-elle de son prétendu?

LISETTE

Nous n'avons encore guère trouvé le moment de

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