SUE
\j E n'est pas ici pour la première fois que Ton a eu occasion de remarquer, dans le choix des sujets ou des personnages sur lesquels s'est exercé le talent de Marivaux , une sorte de singularité , qui semblerait aujourd'hui plus que surprenante. A coup sûr, si la comédie que l'on ya lire n'a^yait pas près d'un siècle de date, on ne s'attendrait pas à y trouver une princesse de l'ancienne Sparte, un philosophe grec, d'autres acteurs du même temps, et au milieu d'eux l'étemel Arlequin, dont la figure naïve et bouffonne est , comme on sait , une des fantaisies comiques de la moderne Italie. Cet amalgame de noms et de quelques formes antiques avec les noms , les mœurs et le langage d'un temps plus voisin de nous , rappelle un peu les romans de Clélie et du grand Cjrrusf mais, hâtons -nous de le dire , cet amalgame n'est pas aussi forcé , aussi continu , aussi choquant chez notre auteur que chez made^ moiselle Scudéri, et peut d'ailleurs s'expliquer d'une manière assez satisfaisante. Marivaux devait nécessairement mettre dans sa pièce un arlequin, puisqu'il tr^ vaillait pour le TTiéâtre^Italien , où ce fantasque person» nage était devenu , depuis les grands succès du faipeux Dominique, aussi indispensable que l'était naguère le niais dans nos mélodrames classiques. C'est bien, dira-ton ; mais ensuite, qui le forçait d'aller chercher, pour les placer à côté d'Arlequin et faire avec lui plus de dispa*
JliOEMENT
rate, deslîgares gi'ecfjues, telles <jue celles d'Hermocraïc, d'Avis , etc. ? Voici peut-être la cause de c«tle liitarrerie. Ayancà Tepr<^st;nter une jeuni: fille qui sodi^^uise eu booiwe, afin de pénétrer dani la maison d'uu pliilosoplie et de *'f faire aimer d'iui jeune homme pour lequel, U premicre, elle a conçu une vive iucUntttiou , l'auteur aura pu se dire que cette démarche hardie ii'i^tait point d'accord avec la modestie el la timidité dont les mœurs de notre société nouvelle ont fait une loi an scie le plus faible, mais tioa le moins aimant. Dès-lors, il aura éic amené tout naturellement à transporter sou action dans Sparte , au milieu de ces amazones dont l'histoire nous raconte mille exploits guerriers, mille mots énergiques , mais aux yeux desquelles la pudeur n'était poiut une vertu. U'ailleun il d'« pris des Spartiates que leurs noms. A(;is , Li^onidc , Hcrmocrate , Léontine, n'ont pas eu , comme Clclie et Cyrtu, une existence historique -, il croyait n'avoir besoin que d< ces noms étrangers pour faire passer une inconvenance réprouve'e par le public français. Il a bien aussi peint ses Spartiates damerels et galant, mais c'cst pr(5cisémeut
demander à Hermocrate lliospitalité. Pour Tobtenir^ elle est obligée d'avouer son sexe , que le philosophe connaît déjà , et de feindre pour lui une passion vertueuse , mais ardente. Elle abuse en même temps de son déguisement pour mettre dans ses intérêts , en s'en faisant aimer , la prude Léontine , digne sœur d'Hermocrate. Cette double intrigue l'aide à poursuivre Texécution de son projet auprès d'Agis. Il ne lui faut que deux mots pour gagner l'amitié de ce jeune prince ; elle lui découvre ensuite quel est son sexe , mais en prenant toutefois le nom supposé d'Aspasie , et l'amitié qu'elle a inspirée se change bientôt en amour. Enfin , elle risque les derniers aveux qui lui restaient à faire , et Agis n'en éprouve que plus de reconnaissance pour une telle générosité. Hermocrate et Léontine , qui viennent de céder aux fausses protestations d'amour de l'étrangère, par qui ils ont été trompés tous deux 9 arrivent et trouvent Agis à ses pieds. Au moment où ik demandent raison de cette double perfidie, on vient annoncer à ia princesse que ses gardes l'attendent ; elle reprend son rang, et justifie'son étrange conduite par une courte explication.
Cette comédie n'eut point de succès, sans doute, dit l'historien du Thédtre^Italien , parce que le public fut révolte de voir une princesse se déguiser pour faire des avances à un jeune homme dont elle n'est pas sûre d'être aimée , et tromper un philosophe par ime fourberie indigne de son nom et de son rang.
PERSONNAGES
LËOMDE, princesse de SpsrLc, aous Le nom de Phocioii.
COIUNE , suivante de LAonldc , sous le nom d'Hcrmidiàs.
IlERMOCRATE, philosophe.
LÉONTIKE, sœur d'Uermocrmle.
AGIS, nis de Cléomcne ancien roi de Sparte.
DIHAS, jardinier d'Hermocrste,
ARLEQCm , valet d'Hcrniocrate.
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