‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 4)Chapitre 177 sur 315 · ACTE I, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIII

PHOCioir.

Oui , seigneur, je vous aime-, mais ne vous y trompez pas, il ne s'agit pas ici cTun penchant ordinaire. Cet aveu que je vous fais ne m'échappe point, je le fais exprès; ce n'est point Tamour à qui je l'accorde, il ne l'aurait jamais obtenu ; c'est à ma vertu même que je le donne. Je vous dis que je vous aime, parce que j'ai besoin de la confusion de le dire, parce que cette confusion aidera peut-être à me guérir, parce que je cherche à rougir de ma faiblesse pour la vaincre. Je viens affliger mon orgueil pour le révolter contre vous. Je ne vous dis point que je vous aime, afin que vous m'aimiez ; c'est afin que vous m'appreniez à ne plus vous aimer moi-même. Haïssez , méprisez Tamour, j'y consens; mais faites que je vous ressemble. Enseignez- moi à vous ôter de mon cœur-, défendez-moi de l'attrait qui me porte vei's vous. Je ne demande point d'être aimée, il est vrai , mais je désire deTétre; ôtez-moi ce désir; c'est contre vous-même que je vous implore.

HERMOCRATE

Eh bien! madame, voici le secours que je vous donne; je ne veux point vous aimer. Que cette indifférence-là vous guérisse, et finissez un discours où tout est poison pour qui l'écoute.

PHOCION

Grands dieux! à quoi me renvoyez-vous ? à une indififérence que j'ai bien prévue. Est-ce ainsi que vous répondez au généreux courage avec lequel je vous

expose ma situation? Le sage ne l'est-il au profit dç, personne ?

UEBMOCR&TE.

.Te ne le suis point , madame.

tBOCIO».

Eli bien! soit; mais laissez -moi le temps de Voàl trouver des ddfauls, et souffrez (jue je conlinue.

Que m"allez-vous dire encore?

FHOCIOH,

Kcoule7.-moi. J'avais entends parler de vous; tout le public est plein de votre nom.

Passons , de grâce , madame.

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